Hilight Tribe, le groupe emmené par Ludo, Greg, Rishnu, Roots et Seb, pionnier de la Natural Trance a sorti son dernier album, un live, en novembre dernier, « Live in India ». Nous avons donc été à la rencontre de Ludo, l’un des membres du groupe afin qu’il nous explique ce qu’était la Natural Trance, une musique lancée à 145/150 BPM et jouée avec de vrais instruments, souvent peu ou mal connus. Hilight Tribe fédère un public de plus en plus nombreux. Il faut dire que les garçons ont une énergie débordante et un talent hors du commun ! IdolesMag : Peux-tu me faire le topo de la formation du groupe Hilight Tribe? Ludo de Hilight Tribe : On était une bande de copains dans les années 90 qui jouions ensemble mais nous étions dans différents groupes. En rencontrant notre producteur, on a réalisé qu’il était temps de nous rassembler en un seul groupe. Et c’est là qu’est né Hilight Tribe. À cette époque, aviez-vous déjà une idée très précise du son que vous vouliez donner au groupe ? Il y a eu d’abord une petite formation, un groupuscule de quatre personnes dont les trois membres fondateurs qui sont encore là aujourd’hui. On cherchait plutôt dans la direction World, Ethno, et tout ça… Malheureusement, on a été confronté au monde moderne qui demande beaucoup de musique qui fait danser. Notre producteur nous a exposé à tout ce monde électronique, pour qu’on absorbe aussi le rythme électronique et qu’on puisse l’intégrer à notre musique.
Oui. Concrètement, ce qui a fait qu’on a adopté ce style Natural Trance, c’est qu’à une soirée en 1996 où on n’avait pas trop prévu de jouer de la Natural Trance, notre musique a été mal reçue. Ce qu’on faisait était un peu trop Folk et World. Et à partir de 1998, au moment où on a sorti notre premier album, on a eu la formation qu’on a aujourd’hui. Et on a joué de la musique Natural Trance pour faire danser les gens et parer à toutes sortes de situations, pour ne plus se trouver entre l’ancien monde et le nouveau monde… On a essayé de trouver le juste équilibre. Comment avez-vous choisi le nom du groupe ? « Hilight », ça nous a fait penser à l’expression anglaise qu’on dit quand un ciel est plein de nuages et très couvert, dès qu’il y a une éclaircie, c’est un « Hilight in the sky » ! C’est ce qu’on espère ramener à tout notre public qui parfois traverse un tunnel. Au bout, il y a de la lumière. On essaye de leur amener de la bonne musique et de bonnes énergies. Peux-tu me présenter les autres membres du groupe ? Bien sûr ! Alors, on a Greg, qui est guitariste, chanteur, compositeur, mais il joue aussi de plusieurs instruments comme le Didgeridoo et le Sitar, entre autres. Il joue aussi de certains instruments qu’on a été chercher un peu partout jusqu’en Afrique de l’ouest comme le N’gwami. Mais principalement, il joue du Didgeridoo et du Sitar et il est aussi compositeur. C’est donc un élément très important dans le groupe. Il a aussi ce rôle de pouvoir changer d’instrument lead pendant le concert et donc d’installer un champ mélodique grâce à la guitare qu’il joue puisqu’il joue avec un delay et des effets. Il ne joue pas de la guitare comme on peut en entendre dans le Rock’n’Roll. La façon dont il joue à la guitare ressemble donc plus à la façon de jouer avec un clavier. Il apporte toute cette touche harmonique et mélodique et cette touche un peu moderne grâce à ses effets et ses pédales filtres qui nous ont été confectionnées de manière custom. On a aussi une formation batterie-basse incarnée par Seb, le batteur qui a donc eu lui pour formation toutes sortes de musiques électroniques qu’il compose de son côté chez lui. Et ensuite, il a su les transposer sur la batterie, de manière à agencer des rythmes joués physiquement mais d’inspiration électronique dans des domaines comme le Break Beat, la Techno, la Trance, voire d’autres influences. Ensuite, on a Rishnu, notre bassiste qui est lui un élément très important au sein du groupe puisque c’est le kick basse qui va quand même définir beaucoup de musiques actuelles que ce soit le Dub, la Techno ou autres… Ce kick basse est capital. Son jeu a aussi été légèrement adapté donc à la Natural Trance, ça veut dire que Rishnu ne peut pas jouer des lignes de basse comme dans « La Bamba » ou « Vaya con Dios ». Il va jouer des lignes de basse beaucoup plus linéaires qui ressemblent justement aux lignes de basse qu’on écoute dans la Trance ou dans la Techno. Et donc, grâce à la formation batterie-basse qui s’est adaptée à ces musiques électroniques, on donne l’impression au public qu’on fait de la techno en live. Tout ceci est aussi agrémenté par mon collègue Roots qui est percussionniste. Lui va plutôt travailler dans un champ de percussions latines et donc apporter ces instruments mélodiques aux morceaux. Il joue notamment de la Congas, des Bongos et ça lui permet de donner une mélodie tout en ayant cet aspect tribal. Et ensuite, moi, Ludo, de mon côté, je suis aussi percussionniste chanteur et je vais donc beaucoup travailler avec chacun des autres membres du groupe pour qu’on crée une alchimie tous ensemble, que l’on nomme Natural Trance.
Parmi nous, il y en a un ou deux qui composent un peu plus, puis d’un coup, ils ont une idée qui leur tombe du ciel, ça leur trotte dans la tête, ils n’arrivent plus à s’en défaire. Ils trafiquent un peu chez eux pour nous proposer une maquette, et puis à deux ou trois, on essaye d’écrire un line up, c’est-à-dire qu’on essaye de poser les idées sur papier. Ensuite, avec tout le groupe on va essayer d’interpréter cette idée pour qu’elle devienne un morceau qui figure dans un album. Tu m’as parlé d’un certain nombre d’instruments qui sont assez peu connus chez nous. Quel est l’instrument qui toi, te fascine le plus ? Alors, de mon côté, j’ai toujours aimé la percussion et ce que j’aime beaucoup dans le Djembé, c’est que je peux l’aborder de manière contemporaine et m’en servir de boîte à rythme, alors que c’est un instrument traditionnel de l’Afrique de l’Ouest. Je peux aussi créer toutes sortes de sons que j’ai été puiser dans les sons cubains ou dans la musique brésilienne ou la musique indienne avec le Tablâ. Donc, j’ai essayé d’apporter tout un tas de modifications et d’innovations, aussi inspirées par le Tombak iranien. Je veux faire du Djembé pour faire danser les gens. Et quand il n’y a pas le groupe et que je suis tout seul, j’ai pour mission de jouer acoustiquement ce genre de musique. Vous voyagez pas mal avec le groupe. Êtes-vous toujours à la recherche de nouveaux instruments ? On est constamment à la recherche de nouveaux sons et de nouveaux instruments. Et plus ça va, plus on va s’enfoncer dans des territoires où on va accéder au folklore de chaque pays et chaque région, pour découvrir de nouveaux instruments. Par exemple, la guimbarde, ça parait connu, mais ça peut être joué de différentes manières. Le Sitar, c’est connu. Le N’gwani un peu moins. On se sert de la Shruti Box indienne pour créer une nappe. Bien sûr, on a des Tablas, mais on a d’autres instruments qui peuvent être étonnants. On essaye constamment de trouver de nouveaux sons et de les adapter à notre musique.
C’est un peu moitié-moitié. Quand on peut, on reste un petit peu plus longtemps. Par exemple, cet été, on va avoir la chance de jouer au Boom Festival [au Portugal] et au Festival Ozora [en Hongrie]. Ce sont de grands festivals, donc, on va passer un peu plus de temps sur place. Là, on vient de sortir un DVD « Live in India » où on nous voit nous balader en Inde. On a eu la chance de ne pas faire un one-shot, c’est-à-dire un simple aller-retour. On a pu rester sur place, un peu voyager. On a eu la chance d’avoir quelques jours entre les concerts pour profiter de la vie locale. C’est vrai qu’on préfère ça à l’aller-retour banal qui dure trois jours et où on n’a rien à raconter. On a eu la chance d’aller au Japon, on y est resté deux/trois semaines, on a pu voir les régions, les montagnes proches du Fujiyama, Tokyo. C’est pour cette raison aussi que nous sommes très contents de notre dernier vidéo clip, « Shankara », extrait du dernier album, qui met en scène toute cette aventure qu’on peut vivre avec la tribe quand on est en voyage, et le genre d’énergie qu’on va croiser, qui a une toute autre fréquence de ce qu’on peut rencontrer en Europe du Nord. C’est beaucoup plus jeune, plus énergique. On a l’impression de vivre la vie à 100 à l’heure.
Pourquoi avoir choisi l’Inde pour capter votre dernier album live ? Ironiquement, c’est l’Inde qui nous a choisis. C’est parce qu’on a beaucoup d’affinités avec ce pays, mais aussi parce qu’actuellement, c’est un des pays qui est le plus influencé par la Psytrance dans le sens où cette Psytrance est née à Goa. Donc, forcément, ça a une répercussion sur tout le reste du pays, même si tous les habitants n’écoutent pas de la Psytrance. C’est tout de même assez habituel d’en entendre à travers tout le pays. Les jeunes en écoutent beaucoup. Et vu qu’on a la chance de faire partie du peu de groupes de Psytrance, on a la chance de jouer là où elle domine. C’est le cas pour l’Inde où on a enregistré notre dernier album. Vous avez déjà deux albums live à votre actif. N’est-ce pas un peu difficile de faire rentrer l’énergie du live sur un disque ? Ce n’est jamais facile de pouvoir concentrer autant d’énergie sur un album, alors que quand on prend son temps en studio, on va créer plusieurs ambiances diverses et des compositions qui auront des couleurs complétement différentes. C’est vrai qu’en live, c’est un défi. Mais ce qui était très excitant, c’est que quand on jouait le live, on savait qu’on était en enregistrement, et on a essayé de donner une concentration de tout ce qu’on avait pu apprendre les six derniers mois en une heure et demi. On a essayé de faire de notre mieux pour que chaque morceau sonne bien. C’est aussi un défi et c’est aussi un peu magique d’enregistrer ce « now moment » avec le public à ce moment-là, comment il réagit, s’il chante ou s’il ne chante pas... Alors qu’en studio, on va quand même créer ces conditions un peu plus artificiellement. La scène, est-ce très écrit pour vous ou pas tant que ça ? Mine de rien, les gens pensent qu’on improvise beaucoup, mais on a quand même un cahier des charges. On a des morceaux qu’on veut suivre, et donc par conséquent, on va essayer de retrouver les mêmes passages et les mêmes intonations que dans les albums. N’empêche que ça nous laisse tout de même des petits passages pendant lesquels on peut flasher. Pendant quelques temps, on est dans un no man’s land où chacun peut improviser, puis on revient sur des bases et des données sur lesquelles on s’entend tous.
Je ne sais pas si c’est le meilleur souvenir de scène, mais un des meilleurs, c’est probablement le Boom Festival. J’y ai vraiment passé un bon moment parce que c’était enfin une soirée dédiée intégralement à la Natural Trance. D’un coup, ce style qu’on essaye de développer n’était pas propre qu’à un seul groupe, mais s’intégrait dans un mouvement musical joué par plusieurs groupes. Et ça, c’était magique. Après, c’est vrai que les autres n’ont pas encore complètement préparé leur formule de la même manière que nous, je n’ai pas peur de le dire. Par contre, c’était un bel encouragement que toute la soirée ait un thème acoustique dans cette ambiance de Natural Trance ou d’Organic Trance. On a joué pendant quatre heures devant 10 000 personnes avec nos amis de Bretagne, d’Israël, du Portugal, d’Espagne… tous ces voyageurs que l’on croise lorsqu’on voyage l’hiver. C’est toute une communauté qui se retrouve sur la route. Et tout d’un coup, elle était là avec nous, et il y avait une ambiance extraordinaire. Quel genre de musique écoutait-on chez toi quand tu étais gamin ? Mes parents étaient très Pink Floyd, Alan Parsons… Il y avait aussi de la bossa nova et du classique, mais c’est vrai que les années 70 ont laissé un bon héritage musical. Comme tous les membres du groupe, on a pu hériter de ces musiques fabuleuses de Jimi Hendrix, Pink Floyd, et des Stones accessoirement… Dans la musique actuelle, on retrouve quand même une influence de cette époque des années 70.
Avais-tu des idoles quand tu étais ado ? J’avais à fond deux idoles. J’idolâtrais complètement Jim Morrison et Jimi Hendrix. C’étaient eux mes idoles. Je les trouvais cool, poétiques, ils vivaient la vie. Comme disait mon collègue, ils rêvaient leur vie et ils vivaient leurs rêves… Sont-ce eux qui t’ont donné envie de faire de la musique ? Oui, ils sont rentrés dans mon rêve. Depuis que j’ai mis des ponchos mexicains et des lunettes roses… Je me suis fait remarquer dans la banlieue parisienne ! (rires) « Live in India » est sorti en novembre dernier. Votre dernier album studio date de 2008. J’imagine que vous bossez actuellement sur de nouveaux titres… Oui. C’est l’actualité. On travaille sur notre nouvel album. Il y a beaucoup d’influences et de compositions en jeu. Donc, on ne veut pas faire quelque chose à la va vite. On prend vraiment le temps de prendre chaque composition en compte. Mon collègue Greg a vraiment beaucoup d’inspiration et il propose tout un univers musical qui certainement va se mélanger à nos influences ethniques et tout simplement Natural Trance. Donc, on est en train de concocter tout ça au milieu d’une tournée qui est franchement à 100% puisqu’on fait cinquante dates. Hier, on était à Carpentras dans un super festival. Aujourd’hui on va jouer au Glaz’Art. Donc, tu vois, au milieu de cette tournée et de ces voyages, on essaye de placer des répèts. On laisse aussi des plages pour la composition. Mais ce qui nous manque vraiment aujourd’hui, c’est du temps. Le temps est devenu tellement précieux à l’heure actuelle… On se rappelle des époques où on avait trois ou quatre mois pour aller voir les Îles Baléares, on n’avait pratiquement aucun concert de prévu et on se mettait en haut d’une montagne ! C’est comme ça qu’on a enregistré notre premier album. C’était absolument magique d’avoir tout ce temps libre pour se laisser inspirer et se fondre dans le paysage…
Les deux ne sont pas toujours compatibles, mais on se sent quand même très privilégiés par rapport à nos collègues griots africains qui n’ont pas toujours l’occasion de faire des tournées, qui n’ont pas toujours l’occasion d’enregistrer… Donc, on ne peut pas se plaindre en tant qu’occidentaux, même si on travaille dans le 93, dans notre petit studio qui n’est pas aussi bien que ceux qu’utilisent nos collègues en Californie. On se contente de ce qu’on a et on essaye d’aller de l’avant sans faire nos victimes !! C’est vachement important d’être heureux de ce qu’on a et de valoriser ce qu’on est. Pour quand est-il prévu ce nouvel album ? C’est très difficile de répondre à cette question aujourd’hui, mais j’espère que fin de l’année prochaine on aura quelque chose de consistant. Propos recueillis par IdolesMag le 12 juillet 2012. -> Site Officiel : http://hilight-tribe.com/ Tweet |
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