Interview de Michelle Torr

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/10/2012.
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Michelle Torr © Christophe Mourthé

Michelle Torr sort le 12 novembre prochain un nouvel album, « Chanter, c’est prier », comprenant notamment de nouvelles chansons écrite par l’auteur David Lelait, quelques reprises et des duos étonnants, dont un avec Claude Barzotti et un autre avec sa petite fille Nina. Michelle repart également sur les routes cet automne et fera escale les 14 et 15 décembre en Belgique. Enfin, en 2014, elle fêtera ses cinquante ans de chansons et un spectacle à Las Vegas se précise pour l’occasion. Avec une actualité aussi chargée, nous nous devions d’aller à la rencontre de Michelle pour discuter de tout cela. C’est dans le salon d’un grand hôtel bruxellois que Michelle nous a fort sympathiquement reçus. Rencontre avec une artiste qui a gardé le soleil de sa Provence dans la voix…

IdolesMag : Vous revenez le 12 novembre prochain avec un nouvel album, « Chanter c’est prier », qu’est-ce qui en a été le moteur ?

Michelle Torr : Je dis souvent sur scène que « Chanter, c’est prier ». Et c’est tellement vrai. Je pense que cette envie était en moi depuis longtemps… Mais comment est-ce venu en fait ? [Michelle réfléchit] La vérité, c’est que la maison de disques Sony me demande depuis deux ans un disque de Noël. Et je n’avais pas envie d’en sortir un, je l’ai déjà fait il y a longtemps. Je n’avais pas envie de rechanter Noël, mais ça a été le déclic, je pense, pour partir sur ce projet de prière. Déjà, sur le triptyque, on avait mis une musique sur la prière « Notre Père », c’était une idée de Didier Barbelivien. Peut-être qu’un peu tout ça a déclenché cette envie. J’ai écrit le texte de la chanson « Chanter, c’est prier » avec un auteur que vous connaissez sans doute, David Lelait. Et j’en suis très fière parce que c’est la toute première fois que David écrit des chansons…

Justement, comment l’avez-vous décidé ?

Michelle Torr - Chanter, c'est Prier(rires) Avant d’écrire ce texte de « Chanter, c’est prier », j’étais amie avec David. On s’était rencontrés plusieurs fois dans le cadre d’interviews pour le magazine « Nous Deux ». Je connaissais ses livres, « Poussière d’Homme », « C’était un samedi, en mai » [sur Dalida]… Et j’aimais l’homme. Et donc, nous nous voyons pour une interview et il me fait écouter des chansons. Des chansons américaines. Je me suis dit que j’aimerais beaucoup chanter ça. J’adorais ce qu’il me faisait écouter. Il m’a fait écouter un rock que chante Nana Mouskouri, j’ai trouvé ça top ! (rires) Il y avait aussi d’autres chansons, avec des voix un peu gospel, qui avaient un côté un peu prière… Je lui ai dit « Pourquoi tu ne me ferais pas les textes ? J’adorerais chanter ça ! » Il m’a dit qu’il n’avait jamais écrit de textes de chansons, je lui ai dit « Tu n’as qu’à le faire ! » (rires) Il a donc écrit des textes sur ces chansons américaines. Tout a commencé comme ça. De mon côté, j’ai commencé à écrire « Chanter, c’est prier ». À un moment donné, j’ai bloqué parce que l’écriture c’est toujours un peu difficile. Donc, je lui ai demandé de terminer cette chanson. Et puis voilà. Cet été, il est venu à la maison et on a travaillé ensemble sur le disque. Il a écrit quatre ou cinq chansons.

Comment s’est passée la co-écriture avec David Lelait ? Vous vous êtes mis autour d’une table, ça ne s’est pas fait à distance.

Non. Il est venu à la maison. Après, il a beaucoup contribué lorsque j’étais en studio puisqu’il avait tous ses rendez-vous à Paris pour son journal, et moi j’enregistrais dans le sud avec Patrick Liotard, qui est un musicien formidable qui a fait la prise de son et les arrangements. Il a fait un travail vraiment formidable. Donc, après, il y a eu quelques petits changements qu’on a fait par mail. On lui envoyait le soir ce qu’on enregistrait pour qu’il puisse voir où on en était, puisqu’il n’était pas toujours là. Mais on a travaillé d’abord dans le sud ensemble. Quelques fois lui de son côté et moi dans ma chambre le soir. Et la journée ensemble. Ça a été un été génial pour moi. Un été de partage, d’amour, de travail… et tout ça dans une ambiance de bonheur avec David et Patrick. On était tous les trois, c’était… idéal !

Vous avez somme toute assez peu écrit de textes tout au long de votre carrière. Pourquoi ? Est-ce par pudeur ? Tout simplement parce que vous n’en aviez pas envie ?

Envie… si. Des envies, des fois des idées, mais j’ai du mal quand même… Je ne fais pas ça facilement. Pudeur ?... Peut-être ? Je ne sais pas quoi vous répondre à vrai dire. Je pense que c’est un mélange de tout ça. Et puis, ce n’est pas mon métier. Des fois, j’écris des bouts de phrases. Là, ce matin, j’ai justement écrit [Michelle ouvre son bloc-notes] « Ouvre grand cette porte car je suis sûre que dehors le soleil m’attend »… (rires) Voilà. Mais ça va rester comme ça peut-être. Il y a aussi « Fini la déprime, la solitude car ce soir je m’en vais… » Et puis voilà, je n’ai pas fini comme vous le voyez… (rires)

Vous faites dons également quelques reprises sur l’album, et notamment « L’envie d’Aimer ». Qu’est-ce qui vous a séduit dans le titre ? Son côté technique ou son côté spirituel ?

D’abord son côté spirituel, bien évidement. Toutes les chansons que j’ai choisies ont ce côté spirituel. « L’Envie d’Aimer », Aimer avec un grand A. Il y a aussi l’ « Ave Maria » de Charles Aznavour, là cela va sans dire, il s’agit carrément d’une prière. Il y aussi une reprise de Cabrel, « Il faudra leur dire »…

… que vous chantez avec votre petite fille Nina…

… Oh ! Mais vous êtes bien renseigné ! (rires) Nina a été magnifique dans la chanson de Cabrel. Elle a fait ça alors qu’elle n’a que cinq ans et qu’elle ne sait pas lire. Elle est arrivée, elle connaissait la chanson parfaitement, elle a vraiment fait ça facilement.

Michelle Torr © Luc Dehon / IdolesMag

Tout le monde le sait, vous êtes assez exigeante dans le travail. Quand vous chantez avec votre petite fille, est-ce la chanteuse ou la grand-mère qui prend le dessus ?

C’est la grand-mère, bien évidemment. Mais elle m’a épatée ! Elle chante aussi vite que moi. Elle enregistre aussi vite que sa grand-mère ! (éclats de rires) En studio, elle a été incroyable. Elle a dû faire trois ou quatre prises, pas plus ! J’avais chanté une chanson avant elle pour qu’elle voie comment ça se passait. J’ai fait « Chanter, c’est prier » avant qu’elle ne chante elle parce que j’avais peur qu’elle ne soit impressionnée si elle se trompait. Elle est tout de même encore une toute petite fille.

Et puis, un studio, c’est impressionnant quand on n’en a pas l’habitude.

Effectivement. Si elle s’était trompée, j’avais peur qu’elle le prenne mal. Alors que ça peut arriver à tout le monde. Je le lui avais dit « tu sais, on se trompe, moi la première… » Donc, j’ai chanté la première, je me suis trompée et j’ai recommencé. Je voulais bien qu’elle voie qu’on avait la possibilité de recommencer, que tout le monde pouvait se tromper, que ce n’était pas un problème. Et donc, après « Chanter, c’est prier », je lui ai dit que c’était à elle. Elle avait envie d’y aller, je pense. Elle est allée devant son micro. Tenez j’ai des photos sur moi ! [Michelle nous montre quelques photos qu’elle a dans son sac] J’en mettrai au moins une dans le disque. Elle a mis ses écouteurs et d’elle-même, elle a dit que ce n’était pas bien ce qu’elle avait fait ! (rires) Elle a  été vraiment incroyable. Comme je vous l’ai dit, elle a chanté trois ou quatre fois et c’était en boîte. Elle entendait quand Patrick lui disait, avec beaucoup de psychologie, que là ce serait mieux de faire ainsi. Il ne fallait pas la brusquer. Mais non, elle savait parfaitement où elle s’était trompée ou où elle n’était peut-être pas tout à fait en mesure.

Instinctivement, elle a su ce qu’elle devait faire.

Oui, vraiment, elle m’a épatée.

Michelle Torr © Luc Dehon / IdolesMag

La relève est assurée alors ! (rires) Et vous qui êtes avant tout une artiste de scène, comment vous sentez-vous en studio ? Un peu à l’étroit comme un lion en cage ou dans votre élément ?

C’est amusant que vous me posiez cette question. Là, c’est la première fois vraiment que je me sens à l’aise et en confiance en studio. Je n’ai pas eu cette boule au ventre quand le voyant rouge s’allumait. Ça n’a été que du bonheur et du plaisir. On a tout fait très tranquillement.

Les musiciens qui vous accompagnent sur le disque ne sont pas ceux qui vous accompagnent sur scène. Pour quelle raison ?

C’est plutôt pour des raisons techniques. Les bases rythmiques, c’est Patrick Liotard qui s’est occupé de tout. Je suis arrivée quand la base rythmique était en boîte. J’ai chanté sur cette rythmique et après, il a encore retravaillé avec des chœurs, avec ses guitares… C’est un guitariste extraordinaire ! Il a fait des guitares et des basses de fou qui ont encore amené un rythme et un plus à ma façon de chanter.

Cet automne, vous repartez « sur les routes » et vous ferez notamment escale en Belgique les 14 et 15 décembre. Avez-vous une anecdote particulière avec la Belgique ?

Le public est extraordinaire en Belgique. D’une chaleur exceptionnelle. [Jean-Pierre nous rejoint, accompagné de Doudou, son petit chien] J’adore venir en Belgique. Ce n’est pas vraiment original, je crois que tous les artistes vous le diront. Mais c’est tellement vrai. On aime beaucoup venir chanter en Belgique… J’ai beaucoup de souvenirs liés à l’ « Ancienne Belgique ». J’y ai des souvenirs extraordinaires avec Claude François. J’ai joué à l’ « Ancienne Belgique » avant de faire l’Olympia. C’était un passage presque obligé. On venait présenter notre répertoire au public belge. On voulait vraiment avoir son ressenti. C’était un peu comme un examen. Si on était aimé et si ça marchait, c’était de bon augure pour la suite. Et je me souviens que quand ça plaisait, on recevait sur scène les… comment appelle-t-on ça ?... les cartons qu’on met sous les verres de bière…

Michelle Torr © Luc Dehon / IdolesMag

Les sous-bocks.

Voilà, c’est ça ! Les sous-bocks ! (rires) Et donc, si on en recevait, c’était signe qu’on avait plu ! Ça reste un souvenir extraordinaire ces passages à l’ « Ancienne Belgique ». Je ne sais pas ce qu’est devenue cette salle…  En tout cas, à l’époque, avec Claude François, c’était vraiment une salle mythique. J’ai fait aussi le Cirque Royal, c’est un très bel endroit également.

En 2014… vous allez fêter vos 50 ans de carrière !

[Michelle se cache les yeux] Ne m’en parlez pas ! (rires)

C’est vertigineux quand on y pense ! Je sais que le propre de l’artiste est d’aller vers l’avant, mais vous arrive-t-il de vous replonger dans les archives de ces 50 ans de chanson ? Déjà, en avez-vous des archives ?

Non. Je n’ai jamais rien gardé. Par contre, aujourd’hui quand même, ça change un peu. Je pense qu’il arrive un moment où c’est important de voir ce que ça représente. Quand j’étais plus jeune, ça ne m’intéressait pas. Tout n’était qu’à faire et ce qui était fait était de l’histoire ancienne. Et là, maintenant, il m’arrive d’acheter d’anciennes partitions, des disques en langue étrangère que je n’avais pas, en japonais, etc…

Michelle Torr © Christophe Mourthé

Vous n’avez donc rien gardé.

Non, rien de rien. Alors maintenant, eh bien, j’en achète dans plein d’endroits, sur Ebay… Là, dernièrement, j’ai acheté mes dernières affiches… que des fans m’ont vendues !! (éclats de rires) J’ai acheté des disques en japonais et en allemand que je n’avais pas. Je rachète tout ça maintenant… parce que quand même, aujourd’hui, ça  trouve son importance à mes yeux.

La jeune fille qui chantait « Dans mes bras oublie ta peine » et « C’est dur d’avoir 16 ans » en 1964, a-t-elle réalisé tous ses rêves ?

Elle en a réalisé pas mal… mais il en reste ! Je crois que c’est le moteur de la vie pour tout le monde. Qu’on soit chanteur ou non. Tout est là. L’envie. Les rêves. Et puis, en plus quand on a la chance de faire le métier que j’exerce, on reste enfant et rêveur quelque part. C’est un vrai moteur. L’envie de monter sur scène, le plaisir qu’on a à chanter devant un public… ça fait qu’il n’y a pas de routine. C’est un plaisir extraordinaire. Et puis le public vous porte et vous fait aller de l’avant.

Vous revenez des États-Unis…

Oui, j’ai eu cette chance et ce grand plaisir. C’est la première fois que j’allais en Californie. J’ai vu des spectacles magnifiques à Las Vegas. Le Cirque du Soleil en particulier. J’ai été épatée par la technique, bien évidemment, par le professionnalisme de tous les artistes et puis par la grandeur de tout ce que j’ai vu.

Michelle Torr - DR

Et donc, la question que tout le monde se pose : Avez-vous trouvé une salle ?

(éclats de rires) Chuuuuuut ! Je crois bien que oui. Avant de l’annoncer, j’attends de l’avoir signé tout de même. Ce qui n’est pas encore fait. On est en pourparlers, mais c’est bien avancé !

C’est un rêve pour vous de chanter là Las Vegas ?

Oui. Tout à l’heure vous me demandiez si j’avais réalisé tous mes rêves de jeune fille. Eh bien, celui-ci en faisait partie. Aujourd’hui, ce rêve, c’est le producteur Michel Algay qui l’a remis au goût du jour. Ça s’était un peu endormi et je pensais que ça ne se ferait sans doute jamais. Et puis, ça va se faire finalement… Je n’aurais jamais pu envisager une telle aventure toute seule…

Vous êtes très croyante…

En ce qui concerne la croyance… Je suis catholique, tout le monde le sait. Mais pour moi, le Dieu est le même pour tout le monde. Qu’on soit juif, qu’on soit arabe, qu’on soit européen, peu importe… la prière est la même. Prier, ça fait partie de plein de petits moments de la vie. On peut prier tout le temps. Je ne m’arrête pas pour prier.

On vous entend somme toute assez peu sur les questions de société, j’aimerais donc terminer cette interview avec une question d’actualité. Vous êtes catholique et une grande partie de votre public est gay et lesbien, quel est votre point de vue sur l’ouverture prochaine du mariage aux couples homosexuels en France ?

J’ai plein d’amis gay. Je les aime. Je suis bien avec eux. Ce sont mes amis. Ils ont une sensibilité que j’aime et qui me touche. Nous sommes très proches. Après pour le mariage, je ne peux pas vous dire si je suis pour ou contre. A priori le mariage, c’est pour faire des enfants. Il faut donc un homme et une femme forcément. Maintenant, très franchement, je vais vous dire, de tous les couples d’amis que j’ai, ceux qui sont les plus unis, qui sont ensemble depuis 30 ou 40 ans, eh bien ce sont des couples homosexuels. Ils ne sont pas mariés encore, mais quand la loi passera, je suis certaine que certains d’entre eux se marieront. Et je serai heureuse d’aller assister à leur mariage parce que ce sont des gens que j’aime et qui, je le sais, sont très unis. Comme vous le voyez, je n’ai pas un avis tranché et définitif. Mais avec Jean-Pierre… nous ne sommes pas mariés !! (rires), donc, on peut être très heureux sans mariage. Mais si on a envie de se marier… c’est l’amour qui compte avant tout! Vous savez, c’est amusant, parce que quand je présente Jean-Pierre, je dis « Mon mari », alors qu’on n’est pas mariés. Nous avons avec Jean-Pierre un couple d’amis, et je peux vous dire que c’est le plus beau couple que je connaisse. Ils ont une telle complicité et un tel respect entre eux…

Propos recueillis par IdolesMag le 2 octobre 2012.

-> Site officiel : http://www.micheletorr.com/









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