Laetitia Dana sortira son premier album en fin d’année. En attendant, elle nous propose son premier single, « Courant d’Air », dans une veine nu soul. Nous avons été à la rencontre de Laetitia afin qu’elle nous parle de son projet. Elle ne manquera pas de revenir sur son parcours, elle qui a travaillé pendant quelques années dans la communication et qui a participé à « L’École des Fans » avec La Compagnie Créole ! Rencontre avec Laetitia Dana, une artiste positive et solaire… IdolesMag : Peux-tu dans les grandes lignes me dire d’où tu viens et qui tu es? Laetitia Dana : Je suis avant tout une véritable parisienne ! Je suis née à Paris, j’ai grandi à Paris. Ma mère est tunisienne et mon père est originaire de Côte d’Ivoire. Vive le melting pot ! (rires) Et donc j’ai grandi dans cette grande ville que j’aime par-dessus tout et de tout mon cœur. Je suis aussi un petit boute-en-train. Je rigole tout le temps, je fais des pitreries, je n’arrive pas à me prendre au sérieux. Et puis, je chante tout le temps… Écoutait-on beaucoup de musique chez toi quand tu étais gamine ? Figure-toi que pas tant que ça ! Mes parents ne mettaient pas plus de musique que ça, mais par contre, moi, je fredonnais tout le temps, je chantais tout le temps. J’habillais le silence en quelques sortes. Je ne pousse pas la chansonnette tout le temps, je ne suis pas une Castafiore non plus ! (rires) Mais plutôt comme un petit oiseau…
La musique qui était accessible pour moi à l’époque, c’était celle des grandes radios. À l’époque, j’écoutais Doc & Difool sur Skyrock, où on passait du bon vieux R’n’B des années 90, Aaliyah, Destiny’s Child… tout ce qui pouvait être du bon R’n’B de cette époque. J’écoutais un peu tous ces gros groupes-là. On passait aussi beaucoup de hip hop assez qualitatif à l’époque. Ensuite, quand j’ai été en mesure de pouvoir choisir moi-même ma musique, je me suis orientée vers la soul et la nu soul. J’ai aimé le jazz beaucoup plus tard. Il m’a fallu une certaine maturité avant de pouvoir apprécier la musique sans parole et sans mélodie vocale, la mélodie tout simplement. Et j’ai pris une claque, c’était en 2008, ça ne fait donc que quatre ans que j’aime le jazz finalement. J’avais acheté un coffret de Miles Davis à New-York juste parce que je le trouvais beau. C’était un très bel objet à mettre à la maison. Évidemment, en arrivant à la maison, j’ai mis le CD dans l’ordi et j’ai pris une claque. Je n’avais jamais eu l’opportunité d’écouter du jazz, là, je l’ai eue et j’ai adoré à 300%... Du coup, la musique que je fais aujourd’hui, c’est vraiment une influence de tout ça. Tu viens de me parler de ton très beau coffret de Miles Davis. Le support physique reste-t-il donc important à tes yeux ? Ah oui, complètement. J’aime l’objet, j’ai le culte de l’objet. Et puis, tu apportes un univers visuel à l’auditeur à travers l’objet, son contenu, le livret, les photos… Même la typographie est très importante. Un album, c’est un ensemble. C’est tout un univers qu’un artiste amène avec lui et ses chansons. Il y a donc les chansons, mais aussi les prestations scéniques, et l’objet physique… ça compte énormément pour moi. Tu as fait « L’École des Fans »… Oui… (rires) Quels souvenirs gardes-tu de cette émission ? J’étais tétanisée ! J’avais cinq ans et demi. J’étais devant un parterre de 2500 personnes… plus les balcons qui se perdaient dans l’ombre du fond de la salle. Je ne comprenais pas vraiment ce qui m’arrivait, j’étais au milieu de tout ça… j’étais tétanisée, c’est vraiment le mot ! Qui était l’invité ? La Compagnie Créole ! Et puis surtout, il y avait un truc magique et féérique pour l’enfant que j’étais à l’époque… On avait de très petits moyens à la maison, on était assez modestes. Et à la fin de la chansonnette, on se retrouvait avec une montagne de cadeaux et ça, c’est aussi un bonheur dont je me souviendrai toute ma vie. On était venus à 10 et pourtant on a galéré pour tout ramener à la maison avec le métro tellement j’avais reçu de cadeaux !! (rires) C’était vraiment magique.
Voulais-tu déjà devenir chanteuse à l’époque, ou bien sont-ce tes parents qui t’ont poussée à participer à l’émission ? Mes parents ne m’ont pas poussée du tout. Ma mère m’a inscrite à « L’École des Fans » parce qu’on le lui avait suggéré comme je chantais tout le temps. Mais non, je ne voulais pas devenir chanteuse, pas tout de suite… Je chantais vraiment tout le temps, c’est quelque chose qui fait vraiment partie de mon environnement depuis toujours, mais de là à en faire un métier, il y avait une marge. Ça, c’est venu assez tard. Tu sais, je suis vierge, donc, j’ai un côté très rêveuse et très terre à terre aussi. Et ce côté bien ancrée dans la terre, bien raisonnable et très pragmatique, je l’ai eu jusqu’il n’y a pas longtemps. Du coup, je ne me voyais pas lâcher un boulot pour des lendemains incertains… Il y avait aussi tout un confort de vie. Donc, me lancer dans la chanson, ça a été un vrai coup de poker. Du moment où j’ai commencé à toucher ça du bout des doigts, en tant que femme, ça a été une évidence…
Quand as-tu commencé à écrire des chansons ? J’écris des poèmes depuis que je suis toute petite. J’ai commencé par des poèmes, pas du tout des chansons. C’étaient des textes qui ne se prêtaient pas particulièrement à être mis en musique. C’était comme un exutoire pour moi. Je suis fille unique, donc enfant, je tapais des conversations avec le papier. Je suis quelqu’un de très positif dans la vie, donc j’écrivais plutôt mon côté obscur sur le papier parce que ce n’est pas quelque chose que je partageais dans mes relations humaines. C’est quelque chose que j’ai fait pendant très longtemps, depuis l’âge de 6 ans. J’ai commencé à me dire que ce serait cool de transformer cette facilité pour l’écriture en couplet/refrain un peu plus tard, vers l’âge de 20 ans. Là, je me suis dit que ce serait cool de travailler mon écriture de manière à ce qu’elle soit chantée.
Entre autres… parce que, je vais te dire… je suis beaucoup plus attachée à la sonorité musicale parfois qu’au mot lui-même. Alors… c’est important qu’il n’y ait pas de confusion dans ce que je te dis. Je ne dis pas que je serais prête à dire n’importe quoi si ça sonne bien non plus !! Il faut qu’il y ait un sens. Pour t’expliquer un peu ma manière de travailler, je vais d’abord poser un yaourt sur une instru pour que la musicalité de la mélodie vocale colle bien. Il faut que la mélodie soit efficace. Et une fois que j’ai trouvé le bon yaourt, j’écris mes mots dessus. Je vais plus dans ce sens-là que dans le sens inverse. Écris-tu beaucoup de chansons en moyenne ? J’écris beaucoup. Après je ne te le cache pas, comme beaucoup d’artistes, pendant trois ou quatre mois, il n’y rien qui va venir. C’est qu’il n’y a rien dans ma vie ou mon environnement qui va me donner envie d’écrire. Et puis, dans les quatre mois qui vont suivre, je ne vais pas arrêter. Ça peut n’être que trois ou quatre lignes qui ne seront pas forcément mises en musique, mais je vais écrire. Quels sont tes premiers pas dans la musique ? J’ai travaillé pendant 8/10 ans dans la communication et j’ai toujours eu un pied dans la musique. Tous les gens que je rencontrais savaient que je chantais un petit peu, que j’avais une voix plutôt jolie, donc du coup, on m’a présenté des beat makers qui avaient besoin d’une voix témoin pour leurs compositions. Les morceaux étaient tous faits, il n’y avait aucune part de création. On me demandait de poser ma voix pour proposer ces titres à d’autres artistes plus connus. On va dire que ce sont mes premiers pas en studio, c’est à cette époque que j’ai commencé à rencontrer de vrais professionnels, que j’ai côtoyé un micro pour la première fois, que j’ai appris à harmoniser ma voix, etc… C’était un vrai travail, mais ce n’était pas pour autant que j’avais décidé de faire de ce métier une carrière. Je travaillais donc dans la comm’, et je faisais mes premiers pas en studio.
Il m’a fallu un temps d’adaptation parce que je suis très dans l’humain et dans le contact direct, du coup, le fait d’être enfermée dans une cabine, avec un son dans le casque qui ne correspond pas au son que tu entends quand tu t’entends chanter sans casque, ça ne m’a pas plu tout de suite. Ça me paraissait bizarre comme façon d’appréhender la musique. Mais ça, c’était au début. J’ai été super bien drivée. Donc, j’ai été super bien épaulée pour mes premiers pas en studio. Mais c’est vrai qu’au tout début, j’ai été un peu déroutée. Ce qui m’intéresse, c’est la scène, les lives, les contacts et les rapports humains. « Courant d’air » est née quand ? Elle est née il y a un an de ça. Je faisais des ateliers d’écriture avec la co-auteure de ce titre, qui s’appelle Doris Lanzmann. C’est une fille qui est absolument formidable. C’est une très bonne amie. On s’est posées toutes les deux en été, et on a fait des petits ateliers d’écriture. Elle a vraiment une plume d’une finesse exceptionnelle. Et pour moi, chanter en français, c’était vraiment un très gros challenge.
Pourquoi ? Parce que je n’ai que des influences anglophones et que la langue française ne sonne pas vraiment groovy comme l’anglais. Du coup, j’ai essayé de garder cette fluidité et cette musicalité dans les mots français, tout en respectant mes influences anglophones. En français, on a des « re », des « que »… ce n’est pas vraiment évident ! Il fallait vraiment trouver les bons mots. Et puis, en français, j’ai appris à ne pas vraiment rentrer dans le tas, il faut travailler tout en métaphores. Emmener les gens dans une histoire et un univers, c’est primordial en Français, contrairement à l’anglais où on peut aller « straight to the point » et employer des mots directs pour qu’ils soient compris d’une seule et unique manière. Le français se manie d’une façon nettement différente. Et du coup, « Courant d’Air » est né d’un de ces ateliers d’écriture avec Doris où elle a écrit un texte qui est la base de la chanson. Et puis, six mois après, un beat maker, Rémi Cluzeau, m’a proposé une instru. C’est d’ailleurs lui qui va réaliser mon album. En écoutant cette instru, je me suis dit qu’elle se prêtait vraiment à faire quelque chose en français, ce que je n’avais jamais fait. J’ai donc ressorti le texte de Doris et je l’ai remanié à ma manière, tout en gardant l’univers qu’elle avait posé sur le papier et tout en gardant également des rimes et des jeux de mots qu’elle avait utilisés. Je l’ai remanié à ma sauce et voilà, c’est comme ça qu’est né le titre…
Complètement. Par contre, une fois que j’ai eu l’instru dans les mains, le morceau a été très vite bouclé. Avec l’instru, tout est devenu évident. « Courant d’Air » bénéficie d’un clip. Oui, il est sorti il y a deux semaines à peu près [notre interview a été réalisée début juillet]. Est-ce que ça t’a plus le tournage ? Oh… disons que c’était assez abrupt pour moi, parce qu’on a tout fait en mode système D. On va dire que pour un premier clip, j’ai trouvé ça vraiment cool. Ça a été bouclé en quatre heures. C’était la première fois que je me faisais maquiller, que j’avais des conditions professionnelles d’un tournage. Et je suis vraiment contente du résultat vu les conditions dans lesquelles on l’a fait. Les mecs ont fait un super boulot. Après, c’est sûr qu’à l’avenir j’aimerais implanter un peu plus d’excentricité et de féérie, j’aimerais emmener les gens plus loin dans un délire qui correspondra à l’album et à mon univers aussi.
Ah non ! Dans la vie de tous les jours, j’ai déjà un côté un peu excentrique et assez… je ne vais pas dire exubérant parce que c’est peut-être un peu poussé… mais pétillant et avenant. Donc, oui, pour moi, l’image, ça compte énormément. J’ai un style que je me fais moi-même, je fabrique parfois mes fringues, donc évidemment, ça se retrouve dans mon projet musical. Et puis, c’est important qu’à travers la musique, il y ait un visuel qui parle. Il faut emmener les gens ailleurs, et évidemment, ça passe par l’image. Et je ne me force pas pour ça… C’est quelque chose que tu aimes bien… … que j’adore et que je plante ! Ça fait partie du package en tout cas…
Où en est ton album ? Le tracklisting est bouclé. Il nous reste quatre titres à enregistrer et finaliser. Ils sont déjà maquettés. La couleur est clairement plantée. On a tout ce qu’il faut. Même visuellement, je commence à avoir quelques idées pour planter un univers. C’est important qu’il y ait une cohérence entre l’univers scénique, l’objet physique et les chansons. Il y aura toute une déclinaison autour du projet. Quand tu as commencé à travailler sur cet album, savais-tu dès le départ la direction que tu allais prendre ou bien as-tu tâtonné un peu ? J’ai tâtonné un petit peu. L’album fera entre dix et douze titres. Plutôt douze que dix, d’ailleurs. Mais j’ai trente ou même peut-être quarante titres dans les tiroirs. Et évidemment, j’ai tâtonné à fond. Il y a des trucs qui me collaient moins bien à la peau que d’autres. Il a fallu que je trouve mon orientation musicale, du moins, celle de mon projet personnel, celle que je pourrai assumer jusqu’au bout, celle qui m’excite de jouer sur scène. Mais il a fallu bien sûr un petit peu de temps puisque j’aime énormément de styles musicaux différents. Il fallait que je sache où je voulais aller, tout en gardant une cohérence. Ça a pris une bonne année avant de trouver la direction. C’est essentiellement à travers la scène que j’ai trouvé cette direction. J’ai fait un maximum de scène pour avoir cette proximité avec le public et aussi pour savoir les titres qui marchaient et ceux avec lesquels je me sentais à l’aise sur scène. Il y a aussi ce que j’avais envie de revendiquer sur scène et ce que j’assumais peut-être un petit peu moins. Ça a été un an et demi de ma vie et maintenant, je suis sûre de moi ! (rires) Pour quand est-il prévu ? Pour la fin de l’année.
Bien sûr, mais il y a vraiment de tout. J’aime bien alterner entre les sujets légers et les sujets engagés, parce qu’il faut un peu de tout dans un album. Il faut prendre un peu de distance avec les choses et en même temps, il faut que ça fasse réfléchir. Il y a un sujet qui me touche particulièrement dans mon quotidien et qui revient dans deux titres, c’est l’individualisme que la société nous pousse à développer, et dans les grandes villes notamment. Comme je te l’ai dit, je suis parisienne et donc, l’individualisme pullule. Dans la rue, dans le métro, partout… On fait son boulot, on rentre dans son bloc, on regarde sa télé, on retourne au boulot le lendemain… Si ton voisin te demande de lui passer le sel, ça te fait ch*** de le lui donner… ça, ça m’ennuie vraiment. Je suis vraiment pour la communication et le dialogue. J’ai un titre notamment qui s’appelle « We rise », qui veut dire « Soulevons-nous ». En gros, il veut dire que unis, on arrivera à quelque chose, mais en restant chacun dans nos blocs, on va vers une société qui ne nous ressemble pas du tout et c’est une société dont au final, on n’a pas envie. Si tu te fais agresser par un mec et que tu lui lâche un sourire, il va se retrouver tout con ! Il te retournera un sourire en échange. C’est vraiment le message de ce titre et du titre « Graffiti » qui est un titre assez coloré, assez cool, assez dansant et entraînant où je dis qu’il ne tient qu’à nous de mettre un peu de couleur dans nos esprits et de la véhiculer pour que ça passe… Il ne faut pas s’enfermer dans le plus facile… J’ai vu sur ton facebook que tu revenais de Géorgie… Était-ce pour le boulot ? Oui. J’essaye de ne pas me cloisonner dans un style musical puisque j’aime tout. J’aime beaucoup la Deep House, c’est un truc qui me plait énormément. On y reprend énormément de soul et de nu soul dans ce style de musique-là. Je pense à Barbara Tucker qui est une grande voix de gospel. Je ne m’aligne pas du tout dessus, mais disons que les black voices se prêtent vraiment à ce style de musique-là. Et DJ Llorca a bien roulé sa bosse dans ce style musical. Je l’ai rencontré il y a de cela quatre mois à peu près. Il m’a invitée à Perpignan. On a fait quatre morceaux ensemble. Et là, il me proposait une date de DJ dans un club en Géorgie avec un live vocal. Il m’a proposé l’aventure et bien sûr j’ai accepté tout de suite. On a passé trois jours de folie là-bas à l’autre bout du monde. C’était une super expérience qui est dans un style complètement différent de ce que j’ai l’habitude de faire. Du coup, ça m’aide à sortir de mon projet et à y revenir en force. C’est toujours chouette d’avoir d’autres expériences à côté, ça nourrit toujours son propre projet. Absolument. Je suis vraiment friande de ça. J’ai besoin de prendre du recul et toucher un peu à tout pour être efficace dans ce que je fais… Propos recueillis par IdolesMag le 4 juillet 2012. -> Site officiel : http://www.laetitia-dana.com/ Tweet |
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