Interview de Les Stentors  

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/05/2012.
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Les Stentors © Bernard Benant

Emmené par Sébastien Lemoine, Mowgli Laps, Mathieu Sempere et Vianney Guyonnet, « Les Stenors » sortent leur premier album en France (un premier album était sorti en Suisse il y a un peu plus d’un an). Nous avons rencontré Mowgli et Mathieu, les deux ténors du quatuor, qui nous expliqueront dans quelles circonstances le groupe a vu le jour, comment est née cette idée de marier la variété et l’Opéra, et pourquoi ils ont eu envie d’explorer les régions de France à travers les chansons du répertoire. Le premier album des Stentors, « Voyage en France », est disponible depuis le 15 mai. Ils seront en tournée cet automne et passeront notamment par le Casino de Paris le 17 octobre prochain.

IdolesMag : Avant de parler de cet album, « Voyage en France », qui sort, peux-tu rapidement me raconter dans quelles circonstances le groupe est né ?

Mowgli : Il est né à l’initiative de Sébastien Lemoine, qui est un des barytons du groupe. Il a commencé par chanter de la variété française et il a toujours rêvé de faire un pont entre la variété et l’opéra. Du coup, il a décidé de monter ce projet. Nous nous connaissions tous parce que nous avions chanté dans différentes productions, dans des opéras, etc… Personnellement, je connaissais bien Mathieu, qui est ténor. J’avais déjà chanté avec Vianney qui est l’autre baryton du groupe. Sébastien, de son côté, avait déjà chanté avec Mathieu. Nous nous connaissions tous, nous avions tous plus ou moins déjà travaillé ensemble. Nous avons commencé avec Universal Suisse.

Les Stentors © Bernard BenantMathieu : C’était un disque de chansons françaises. Ce disque est sorti il y a un an et demi à peu près. Et voici le second qui arrive aujourd’hui. Celui-ci a été enregistré à Paris.

Pourquoi ce premier album n’est-il sorti qu’en Suisse ?

Mathieu : Tout simplement parce que c’est Universal Suisse qui nous avait donné l’opportunité de le sortir. Lorsqu’il a été question de sortir un disque en France, on a voulu adapter notre répertoire. On n’a pas voulu sortir le même disque. On a trouvé qu’une thématique précise serait plus appropriée. Nous avons beaucoup réfléchi sur la thématique et les régions de France se sont imposées…

Pourquoi avez-vous fait le choix de deux barytons et deux ténors ?

Mowgli : Déjà parce que c’est un peu la formation idéale dans n’importe quel chœur lyrique. Il y a un ténor 1, un ténor 2, des barytons et des basses. Ce qui permet d’avoir à peu près toutes les palettes de couleurs pour faire des ensembles vocaux. Là, c’est le cas, Mathieu est ténor 1 et moi, je suis ténor 2. Sébastien et Vianney son barytons basses tous les deux. Du coup, ça nous permet d’avoir une très large palette de couleurs…

Mathieu : Oui, ça nous permet de pouvoir toucher toutes les tessitures vocales. Ça permet de pouvoir trouver la voix lead idéale en fonction de si elle est grave ou aigue dans la chanson, et puis, de travailler les harmonies sur les titres. Quand ce sont les ténors, c’est-à-dire les voix aigües, qui chantent la partie principale, ce sont les barytons qui chantent les harmonies et quand ce sont les barytons qui chantent, comme sur la chanson de Nougaro ou de Brassens, ce sont les ténors qui font les harmonies.

Techniquement, est-ce que ça n’a pas été trop difficile pour vous de passer du lyrique à la variété ?

Mathieu : Non. Il y a d’abord le respect du texte, il faut se l’approprier. Et ensuite, au niveau vocal, ce n’est pas si difficile que ça si on sait mettre des limites entre les deux mondes. On doit pouvoir jongler de l’un à l’autre. Cet album n’est ni un album de variété pure, ni un album d’opéra pur. Il lie les deux. L’idée était de créer un style qui nous était propre dans le sens où les parties plus graves sont chantées comme un chanteur de variété et le lyrisme vient sur les parties plus aigües.

Mowgli : La partie difficile techniquement, c’est peut-être quand il faut chanter très doux. En tant que ténor, je sais que j’ai eu un peu de mal au début. Mais très vite, j’ai commencé à chercher techniquement ce que je pouvais faire pour y arriver mieux. Et ça a marché au fur et à mesure…

Mathieu : Par exemple, l’expérience avec le micro a été un peu difficile au début. Mais on s’est adapté assez rapidement, puisque l’enregistrement a duré quelque chose comme quatre ou cinq mois.

Les Stentors © Bernard Benant

Cinq mois d’enregistrement tout de même !

Mathieu : Oui, enfin… si on compte le brainstorming autour du projet et les chansons qu’on a enregistrées et qui ne figurent pas sur le disque ! Il a fallu choisir entre les titres que nous avions enregistrés pour avoir une cohésion dans la liste définitive.

Ces titres que vous avez laissés de côté étaient-ils dans la thématique des régions de France ou non ?

Mathieu : Les deux, puisque nous avons commencé à enregistré sans thématique. Nous avons donc en magasin, va-t-on dire, des titres qui vont dans d’autres directions. Et nous avons également des titres que nous avons enregistrés dans cette thématique des régions de France, mais qui ne correspondaient pas eux à la couleur de l’album actuel. On a donc sélectionné ces douze titres, et puis les autres sortiront certainement dans quelques temps.

L’idée d’explorer les régions de France en chansons est-elle venue assez rapidement ou bien avez-vous mis un peu de temps à trouver la bonne idée ?

Mowgli : C’est sorti assez tardivement, pour être très honnête. En sortant du studio, nous ne savions pas trop quelle piste suivre. Devait-on sélectionner les chansons « coup de cœur » ? Mais elles étaient fort nombreuses. Nous avons plutôt opté pour l’idée d’un fil conducteur et il a fallu un petit moment pour trouver le bon… Il a fallu un bon moment d’adaptation et de recherches pour trouver enfin ce thème des régions de France, que nous avons trouvé très adapté.

Les Stentors © Bernard Benant

Dans le choix des chansons, avez-vous pensé région ou chanson dans un premier temps ?

Mowgli : On n’a pas vraiment choisi par rapport aux régions. D’abord, on a fait une recherche pour voir les morceaux qui pouvaient rentrer dans le thème. Ensuite, il a fallu voir comment on pouvait trouver musicalement quelque chose qui correspondait au nouveau style qu’on voulait faire, ce mix entre variété et opéra. Par exemple, pour « Les Corons », ça a été une évidence. Il y a un côté très lyrique dans cette chanson. C’était donc très facile. Pour « La chanson pour l’Auvergnat » qui a un côté très chanson à texte, au début, on était un peu sceptiques. Et puis, au fur et à mesure des séances de travail, on s’est rendu compte que cette chanson avait un énorme potentiel. On a réussi à en faire quelque chose de vraiment très bien.

Mathieu : Les arrangements sont très importants. Il faut vraiment saluer notre arrangeur Florent Bidoyen qui a réussi à partir de chansons qui étaient chantées par un seul interprète, d’en faire des chansons fortes avec une harmonie à quatre voix, différentes de l’originale. C’était tout le challenge du disque.

Mowgli : Et puis, dans la plupart des chansons que nous avons choisies, c’est avant tout le texte qui primait. Quand on chante une chanson de Brassens, c’est avant tout le texte qu’il faut mettre en valeur. Et nous, en tant que chanteurs d’Opéra, nous avons essayé d’apporter notre côté lyrique et notre ligne vocale sur ces chansons-là.

Les Stentors © Bernard Benant

Vous faites un duo, on va appeler ça comme ça, avec I Muvrini. Les connaissiez-vous auparavant ?

Mowgli : Sébastien les connaissait. Il a toujours été très très fan d’eux. Du coup, il a fait le lien. Ils se sont prêtés au projet avec grand plaisir.

Mathieu : Ils ont accepté au départ de venir nous aider… parce qu’il fallait que nous prononcions le corse correctement ! Ils se sont prêtés au jeu et ont accepté ce featuring.

Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de chanson sur les Antilles, alors que tu es antillais Mowgli ?

Mowgli : (rires) Et bien, c’est-à-dire que dans toutes les chansons que nous avons enregistrées, il y en avait une… Mais tout le monde a pensé que ça n’allait pas dans l’homogénéité de l’album.

Mathieu : On peut le dire, il s’agit de « Belle-île-en-mer »…

Elle est superbe cette chanson, d’ailleurs…

Mathieu : Tu vas lui faire couler une larme ! (rires) Mais en fait, le titre n’a pas été retenu parce qu’il n’allait pas dans cet album. Mais le titre est enregistré et il sortira dans un prochain album ou du moins prochainement… Et il sera présent lors des concerts. Nous allons le chanter, bien évidemment.

Mowgli : Mais je suis bien d’accord avec toi, ça m’a attristé, mais bon, c’est comme ça…

Les Stentors © Bernard Benant

Vous venez tous de quatre régions différentes. Mathieu de Montpellier, c’est représenté par « Je viens du Sud », Mowgli des Antilles, on vient d’en parler... Mais on ne retrouve pas la Normandie d’où vient Sébastien, et la Picardie d’où vient Vianney…

Mowgli : On va dire qu’il y a une chanson sur le Nord, et que donc Vianney est un peu représenté. Mais dans une prochaine collection, j’espère que « Belle-île-en-mer » y figurera…

Vous allez monter sur scène cet automne. L’album comporte douze chansons, c’est un peu peu… Quelles autres chansons allez-vous chanter ?

Mathieu : On va chanter tous les titres de ce nouvel album, « Voyage en France », ainsi que quelques titres du premier album suisse. Il y aura donc quelques petites incursions issues de ce premier album, des coups de cœur.

Mowgli : Et il y aura « Belle-île-en-mer », c’est sûr !

Mathieu : Effectivement. Et puis aussi quelques surprises… puisque notre cœur va vers l’opéra également. Nous allons donc chanter quelques airs d’opéra pour que le public puisse découvrir l’Opéra et les voix lyriques, pour ceux qui ne connaissent pas. Il y aura deux extraits d’Opéra.

C’est quelque chose que vous attendez avec impatience de monter sur scène avec ce nouveau projet ?

Mowgli : Oh oui, complètement. En plus, nous, nous sommes vraiment des chanteurs de live. C’est de la scène que nous faisons le plus. Le lyrique, c’est vraiment ça. Donc, nous, c’est ça qui nous fait vibrer, le contact avec le public, l’émotion, l’échange. C’est ce qu’on attend le plus.

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Vous serez le 17 octobre sur la scène du Casino de Paris. Cette salle a-t-elle une résonnance particulière en vous ?

Mathieu : C’est une salle mythique. C’est une salle qui a un vécu particulier. C’est vrai que l’Olympia aurait pu être aussi une salle mythique pour nous, mais le Casino de Paris nous correspond bien. Ce sera notre première grande salle à Paris. Nous serons également le 1er juin en première partie d’I Muvrini au Trianon.

Mowgli : Ce sera notre toute première scène en live avec ce projet.

C’est chouette, ça.

Mowgli : Oui. En plus, ce sont des artistes magnifiques et très touchants, c’est génial.

Il y a souvent des mises en scène très majestueuses dans l’Opéra. Allez-vous aussi avoir une mise en scène très particulière ?

Mathieu : Appeler ça une mise en scène, je ne sais pas. Ce que je peux te dire, c’est que ce ne sera pas comme à l’Opéra, parce qu’à l’Opéra il y a une histoire, ici pas. L’Opéra, c’est un seul air, une seule chanson qui s’étire sur deux heures ou deux heures et demie. Là, nous allons voguer d’une région à l’autre, ce ne sera donc pas une histoire complète. Ce sera plutôt une mise en espace, plus qu’une mise en scène.

Mowgli : On ne peut pas comparer. Ici, ce sera plus un récital. Même dans le monde de l’Opéra, quand on fait un récital, on chante « simplement » devant le public. Alors que dans un opéra, il y a différents actes, différentes scènes, différents tableaux.

Mathieu : Et les costumes ne seront pas comme à l’Opéra ! (rires)

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Pouvez-vous l’un et l’autre me raconter votre plus beau souvenir de « Voyage en France » ?

Mowgli : Je suis né en Guadeloupe. Et j’ai grandi là-bas jusqu’à mes 19 ans. Quand je suis arrivé à Paris en France métropolitaine sur le coup de mes 19 ans, par mon boulot, mon métier de chanteur, j’ai voyagé dans toute la France. Je ne pourrais pas te parler d’une région en particulier parce que je suis à chaque fois époustouflé par la variété des paysages d’une région de France à l’autre. Je suis passé par la Bretagne, le Parc des Cévennes, la Camargue, il y a les montagnes aussi, les Alpes, la Savoie… Je découvre sans arrêt de nouvelles richesses. Je suis vraiment très très fan du territoire français !

Mathieu : De mon côté, je ne sais pas non plus s’il y a une région que je préfère aux autres. Bien sûr, il y a ma région de naissance, le Sud, Montpellier, près de la mer, et tout le Languedoc-Roussillon. Mais toutes les régions sont tellement intéressantes et diverses en France. Évidemment, il y a le Sud-Est, le Sud-Ouest, avec les Pyrénées… Mais il y a aussi le Massif Central. Tout est magnifique. Nous sommes allés dans le Nord tourner le clip des « Corons ». Nous y avons découvert des paysages merveilleux et y avons été accueillis par des gens adorables, d’une simplicité époustouflante. Et puis, il ne faut pas oublier non plus toutes les régions d’Outre-Mer. Et je ne dis pas ça pour faire plaisir à Mowgli. La Réunion, j’y suis allé plusieurs fois chanter, c’est merveilleux. Le paysage est magnifique. C’est du rêve à l’état pur. Chaque région peut être un rêve. Il y a des perles dans chaque région. Pour moi, il n’y a pas véritablement de plus beau voyage en France. Si ce n’est peut-être celui que nous sommes en train de faire…

Mowgli : L’air de rien, c’est difficile de répondre à ta question, tant la France a une réelle richesse…

Aviez-vous des idoles quand vous étiez ado ?

Mowgli : Ah oui ! C’était sans aucun doute Michael Jackson. Et mon premier enregistrement, ça a été « Bad ». Pendant très très longtemps, il a été mon idole. Après, dans le monde de l’Opéra, ça a été Placido Domingo.

Mathieu : Pavarotti, c’est une idole qui restera toujours. Pour moi, c’est un monstre vocal. Dans le domaine de la chanson française, j’ai plutôt été bercé par Brel, Sardou, Aznavour…

Mowgli : Moi aussi, dans le domaine de la chanson française, je dirais vraiment Aznavour également.

Mathieu : Et là, actuellement, j’ai découvert quelqu’un qui aurait pu être une de mes premières idoles, c’est Ginette Reno. Je ne la connaissais pas, très honnêtement. Et de l’avoir écouté chanter, ça m’a retourné l’âme. J’ai trouvé sa voix juste extraordinaire. C’est quelqu’un de remarquable.

Les Stentors © Bernard Benant

Écrivez-vous et composez-vous l’un et l’autre ?

Mowgli : Moi, pas du tout…

Mathieu : J’écris un petit peu. Je compose un petit peu. J’ai écrit quelques chansons étant plus jeune. J’ai un peu lâché, aujourd’hui je me contente de chanter ou de faire chanter les autres puisque je dirige un grand chœur. Mais j’ai commencé à m’y remettre un petit peu… C’est difficile, il faut trouver le temps et avoir l’esprit libre. Et là, entre ce projet et l’Opéra que nous continuons en parallèle, ce n’est pas toujours évident…

Vous continuez donc votre carrière dans l’Opéra en parallèle.

Mowgli : Oui. C’était d’ailleurs le concept : nous continuions en parallèle notre carrière dans le monde de l’Opéra. Le public pourra donc nous voir sur scène avec ce projet des Stentors, et également dans des projets d’Opéra, d’opérette ou de comédie musicale.

Mathieu : Nous essayons d’allier les deux, bien sûr. Bien entendu, il faut faire quelques concessions au niveau de l’emploi du temps. On est obligés de refuser quelques propositions puisque nous donnons priorité au projet des Stentors, mais dès que nous avons des plages de libre, nous allons chanter. Et puis, il y avait également des engagements que nous avions pris auparavant.

Dans l’avenir, aimeriez-vous chanter des chansons originales ?

Mathieu : Oui, c’est un espoir que nous avons, que certains compositeurs écrivent pour nous.

Mowgli : En plus, personnellement, j’ai un profond respect pour les compositeurs. Je trouve qu’ils font un travail extraordinaire. Ce serait une grande chance si l’un ou l’autre voulait écrire pour nous.

Mathieu : Ce serait bien d’aller vers des créations, toujours en gardant des chansons inoubliables avec nous…

Les médias ont tendance à vous comparer aux Prêtres. Ne trouvez-vous pas la comparaison rapide et un peu réductrice ?

Mathieu : C’est uniquement parce que nous avons Sébastien Lemoine dans le groupe !! (éclats de rire) Trêve de plaisanterie, les gens cherchent toujours à se rattacher à ce qu’ils connaissent, et ils ne nous connaissent pas encore… Mais si on peut vendre le même nombre de disques que les Prêtres, on sera très contents !... (rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 3 mai 2012.

-> Site officiel : http://www.lesstentors.com/








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