Le quatrième album d’Usthiax, « MMXI », est dans les bacs depuis le 17 septembre dernier et il est surprenant ! Nous avons été à la rencontre de Mathias afin qu’il nous explique pourquoi il a décidé de bousculer les habitudes… Lui qui nous avait habitués à des chansons folk acoustiques revient avec un album carrément électrique pour le moins déconcertant. Et ça fonctionne ! En gardant son essence (le souci du mot juste et de la mélodie accrocheuse), Usthiax explore de nouveaux terrains pour notre plus grand plaisir. Rencontre avec Usthiax, un artiste authentique et audacieux. IdolesMag : « MMXI » marque un réel changement dans ton répertoire. Il est beaucoup plus électrique et moins folk. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Usthiax : Le fait de ne pas vouloir toujours faire la même chose. La curiosité d’aller vers d’autres horizons. J’avais l’impression d’avoir bien défriché l’endroit où j’étais, la musique folk… J’avais l’impression que je tournais un peu en rond. Et donc voilà, j’avais envie de découvrir de nouvelles choses. Je prends souvent l’image d’une clairière pour en parler. J’avais envie d’aller dans une nouvelle clairière, je me suis lancé dans un sentier que je ne connaissais pas et je suis arrivé dans cette nouvelle clairière où je ne connais pas beaucoup de choses. Ça me passionne et ça me remplit d’une nouvelle soif de musique. Et ça, c’est très bien. Pour reprendre ton image de la clairière et du sentier, as-tu emprunté d’autres sentiers avant d’arriver à cette clairière ? Non. Pas du tout. Après avoir enregistré « Bleu Palpitant », mon disque d’avant, je l’avais joué pas mal sur scène, on a commencé à discuter d’un nouvel album avec mon label. Ils m’ont proposé des gens avec qui j’aurais pu travailler. J’ai donc rencontré tous ces gens-là, mais je ne sentais pas vraiment la chose… Je savais qu’on ferait des choses certainement très bien mais qui moi ne me surprendraient pas, et qui ne surprendraient pas le public non plus. J’avais avant tout envie de me surprendre moi et me prendre un peu à rebours. Et puis aussi surprendre le public qui s’attendait à des chansons folk, des fois un peu rock. Là, le changement est radical.
Simon a des qualités humaines avant toute autre chose. C’est quelqu’un de chaleureux, quelqu’un de simple, quelqu’un d’humble et de disponible. Et ce qui m’a aussi beaucoup plu, c’est que c’est quelqu’un qui connait très bien toute cette musique-là. Il est issu de ce monde-là. Je me suis senti bien accompagné on va dire. Je savais qu’il ne ferait pas n’importe quoi, juste pour faire un disque et prendre les sous. Il avait à cœur de faire un bon disque lui-aussi. Il n’aurait jamais mis son nom s’il n’avait pas fait quelque chose dont il était fier. Donc, c’est ce genre de choses-là qui m’ont plu chez Simon. Aussi le fait que c’est quelqu’un de très doué et d’artistiquement super intéressant. Tu as déclaré dans une interview à propos de Simon que tu avais besoin que quelqu’un te dise « non ». Pourquoi ? Avais-tu le besoin d’être « recadré » ? Pas forcément recadré… Je vais encore reparler de mon précédent disque, mais sur « Bleu Palpitant », le réalisateur n’a pas vraiment été un réalisateur. C’est quelqu’un avec qui on a enregistré les choses, avec qui j’ai fait tout ce que je voulais faire, mais il n’y a pas eu un seul moment où il m’a dit « ça, ça ne marche pas super bien. Regarde, on va essayer autrement, on va faire comme-ci ou comme ça ». J’étais aussi un peu plus réfractaire parce que j’étais un peu plus jeune. Je n’ai pas réalisé qu’il fallait mettre de l’eau dans son vin, et surtout de temps en temps laisser quelqu’un d’autre mettre de l’eau dans son vin. Donc, c’est important que quelqu’un te dise « non » parfois. Non pas parce que j’en avais besoin absolument, mais parce que ça produit une musique hybride. Ça autorise le métissage en fait. Et c’est très bien. Es-tu un artiste prolifique ? Ou bien chaque note et chaque mot a-t-il son poids ? Je n’écris pas énormément, je ne suis pas très prolifique… ni même prolixe ! Je fais effectivement très attention aux textes que j’écris et je pèse chaque mot. C’est la même chose dans mes compositions. Même si sur ce nouveau disque, il y a plein de choses très très simples, du moins qui paraissent simples, ces choses très simples sont pensées et réfléchies. Ce n’est pas juste parce que ça sonne bien que j’emprunte tel ou tel mot. Il y a d’ailleurs des choses très simples sur lesquelles on a travaillé des heures et des heures sans y arriver. Et puis, tout d’un coup, bing, on trouve le truc, cette espèce de ciment qu’il nous fallait pour que ça marche bien.
Les choses simples sont très souvent faussement simples. Le résultat peut paraître simple, mais le cheminement pour y arriver ne l’est pas forcément. Pars-tu le plus souvent de quelques mots ou quelques accords ? Je dirais que c’est un peu des deux. C’est des fois des mots, des fois des notes, des fois les deux en même temps. Je n’ai pas vraiment de règle. Je joue souvent de la guitare et je laisse venir les choses qui m’intéressent. Après, j’enregistre des petits bouts, et parfois, ces petits bouts je les développe jusqu’à en faire une chanson. Et puis, j’imagine une mélodie et j’écris un texte dessus. Mais ça m’arrive aussi d’avoir des textes sur lesquels je n’ai pas encore posé de mélodie. Parfois, c’est juste un rythme que je pose sur le texte. Et comme par hasard, ce texte peut parfaitement coller avec une musique qui n’a rien à voir et que j’avais faite auparavant. Je n’ai pas de méthode préconçue… Écris-tu depuis longtemps ? Ça fait longtemps, oui. J’avais des groupes quand j’étais ado, et j’écrivais les textes des chansons.
C’était plutôt une échappatoire, c’était un truc qui était à moi, qui me concernait moi. J’écrivais souvent sur des sujets intimes. Je suis quelqu’un d’assez taciturne, et donc écrire me permettait de m’exprimer peut-être un peu mieux, ou différemment en tout cas, que quand je m’exprimais par la parole. C’est un exutoire d’écrire. Et ça l’a toujours été… que ce soit dans les textes que j’écris pour la musique, ou dans les lettres que j’écris. J’ai eu des correspondances très assidues et fournies avec quelques personnes. L’écriture m’a toujours fait beaucoup de bien, ça a toujours été un grand plaisir d’écrire. J’imagine que tu es plutôt papier/crayon qu’ordinateur… Ah oui ! C’est stylo ou papier/crayon. Sur ordinateur, je n’arrive pas à écrire. Je n’y pense même pas. J’ai besoin de physique quand j’écris. J’ai besoin de pouvoir raturer, dessiner sur la feuille, de pouvoir la plier et la mettre dans ma poche aussi pour y revenir après. Je suis resté encore un peu artisan là-dessus…
Parce que cet album était censé sortir en 2011 et qu’il comprenait 11 titres ! (rires) Et puis, les petits soucis que j’ai eus avec mon label ont fait que ça a pris plus de temps que prévu. Le disque est donc fait depuis un certain temps, mais il ne sort que maintenant. Et puis aussi parce que j’avais choisi un visuel particulier. J’avais décidé de travailler avec le « Boogle » dans lequel « Usthiax » s’écrit parfaitement bien. Et donc, il restait quatre lettres à placer au milieu et je voulais trouver quelque chose qui allait bien là-dedans. C’est là que j’ai eu l’idée d’écrire 2011 en chiffres romains. Même si l’album est sorti en 2012… 2012, ça ne marche pas en quatre lettres en chiffre romain !! (rires)
Pourquoi avoir fait le choix de ce « Boggle » pour le visuel de la pochette et non ta tête comme on le fait plus traditionnellement ? Parce que j’en ai un peu marre de mettre ma tête ! (rires) Pour moi, ce n’est pas forcément important de montrer son visage sur un album. Même si c’est bien pour illustrer une interview par exemple. Là, je veux bien qu’on mette le visage de la personne, ça fait un lien avec ses propos, avec ce qu’elle raconte. Une interview, c’est un échange, donc la photo se justifie. Mais un disque, pour moi c’est vraiment un objet artistique. Et mon visage n’est pas forcément artistique. Je trouve ça plat de mettre un visage en visuel, à moins qu’il y ait une recherche visuelle ou un vrai travail de l’image. C’est aussi un peu « m’as-tu vu ? » de mettre tout le temps son image. Il y a des gens qui le font très bien, mais moi j’ai un peu de mal avec ça. Je préfère une image forte plutôt qu’un visage… De toutes les chansons qui figurent dans l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse que les autres ? Pas forcément à propos de ce qu’elle raconte, mais peut-être en rapport avec les conditions d’enregistrement ou ce qui s’est passé autour de la chanson ?
Tu viens de me parler d’Archie Shepp. Qu’est-ce qu’on écoutait comme musique chez toi quand tu étais gamin ? On écoutait beaucoup de musique anglo-saxonne. Je n’ai pas écouté tellement de chanson française. On écoutait plein de choses. Mon père jouait de plein d’instruments différents et il nous a filé cette passion à mon frère et moi. Je passais mon temps, après l’école, à écouter ses vinyles et à jouer de la guitare. Toujours un peu sur ses traces. C’était des disques des Beatles, des Rolling Stones, de Frank Zappa, Keith Jarrett, les Who… Plein de choses en fait. Et là-dedans, on trouvait tout de même Higelin, Bashung, Dick Annegarn, CharlÉlie Couture…
Je lui ai écrit un mail en 2002 ou 2003. Je venais de faire ma première maquette et je la lui ai envoyée, un peu comme une bouteille à la mer dans le port où habite CharlÉlie Couture. Il m’a répondu. J’ai été très surpris qu’il me réponde. Il m’a invité à venir le voir et à lui faire écouter ce que je faisais. Notre relation est née de là. C’est une belle relation d’amitié. Il me suit depuis toujours. C’est quelqu’un de très fidèle. Il fait attention à ça. Il est très attentif au parcours que peuvent emprunter les gens qu’il a pu aider à un moment donné ou dont il a pu apprécier le travail.
Peux-tu me raconter d’où vient ton pseudo, « Usthiax », pour le moins original ? (rires) Ça vient de l’époque où j’étais à la fac. Je faisais de l’ancien français à la faculté d’Aix-en-Provence. Un jour, j’ai rendu un partiel. J’étais très en retard, j’étais un des derniers dans la classe à ne pas avoir encore rendu sa copie. Le professeur vient à ma table et commence à tirer la feuille. J’ai donc écrit très rapidement mon nom, Mathias Berthier, en haut de la feuille. Il a donc récupéré la copie et la semaine d’après, en rendant les copies, il appelle « Usthias Bernier ». On a beaucoup rigolé. Et un des amis avec qui je traînais mes guêtres à la fac avait un petit défaut de prononciation et donc le Usthias est devenu Usthiax. Je trouvais ça excellent et génial. Du coup, il m’appelait tout le temps comme ça et à l’époque, beaucoup de personnes m’appelaient comme ça aussi. J’ai gardé ce pseudo en clin d’œil à cet ami que j’aimais beaucoup et que je ne vois plus maintenant. C’est un souvenir de notre amitié.
Ah non ! J’adore ça. J’y vais en courant, même ! (rires) La scène, c’est l’essentiel. C’est une façon d’avoir confiance en soi. Ce sont des sensations uniques. On éprouve beaucoup de plaisir à jouer de la musique pour soi, à créer des choses, à composer, à répéter avec les musiciens. Mais monter sur scène, c’est encore autre chose. C’est unique. Toutes les sensations que tu peux éprouver sont comme boostées à travers les yeux du public qui te regarde. Du coup, il se passe toujours des choses super intéressantes. Mais bon, ça fait très peur aussi. J’ai toujours un peu de trac, mais c’est toujours super grisant. On est comme un peu saoul quand on sort de scène… Je le recommande d’ailleurs à tout le monde ! (rires)
Je suis excité. Pas angoissé… Là, on est justement en train de répéter avec mes musiciens. Le travail avance bien. Les morceaux sonnent bien comme je voulais qu’ils sonnent. On est à la fois très proches du disque et suffisamment différent pour que ce ne soit pas une copie conforme et que les gens ne s’ennuient pas. Donc, tout ça, ça me plait bien. On a a trouvé le juste milieu entre la copie et la chose complètement différente. Donc, non, je ne suis pas angoissé, mais j’ai tout de même une petite forme de stress. C’est bon d’avoir une petite pointe de stress, sinon, on se repose sur ses lauriers. Quand on a l’impression d’être le meilleur, c’est là qu’on prend un gros râteau ! Propos recueillis par IdolesMag le 7 septembre 2012. -> Site officiel : http://www.usthiax.com/ Tweet |
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