Interview de Emma Solal

Propos recueillis par IdolesMag.com le 29/08/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Emma Solal © Stéphane Chouan

Emma Solal vient de sortir son premier album. Ses « Robes du Soir » font partie de celles qui vous emballent et émoustillent vos sens à la première écoute. L’univers d’Emma Solal, c’est avant tout l’ambiance feutrée d’une cave de Saint-Germain-des-Prés, un parfum doux et enivrant, une voix suave et délicate, la quête d’un Paris perdu et une Rive Gauche enfin retrouvée… Au cours de notre entretien, nous reviendrons sur la création de ce premier album, sous la houlette de Pierre Faa. Nous apprendrons également à mieux connaître Emma Solal. « Personne ne sait qu’elle est blonde » ni qu’elle a « racheté la Tour Eiffel »… Vous voici dans la confidence ! Rencontre.

Idolesmag : Dans quel état d’esprit êtes-vous avec la sortie de votre premier album ?

Emma Solal : Très curieuse, excitée, angoissée… Toute une palette d’émotions un peu comme le symbolise la pochette de l’album. C’est une aventure assez nouvelle, et même très nouvelle pour moi. J’ai eu une autre vie avant de faire de la musique. J’ai été économiste pendant assez longtemps. Je faisais de la musique en parallèle, mais c’était dans un secteur un peu différent. Et puis, il y a deux ans, j’ai décidé de vraiment laisser une chance à la musique, de lui laisser de la place et des disponibilités. J’ai voulu m’y consacrer de manière beaucoup plus entière. Dans ma vie, je voyais que progressivement la musique prenait une importance fondamentale. Ça devenait vraiment vital… On peut vivre plusieurs vies dans une vie, et j’ai décidé de me consacrer beaucoup plus à la musique.

Emma Solal, Robes du SoirDonc, tout a réellement commencé il y a deux ans. C’est assez récent.

Disons que je m’y suis mise sérieusement il y a deux ans. J’ai rencontré Pierre Faa, un auteur-compositeur-interprète de talent. On a commencé à travailler ensemble et c’est lui qui a rendu possible cet album tel qu’il existe aujourd’hui. Sans doute qu’avec quelqu’un d’autre il y en aurait eu un, mais il aurait été certainement très différent. Il m’a proposé des textes et de la musique. Il m’a ouvert son monde qui est vraiment riche de différentes personnalités artistiques, de différents milieux. Donc, oui, le tournant s’est fait vraiment à ce moment-là.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’univers de Pierre Faa ?

C’est quelqu’un qui a beaucoup de talent. Et puis j’aime aussi sa sensibilité, sa pudeur, le fait qu’il a aussi des textes très ciselés qui parlent très justement des émotions. J’aime ce mélange de pudeur et de mots posés sur des émotions qui nous parlent à tous en fait. Il y a une sorte de nostalgie, de mélancolie et en même temps de très « dans la vie », parce que Pierre est quelqu’un qui est très dans le concret aussi. C’est quelqu’un qui a beaucoup de goût, il fait des pochettes de disques, des collages. Il a une grande disponibilité à l’autre et une grande générosité. Il m’a ouvert vraiment son monde. C’est précieux des rencontres comme celle-ci. Ce sont des beaux cadeaux de la vie.

Avez-vous dès le départ su dans quelle direction vous alliez aller ? Ce côté jazzy, un peu « Rive Gauche »…

Oui. Quand j’ai rencontré Pierre, je suis venue avec mon univers, mes goûts. Je lui avais d’ailleurs fait pas mal de CD avec des musiques que j’aimais bien. J’avais une idée assez claire de ce que je voulais faire. J’avais commencé à chanter avec un garçon qui s’appelle Simon Dalmais, qui est le frère de la chanteuse Camille. Il était pianiste surtout quand je l’ai rencontré. Aujourd’hui, il a sorti un album solo. Pendant un temps, il m’a accompagnée. J’ai commencé en faisant des reprises de Serge Reggiani, de Jeanne Moreau, de Mireille, de Dalida, des reprises de jazz... Je reprenais des chansons italiennes aussi puisque j’ai des origines italiennes. Et au moment où j’ai rencontré Pierre, j’avais déjà commencé à écrire mes propres textes. On a donc travaillé ensemble sur ses textes, sur les miens et sur ceux d’amis. Mais j’avais une idée assez claire d’où je voulais aller. Disons que j’avais des envies précises. Après, ce qui a été aussi formidable, c’est qu’il a trouvé l’arrangeur parfait. J’avais envie d’un album de chansons avec des sonorités un peu jazz. Donc voilà, l’album on l’a enregistré avec des musiciens qui ont cette culture jazz.

Toutes les musiques ont été enregistrées à Nancy, sous la houlette de Joël Ducourneau, mais les voix à Paris dans le home studio de Pierre Faa. Pourquoi ce choix d’enregistrer dans deux endroits différents ?

Vous êtes bien renseigné, vous ! (rires) En fait, ça s’est fait un peu comme ça parce que l’arrangeur de l’album (Joël Ducourneau) était basé à Nancy. Il a donc réuni autour de lui en studio des musiciens avec lesquels il avait l’habitude de travailler. Les voix, on les a faites dans le home studio de Pierre. C’était très intéressant parce qu’on a pu explorer beaucoup de choses vocalement. J’étais à un mètre de lui, donc, c’était beaucoup plus convivial que dans un studio traditionnel. Ça a été des conditions d’enregistrement assez formidables. On a pris notre temps. Et en même temps, il y a des chansons sur l’album comme « Robe du Soir » ou « Personne ne sait que je suis blonde » qui sont un peu plus teintées d’électro avec des claviers. C’est aussi une direction qui me plait beaucoup. Finalement, je trouve que j’entends une réelle homogénéité dans l’album, même si certaines chansons sont plus saupoudrées de touches de clavier. Ça m’emmène aussi ailleurs, c’est une ouverture assez intéressante.

Emma Solal © Stéphane Chouan

Comment avez-vous appréhendé le studio ? Vous était-il familier ?

J’avais enregistré un EP digital en octobre dernier, donc j’avais eu un peu l’occasion de tester ça. Je trouve ça vraiment très amusant. Venant d’où je viens, comme je vous le disais tout à l’heure, de l’économie, je trouve le studio très amusant !  J’avais une vie un peu palpitante, j’étais dans un service de recherche économique, je voyageais beaucoup, j’étais au contact de personnes très agréables. C’était un métier très stimulant intellectuellement, mais très différent de la chanson ! Donc, venant de là et me retrouver avec de gros micros, des claviers, c’était très très amusant. C’était un peu du luxe pour moi !

Comme vous me le disiez tout à l’heure, vous avez présenté vos propres textes à Pierre Faa au départ. Vous qui êtes auteure, comment se fait-il que vous ne signiez pas plus de textes sur cet album ? Vous en signez un et en co-signez deux.

Vous avez raison… En fait, les deux que je co-signe sont des propositions que j’avais faites. J’étais venue avec des textes et on les a réarrangés. Un avec Pierre Faa, « La Sibylle » et l’autre avec Charles Rouah, « Place du Châtelet ». C’est vrai que j’espère que pour le prochain disque, j’en signerai d’avantage. Mais ça s’est fait comme ça. Pierre est quelqu’un qui a une grosse production. Il m’avait proposé pas mal de textes qui m’ont plu. Il y a eu également une collaboration avec Eric Chemouny sur une chanson que j’aime beaucoup, « Dernier jour du printemps ». Il y a aussi une chanson italienne de Guiseppe Cucé. En fait, ça s’est fait un peu comme ça au fil du temps. Les mois passaient et je voyais arriver des chansons dans ma boîte aux lettres. Comme elles me plaisaient, j’ai foncé. J’en ai d’autres en stock qui n’ont pas été choisies pour cet album parce qu’on trouvait qu’elles s’inséraient difficilement. Mais c’est vrai que j’espère écrire d’avantage sur le prochain.

Quand on est auteur, c’est peut-être un peu frustrant de ne pas placer ses propres textes…

Oui et non parce qu’en tant qu’interprète, on a une autre liberté. Les textes que j’ai choisis parmi ceux que Pierre ou d’autres auteurs m’ont proposés, je les ai choisis parce qu’ils avaient une résonnance en moi et que j’avais envie de les porter. Quand on est qu’interprète, et qu’on ne l’a pas écrit, on a un autre rapport au texte. Être interprète, c’est une autre forme de liberté. Le travail d’écriture est formidable, il y a une forme d’introspection. On essaye d’aller toujours un peu plus loin. On essaye de repousser un peu ses limites, sa pudeur. Écrire, c’est essayer de toucher à des émotions qu’on a envie de partager avec l’autre puisque la musique c’est ça dans le fond : partager un univers avec un public. Mais comme je vous l’ai dit, pour un deuxième album, oui, j’aimerais signer plus de chansons. C’est un autre travail.

Nous avons longuement parlé de Pierre Faa tout à l’heure, comment avez-vous travaillé avec vos autres auteurs, Eric Chemouny, Charles Rouah et Guiseppe Cucé ? Leur avez-vous soufflé des directions, ou bien sont-ce eux qui vous ont fait des propositions ?

Ça a été un peu variable. À chaque fois, ça a été des rencontres formidables. Charles Rouah, je l’avais rencontré il y a un an ou deux et il m’avait proposé des musiques vu qu’il en compose beaucoup. Finalement, les textes que j’avais en rayon se sont bien moulés dans son style de musique. Eric, je l’ai connu grâce à Pierre Faa. On a immédiatement sympathisé. Je pense qu’il avait assez bien cerné ma personnalité. Il avait senti des choses. Mais en fait, je lui avais envoyé des musiques que l’arrangeur Joël Ducourneau avaient composées. Et donc, il a écrit le « Dernier jour du printemps » sur une de ses musiques. Quant à Guiseppe Cucé, on a aussi eu beaucoup de sympathie l’un pour l’autre. Il m’avait envoyé trois chansons qu’il n’avait pas utilisées pour son album qui était en préparation à l’époque. Une sur les trois m’a plus parlé que les autres, « Tra la favola è l’abisso ». Tout s’est fait de manière très naturelle. Et puis, comme j’ai eu une autre vie auparavant, j’ai peut-être aussi une certaine facilité à dire quand ça me plait et quand ça ne me plait pas. Peut-être qu’on a été un peu plus vite vers des choses qui formaient quelque chose de cohérent à mes yeux.

Il y avait peut-être aussi une certaine envie de votre part de « rattraper le temps perdu », entre guillemets. Du moins, de foncer et d’aller de l’avant.

Oui, absolument, ça fait partie aussi de mon caractère. Et puis, j’ai un petit garçon qui a 4 ans et demi. Et avoir un enfant, c’est vrai que ça précise les envies. Quand j’ai eu mon fils, j’ai redéfini les priorités dans ma vie. Certaines sont devenues plus importantes que d’autres. Les priorités s’inversent.

Quand on est plus jeune, on part un peu dans toutes les directions, après, tout semble parfois un peu plus clair.

Absolument. D’autant plus que pour moi, cette décision d’avancer dans la musique de façon beaucoup plus sérieuse, ce n’est pas du tout un caprice. Ça fait dix ans que je fais de la musique tout en ayant une autre activité et j’ai vu au fil des années que ça devenait de plus en plus compliqué de maintenir ces deux activités en parallèle. Elles étaient vraiment trop différentes. Donc, c’est une décision que j’ai beaucoup mûrie et à laquelle j’ai beaucoup réfléchi. C’est une décision qui me rend très forte aujourd’hui parce que je me sens dans mon élément. Après, il y a aussi la réalité, la crise du disque, et cætera… (rires) Mais la vie est courte !...

… il faut en profiter !

Exactement.

Emma Solal © Stéphane Chouan

C’est Jay Alansky qui signe la photo de la pochette…

Effectivement. J’ai eu le grand bonheur de rencontrer Jay par l’intermédiaire de Pierre Faa puisqu’il était producteur de l’album de Pierre. On s’est rencontré il y a peu de temps puisqu’il a pas mal vécu à New-York. Il était de passage à Paris cet hiver, donc on en a profité. Il avait dans l’idée de faire des images pour la chanson « Robe du Soir ». On a fait pas mal de photos et d’images chez lui. Ce qui a donné lieu à un clip. C’est une très belle rencontre aussi avec Jay. C’est quelqu’un qui est en renouvellement permanent. Il a gardé une grande fraîcheur. Comme vous le savez, il a évolué pendant un temps dans le monde de la musique et maintenant, il évolue en parallèle vers de la photo et de la vidéo. J’aime ces personnes qui ont cet état d’esprit de rebond, d’aller de l’avant. Des personnes qui sont en vie, tout simplement…

Vous avez déjà deux clips à votre actif, « À toi enfant » et « Robe du Soir », êtes-vous à l’aise avec le travail de l’image ?

Je pense que quand j’aurai tourné dix clips, ça ira mieux ! (éclats de rire) Ce qui explique que je sois un peu différente, c’est que je viens d’un milieu différent.  Maintenant, je suis chanteuse, donc, il faut vivre les choses différemment. Et c’est vrai que l’image, ça fait partie de l’aventure. C’est un chemin… Être plus à l’aise avec mon image, ça viendra… Autant ce que j’avais envie de faire entendre, c’était assez clair, autant sur l’image, c’est un peu plus difficile… Parce qu’on n’a pas envie de la contrôler complètement, et en même temps, il faut la travailler. Il faut que ça devienne un jeu. Il faut que j’arrive à jouer d’avantage avec ça.

L’album est sorti au mois de juillet en digital. Il va bénéficier d’une édition physique en octobre. Était-ce important à vos yeux ?

Oui, c’est important. Symboliquement, c’était important qu’il soit en format physique, d’autant plus qu’avec l’évolution du marché du disque, je ne suis pas certaine que les suivants sortiront en physique. Donc, j’avais envie que ce premier album existe réellement et concrétise ce début d’aventure. Après, je ne m’arrêtai pas à ce disque-là, mais je ne sais pas si les prochains auront la même chance. Donc, oui, c’était important. Et puis aussi pour pouvoir le proposer à la sortie des concerts, comme j’aime beaucoup la scène et que je crois beaucoup au spectacle vivant. Et puis, avoir un livret, une pochette, ça va dans le sens de proposer aux gens un véritable univers. C’est plus chaleureux que quelques titres en digital qu’on télécharge…

La scène, c’est quoi pour vous ? Une partie de plaisir ou un peu de souffrance ?

Oh, c’est une partie de plaisir, même si dans l’heure qui précède, c’est quand même une petite partie de souffrance. Mais c’est avant tout du plaisir, sinon je ne le ferais pas. Je ne serais pas allée sur scène si ça avait été une réelle souffrance. Le plaisir l’a emporté sur la souffrance. C’est un beau moment de partage avec les musiciens et le public. Ce sont vraiment des « moments-cadeaux ». Partager des émotions, faire découvrir des textes, apporter un univers, c’est très beau. Et ce qui est très émouvant, ce sont les retours qu’on peut avoir. Dans le EP digital que j’avais sorti en octobre dernier, il y avait la version précédente de « À toi enfant » qui était un peu plus grave. L’arrangement était très différent. Sur scène, on la jouait comme ça et beaucoup de personnes pleuraient ou étaient très très émues… C’est vrai que ce sont des moments d’une intensité magnifique. C’est magnifique de pouvoir partager des émotions avec l’autre. C’est très beau.

De toutes vos chansons, quelle est la toute première que vous avez entendue à la radio ?

C’est « La première fois que je t’ai vu » qui était entrée en playlist sur Fip.

Qu’avez-vous ressenti ?

Quand même une certaine fierté. Beaucoup d’amusement aussi. J’étais vraiment très très contente puisque c’est mon premier album, c’est un album autoproduit. Donc, c’est vrai qu’entendre une de ses chansons sur Fip, ça fait plaisir. C’est encourageant. Après, évidemment, on ne peut pas dire ce qui va se passer par la suite, mais c’est encourageant. Ensuite, pas mal de chansons ont été diffusées sur pas mal de radios étrangères, comme « Radio El Hexàgono » qui est la radio nationale en Espagne ou sur « Radio Campus » en Belgique. Eux, ils ont carrément diffusé tout l’album. Certaines chansons ont été diffusées en Angleterre aussi. Donc, oui, c’est très émouvant de voir que les chansons plaisent. On a envie que le public les reçoive, donc, ça fait plaisir…

Emma Solal © Stéphane Chouan

Avant de vous quitter, je ne peux pas ne pas vous demander qui étaient vos idoles quand vous étiez ados ?

Ce n’est pas très original, mais j’étais très très fan de Barbara et j’avais aussi une autre idole, très différente de Barbara, c’était Jean-Jacques Goldman. Je le trouvais très séduisant. J’adorais Michael Jackson aussi. Ce n’était peut-être pas une idole, mais je l’aimais beaucoup. Françoise Hardy aussi… C’étaient des personnalités avec des musiques très différentes qui me touchaient. Et j’allais oublier La Callas ! J’écoutais beaucoup de musique classique parce qu’on en écoutait beaucoup dans ma famille. Ma mère organisait des concerts de musique classique. Moi-même j’ai commencé en chorale, donc la musique classique a joué beaucoup aussi…

Pour mettre une conclusion à l’échange que nous venons d’avoir, comment décririez-vous vos « Robes du Soir » en quelques mots ?

Mes « Robes du Soir » sont très différentes les unes des autres. Elles ont des couleurs différentes. Elles ont une certaine élégance et un certain mystère…

Et cette histoire de Tour Eiffel… vous voulez toujours la racheter ? [en référence à la chanson « J’ai racheté la Tour Eiffel »]

(rires) Mais bien sûr ! Nous sommes en plein pourparlers avec le gérant ! Mais les négociations s’annoncent difficiles !! (éclats de rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 29 août 2012.

-> Site officiel : http://emmasolal.com/









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