Le tandem Juno emmené par Yann et Julien a sorti son premier album le 15 octobre dernier, « Speed Racer ». Séduits par leur musique qui sonne très années 80 mélangée à la French Touch, nous avons été à la rencontre de Yann afin qu’il nous en dise un peu plus sur le groupe. Yann nous expliquera qu’ils fabriquent leurs musiques à l’ancienne et que pour eux, le plus important dans une chanson reste la mélodie. Rencontre avec Juno. IdolesMag : Peux-tu me faire rapidement le topo du groupe. Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés avec Julien ? Yann, de Juno : C’est assez simple. Nous nous sommes rencontrés aux États-Unis au début des années 2000. Moi, je faisais une année de droit à l’UCLA et j’ai rencontré Julien, qui était lui aussi à Los Angeles, mais en vacances, pas pour les études. On s’est retrouvés ensemble à la fac à la rentrée à Nanterre. À partir de là, on s’est fréquentés autour de la musique. Moi, je travaillais la partie artistique, je m’occupais de tout ce qui était pochette et visuel. Lui, de son côté a splitté avec son groupe. On s’est un peu mieux connus à cette époque. Il a vu que je faisais du piano. On s’est dit que ce serait chouette de travailler ensemble. Et de là est né le début de notre aventure musicale. Quelle est votre culture musicale à l’un et l’autre ? On est à la fois sur des créneaux différents, on a certaines spécialités va-t-on dire, mais globalement, on se rejoint. Ce qui nous importe à nous deux, c’est avant toute chose la mélodie. On est très sensibles à la mélodie. Ce qui fait qu’on se retrouve sur certains groupes, mais pas sur tous. Julien a plus une culture anglaise, celle de la pop anglaise, 60, 70, 80 et jusqu’à aujourd’hui. Et moi, j’ai plus une culture pop américaine. Donc, Julien va plus vers les Beatles, Oasis, Blur… il aime tout ce côté pop/rock anglais. Et moi, je suis plus dans la variété américaine comme John Mayer en passant par des groupes un peu plus indés et électro. On pourrait d’ailleurs dire que je suis la touche électro de Juno, et Julien la touche pop.
En fait, dès le départ, dans la manière dont on construit les titres, l’identité était là. On les construit de manière très organique. On prend tout simplement un piano et une guitare et on pose les bases. Et la base, c’est encore une fois avant toute chose la mélodie. Après, le son, c’est un son qui se travaille en studio avec notre réalisateur. C’est vraiment un mélange de tout. Le son est toujours un peu en évolution, en fonction des idées qu’on peut avoir sur le moment. Il est sûr que sur cet album, on a essayé d’avoir une touche singulière. Je pense qu’on a trouvé un certain son, mais ça ne nous empêchera pas d’évoluer vers d’autres sons plus tard puisque comme je te le dis, pour nous, la base, c’est la mélodie. Pour fonctionner, il faut d’abord que le titre fonctionne guitare-voix ou piano-voix. Bossez-vous ensemble ou travaillez-vous chacun de votre côté ? Il y a un peu de tout. La plupart du temps, on travaille ensemble. Mais Julien peut arriver un jour avec une mélodie vocale. Idem, je peux arriver avec une mélodie au piano. Comme je ne chante pas, je fais tout au piano à la base et on regarde comment on peut travailler ensemble par la suite. Et puis, on travaille sur la mélodie avant le texte, rarement le contraire, puisqu’on ne se considère pas vraiment comme des auteurs. C’est aussi pour cette raison qu’on fait de la musique en anglais parce que les mots sont plus faciles. On prend moins de responsabilité qu’en écrivant en français. On n’est pas assez bons pour écrire en français. Donc, on bosse la mélodie avant tout. La porte reste-t-elle ouverte pour des chansons en français dans le futur ou non ? La porte reste ouverte mais encore une fois, notre langue de prédilection reste l’anglais. C’est la langue musicale avec laquelle on a grandi. C’est aussi la langue qui, pour nous, vient naturellement lorsqu’il s’agit de chanter ou composer.
Êtes-vous très prolifiques ? Quand on est dans une phase de composition, il est sûr qu’on essaye de composer un maximum. Après, il y a tellement de choses à faire dans la musique qu’on ne peut pas faire que ça. Il faut évidemment préparer les sets des lives, travailler sur les visuels. Aujourd’hui malheureusement, un artiste ne peut pas se consacrer uniquement sur la musique. On aimerait bien être plus prolifiques en termes de créativité mais il faut également s’organiser pour mettre nos créations le plus en valeur possible. Comment avez-vous choisi le nom du groupe, « Juno » ? C’est très simple. C’est pour deux raisons principales. D’abord, Juno est le nom d’un clavier que j’apprécie tout particulièrement. C’est un clavier qui existe encore aujourd’hui, dans une version un peu plus moderne. Et la deuxième raison, c’est que nous sommes tous les deux très très fans d’astronomie. Et Juno est une mission de la NASA qui a été lancée l’année dernière pour aller à la rencontre de Jupiter, et plus précisément pour étudier les pierres qui gravitent autour de Jupiter. Ces pierres sont susceptibles de nous donner quelques réponses sur l’origine de l’humanité, en tout cas sur l’origine de notre système solaire. Et on s’est dit qu’on pouvait faire un petit parallèle avec le côté musical à savoir que pour nous, l’origine de la musique, c’est la mélodie. C’est une façon de dire qu’on voulait revenir à cette origine et qu’on voulait la comprendre. Quand « Speed Racer » a-t-il commencé à prendre forme dans votre tête ? Parce qu’entre faire de la musique avec un pote et concrétiser un vrai projet d’album, il y a un fossé…
Avez-vous hésité un moment avant de vous lancer dans le participatif ? La réflexion s’est faite sur plusieurs points. Tout d’abord, on a réfléchi sur l’aspect économique, ce que pouvait nous apporter MMC. Il faut savoir qu’aujourd’hui, les labels mettent rarement 100 000 euros sur un projet en développement… ce que fait MMC. La contrepartie, c’est qu’on savait qu’il faudrait séduire une partie du public pour atteindre cette somme et gagner en crédibilité parce que MMC était encore à l’époque en train de s’imposer en tant que label. Pour nous, il est sûr que signer sur un label plus conventionnel aurait été plus la norme. Mais on a voulu prendre le risque de plaire à des producteurs, sachant que MMC est un label à taille humaine, et que tout le monde s’investit vraiment pour les artistes signés. C’est une petite équipe, mais elle apporte un soutien digne d’une major. Vous n’avez donc pas hésité si longtemps que ça… Non. On a eu trois rendez-vous. Le premier, on a juste fait connaissance. Le deuxième, on a posé un peu plus de questions pour mieux connaître le projet et la structure. Et le troisième, quand on a vu que des artistes obtenaient ce qu’ils souhaitaient, on a dit banco.
Mis à part Julien, peux-tu me parler de l’équipe que vous avez réunie autour de vous pour cet album ? Bien sûr. Outre Julien et moi, il y a un troisième élément essentiel dans Juno, c’est notre batteur, il est évidemment présent pour tous les lives. Il travaille également avec nous sur la construction des titres en studio. En amont, on travaille vraiment Julien et moi. Pour la réalisation de l’album, on a fait appel à une connaissance qui avait travaillé avec nous sur d’anciens projets, Sébastien Prades. Il a notamment déjà travaillé longuement avec Zazie. On a fait appel également à Josselin Bordat, qui est rédac chez « Brain Magazine ». Il pouvait nous apporter autre chose que Sébastien. Sébastien Prades, vous aviez donc déjà travaillé avec lui, mais qu’est-ce qui vous a poussé à aller chercher Josselin Bordat ? Il s’est invité sur le projet naturellement puisque c’est une connaissance de Sébastien. Il avait peut-être une vision plus en retrait. Il est moins dans la technique que Sébastien. On a vraiment obtenu une complémentarité aussi bien technique qu’artistique. C’était le bon mélange pour obtenir l’album qu’on a aujourd’hui. Juno en studio… J’imagine que vous êtes super dans votre élément. Pour nous, c’est un vrai moment de bonheur parce qu’on sait qu’on a la chance de faire tout simplement quelque chose qui nous plaît. Aujourd’hui, ce n’est pas donné à tout le monde. Donc, on essaye de prendre un maximum de plaisir. En studio, il y a toujours les moments d’angoisse. Est-ce que Julien va avoir la voix comme il faut ? Est-ce que je vais tomber en panne avec mon clavier ? Mais ce sont des moments formidables. On essaye d’être complémentaires le plus possible. Bien évidemment, on s’inflige toujours quelques moments de détente. Comme on est assez fans de jeux vidéo, on amène quelques consoles et on se libère dessus ! Si on peut faire du 24/24, on le fait, mais on est parfois un peu fatigués ! (rires)
Je suis ravi de l’entendre parce que c’est ce qu’on souhaitait faire ! Pour nous, les années 80 sont les années dans lesquelles on a grandi. C’est notre éveil musical, que ce soit les chansons, mais aussi les génériques des séries ou des films. Et puis, bien évidemment, on a été très influencés par les sons de la French Touch. Des groupes comme Phœnix, Air ou Daft Punk, sont des groupes qu’on respecte énormément. Cette synthèse dont tu parles, c’est ce qu’on a voulu faire. La jauge sur MMC a été bouclée en février 2010. L’enregistrement de l’album n’a tout de même pas duré plus de deux ans… Que s’est-il passé ? Ce qui s’est passé, c’est qu’on avait fait un premier album qui était trop minimaliste, va-t-on dire. On s’était plus concentrés sur ce que nous on voulait faire et pas forcément sur ce qui pouvait toucher les gens. On a été un peu trop égoïstes dans notre réalisation. Le label nous l’a fait remarquer. Heureusement, qu’on a eu cet œil extérieur parce que quand tu es en studio, il est difficile d’avoir du recul et de savoir si ce qu’on est en train de faire est bon ou pas. Donc, on a dû refaire une deuxième fois l’album. Cette fois-ci, tout le monde a donné son avis… d’où le temps d’attente assez long. Et puis, un projet, ça ne sert à rien de le lancer trop rapidement. Pour un artiste, son album va rester toute sa vie comme une carte de visite. Pour le label qui sort 50 ou 100 albums, ton album est un album parmi les autres. Mais pour l’artiste, il vaut mieux ne pas commettre d’erreur et prendre son temps. Quand avez-vous terminé l’enregistrement ? Fin de l’année dernière.
Avez-vous été tentés d’aller retoucher certaines choses ? Non, pas du tout. Avec le temps, forcément, on a toujours envie de retoucher des petites choses. Rien n’est jamais parfait. Un album colle à la réalité du moment, il ne faut pas l’oublier. Et il ne faut pas oublier non plus que si ça nous a plu à un moment, c’est qu’on avait certainement fait les bons choix. Et puis, je ne t’apprends rien, il y a une réalité économique qui fait qu’on ne peut pas revenir autant de fois qu’on veut sur un projet ! Il y a un moment, il faut dire stop et faire confiance… Un petit mot sur le titre, « Speed Racer » ? Tout simplement, c’est le nom d’un dessin animé qu’on apprécie énormément. Il se trouve qu’on était en train de composer et de regarder le dessin animé. Et puis, on a baissé le son de la télé, et on a imaginé ce qu’aurait pu être la bande son du dessin animé si elle n’avait pas été déjà faite. Voilà, à part ça, ça reste un titre assez premier degré puisqu’on parle d’une course, mais on a vraiment voulu recréer une vidéo.
Pour qu’un artiste puisse marcher, il faut qu’il soit vraiment polyvalent. S’occuper de la partie visuelle, aujourd’hui, doit être dans l’ordre des compétences d’un artiste, surtout quand on sait que c’est lui qui va devoir gérer au quotidien son image. Aujourd’hui, le visuel a une importance très grande. On travaille avec l’équipe de MMC qui est en charge des visuels. On leur soumet des idées, et puis derrière, on laisse faire les professionnels. La scène, c’est votre kif ? Oui. La scène, ce n’est que du plaisir. C’est le temps d’attente entre chaque concert qui est une vraie souffrance ! C’est un moment où on redécouvre sincèrement chaque titre. Parfois, un titre peut devenir agaçant, mais sur scène, on essaye qu’il nous donne à nouveau des frissons. On essaye de créer une symbiose. On essaye d’être les plus honnêtes possible. Propos recueillis par IdolesMag le 9 octobre 2012. Tweet |
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