Drôle de phénomène que Mai Lan ! L’artiste sort son premier album et elle nous a séduits avec son univers si personnel. Mai Lan ne se revendique d’aucun courant, en allant plus loin on pourrait même dire qu’elle crée ses chansons à contre-courant quelques fois. Nous avons donc rencontré Mai Lan afin qu’elle nous explique dans quelles circonstances l’aventure de ce premier album est née, elle qui habituellement crée des fringues. Elle nous expliquera d’ailleurs qu’il y a une démarche commune entre la création de vêtements et de chansons. Mai Lan est la fille de Kiki Picasso et la sœur de Kim Chapiron, autant dire qu’elle a un sacré tempérament et une solide hérédité artistique ! Rencontre avec une jeune artiste bien dans son époque qui dévoile un univers riche et plutôt très intéressant ! IdolesMag : Dans quel état d’esprit es-tu quelques jours avant la sortie de ton premier album ? Mai Lan : Je suis très excitée et très impatiente parce que c’est enfin la sortie ! J’attends ce moment depuis qu’on a fini l’album. C’est un des grands évènements de ma vie qui va arriver ! Quand a-t-il commencé à prendre forme dans ton esprit ? En fait, c’était à peu près fin 2010. C’est là qu’on a vraiment commencé à travailler dans le but précis de faire un album. Avant, on avait des pistes, des petits bouts de trucs, mais rien de bien concret. C’est fin 2010 qu’on s’est mis dans la direction de construire un album.
On ne peut pas dire que j’aie hésité, puisque j’étais en train de faire d’autres choses. Je n’ai jamais hésité, mais je ne me suis jamais mise dans l’optique de faire un album. Je ne sais pas vraiment d’ailleurs pour quelles raisons. Je fais des fringues à la base, donc, j’avais une autre occupation ! (rires) Par contre, j’ai beaucoup cherché les pistes dans lesquelles je pouvais me lancer. Je voulais voir un peu quelles cordes j’avais à mon arc et quel était mon champ d’action dans cette discipline. Tu crées des fringues avec une amie [+BEZEMYMAILAN+]. Y a-t-il une démarche commune entre la création d’habits et celle d’une chanson ? Ah oui ! La façon de travailler en musique, je me suis rendu compte que c’était un peu la même chose que ce que je faisais avec les vêtements. En fait, pour les fringues, je travaille avec une fille qui s’appelle Bezem. C’est une amie. On a plein d’inspirations de plein de choses du monde entier, on bricole autour de petits détails qu’on pioche à droite à gauche. On s’en sert pour composer nos costumes. Et en fait, on fait la même chose en musique aussi avec Max Labarthe, qui est la personne avec qui j’ai co-composé l’album. On aime un peu les mêmes choses, on écoute plein de styles musicaux différents. On a plein d’influences différentes. Et en fait, la musique, c’est comme les fringues, c’est à la croisée de toutes ces influences. Donc, dans la façon de faire, il y a une démarche qui est la même. À quel âge as-tu commencé à écrire des chansons ? J’écris depuis que je suis petite. J’écrivais beaucoup de petites histoires, des petits poèmes, des petites chansons. Donc, ça remonte loin. Je ne pourrais pas être très précise, mais j’étais toute petite. On a toujours été très productifs avec mon frère [Kim Chapiron] puisqu’on a un père artiste [Kiki Picasso]. Depuis qu’on est petits avec mon frère, on a beaucoup dessiné… on a beaucoup développé la création dans toutes ses formes. Donc, oui, l’écriture, c’est un truc qui m’a tout de suite plu. Je me souviens quand on avait des rédactions à faire au collège, j’étais toute excitée, contrairement à mes copines ! Je le prenais vraiment comme un jeu. C’est quelque chose qui m’a plu tout de suite quand j’étais enfant.
Oui. Je pense. Mais forcément, quand on écrit des choses, inconsciemment on a envie de dire certaines choses. Mais je le prenais vraiment comme un jeu. C’était un plaisir de raconter quelque chose. Je me souviens qu’après avoir lu des choses qui m’avaient beaucoup plu, j’écrivais des histoires. Je me souviens par exemple d’avoir été très inspirée par les contes de Noël de Dickens. Après les avoir lu, j’ai tout de suite écrit une histoire. L’histoire m’avait vachement plu et tout de suite, ça m’a donné envie de la prolonger et de partir ailleurs. Je pense que c’était un jeu, au départ inspiré par les œuvres des autres. Ce n’était pas vraiment les œuvres qui m’inspiraient mais les sentiments que je ressentais en les lisant. Aujourd’hui, aller vers un format plus long, comme une nouvelle, un roman ou un scenario, est-ce que ça te tenterait ? Oui… mais il faut beaucoup de patience et de temps pour faire ça ! Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit des histoires un peu plus longues, mais je pense que la musique c’est bien aussi. C’est une mise en forme aussi agréable et probablement plus accessible. En tout cas, la musique est appréhendée différemment par le public. Mais pourquoi pas ? Peut-être plus tard, je ne sais pas… Continues-tu à écrire maintenant que l’album est terminé ?
Es-tu plutôt papier/crayon ou tablette/ordinateur ? Les deux, en fonction de ce que j’ai sous le coude. C’est plus confortable d’écrire à l’ordinateur aujourd’hui parce que ça va plus vite. On peut déplacer les mots et les mettre sur le côté et les garder pour après, sans faire plein de ratures. Souvent quand j’écris à la main, ça devient rapidement incompréhensible. C’est moins agréable pour réfléchir en fin de compte.
L’album est quasiment écrit totalement en anglais. Est-ce naturel pour toi ? Oui. Et c’est étonnant, je sais, parce que l’anglais n’est pas du tout ma langue maternelle. Je pense que c’est parce que j’adore l’anglais, d’abord. Et je pense que c’est aussi par rapport au son et à la façon dont cette langue rebondit. L’anglais est plus proche de mon débit et de ma façon de chanter, en tout cas pour le moment. Ce n’est pas pour me donner un genre que j’écris en anglais, c’est tout simplement parce que c’est la langue qui va avec mes chansons. C’est une langue mélodique et musicale. C’était vraiment instinctif d’écrire en anglais. Là aussi, encore une fois, j’apparente ça à un jeu. J’aime beaucoup comprendre et m’approprier les choses pour jouer avec. Mais le français, c’est aussi important pour moi de le développer. D’ailleurs il y a un titre en français dans l’album. [« Les Huîtres »] Donc, ça, c’est en travail. Je pense qu’avec le français, il y a moyen de trouver quelque chose de super beau et super intéressant parce que c’est une langue magnifique qui a un fond et des sons très spécifiques. Il y a vraiment quelque chose de noble et de beau dans cette langue. Mais il faut vraiment trouver le chemin pour l’exploiter au mieux. Et là, je suis en pleine recherche. C’est une porte qui est en train de s’ouvrir. Carrément ! C’est vraiment ça. J’ai déjà écrit une chanson pour une jeune fille. Elle en a été super contente…
Alors… Je dirais que cet album est à la croisée de plusieurs chemins et que c’est difficile de ne parler que d’un seul style. Chaque chanson emporte avec elle un style particulier et différent, et en même temps, chaque chanson va aussi contre son propre style. Je ne sais pas si c’est bien clair ce que je raconte… (éclats de rire) Par exemple, si on part dans une direction Country, il y a une chanson assez marrante dans ce style, « Countrille », il y a plein de trucs dans cette chanson qui font qu’on ne va pas du tout dans une direction Country. Ce n’est pas du tout dans le but de contrer, mais plutôt dans le sens de la recherche d’un style différent. C’est un style qu’on développe et qui se fait inconsciemment, parce qu’on n’a jamais intellectualisé le processus. Donc, l’album se situe au croisement de plein de choses. C’est un peu difficile à décrire… Tu as enregistré pas mal de titres à la maison… Oui, enfin… chez Max Labarthe, mon co-compositeur. Et donc, oui, tout a presque entièrement été enregistré à la maison. On a juste terminé à l’ICP à Bruxelles. Était-ce dans l’idée d’être dans un endroit « de confiance » ? Encore une fois, ça n’a pas été un choix. Ça s’est juste fait comme ça. Tu sais, pour moi, la musique c’est un peu nouveau quand même. J’ai déjà fait quelques trucs, mais ça n’a jamais été mon travail principal. Je ne me suis jamais retrouvée dans des studios… Je me suis retrouvée un petit peu comme ça tout d’un coup à faire ça. Donc, on avait notre petite méthode de travail personnelle. On a bricolé, trafiqué et cherché les sons ensemble. Un petit coup de guitare par-ci, un petit coup de guitare par-là… En plus, à la maison, on est bien. On a tout le temps de partir dans toutes les directions pour trouver la bonne. C’est un travail de recherche long, et je pense qu’en studio, on n’aurait jamais pu prendre autant de temps pour peaufiner les morceaux et pour vraiment rentrer dans le détail.
Quand tu es rentrée à l’ICP, comment l’as-tu appréhendé ? Comme un jeu ? Ou bien le studio t’effrayait-il un peu ? Je l’ai pris une fois encore plus comme un jeu. C’est un peu comme ça que j’appréhende la vie en général, d’ailleurs. Chaque nouvelle expérience est un nouveau jeu et donc l’occasion d’apprendre de nouvelles choses. Quand je suis rentrée à l’ICP, j’ai trouvé ça très excitant. C’est un énorme studio avec des machines de dingues, il y a tous les instruments les plus fous dans une pièce… On n’a plus qu’à choisir… Max était vraiment comme un fou. Il y a trouvé de super guitares, notamment. On s’y est super bien amusé. On y a tout fini. On avait une liste de choses à faire et nous nous y sommes tenus. Mais toujours dans un contexte très agréable. En plus, on avait des techniciens qui nous ont filé un super coup de main. C’était vraiment très chouette et très agréable de finir l’album là-bas. J’aimerais qu’on parle un instant du clip « Easy »… Qui a eu cette idée de ce bébé complètement improbable ? (rires) L’idée d’utiliser cet étrange personnage vient de mon frère Kim… Ensuite il y a plein d’enfants qui jouent à ça, dessiner un petit bonhomme sur le menton et parler pendant des heures. Tu y as d’ailleurs peut-être joué ?!...
(rires) T’es un drôle toi ! C’est vraiment un jeu auquel tous les enfants ont joué un jour dans leur vie. Et puis en fait, non, pas tous apparemment ! (rires) Disons que c’est un jeu auquel j’ai joué, moi… Donc, Kim a eu cette idée. Et puis, ensuite, on l’a transformé en petit animal. On ne l’a pas fait parler, mais on l’a baladé dans une petite caisse partout sur des lieux de vacances, et ça, c’était mon idée. Tu as co-réalisé le clip… …Oui. On l’a co-réalisé à trois, avec Hugues de la Brosse et Marilou Chabert… … C’est un peu une histoire de famille cette envie de travailler l’image ! Oui ! Mais très sincèrement, ça s’est fait un peu par hasard. On a beaucoup réfléchi pour faire ce clip parce que ce n’était pas évident pour moi d’illustrer cette chanson. Je n’ai pas voulu dès le départ réaliser mon clip, pas du tout. Au contraire, au début, j’aurais bien aimé être vue par l’œil de quelqu’un d’autre. Mais en même temps, c’était impossible puisque tout est nouveau et est une première fois pour moi pour le moment, j’ai besoin de mettre un peu de moi partout, pour que le projet soit cohérent et qu’il me ressemble. Je pense que co-réaliser ce premier clip, c’était finalement un passage obligé. C’était très important que je mette mon nez dedans, tout comme écrire mes propres textes et les photos qu’on a faites pour la pochette et le livret…
Elle est très chouette cette pochette. Et tout le visuel de l’album a été joliment soigné. Merci. Ça aussi, c’est vraiment de la collaboration étroite. J’ai donné toutes mes idées parce que j’ai besoin pour l’instant d’être à l’initiative de tout pour ensuite pouvoir un peu plus lâcher… Comme tu me le disais tout à l’heure, les chansons vont dans des styles très différents les uns des autres. Je me demande qui on pouvait bien écouter chez toi quand tu étais gamine… On écoutait du Ryuichi Sakamoto, de la musique baroque (ma mère est vraiment très fan), du rap, de la New Jack. À côté de ça, on écoutait aussi du Simon & Garfunkel, du Sade, du Suzanne Vega, du Kate Bush, du Kraftwerk, du Robert Wyatt, et j’en oublie certainement. C’était très éclectique ! Tu peux le dire…
Ado, j’étais à fond dans la New Jack et les trucs de jeunes du moment. Je pense que c’est le mélange de tout ce que j’ai pu écouter qui a un peu nourri la culture musicale que j’ai aujourd’hui. J’ai toujours été très ouverte et je n’ai jamais été obnubilée par un style précis. Devenir chanteuse, était-ce un rêve de petite fille ou bien est-ce que ça s’est dessiné plus tard ? Je pense que c’était un rêve de petite fille, mais c’était vraiment de l’ordre du rêve pour le coup. Je n’ai jamais vraiment concrétisé ça dans ma tête. Tu vois, je n’ai jamais touché le truc pour que ça existe. Et pour finir, ça existe aujourd’hui, peut-être un peu malgré moi. C’était en moi, je pense, mais je n’ai jamais fait comme si j’avais voulu être chanteuse. Je crois que ça m’a un peu rattrapée aujourd’hui. Et finalement, il y a du sens dedans parce que c’était en moi depuis toujours, mais c’était vraiment un rêve. Avant de nous quitter, j’aimerais qu’on évoque un peu la scène. Qu’est-ce que ça représente pour toi ? La scène, je pensais que ça allait être quelque chose de douloureux à la base. Et en fait, c’est carrément génial. C’est tellement différent de la création des morceaux. La création, c’est une chose. Après, il faut présenter les morceaux, les jouer… et surtout les partager. Je ne m’attendais pas du tout à ce que la scène me plaise autant. J’adore ! Propos recueillis par IdolesMag le 15 juin 2012. -> Facebook : http://www.facebook.com/mailanofficiel Tweet |
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