Le groupe rennais Manceau, emmené par Julien Vigon, François Lemercier, Samuel Chapelain et Vincent Roux sort son premier album, « Life Traffic Jam » le 11 juin. Séduits par l’univers pop et la musique léchée de Manceau, nous avons été à la rencontre de Julien, son leader. Il nous expliquera dans quelles circonstances le groupe a vu le jour, pourquoi ils ont voulu travailler avec Xavier Boyer et Pedro Resende (de « Tahiti 80 »). Il nous expliquera aussi qu’ils aimeraient tous beaucoup composer pour le cinéma… IdolesMag : Avant de parler plus précisément de la genèse de ce premier album de Manceau, « Life Traffic Jam », peux-tu me faire rapidement le topo du groupe ? Dans quelles circonstances vous vous êtes rencontrés, etc… Julien Vigon du groupe Manceau : Le projet a commencé en 2008. À l’époque, j’enregistrais des titres un petit peu pour moi, et puis, je les ai progressivement fait écouter à des copains. Et de fil en aiguille, on a voulu faire exister le projet sur scène. Le groupe a donc pris forme peu à peu en 2009. On a enregistré un premier EP qui s’appelle « On a Mellow Day ». On l’a sorti de manière assez confidentielle, mais ça nous a permis de faire quelques concerts. Cet EP était plutôt folk/acoustique. Ensuite, on a commencé à faire toujours un peu plus de concerts. Du coup, on a fait évoluer le set. On s’est rendu compte qu’il fallait qu’on fasse un peu danser les gens et qu’on avait vraiment envie d’aller vers quelque chose de plus énergique. Parallèlement, on travaillait sur de nouveaux titres, on a donc pensé assez vite à l’album…
Non. On vient tous de Rennes, mais on a fait nos études dans des endroits différents. On s’est rencontrés vraiment par rapport à la musique. Le milieu musical rennais n’est pas très très grand. On avait tous des projets musicaux différents. Je jouais déjà avec François et Samuel, mais on connaissait bien Vincent, qui était dans un projet différent, mais avec qui on faisait des concerts de temps en temps. Du coup, en discutant au fil des soirées, on s’est rendu compte que ça pourrait être chouette de faire de la musique tous ensemble. Tu es le chanteur du groupe. Tu es également guitariste et claviériste. Peux-tu me présenter les autres membres du groupe ? Bien sûr ! Il y a donc François qui joue de la batterie. Il s’occupe des percus. Il y a Vincent qui est à la basse et aux claviers, et Samuel qui est à la guitare, aux claviers et au trombone. Et tous les trois chantent également. Pourquoi Manceau ? Ça vient de la genèse du projet en fait. Le premier EP a été enregistré dans mon appart qui donnait sur les Champs Manceau, un parc rennais. On trouvait ça assez cool de donner un nom très français à un projet anglophone. On trouvait sympa d’avoir cette petite marque un peu française. Et puis, ça marquait vraiment les débuts du projet. Comment bossez-vous sur les compos et les textes ? Il y a plusieurs façons de procéder. En fait, la plupart du temps, j’amène une ébauche de composition avec une mélodie de voix ou une ligne de guitare. C’est plus ou moins abouti, en fonction des fois. On en parle avec les autres membres, ça plait ou ça ne plait pas. Et puis, on bosse dessus en répétitions. On retravaille les mélodies ensemble, on travaille les arrangements… Pour les textes, c’est Vincent et moi. Là, c’est pareil, c’est assez communautaire. Au final, tout le monde apporte vraiment son avis ou des choses pour perfectionner les morceaux. Il y a les compositions, mais après, il y a la production, la manière d’arranger les titres et la façon de les faire sonner et pour la scène et pour l’album. Le son « Manceau », c’est un vrai travail collectif. On amène vraiment tous nos idées et nos influences.
Oui. Pour ma part, ça fait pas mal de temps que je fais de la musique, j’ai fait partie de beaucoup de groupes. Et c’est vrai que l’anglais s’est toujours imposé. C’est ma culture musicale depuis le début, et pour nous quatre, c’est la même chose. C’était tellement évident, qu’on ne s’est même pas posé la question. Les premiers titres que j’ai composés à la guitare, même si c’était du yaourt, ça sonnait déjà anglais. Ça s’est imposé, tout simplement. Chanter en français dans le futur… Pourquoi pas ? Ou définitivement non ? On est ouverts à tout. Pour le moment, on a vraiment la tête dans le guidon avec ce premier album. Mais on réfléchit tout de même à ce qu’on fera après. On travaille déjà sur de nouveaux titres… Et donc, je ne te répondrai pas non parce que si ça arrive, pourquoi pas. Disons qu’au jour d‘aujourd’hui, ce n’est pas une envie. Mais on ne s’est pas mis de limite à ce niveau-là. Quels thèmes abordez-vous dans l’album ? Il y a des choses assez personnelles. On parle de l’amour, de rupture de choses un peu plus légères et plus gaies aussi... Ce sont des thèmes assez simples en fait, qu’on essaye de raconter de manière assez familière.
Comment appréhendez-vous le studio ? Est-ce assez cool ou bien y restez-vous des jours et des jours pour arriver au son que vous voulez ? C’est vrai que le studio pour nous, c’est une étape vraiment super importante. Là, pour cet album, on a travaillé en production et on a été aidés par Xavier Boyer et Pedro Resende de Tahiti 80. Pourquoi avez-vous fait appel à eux ? On a toujours travaillé de manière très autonome sur nos compositions et sur la production. On est du genre à ne rien lâcher et à travailler à fond sur nos prods. Mais pour l’album, on avait vraiment envie d’avoir un regard extérieur, un recul. « Tahiti 80 », on est assez fan, on a écouté tous leurs disques. On aime beaucoup ce qu’ils font. Et au-delà de l’aspect production pure, on aime leur culture musicale. Il y avait une espèce d’évidence. On leur a d’abord envoyé nos titres à la base juste pour avoir un retour, un avis extérieur. On avait juste envie de leur faire écouter nos morceaux. Et puis, ils ont fait un retour plutôt chouette. Après, on les a rencontrés, on a bu un verre avec eux et on a pas mal discuté. L’idée de travailler avec eux sur l’album s’est faite assez naturellement. Franchement, pour un premier album, ça nous faisait un peu peur de le produire tout seuls. On avait vraiment besoin d’une caution extérieur, d’un regard extérieur…
Oui, c’est ça en quelque sorte. N’est-ce pas trop difficile d’aller sur scène avec des titres comme les vôtres qui sont super léchés en studio ? La scène, c’est un exercice assez différent. Là, sincèrement, on n’a pas eu trop de difficulté à porter les morceaux sur scène parce qu’on s’est vite rendus compte qu’ils fonctionnaient bien guitare/voix. Pour la promo, on va être amenés à faire des sessions acoustiques, on a préparé les morceaux et ça le fait. C’est vrai qu’on a fait un gros travail de production sur l’album, mais les titres fonctionnent basse/batterie/guitare. Le côté mélodique est très important pour nous. Sur scène, on a tout de même essayé de retranscrire au maximum l’esthétique du disque. On s’est rendu compte qu’on n’avait pas besoin de grand-chose en plus sur scène pour les faire fonctionner. C’est quelque chose qui vous plait, la scène ? Ah oui ! On adore ça. C’est super excitant. Là, on est super contents, on a terminé l’album, on est super excités à l’idée de le jouer sur scène… Allez-vous aller jouer au Japon ? Oui, on y part fin mai pour une semaine de promo et quelques dates.
Ça se passe comment avec le public japonais ? En fait, ce sera notre première expérience au Japon. Mais nos titres y ont déjà reçu un très bel accueil. Le public japonais, on ne le connait pas vraiment encore. Là, on commence à avoir quelques retours, parce que notre label a commencé la promo là-bas. Le disque y sort fin mai. Du coup, on commence à avoir quelques retours de fans sur les réseaux sociaux. On commence tout juste à être en contact avec eux… « Full Time Job » a été édité en maxi vinyle tiré à 500 exemplaires. Est-ce pour la beauté de l’objet ou pour le son du vinyle ? On reste très attachés au support physique. Donc, pour cet EP, comme on adorait l’objet, on a eu envie qu’il soit édité en vinyle. Est-ce pour le son ? Oui, bien sûr un peu. Mais c’est essentiellement pour l’objet. Et puis, on avait envie aussi, comme les morceaux ne sont pas encore disponibles sur internet, que les gens qui nous suivent puissent les avoir chez eux sur un support limité et disponible en physique. C’était l’idée de base.
C’est vraiment quelque chose qui nous intéresse. D’un autre côté, c’est vrai que c’est assez difficile pour un groupe d’exister sans avoir de clip… L’image, c’est quelque chose qu’on travaille, mais on n’est pas encore forcément super à l’aise avec. Un petit mot sur la pochette de l’album. Pourquoi ce dessin et pas une photo du groupe comme ça se fait traditionnellement ? On ne voyait pas du tout une photo de nous sur la pochette. En fait, c’est un ami à nous, un rennais qui s’appelle Mardi Noir qui a fait le travail graphique. Il a créé cette œuvre-là et l’a exposée à l’Ubu. Quand je l’ai vue, je suis resté sur ce truc-là. On a été le voir, on lui a dit qu’on adorait vraiment et qu’on voulait que ce soit notre pochette d’album. Il a accepté. C’était assez évident que ce soit la pochette du disque, par rapport aux thèmes qu’on aborde dedans, et puis aussi son côté fédérateur, l’aspect esthétique… Cette photo a été retravaillée par de vieux fax, en fait. Le traitement visuel de la photo avec des machines rejoignait un peu le travail qu’on avait fait sur le son de l’album. En tout cas, visuellement, on est super contents de cette pochette. Tu vois, on est très à l’aise avec notre image, mais je pense que ça aurait été un peu prétentieux de mettre notre photo sur cette pochette de disque.
Dans une précédente interview, un de vous quatre a déclaré que vous aimiez « chercher des ambiances dans la musique ». Aimeriez-vous travailler pour le cinéma ou sur des images en tout cas ? Nous, on serait super emballés de faire de la musique sur de la vidéo ou sur un film. Je pense notamment à Vincent qui est un grand cinéphile. Et c’est vrai qu’en règle générale, le cinéma est vraiment très important pour nous. Et les ambiances, effectivement, le sont beaucoup aussi. Travailler sur un thème imposé, sur des images imposées, ça ne vous ferait pas peur ? Je pense que c’est une rencontre avec un thème et un réalisateur avant toute chose. Et la façon dont ce réalisateur traitera ce thème. Ça bouge pas mal en ce moment à Rennes. Vous faites tous partie de la « nouvelle scène rennaise ». Quel regard jettes-tu sur cette « nouvelle scène rennaise » et celle du début des années 80 ? Daho, Niagara, Marquis de Sade… On respecte complètement Niagara, Daho et Marquis de Sade, même s’ils sont tout de même assez loin de nous. On se sent éloignés de ces univers-là, même si on les respecte. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui il y a un renouveau, enfin… un renouveau, je ne sais pas, disons que ça bouge pas mal à Rennes en ce moment. C’est un peu difficile pour nous d’avoir du recul là-dessus, parce qu’on est vraiment dedans. On travaille avec les autres groupes, on répète dans les mêmes locaux. Là, on a plein de copains qui sortent leur disques comme les Wankin’Noodles, les Popopopops… Du coup, comme on est vraiment dedans, j’ai un peu de mal à avoir du recul… Je ne peux pas te quitter sans te demander si tu avais des idoles quand tu étais ado… Oui… C’était Kurt Cobain. Ado, je rêvais Kurt Cobain, je vivais Kurt Cobain ! Le premier album que tu as acheté était-il de lui ? Le premier album que j’ai acheté, je ne m’en souviens plus vraiment. Par contre, le premier album qui m’a marqué, c’est « Nevermind » de Nirvana, ça c’est sûr. C’est à l’époque où j’ai commencé à consommer des disques. Ma mère était abonnée à une revue qui donnait droit à des CDs gratuits à chaque commande… et donc, tous les mois, j’avais le droit de choisir l’album que je voulais ! (rires) Propos recueillis par IdolesMag le 23 avril 2012. -> Site officiel : http://www.manceau-music.com/ Tweet |
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