Cerrone revient en cet automne 2012 avec une double compilation, « ADDICT », comprenant tous ses plus grands succès dans leur version originale, les mêmes remixés par les plus grands (Armand van Helden, Joachim Garaud, Bob Sinclar…), ainsi que deux inédits chantés par la jeune Adjäna. Nous avons donc été à la rencontre de Marc afin qu’il nous dise ce qui a été le moteur de ce nouveau projet, il nous expliquera notamment qu’il a voulu revenir aux fondamentaux. Nous ne manquerons pas non plus d’évoquer sa rencontre avec Adjäna et ses nombreux projets. Cerrone nous avouera qu’il adore Lady Gaga, Katy Perry et Coldplay et nous donnera sa vision de l’explosion de l’électro à l’heure actuelle. Rencontre en C mineur avec Cerrone. IdolesMag : Quand est né ce nouveau projet, « ADDICT » ? Cerrone : Déjà, je voulais retourner aux fondamentaux. Je voulais refaire les titres en acoustique, pas au computer, mais avec de vrais musiciens. Je voulais jouer mes morceaux comme je les jouais à l’époque. En plus, musicalement, et au niveau des orchestrations, je voulais quelque chose de hors format, quelque chose qu’on n’entend pas forcément actuellement. Donc, c’est comme ça au départ que c’est venu. Ensuite, c’était tellement proche de ce que je faisais à l’époque, même si j’ai mis des années à refaire ce style de musique, du moins avec ce genre d’orchestrations sans avoir l’air vieux, que l’évidence d’un best of s’est imposée. Donc, l’album « ADDICT » sort le 8 octobre prochain, c’est en fait un double album avec deux titres originaux, dont « Good Times I’m in Love », inclus à un best of, et le deuxième album, c’est exactement les même titres que le premier, sauf qu’ils ont été remixés par de très gros DJ comme Armand Van Helden, Armada, David Morales, Francky Knuckles… Ce sont de très gros DJ et gros producteurs. Ils ont chacun remixé un titre et je suis assez content parce que ça fait un package de mes premiers titres d’il y a trente-sept ans à ceux d’aujourd’hui… Et je me rends compte qu’ils n’ont pas pris une ride par rapport à « Good Times I’m in Love » !
Oui, pratiquement tous. Et puis, j’ai cette chance, sans aucune prétention, de n’avoir encore jamais appelé quelqu’un et qu’il me réponde par la négative… Non, ils sont tous toujours très gentils avec moi, en me flattant, en me disant que c’est un honneur, machin… Que si je n’avais pas fait ça, ils ne seraient peut-être pas là aujourd’hui !... Donc à chaque fois, ça m’émeut, c’est très gentil. J’ai cette chance-là ! Disons qu’avec l’âge on prend des rides, mais d’un autre côté, on a acquis une certaine… oh le terme est mal choisi pour le métier, mais disons une certaine « respectabilité ». Disons qu’il y a une grande tendresse de la part des jeunes qui sont là aujourd’hui. Est-ce vous qui leur avez demandé de remixer tel ou tel titre ou bien sont-ce eux qui ont choisi les titres qu’ils voulaient remixer ? Ça s’est fait d’un commun accord… Moi, je suggère et souvent quand je suggère quelque chose, ils me suivent. Quand j’ai suggéré le titre à Armand Van Helden, c’était une évidence. Il m’a dit tout de suite « Ah oui, super, je le fais et après écoute, tu me dis si tu aimes ». Et évidemment, c’était génial quand je l’ai reçu.
Pour faire un petit jeu de mot… Je suis « ADDICT » à cette musique ! Malgré les modes qui sont passées, et en trente-sept ans il y en a eu quelques-unes, je suis toujours resté imperturbable dans mon style. Évidemment, ça vous met dans l’ombre quand d’autres styles arrivent, vous pouvez même de temps à autres avoir une image un peu has-been, mais en tout cas, le fait de faire beaucoup de scène et le public quand il vient me voir dans les concerts, il s’attend à entendre ce que je joue, mon style, quoi… eh bien, ça m’a évité de me faire attraper par les radios ou le show-business qui avait tendance à me dire qu’il fallait évoluer, qu’il fallait aller dans telle ou telle autre direction… Je n’ai jamais voulu. J’imagine que le 8 octobre, on pourra se procurer votre album en CD, en vinyle et en digital. Mais avez-vous songé à un nouveau support physique comme vous l’aviez fait avec « Celebrate » qui était sorti sur carte SD ? Non. Là, on va le sortir sur les supports traditionnels… Enfin, si on peut encore les taxer de traditionnels ! (rires) Quand on voit tout ce qui se passe en digital sur le web, on ne peut plus appeler ça « traditionnel ». Mais par contre, oui, on va sortir du vinyle et notamment le double album et des maxis. Chaque remix de chanson que j’ai choisi de mettre sur l’album n’est pas le seul que j’ai reçu. Ils en font toujours trois ou quatre. Donc, chaque titre, enfin peut-être pas chaque titre, mais les titres qui seront extraits, bénéficieront d’un tirage avec tous les remixes que j’ai reçus. Ça va faire un bon nombre de 12 inches…
Vous qui avez connu la pleine époque du vinyle et du CD, leur disparition vous chagrine-t-elle ? Non, pas plus que ça parce qu’il est remplacé par internet, et internet donne tellement de possibilités ! J’ai regretté le vinyle, parce que c’était de belles images et de beaux visuels. On se cassait en quatre pour faire de belles pochettes qui parlaient vraiment à ceux qui les regardaient. Je pense notamment à « Supernature » ou « Cerrone’s Paradise » et quelques autres… Le CD est arrivé ensuite et il a commencé à couper un peu tout ça. Par contre, aujourd’hui avec internet, quand vous allez écouter ou regarder un titre sur Youtube, iTunes ou n’importe quel autre support, en un clic ça peut vous amener sur un site où on peut raconter plein de choses, ça vous envoie dans un tas de directions pour ceux qui veulent bien se balader. Avec un support physique, on ne pouvait rien faire. On avait ce qui était écrit sur le livret, juste cinq ou six pages, et puis, point barre. Non… je trouve qu’internet n’a rien réduit au niveau musical. Je m’en suis d’ailleurs bien expliqué depuis l’apparition de l’Hadopi en France. Non, non, non, internet ne tue pas la musique ! Au contraire, on n’a jamais autant consommé de musique ! Peut-être que les maisons de disques gagnent moins d’argent, mais ça c’est leur problème !
J’aimerais parler un instant d’Adjäna, qui chante les deux inédits qui figurent sur l’album. Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontrée ? « Good Times I’m in Love » était enregistré, et pas encore tout à fait fini au niveau des orchestrations. Mais j’avais déjà choisi une voix lead qui avait très bien chanté le titre d’ailleurs… Et un ami a vraiment tenu à me présenter cette jeune artiste, elle est venue me voir à mon studio et dès le premier regard, je l’ai trouvée très charismatique. Cet ami a commencé par me faire écouter ses chansons, puisqu’elle est auteure-compositeur. Là, je me suis dit que c’était incroyable, que c’était vachement bien. Et puis, j’ai commencé à lui faire écouter ma nouveauté, « Good Times I’m in Love », elle a adoré. Elle m’a dit qu’elle adorerait chanter un titre comme ça. Je lui ai demandé si elle rigolait. Elle m’a dit que non, que c’était très différent de ce qu’elle chantait habituellement, elle est plus dans le « pop urbain », et elle ne s’est pas grattée, elle m’a carrément dit qu’elle avait envie de faire un essai ! On l’a fait, et c’était assez incroyable ce que j’ai entendu. Donc, après, ça a demandé un certain nombre de jours pour mettre ça bien en place. Et c’est devenu rapidement une évidence que je ne pouvais plus me séparer de cette voix. Donc, on a fait trois chansons ensemble, dont deux qui se retrouveront dans l’album, « Good Times I’m in Love » et « Watch Gonna Do ». J’en suis ravi, c’est une réelle rencontre artistique, ce n’est pas du tout un featuring.
Pourquoi pas ? Mais on n’en est pas là… Autant déjà profiter et bien vivre le plaisir qu’on prend actuellement. En plus, comme en France et sur le plan international, c’est en train de très bien se passer, profitons déjà de manière goulue du plaisir d’aujourd’hui. On verra de quoi demain sera fait. On va déjà être ensemble un certain nombre de mois, puisque comme le premier single vient de sortir, le deuxième ne sortira pas avant novembre. Donc, on aura déjà passé une belle année ensemble. Après, tout peut dériver. C’est comme dans l’amour… on fera des bébés si tout va bien ! (rires) Va-t-il y avoir un show ou un évènement live autour de la sortie de « ADDICT » ? Ce n’est pas impossible, mais aujourd’hui, très sincèrement, on ne l’a pas encore décidé.
Oh, vous savez, c’est mon métier. C’est ma vie. Je dirais presque que j’ai fait des disques pour avoir du contenu et les mettre en lumière. Mais les salles, il faut les remplir à un moment donné. Si j’ai voulu faire ce métier et que je me suis battu pour tenir et tenir, c’est pour faire de la scène. Je ne conçois pas un artiste qui ne fasse pas de scène. Aujourd’hui, comme nous en parlions tout à l’heure, le disque est un peu en perdition, oui, mais il y a tellement d’autres ressources pour les artistes qui compensent largement les pertes qu’on a sur la vente du physique, et notamment la scène. Alors, les artistes qui sont uniquement interprètes, qui ne sont ni compositeurs, ni auteurs et qui ne se montrent pas sur scène… ceux-là vont avoir un peu de mal à survivre ! Aviez-vous des idoles quand vous étiez ado ? Oui… j’ai eu un groupe qui m’a beaucoup marqué, il a marqué mes orchestrations aussi, c’est « Chicago ». Hendrix, Santana… c’étaient mes idoles aussi. Je n’étais pas fan, mais ils étaient mes idoles. Quel est le premier disque que vous avez acheté ? Je crois que c’était un double album sur Woodstock. Ça devait être en 1972, quelque chose comme ça. L’avez-vous réécouté récemment ? Oh, vous savez, Woodstock, on n’a pas besoin de le mettre dans sa discographie. Il y a toujours des extraits qui passent, que ce soit Hendrix ou Santana. Ce n’est pas mort du tout, ce sont devenus des classiques !
Vous qui avez été un des précurseurs de la musique électronique en France, quel regard jetez-vous sur l’explosion de l’électro à l’heure actuelle ? C’est difficile ! [Marc réfléchit] Il y a tellement de bonnes choses et tellement de mauvaises ! Je dirais que les DJ, puisque cette musique vient d’eux à la base, ont boosté la production qui elle-même a boosté l’interprétation. Je trouve que les voix féminines ou masculines, aujourd’hui, ça chante ! Quand on écoute des disques d’aujourd’hui et qu’on les compare aux années 80, qui pourtant sont considérées comme une bonne période, quand on écoute comment on chantait dans les années 80 et comment aujourd’hui ça envoie, il y a une vraie évolution. Et ça, c’est vraiment le côté positif. Les productions sont vraiment bien léchées aujourd’hui. Le manque que j’aurais aujourd’hui, c’est le manque mélodique, le côté pop. Dès qu’il y a un côté mélodique et pop dans de l’électro, ça devient Black Eyed Peace, ça devient Lady Gaga… ça devient énorme en d’autres termes ! Et ça, c’est tellement il y a aujourd’hui un manque de composition et de mélodie chez les DJ qui sont et restent simplement DJ. Récemment, qu’est-ce qui a émoustillé vos sens musicalement ? Oh… Il y a plein de choses, dans des horizons musicaux très différents les uns des autres. J’adore Coldplay, j’en mange de manière très goulue ! J’adore Lady Gaga, cette fille a vraiment quelque chose, ce n’est pas simplement une remplaçante de Madonna. Elle a un vrai talent. Quand on découvre tout ce qu’elle a fait, c’est hallucinant ! J’adore Katy Perry et Rihanna. Beyoncé est pour moi la number one. Il y a tout de même plein de bonnes choses en ce moment… Pour reprendre votre expression, si on veut s’émoustiller, on a de quoi faire !!
Il y a donc trois inédits avec Adjäna, dont deux vont se retrouver sur « ADDICT », pourquoi ne pas en avoir glissé quelques autres ? Vous voulez que je vous dise la vérité ? Soyons fous ! (rires) (rires) Je n’ai pas osé… Parce que je suis quand même hors format. Tout est aujourd’hui tellement formaté !... Et pourtant, vu les échos que j’ai eus, je me dis que si ça continue comme ça, ça va me permettre de refaire un nouvel album derrière d’ici un an ou un an et demi avec douze ou quinze titres originaux. Ou alors moins de titres, parce que comme vous le savez, j’ai toujours aimé faire des titres très très longs. En plus, il y a une chose certaine aujourd’hui, c’est que les jeunes qui consomment de la musique, ça passe par la toile. Et moi mon style de musique et ma consommation passe aussi par la toile. Aujourd’hui, les gens qui achètent des titres, achètent rarement tout un album, en tout cas de moins en moins, ils achètent un titre ou l’autre. Donc je me suis dit qu’il fallait que je revienne à mes fondamentaux et qu’on verrait bien comment les choses se passent…
Vous savez, j’ai un studio à demeure. Je vis entre la France et les États-Unis. Que ce soit là-bas ou ici, j’ai un studio avec un ingénieur qui vient tous les matins. Il vient travailler à l’année comme on dit ! Donc, il y a des jours où on ne fait rien. Quand je n’ai pas envie, il a toujours des choses à faire parce qu’il fait beaucoup d’internet aussi. Et puis, j’ai pas mal d’implication dans les musiques de films et les pubs, donc, il a toujours du travail ! Et quand j’ai envie, je lui dis, « tiens, prépare tout, j’arrive dans une demi-heure ! » Et ça se passe comme ça. Je le reconnais, c’est un vrai luxe quand on a la chance d’avoir un home studio et un ingénieur à demeure. Pour moi, c’est vraiment ce que j’appelle le luxe… Propos recueillis par IdolesMag le 3 juillet 2012. -> Site officiel : http://www.cerrone.net/ Tweet |
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