Interview de Arno Santamaria

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/06/2012.
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Arno Santamaria © Xavier Lahache

Le nouvel album d’Arno Santamaria, « 1392 », est dans les bacs depuis le début de l’été. Chanteur engagé ? Arno accepte l’étiquette si tant est qu’il faille lui en coller une. Au cours de notre entretien, Arno nous expliquera pourquoi, après avoir subi la faillite de Spidart lors de la sortie de son précédent opus, il a retenté l’aventure du participatif sur My Major Company. Nous parlerons longuement également de son album, dans lequel il est beaucoup question de notre société. Arno Santamaria nous avouera qu’il est un peu inquiet pour l’avenir mais qu’il a foncièrement confiance en l’homme… Celui qui chante « La France qui s’endort » a plutôt envie qu’elle se réveille !

IdolesMag : Ton album vient de sortir. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Arno Santamaria : Je suis très heureux parce que c’est un album sur lequel j’ai beaucoup travaillé. En réalité, il a pris un an et demi de travail, entre l’écriture et l’enregistrement. Comme j’ai beaucoup donné de temps et d’énergie dans ce disque, je voulais vraiment le faire partager. Cet album, je ne le vois pas du tout comme une finalité, mais plutôt comme le début de quelque chose. Il se passe à nouveau quelque chose dans ma vie d’artiste puisque c’est aussi l’arrivée de la scène, la découverte par les fans et le public… Je suis super heureux. En plus de ça, mon premier disque a subi une faillite de la maison de disques [NDLR : Spidart, un label participatif]. C’est le genre d’évènement qui, quand il t’arrive, te donne envie de rebondir. Ça me démangeait d’y retourner rapidement, et donc voilà… Là, je suis en confiance et en force.

Arno Santamaria, 1362T’es-tu remis rapidement à bosser sur ce nouvel album après la sortie du premier et la faillite de Spidart ? Ou bien as-tu accusé le coup un petit moment ?

J’ai eu un petit mois de fatigue pour de vrai… Pour la raison aussi que sur le premier, j’étais également coproducteur. J’ai donc perdu pas mal d’argent et c’était assez difficile à gérer d’un point de vue moral. Et puis, j’étais fatigué, donc, j’ai mis un bon mois avant de repartir confiant et d’avoir envie de repartir… Une fois que je suis reparti, je suis reparti sur les chapeaux de roue puisque je suis quelqu’un de plutôt besogneux, donc, quand j’y suis retourné, j’y suis retourné à 100%. Et je pense que ce sera comme ça tout le temps finalement.

Après la mauvaise expérience que tu as eue avec Spidart, n’as-tu pas eu une appréhension en t’inscrivant sur My Major Company, un autre label participatif ?

Non, pas franchement. Pour la simple et bonne raison que le participatif est un mode de production qui m’intéresse particulièrement. Il y a un vrai échange entre le public et l’artiste. C’est un des rares moyens de production qui te permette d’avoir autant de soutien. En regardant un peu ce qui se passait chez My Major, j’ai vu qu’ils avaient eu déjà quelques succès, qu’il y avait quelques noms qui étaient sortis, j’ai eu confiance. Je crois que chez Spidart, il y a eu une vraie erreur de gestion, qui ne pourrait pas se produire chez My Major. Du coup, j’y suis allé les yeux fermés, puisque j’adhère par principe au modèle participatif. Ça permet de faire des choses puissantes avec les gens, donc, j’avais envie de repartir dans cette aventure.

As-tu consulté souvent tes producteurs ?

Oui, quand même. Je considère que mes producteurs ne sont pas des neuneus. Même si on a parfois tendance à penser qu’ils ne sont pas au top, il y a une image assez péjorative qui traîne… Jamais je n’ai eu le sentiment que c’était le cas pour mes producteurs et mes fans. Du coup, je pouvais me permettre de leur demander leur avis quand c’était utile ou nécessaire. Je peux me permettre de les réveiller, de leur demander d’attendre quand il faut attendre. On est vraiment en lien étroit les uns avec les autres dans la mesure où ils ont confiance en moi et que moi, je sais que j’ai besoin d’eux. Quand je leur demande d’être là, ils sont là. Il y a vraiment un truc humain là-dedans qui  fait que tout va bien et qu’on peut se faire confiance.

²Au niveau de la création, es-tu un artiste productif ?

Chaque mot a son poids. Je ne suis pas très productif, mais la raison est très simple. Je suis dans tous les domaines de la création du disque. Je compose, j’écris, je réalise, j’arrange, j’enregistre, je mixe… je suis partout. Donc, tout me prend énormément de temps. Quand je prépare un disque, à chacune des étapes, je suis là. Donc, chaque mot et chaque note à son importance. Quand je travaille sur une chanson et que je passe mon temps à corriger les choses, puisque je suis un éternel insatisfait, je suis déjà aussi dans l’idée de savoir comment je vais faire la prise de son, comment je vais placer le micro… pour que je sois certain que la couleur sonore du morceau soit la plus adaptée. Avec le temps, je cherche à avoir du raisonnement ou du recul sur un morceau ou sur l’ensemble du disque. Et donc, tout ça, ça prend du temps. Quand je dis que faire un disque, c’est minimum un an, c’est le cas. Je sais que certains peuvent faire un disque en quelques mois, entre l’écriture et le point final, mais moi, ce n’est pas mon cas. Il me faut un certain temps pour que les choses arrivent.

Arno Santamaria © Xavier Lahache

N’est-ce pas un peu lourd à porter toutes les casquettes ? Tu as des yeux et des oreilles extérieurs mais pas tant que ça dans le fond…

Si, c’est assez dur. Il y a des moments où on peut devenir complètement fou. Déjà parce qu’on est tout le temps dans le son et dans la musique, et qu’il faut se ménager des plages de réflexion. Sur certains titres, ça a été vraiment difficile. Pour l’anecdote, je me suis retrouvé à un moment donné avec un problème technique tout a fait indépendant. C’est un truc qu’on n’avait pas prévu et qu’on n’avait pas relevé tout de suite. C’était quelque chose de très technique, très fin, et ça m’a rendu complètement fou. J’ai passé des heures et des heures à réfléchir sur le problème, comment j’allais pouvoir trouver une solution à tout ça, sans tout recommencer depuis le début... parce que tout ce que tu fais coûte de l’argent et prend du temps. Tout coûte un bras aujourd’hui. Modifier un truc, c’est modifier un nombre de choses incroyables. Donc, en étant seul, on s’approprie tous ces problèmes, même si parfois les idées viennent des autres… Donc, parfois, on peut tomber dans quelque chose de sclérosant, qui t’enferme… Je pense que je m’en suis sorti… (rires) Mais j’en suis sorti vidé et complètement fatigué. Je suis content là de partir sur de la scène, ça va m’aérer, même si je dois t’avouer que j’ai prévu tout de même de réécrire très vite. Je suis déjà sur quelques petites idées.

Ah oui ? Tu es toujours en chemin, tu explores sans cesse de nouvelles pistes…

En fait, chaque étape amène une autre étape. Là, on vient de sortir un disque, je sais que la prochaine étape sera un nouveau disque évidemment. Même si je sais que l’étape la plus proche, c’est la scène, la prochaine sera un nouveau disque. C’est mon métier, je ne fais pas ça pour m’amuser ! Mais comme j’adore ça, je suis déjà reparti sur certaines pistes pour le prochain, et ça ne fait pas si longtemps que ça. Comme l’album vient de sortir, je peux me permettre de me libérer un peu et d’y réfléchir. Je pense aux sujets qui m’intéressent et que j’ai envie de développer. Je vais effectivement prendre le temps qu’il faut pour commencer à écrire. Mais il va falloir que j’ai le déclic. Avant de rentrer en studio, il va bien me falloir neuf mois ou plus… Donc, au final, ça me prendra le même temps que le précédent. Ça me permet d’avancer, chaque étape est transitoire.

Comment crées-tu tes chansons ? Sont-ce les notes ou les mots qui viennent en premier ?

C’est assez variable, en fait. Avant, je partais essentiellement du texte, parce que je défends une chanson qui a un certain propos…  et dont les mots sont le vecteur principal. Et puis, j’aime les mots, donc voilà… au début, je partais essentiellement des textes. Et puis, au fur et à mesure, j’ai eu quelques autres expériences, mais ce n’est jamais dissocié complètement. Souvent, j’ai quelques bouts de phrases qui vont m’emmener sur un début de texte, en même temps, je prends ma guitare ou un autre instrument et je pose une ambiance musicale dessus, un accord, une harmonie qui traîne… Et donc, je sais à peu près où je vais amener la chanson. Donc, au fil du temps, je vais ajouter un peu de texte, corriger quelques mots, amener des notes, en changer d’autres… pour arriver après vers l’arrangement final, qui lui va encore corriger certaines choses. Écrire des chansons, ce n’est pas juste plaquer deux ou trois accords sur quelques mots !!

Arno Santamaria © Xavier Lahache

Ce serait un peu facile…

(rires) Tu as raison. Donc, pour moi, tout vient un peu en même temps, jusqu’à l’arrangement final.

Dirais-tu comme certains que les mots ont plus de poids que les notes ou non ?

Je ne sais pas… Elle est vache ta question ! Le discours a du poids, oui. Mais dans une chanson, a-t-il plus de poids que les notes ? Je n’en suis pas certain. Même si je lui accorde une importance lourde, je trouve qu’il est important que l’émotion passe aussi. C’est l’ambiance dans laquelle on reçoit les mots qui fait qu’on est touché ou non. Du coup, j’ai tendance à accorder les deux. La mélodie et l’ambiance d’un morceau ont autant d’importance que les mots, elles les révèlent, quelque part. Si je n’avais pas cette vision, je ferais du texte uniquement, de la poésie ou du roman, par exemple. Mais j’ai besoin de la musique dans ma façon de créer…

Écris-tu depuis longtemps ?

Je ne fais pas partie des gens qui disent que j’écris depuis toujours… C’est quelque chose qui me parlait, mais les premiers groupes dans lesquels j’ai été quand j’avais quinze ans, chantaient en anglais. Donc, j’écrivais en anglais. Même s’il y avait vraiment une envie et une démarche d’écrire bien, ce n’était pas la même chose. Je pense que mon amour des mots est né à l’école, quand j’ai découvert un texte de Ferré.

Arno Santamaria © Xavier Lahache

C’est vrai cette histoire ?

C’est tout à fait vrai. Je n’ai jamais été trop mauvais en français, mais ça ne m’intéressait pas plus que ça. Je n’ai, honnêtement, jamais beaucoup travaillé. J’étais ce qu’on appelle un branleur, un fainéant ! Ma prof de français a compris que j’avais tout de même un caractère assez affirmé et elle m’a dit, « tiens, je vais te faire découvrir ça… » C’était une chanson de Léo Ferré. J’ai étudié la chanson et j’ai travaillé dessus à l’oral. J’ai vraiment pris une claque. Je me suis demandé comment  ce mec pouvait mettre autant de sens et de multi-sens dans son écriture, et en plus la chanter. Il y avait un discours politique et poétique. Il y avait vraiment quelque chose de puissant qui m’a révélé. L’écriture, qui était déjà sous-jacente à l’époque, est vraiment devenue un moteur. Je me suis mis à écrire comme un fou…

Ferré, l’avais-tu tout de même lu et écouté un peu avant, ou bien est-ce que ça a été une vraie découverte ?

Ferré, évidemment, traine dans l’histoire culturelle française. Quand je l’entendais à la radio, ça m’attristait, je ne sais pas trop pourquoi. Je trouvais la mélodie belle et le texte pas trop mal. Mais je n’avais pas fouillé. Bêtement, je crois que je n’étais pas mûr pour ça. J’étais un musicien, j’avais envie de faire ce métier-là, mais j’étais peut-être un peu con con… ou en tout cas, pas assez mûr pour l’écriture. Et là, j’ai pris une claque tellement j’ai trouvé ce texte puissant. J’ai compris ce que c’était la chanson française avec Ferré. J’ai compris que ce n’était pas que trois accords et une mélodie, même si c’est parfois un peu ça… Mais j’ai compris que c’était vers cette chanson qui avait du sens que j’avais envie de me diriger. Ça a été une révélation.

Il est beaucoup question de notre société dans ton album…

Oui !

Arno Santamaria © Xavier Lahache

Quel regard jettes-tu sur elle ?

Il y a deux regards en fait. Un regard qui est inquiet, qui doute, qui observe un peu… qui voit que tout ne va pas forcément très bien. Et puis, il y a aussi un regard positif, parce qu’avec le temps, je pense que je crois profondément en l’homme. L’homme est bon, même si on a tendance à le décrier et qu’il a fait des choses très graves. Mais dans le fond, je pense que l’homme est bon et qu’il peut faire de grandes choses. Donc, mon regard sur la société est à la fois inquiet, parce que j’ai envie que les choses bougent, qu’on regarde un peu l’autre, mais en même temps, j’ai confiance. Je crois en permanence que les choses vont avancer dans le bon sens, vers quelque chose de positif.

Donc, quand tu dis que « La France s’endort », tu as plutôt envie qu’elle se réveille…

Oui, et j’en suis certain. Justement, cette chanson est faite pour ceux qui comprennent qu’il ne faut pas s’endormir, et qu’il faut observer tout ce qui se passe autour de nous avec une vraie conscience, une conscience d’homme. Il faut regarder les autres, voir ce qu’il se passe autour de nous.

Revendiques-tu l’étiquette de chanteur engagé ou préfères-tu celle de chanteur concerné ?

Pour être très honnête, je revendique être un chanteur engagé. Pour la bonne et simple raison que je ne peux pas raconter ce que je raconte dans mes textes et m’en détacher. Être concerné, c’est une manière de dire que oui, on a des choses à dire, mais on ne se mouille pas trop, pour toucher un plus large public, peut-être. Un public qui peut être parfois un peu saoulé par l’engagement. Donc, oui, je m’engage pour que les choses avancent et bougent. Et je suis ravi d’être un chanteur engagé. Je pense que même si je ne suis pas dans toutes les chansons, je ne peux pas déprécier ou démystifier mes mots. Quand je dis quelque chose, je le pense sincèrement. Je ne triche pas. C’est sincère. Je n’ai pas fait de chansons pour m’habiller d’un costume à la con. Si on considère que je suis un chanteur engagé, c’est que ça doit être vrai. Donc, je le suis.

Arno Santamaria © Xavier Lahache

Il y a une chanson que j’aime beaucoup dans l’album, c’est « Des oiseaux de Passage »… Dans  quelles circonstances l’as-tu écrite ?

« Des oiseaux de Passage », c’est la dernière chanson du disque, c’est la dernière chanson que j’ai écrite également. Je voulais, dans cet album, une certaine légèreté. Donc, le morceau reste léger, même si il a tout de même une certaine profondeur. Je voulais qu’il y ait quelque chose de positif en sortie d’album, quelque chose qui apporte un petit sourire, qu’on finisse avec une bonne touche. En général, je me réserve toujours un titre quand je termine un projet, donc, je dois être complètement dans le sujet. Et les « Oiseaux de Passage » sont dans ce sujet-là, dans cette envie-là. Je voulais un truc très épuré, très intimiste. Ce titre, je l’ai fait à l’arrache, en one shot. Je voulais qu’il soit complètement brut et sincère. C’est donc un titre guitare-voix. Je voulais boucler le disque avec un titre touchant, très simple et positif.

De toutes les chansons de l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as peut-être un peu plus de tendresse qu’une autre, au niveau de son histoire, de sa création ?…

[Arno réfléchit…] C’est drôle parce que pour répondre à ta question, je suis en train de me remémorer tout ce qui s’est passé autour des chansons…

Toutes ces petites anecdotes font elles aussi partie de l’album.

L’ambiance a été tellement généreuse pendant toute cette aventure qu’il y a eu plein de moments très forts. La démarche était tellement sincère qu’il y avait une belle ambiance, très joyeuse, très vivante. Et puis à côté de ça, il y a eu des prises de son où on s’est fait ch*** pour obtenir le son que je voulais. On changeait de micro sans cesse, on cherchait des ambiances particulières. Il y a eu beaucoup de moments très forts. Sans déconner, je ne pense pas qu’il y ait une chanson qui n’ait pas d’histoire ou un moment intime. Même si on a eu des problèmes techniques, quand on arrivait au bout du sujet, on était tous tellement contents. On a parfois passé des journées sur des petits détails. Quand on a commencé, on a eu pas mal de galères. Chaque chanson a eu son lot de surprises jusqu’à la fin !

Tu as fait des études d’ingé son. Tout le côté technique t’intéressait-t-il autant que l’artistique ?

Au départ, pas du tout. C’était un peu pour faire en sorte que la famille soit contente… C’était surtout une façon de rentrer un peu dans le circuit. Aujourd’hui, ça me sert énormément. C’est pour ça que je suis sur toutes les étapes. Si j’avais un conseil à donner aux gens qui débutent dans le métier aujourd’hui, c’est avant toute chose, d’aller fouiller le son, d’aller comprendre comment il fonctionne, pourquoi en mettant le pied du micro de telle ou telle manière, ça modifie le son, etc… et puis, ça apprend aussi à faire fonctionner le matériel qu’on a à notre disposition. Parce qu’il ne faut pas oublier que la couleur musicale qu’on donne à un album se crée avec le matériel qu’on possède. Un morceau, c’est du son avant toute chose. La couleur du disque est très cohérente et homogène parce que j’avais le pouvoir et le savoir de le faire.

Propos recueillis par IdolesMag le 20 juin 2012.









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