Nous avions été séduits par le premier single de Lilaslune, « J’ai 30 ans ». Nous lui avions d’ailleurs consacré une interview il y a deux ans. Elle sort aujourd’hui son premier album et c’est tout naturellement que nous avons eu envie de la retrouver pour qu’elle nous parle de ce « monde en cage » qui se révèle très éclectique, souvent frais et pétillant, parfois beaucoup plus profond. Nous vous invitons donc à découvrir Lilaslune, une jeune artiste pleine d’énergie. Elle se produira notamment, avec Sigrid Flory, sur la scène du Sentier des Halles (Paris 2ème) le 22 juin prochain. IdolesMag : Quand ton premier single, « J’ai 30 ans », est sorti avais-tu déjà beaucoup de matière pour ce premier album ? Lilaslune : Oui. Avant de m’inscrire sur Akamusic, j’avais déjà pas mal de chansons. Je ne voulais pas du tout m’inscrire sur un site ou quoi que ce soit avant d’avoir un univers complet à proposer. J’avais quoi ? une quinzaine de chansons maquettées et enregistrées en studio. Quand as-tu enregistré ces maquettes ? Ça fait un moment. J’ai commencé à composer début 2003 et quand je me suis inscrite sur le site en 2009, j’avais déjà une bonne quinzaine de chansons. Je voulais justement présenter un vrai univers et pas un titre isolé. Comment as-tu choisi les titres qui figurent sur l’album puisque tu en as beaucoup d’autres ? En fait, je les ai choisis en fonction de ce que j’avais envie de retravailler. L’avantage des maquettes, c’est que ça m’a montré tout ce que je ne voulais pas. J’ai fait les maquettes comme je l’entendais, c’est-à-dire à l’état brut, sans avoir une personne à mes côtés qui pouvait m’enrichir. Et là, j’ai eu la chance de travailler avec un arrangeur qui s’appelle Ronan Maillard. Il a été fort en proposition, tout en respectant ce que je suis. Je l’ai en fait choisi à cause de ça, parce qu’il était à l’écoute. Il a réussi à habiller autrement mes chansons, tout en gardant mon identité. Ça a été un réel plaisir de redécouvrir certains de mes titres que j’avais maquettés tout simplement au feeling, par rapport à ce que je voulais à l’époque. Quitte à travailler avec quelqu’un, il fallait qu’il gomme tout ce que je n’aimais pas dans ce que j’avais fait auparavant.
Il m’a été présenté par le biais d’Akamusic. En fait, une fois qu’on a atteint la somme pour la production de l’album, comme ils travaillent avec plusieurs arrangeurs (il n’y a pas un modèle tout fait) ils m’ont présenté Ronan. Lui, avait envie de travailler avec moi. Je ne le connaissais pas, mais tout s’est bien passé entre nous. Ça s’est fait très naturellement, en fait. Lui, il travaille beaucoup sur des musiques de films habituellement. Il a fait notamment « Le renard et l’enfant », « Safari »… Il travaille beaucoup avec Sinclair dans ce cadre de musiques de film. Et donc, pour lui, c’était un peu un challenge de travailler sur un album de chanson française. Toi qui vit à Lyon, n’est-ce pas un peu difficile de suivre l’évolution d’un projet à distance ? Non, avec internet, tout va bien ! On aurait parlé de ça il y a dix ans, je n’aurais pas dit la même chose. Ça aurait été beaucoup plus compliqué ! (rires) Mais là, on gagne un temps fou. C’est comme si on avait multiplié le temps par dix grâce à internet. Ronan, par exemple, je suis allée le retrouver à Paris une ou deux fois pour qu’on discute de certaines choses ensemble. Mais une fois que tout a été calé, qu’on s’est entendu sur ce que je voulais et ce que je ne voulais pas, il m’envoyait les débuts des arrangements par mail. On a tout fait par mail en fait par après. « J’aime, j’aime pas, j’aime pas cette batterie à cet endroit-là »… Donc, ça n’a pas été difficile de travailler à distance. Est-ce que tu écris beaucoup ? Non. En fait, j’écris quand je me décide d’écrire ou de composer. Je suis commerciale, donc, je suis constamment dans ma voiture. Ma voiture, c’est un peu ma bulle, en fait. Et c’est dans ma voiture que je compose ! Quand je rentre chez moi le soir, si ce que j’ai composé dans la journée est resté dans mon petit cerveau, ça peut faire une chanson… (rires)
Tu n’enregistres pas sur un dictaphone ou quelque chose comme ça ? Non, non, pas du tout. Je fais tout à la mémoire. Si ça ne reste pas dans ma tête, eh bien tant pis ! Tout est dans ma tête, et le soir quand je rentre, si c’est encore là, je joue quelques accords au piano pour matérialiser le truc. Mais si ça ne reste pas dans ma tête, c’est que ce n’était pas bon pour moi… Tu pars plutôt d’un bout de texte ou d’une mélodie ? Souvent, ça part d’une rythmique en fait. Et puis, la mélodie et les paroles viennent plus ou moins en même temps. C’est « Tête de Zombie » qui est mise en avant avec la sortie de l’album. Pourquoi ce choix ? Au départ, à la sortie du single « J’ai 30 ans », je voulais déjà sortir « Tête de Zombie » à la place, en fait ! « J’ai 30 ans », on va dire que c’est la chanson sur laquelle j’avais le plus de retour de la part des producteurs. Ça a été aussi plus un choix de label. Elle était plus évidente aussi « J’ai 30 ans ». Voilà. Tu as certainement raison. Mais « Tête de Zombie », je trouve tout de même que c’est une chanson qui se défend. Elle est beaucoup dans l’actualité. J’aime bien son côté un peu décalé, un peu humour noir. Et je trouve qu’elle est assez originale. Elle est encore moins formatée que « J’ai 30 ans ». Et c’est ce qui me plait. J’ai le sentiment que quand on l’écoute, ce n’est pas ce qu’on entend d’habitude. C’est pour cette raison que j’ai voulu mettre cette chanson en avant, elle montre une autre facette de mon univers. Maintenant, ça va peut-être être un inconvénient, et on me l’a bien dit, c’est peut-être un peu trop différent de ce qu’on a l’habitude de mettre en radio. Mais elle me plait bien cette chanson, j’aime bien son côté décalé. Je me dis que si les gens entendent ce titre à la radio, ils vont avoir envie d’en savoir plus, même si c’est différent. Et peut-être justement parce que c’est différent. Voilà ma philosophie, comment je vois les choses.
J’aime bien sortir du cadre ! (rires) Voilà pourquoi le choix de « Tête de Zombie », parce que d’une part c’est un texte qui parle de tout, et qui, sans être trash, est un titre qui dit un peu en douceur tous les mauvais côtés du monde dans lequel on vit. Comment s’est passé le tournage du clip ? Ça s’est passé à Bruxelles. C’était super. J’avais déjà eu la réalisatrice à plusieurs reprises au téléphone auparavant. Mais je ne l’ai rencontrée réellement que sur le tournage. Ça a été une super expérience pour moi, ce tournage. J’ai adoré faire ça. J’ai été chouchoutée en plus, ils m’ont très bien reçue. J’étais bien à l’aise, ça m’a bien plus. Si je pouvais faire ça toute ma vie, ce serait super ! (éclats de rires) Tourner des clips 24h/24, ça me plairait bien. C’est en tout cas une super expérience et je suis très contente de ce qu’elle a fait en plus. Est-ce toi qui a eu l’idée du clip ou bien as-tu reçu plusieurs synopsis ? Je lui ai dit juste ce que je voulais comme ambiance et après, je lui ai entièrement fait confiance. C’est elle qui m’a fait des propositions de son côté. L’idée, c’était de rester sur quelque chose de simple. J’avais un peu vu ce qu’elle avait fait avant sur d’autres projets et j’ai donc décidé de lui laisser carte blanche et de lui faire confiance.
On m’en parle beaucoup de cette chanson… J’ai dû l’écrire en 2005 ou 2006, quelque chose comme ça. Je l’ai écrite après avoir visionné le DVD « De Nuremberg à Nuremberg ». Après avoir regardé ce documentaire, j’ai été bouleversée, et j’ai eu beaucoup de mal à sortir du film. La chanson est venue toute seule. J’ai dû la composer en une heure à peine. La musique et les paroles sont venues d’un coup. C’est un sujet assez difficile à traiter. Certaines personnes la ressentent bien cette chanson, d’autres trouvent que c’est trop dur pour eux. Mais c’est vrai que beaucoup de monde m’en parle. Elle ne laisse pas indifférent. Je ne voulais pas lui ajouter trop de fioritures. Je voulais rester sur une ambiance très feutrée. Elle a été choisie aussi pour figurer dans l’album parce que justement elle est très différente des autres. D’ailleurs, chaque chanson de l’album explore un univers assez différent. Je voulais qu’avec cet album on ne me catalogue pas dans un style. C’est pour ça que j’ai voulu que chaque chanson aille dans un univers un peu différent. Je n’aime pas les albums où toutes les chansons se ressemblent, je trouve ça super ennuyeux en fait ! J’ai voulu que les gens, quand ils écouteront l’album, soient emmenés dans plein d’univers différents. Et pour le coup, « Nos camps ennemis », elle tranche un peu avec le côté fleuri et gai du reste… Deux titres ne sont pas paroles et musique de toi. Pourquoi ce choix alors que tu signes tous les autres titres ? Je pensais que ça n’était pas possible de chanter les mots d’un autre. J’étais même complètement réfractaire à l’idée pour être tout à fait franche avec toi. Et puis, en fait, ce qui s’est passé, c’est qu’au fur et à mesure de l’aventure, on évolue, on grandit… et un jour, un monsieur m’envoie un texte en me disant « Je pense que ce texte pourrait vous correspondre… » Ce monsieur c’était Dominique Césari, et la chanson « Closerie des Lilas ». Il m’a demandé si je pensais que je pourrais composer dessus. Et moi, composer sur un texte que je n’avais pas écrit me paraissait impensable vu que les paroles viennent en même temps que la musique. Ça me paraissait vraiment compliqué. Comme j’aimais beaucoup le texte, je lui ai tout de même demandé s’il y avait déjà une musique sur ces paroles. Il m’a répondu que oui. Et quand j’ai entendu la maquette, j’ai adoré le titre. J’ai trouvé que c’était différent de ce que je faisais, que je n’aurais jamais écrit ça comme ça… mais ça me plaisait ! Ça n’a été que du plaisir en fait cette aventure ! C’est super agréable de chanter les chansons des autres. Il y a également une reprise d’un titre d’Hubert-Félix Thiéfaine, « Les Dingues et les Paumés »… Oui ! Il faut savoir que je n’aime pas du tout l’idée de faire une reprise ! Je n’aime pas du tout les artistes qui font des reprises uniquement pour faire parler d’eux. Donc, à partir du moment où j’ai pensé à faire une reprise, je voulais que ce soit une chanson assez peu connue, et surtout une chanson d’un artiste que j’appréciais beaucoup et sur un thème qui me touchait. C’est le cas des « Dingues et des paumés ». J’ai voulu faire un truc à ma sauce, sans déformer la chanson, mais la mettre à la sauce Lilaslune ! J’ai fait cette reprise il y a un peu plus d’un an. À l’époque on n’en parlait pas du tout. Du coup, entre temps, il a ressorti un album et on en entend beaucoup plus parler… Mais à l’époque quand j’ai fait cette reprise, j’ai été étonnée de voir que beaucoup de gens ne connaissaient pas l’univers de Thiéfaine. Parmi les producteurs de mon album, par exemple, beaucoup ont découvert la chanson par l’intermédiaire de ma reprise. Après, ils ont été écouter l’original. Il y a dix ans, on découvrait Raphaël et Bénabar. Je me souviens, j’allais les voir dans de toutes petites salles. Ils n’étaient pas du tout connus. Je trouve que ce sont les plus beaux moments qu’on partage en tant que public avec un artiste. C’est à ses débuts, quand il est en train d’éclore. Pour l’échange avec le public, c’est là le mieux. Et après, quand ils ont été plus médiatisés, j’avoue que je me suis un peu désintéressée. Thiéfaine, lui, il a su garder son côté brut. C’est sympa pour le public…
C’est juste une question de budget. C’est-à-dire que si je mettais plus de titres, je n’avais plus d’argent pour la promo. Et la promo, c’est important. C’est un poste qu’on ne peut pas supprimer. Je ne voulais pas d’un album de 15 titres qui reste sur une belle étagère et qui prenne les poussières. Je ne voulais pas avoir 15 titres sur mon album et que ça en reste là. J’ai donc préféré faire un tout petit album, en gardant de l’argent pour la promo. Après, peut-être un jour y aura-t-il un deuxième album ? Avec plus de titres ? Mais au moins, j’aurai tout tenté pour que cet album-ci marche. Avoir un album de 15 titres qui pourrit sur une étagère, je n’en voulais pas. J’aurais bien entendu préféré plus de titres, mais ce n’était pas possible. Va-t-il y avoir quelques scènes ? Ah oui ! Mais la scène, c’est super compliqué quand on n’a pas de tourneur. On doit tout faire soi-même. L’année dernière, on a fait pas mal de scène avec Sigrid Flory. Nous venons toutes les deux du site Akamusic. On a deux univers de chanson française très différents l’un de l’autre. Du coup, on s’est dit que comme on était lyonnaises toutes les deux, on allait prendre la même équipe de musiciens et faire des concerts communs. En fait, ça nous plait bien parce qu’on se soutient mutuellement. On fait les démarches à deux. Mais c’est vrai que c’est lourd. Il faut énormément d’énergie. Il faut pouvoir faire les répétitions avec les musiciens et les payer derrière. Ce n’est pas négligeable ! On a donc fait plusieurs dates en fin d’année dernière et là, on recherche… Pour l’instant, on a une date, le 22 juin au Sentier des Halles à Paris. On est vraiment contentes d’avoir décroché cette date… On aimerait vraiment faire plus de dates, mais quand on n’a pas de tourneur, l’administratif et tout le reste, c’est assez difficile à gérer ! Le fait qu’Akamusic arrête ses activités de label, est-ce que ça te fait peur ? Moi, ça ne me fait pas peur parce que mon budget est bouclé.
Vont-ils tout de même continuer à te suivre et t’épauler ou te retrouves-tu dans la nature ? Tu sais, ils sont juste intermédiaires en fait. Moi, j’ai eu la chance de pouvoir choisir la personne qui allait s’occuper de la promo de l’album. Le budget étant acté, le fait qu’ils arrêtent, ça ne va pas influer sur mon projet. Après, je me dis que des artistes comme moi, on n’est pas dans le milieu. Je suis un peu à l’état brut, en fait. Je me suis mise sur internet sans avoir fait de la scène, je ne connaissais personne. J’ai grandi avec mon projet. Donc là, avec la nouvelle formule d’Akamusic, il faut vraiment être professionnel pour monter un projet. Ce changement de direction, ce n’est pas à moi de dire que c’est bien ou non. Je sais juste que je n’aurais pas pu faire tout ce que j’ai fait avec la nouvelle formule. Si je n’avais pas eu Akamusic, je n’aurais pas eu le micropublic que j’ai aujourd’hui… En même temps, je comprends que pour les producteurs, c’est long quand le retour sur investissement n’est pas là. Donc, à un moment donné, le système s’essouffle et c’est normal. Il faut trouver d’autres façons de faire. C’est une évolution qui me parait normale. Après coup, est-ce une aventure dans laquelle tu te relancerais, faire produire ton album sur un site participatif ? Oui, sans hésitation. Je ne le referais pas comme je l’ai fait là, parce que ça a pris un temps fou. Mais disons que je ne le regrette pas parce que ça m’a permis d’exister artistiquement et de grandir. Là, j’ai pu mener à bien un projet semi professionnel. Ça m’a donné la chance de rencontrer des professionnels, de travailler dans un cadre professionnel. Et ça, pour moi, c’était extraordinaire. C’est un peu comme une enfant qui arrive à Disney et qui entre dans un monde magique, sauf que le mien est moins magique ! (éclats de rire) Chaque fois que tu envoyais un message à tes producteurs, il se terminait par une citation, « l’humeur du jour de Lilaslune ». Quels sont tes auteurs préférés ? Je n’ai pas vraiment d’auteur préféré. Je vais piocher un peu partout. Ce n’est pas dans l’œuvre d’un écrivain particulier que je vais me retrouver. Ce sont plutôt des petites phrases que je vais piquer et qui traduisent ce que je ressens à un instant T. C’est très fugace et très furtif. Comment vois-tu la suite ? Je ne demande pas la lune, juste avoir un tout petit peu de reconnaissance et d’écoute. Après, je sais que ça va être très très difficile. J’ai les pieds sur terre. Tout ce que j’espère, c’est que toute l’énergie mise sur ce projet depuis deux ans ne va pas aboutir juste sur rien, mais que je vais avoir le plaisir d’être un tout petit peu entendue. Même si ce n’est pas beaucoup, ce sera déjà ça… Propos recueillis par IdolesMag le 16 mars 2012. Tweet |
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