Interview de Carmen Maria Vega

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/04/2012.
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Carmen Maria Vega - DR

Le deuxième album de Carmen Maria Vega, « Du chaos naissent les étoiles » est dans les bacs depuis le 2 avril dernier. Ce deuxième opus, plus rock que le précédent, affirme l’identité de cette jeune interprète pleine d’idées et d’énergie. Nous avons donc été à sa rencontre afin qu’elle nous parle de ce nouvel album et de la formidable imagerie qu’elle a créée autour de ce disque. Nous ne manquerons pas d’évoquer ses premiers pas au cinéma. Elle sera à l’affiche du premier film de Béatrice Pollet, « Le Jour de la Grenouille » en juin prochain. Rencontre avec Carmen Maria Vega une artiste éclectique et électrique !

IdolesMag : On dit toujours qu’on est attendu au tournant avec un deuxième album, qu’il faut évoluer tout en gardant ce qu’il y avait de bon dans le premier, qu’il faut continuer à surprendre et se renouveler sans trop en faire non plus... Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

Carmen Maria Vega : Je suis plutôt sereine. Effectivement j’avais conscience de tout ça en rentrant en studio, mais si tu penses trop à comment ne pas déplaire aux gens qui ont aimé le premier album et plaire aux autres, en général tu risques de faire de la merde ! (rires) Sur le premier disque, je n’avais pas pu appréhender le studio. Je suis rentrée en studio et on a enregistré le disque dans la foulée. Là, j’ai eu un an et demi pour faire ce deuxième album. J’avais vraiment besoin de prendre mon temps et de prendre le temps d’apprendre à aimer le studio. J’ai donc plutôt pensé en termes de plaisir. Si tu n’as pas la notion de plaisir, c’est plutôt compliqué ! Je ne me mets pas de pression particulière par rapport au premier, c’est plutôt les gens comme toi qui me la foutent en me posant des questions comme celle-ci !! (rires) Tout ce que je peux te dire, c’est que je suis vraiment contente de ce qu’on a fait sur l’album, sur les prods, le tournant musical plus rock qu’on a pris. Et puis, il y a la patte de Max [Lavegie] qui reste, toujours incisive. Il y a peut-être cette fois-ci un peu moins de chansons à histoires, même si j’aime beaucoup ça. Personnellement, je trouve que c’est le meilleur album de l’année ! (rires)

Carmen Maria Vega, Du chaos naissent les étoilesQuand tu as commencé à réellement bosser sur l’album, étais-tu complètement vierge de tout ou avais-tu déjà quelques titres qui trainaient ?

Il y avait déjà des titres que Max avait écrits. « On s’en fout » avait un an, par exemple. On l’avait déjà maquettée, on avait fait des prods dessus et pas mal de tests parce qu’on y croyait beaucoup.  Du coup, c’est elle qui a donné un peu le ton de ce qu’allait être le deuxième disque. Il y avait aussi la chanson « Nan Nan » qui avait un an et qui avait déjà un petit peu vécu sur scène. Celle-là, elle se prêtait bien à la scène, et dans l’univers du premier disque. Après, toutes les autres chansons sont arrivées pendant la recherche. On était presque vierge, mais on avait tout de même des pistes. « La Marquise » est arrivée après, et il fallait pour moi que ce soit elle qui ouvre le bal. Elle a un côté sexy, un côté sensuel. Musicalement, elle est hyper intéressante parce qu’elle a un peu de tout. Elle a des arrangements auxquels on ne prête pas forcément attention mais qui donnent une identité visuelle assez forte. Je voulais un truc baroque au départ. Tu vois, je voyais des volutes, du velours rouge et ce genre de choses… le côté vintage et intemporel, aujourd’hui, ça ne veut plus trop rien dire, mais c’est ce que je voulais. Ça part des années 20 aux années 90 et j’avais envie de faire un mix de tout comme d’habitude. Je ne supporte pas me situer quelque part. Je m’enlève cette lourde tâche et en même temps, je ne suis pas toujours d’accord. Mais je n’ai pas envie de me ranger moi-même dans un tiroir. C’est trop con. La musique, c’est tellement vaste. Il ne faut pas se cantonner à un titre, c’est trop triste, on tourne en rond. Il faut essayer de faire plusieurs choses. Après, il ne faut pas non plus tout faire, parce que c’est là qu’on se vautre. Et c’est pour cette raison que je continue de ne pas écrire, parce que là clairement, s’il y a bien une chose pour laquelle je ne suis pas douée, c’est ça, c’est l’écriture. Je suis très contente et je trouve très confortable d’avoir quelqu’un qui écrit pour moi.

Ça ne te titille pas du tout l’écriture ?

Pas l’écriture de chansons en tout cas. Ce qui me titille par contre, c’est d’écrire un scenario ou une pièce de théâtre, quelque chose de plus long. Je n’ai pas vraiment l’esprit de synthèse, moi ! (rires) C’est un véritable art d’écrire des chansons, ça relève de la poésie. Déjà, je n’ai aucune patience devant l’inconnu et devant ce que je n’arrive pas à acter. Il y a des choses que tu as besoin de ne pas comprendre… Mais l’écriture, pour moi, non ! Ce n’est pas possible. Je me rappelle de la seule fois où j’ai essayé… Ou la la… Je m’en vais ! (rires)

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Souffles-tu des idées pour les textes ? Ou bien les prends-tu tels quels et y amènes-tu ton interprétation ?

Le rôle d’interprète, c’est ça, et pas que ça non plus. Je veux que Max garde son écriture cruelle et incisive, qu’il n’ait pas peur de ses mots et de comment il les articule parce qu’ils me ressemblent. Et c’est bien pour ça qu’on travaille ensemble. Mais sur les thématiques, je lui ai demandé de taper un peu davantage dans la fourmilière, tout en faisant attention de ne pas tomber dans le côté démago limite populiste. C’est dangereux dans une chanson, il ne faut pas franchir une certaine limite. Et à l’inverse, c’est lui qui est arrivé avec cette idée de « On s’en fout ». Je lui ai dit que le côté numératif des chansons, j’aimais bien parce que ça permet de dire un certain nombre d’idées dans un temps très court. « Nan Nan », c’est une chanson d’amour. Et il sait combien j’aime les chansons d’amour sur des histoires qui finissent mal ou qui se passent mal ! Ce n’est pas que j’ai eu une vie sentimentale aussi horrible, n’est-ce pas ?!... (rires) Mais les travers du couple et l’amour en général sont des thématiques très fortes. Il y a des milliers de chansons d’amour, même si on évoque un sujet qui a déjà été traité, la manière de percevoir les choses est tellement différente d’un individu à l’autre, que c’est toujours intéressant. On travaille quand même tout de même assez souvent de concert. Parfois il arrive avec une idée bien précise et quand il me chante la chanson, je ne vois pas du tout où il veut aller. Je n’entends pas du tout ce qu’il a voulu dire… Il a écrit des chansons sur la solitude et pour moi, ça parlait plutôt de suicide. Quelque part, ça se rejoint, mais bon... C’était une chanson sur le premier disque, « Finir mon verre ». Lui, parlait de la solitude et le fait d’être un peu agoraphobe, et moi, j’entendais quelqu’un qui ne supportait pas effectivement sa propre solitude et sa mélancolie et qui finissait par se foutre en l’air. Eh bien non ! Donc, c’est en ça, qu’on se rejoint sur le rôle de l’interprète. Mais il ne faut pas penser que je joue un personnage. Sur le premier album, on m’a souvent demandé si tous les personnages que j’interprétais c’était moi. En fait, je ne joue pas des personnages, je suis l’interprète d’une histoire. C’est différent. Je suis certaine que si quelqu’un d’autre chantait la même chanson, elle n’y mettrait pas du tout la même intention. C’est la personnalité de l’interprète, mais je ne me cache pas derrière des personnages.

« On s’en fout » a donc été créée bien avant les autres titres. Était-ce évident pour toi que ce soit le premier extrait ?

Oui, c’était assez évident. Quand Max me l’a amenée, j’ai trouvé ça  marrant parce que lui avait fait une maquette avec une espèce de voix assez prétentieuse, très parisienne, un peu chanteur qui se regarde chanter. Je trouvais ça énorme. Je voulais garder ça, mais pas autant, parce que là c’était vraiment surjoué. Du coup, j’ai vraiment essayé d’y mettre mon interprétation. Ça a pu troubler parfois les gens qui me connaissent, mais je me dis que ce n’est pas grave parce que pour moi, c’était vraiment un foutage de gueule des chanteurs et chanteuses parisiens qui susurrent, qui murmurent, qui pensent pendant qu’ils chantent…  Je voulais vraiment y mettre un minimum d’interprétation. Le texte se suffit tellement à lui-même et est tellement fort que je ne voyais pas vraiment l’intérêt de surjouer les choses. Du coup, c’était évident que ce serait celui-là le premier extrait parce qu’il donnait vraiment le ton général du disque aussi. Pourtant, tu vois, ce n’est pas la première chanson de l’album…

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Il est au début, mais je trouve personnellement que « La Marquise » trouve vraiment bien sa place en ouverture…

Ah oui, moi aussi. J’adore cette chanson. C’est une de mes préférées. Et j’ai voulu la mettre en première piste, parce qu’elle est peut-être moins évidente que « On s’en fout », mais je n’aime pas quand c’est trop évident dès le départ, ça ne donne pas envie d’aller plus loin !

« On s’en fout » a été clippée. Ce sont de vrais comédiens qui jouent dans ce clip (Simon Abkarian, Joséphine de Meaux, Igor Scribin), et pas des potes qui viennent rendre service comme ça arrive souvent. Était-ce dans l’idée de faire un clip très pro, très cinéma ?

Ce n’était pas vraiment dans cette idée là, mais j’avais une idée tellement précise de ce que je voulais, que je me suis dit que c’était bien de faire appel à de vrais comédiens. Par expérience, pour avoir vu des clips tournés avec des gens dont ce n’est pas forcément le métier, je sais que tu n’obtiens pas forcément le résultat escompté. Ou alors tu l’obtiens après je ne sais combien de prises ! Avec eux, c’était sûr, vu leur expérience, que ça allait être rapide, que j’allais y prendre beaucoup de plaisir et que le résultat serait top. Encore une fois, il raconte une histoire ce clip, mais en même temps, il n’y a pas vraiment de début, de milieu ni de fin. Il est très illustratif. Il est pour le coup très premier degré. Mais c’est sûr que j’avais tout de même envie d’un côté très cinématographique. Je trouve que les clips en ce moment, ce n’est pas toujours ça… Déjà, souvent, on n’a pas de très gros budget. Je ne vais pas me plaindre, moi, j’ai eu un budget, certains n’en ont même pas ! Mais les budgets qu’on a pour les clips nous poussent à redoubler d’ingéniosité pour trouver le copain qui va pouvoir te trouver l’accessoire qu’il te faut, la copine qui va te trouver la coiffeuse idéale… Et comme pour avoir ce que je voulais, il aurait fallu un budget à 100 000 euros… J’ai préféré faire venir de vrais comédiens, qui en plus sont des copains d’ailleurs, pour gagner du temps. Ils m’ont vraiment fait une fleur en venant. Et je suis ravie du résultat !

Tu peux, il est très chouette ce clip !

J’y ai vraiment beaucoup travaillé. Je suis hyper fière de l’ensemble du disque, que ce soit au niveau de son contenu et de toute l’imagerie qui a été faite autour, ainsi que du clip de « On s’en fout ». Le premier clip, je n’avais pas vraiment eu le temps de me pencher dessus, je n’avais pas rencontré beaucoup de gens pour pouvoir en parler. Je ne me suis pas forcément entendue avec l’équipe. Alors que là, tout était formidable.

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Il y a un travail très soigné qui a été fait autour de l’album, que ce soit au niveau du clip ou au niveau de la pochette. Est-ce quelque chose que tu as voulu travailler dès le départ ?

Oui. C’était évident. Il fallait que l’image fasse partie du package ! Penser à une image, une photo ou un clip, ça t’aide aussi à avancer dans la phase de production des arrangements. Et inversement. C’est-à-dire qu’une chanson peut te faire penser à un élément graphique ou à une séquence dans un clip. Il n’y a pas vraiment de chronologie. On est d’abord entrés en studio, la photo, je la voyais, mais je n’arrivais pas encore à l’articuler. Et puis, je suis partie à Londres voir une copine qui habite là-bas et qui est photographe. Je lui ai demandé de m’emmener dans un salon de coiffure vintage pour voir comment les anglais coupaient les cheveux puisqu’ils ont une réputation qui est tout de même assez chouette ! Elle m’a amenée dans le salon de coiffure qu’on voit sur la pochette. Il y avait une espèce de chihuahua tout petit tout moche dans le salon. C’était vraiment le chien de Paris Hilton, mais en punk parce que la coiffeuse l’habillait avec des petits perfectos à clous. Elle, c’était une grande croate punk qui n’avait pas du tout la gueule d’avoir ce chien. Et justement, c’était d’autant plus rock ! Elle m’a coupé les cheveux super bien et l’ambiance du salon était super chouette. C’était dans un appartement au premier étage. Il y avait une nana qui faisait du maquillage dans un coin, une autre qui faisait des tatouages… Ça représentait vraiment Londres et tout ce que j’aime dans cette ville. Je suis revenue avec une photo prise avec mon IPhone avec ce chien dans les bras et une couleur qui était en train de poser sur mes cheveux. Autant te dire que je ne ressemblais à rien ! Je suis donc arrivée dans ma maison de disques en leur disant « voilà, je voudrais ce genre d’image ! » Ils m’ont regardée pour voir si j’étais vraiment sérieuse… Comme j’avais l’air de savoir ce que je voulais, ils ont été d’accord. Pourtant parfois, j’ai des idées complètement con !! (rires) Je voulais retrouver cette ambiance avec cette photographe qui est mon amie depuis 15 ans, cette coiffeuse, la maquilleuse… Et finalement, tout a été très simple là-dessus. C’était génial parce que je me suis retrouvée toute seule à faire cette photo, pas de manager, de producteur ou de directeur artistique avec moi… c’était tellement cool ! C’est pas que je ne voulais pas qu’ils soient là, mais bon… je voulais laisser exploser toute ma créativité ! (rires) C’était vraiment génial, on a fait tout ce qu’on voulait. Et le résultat est bien léché, très esthétique. Ça colle bien avec ce qu’on a fait sur les arrangements finalement. J’en suis hyper contente, parce que tout s’est bien passé sur le disque, la pochette, le clip, etc… Après, tout ce qui a été de l’articulation de tout ça autour du spectacle, ça a été beaucoup plus compliqué…

Pourquoi ?

Le problème était de savoir comment mettre en avant un album avec autant d’arrangements. Il a fallu ramener de nouveaux musiciens, et se séparer de certains. Ça, ça a été très dur aussi.

On retrouve un casting assez impressionnant sur l’album. Albin de la Simone, Séb Martel, Mark Plati…

Autant j’étais toute seule aux manettes sur l’imagerie, autant je ne l’étais pas sur la prod. Là, c’est Max et Marlon B qui s’y sont collé. Marlon a ramené de super musiciens comme Sébastien Martel et Albin de la Simone. Mark Plati, on l’a rencontré au départ par mon tourneur, pas du tout par la maison de disques. Il avait écouté « La Marquise » et il avait trouvé le titre super. Il nous a dit qu’il voulait faire un truc sur l’album. Quand tu regardes le CV du mec – il a bossé avec Bowie, Rita Mitsouko, Charlie Winston – tu te dis qu’on a eu un bol pas possible qu’il veuille bosser avec nous ! C’était tout de même génial !

Ça, c’est pour la partie studio. Mais pour la scène, ça a donc été une autre paire de manches.

Ah oui, tu peux le dire ! Quand tu travailles avec certains musiciens, ils ne voient pas forcément l’intérêt de s’habiller d’une façon particulière… Ils estiment que la musique se suffit à elle-même. Oui, mais bon… Non ! (rires) Donc, ça a été un petit peu un bras de fer pour leur expliquer l’intérêt de l’image et de l’esthétique. Je crois qu’ils ont eu peur que je ne me perde dans un truc. Ils ont eu un peu cette attitude d’un fan qui aurait adoré le premier disque et qui aurait eu peur que je ne me perde sur le deuxième… Finalement, je te rassure, ça va beaucoup mieux aujourd’hui, parce qu’on a beaucoup bossé le spectacle et qu’ils m’ont fait confiance. Et surtout, je pense qu’au fur et à mesure, ils ont vu où je voulais aller quand ils ont vu tout le travail qui avait été fait avec mon graphiste sur la pochette. Tant que la pochette n’était pas concrétisée, ça a été difficile parce que c’est toujours assez difficile d’expliquer une image avec des mots. Donc, voilà, ça a été une belle année de chaos !

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Dis donc, il porte donc drôlement bien son nom cet album, « Du chaos naissent les étoiles »…

Ah oui ! Tu peux le dire ! (rires)

Ce titre, justement, l’avais-tu en toile de fond pendant l’enregistrement ou bien est-il venu après coup ?

On a commencé les pré-prods en janvier, et j’ai dû le trouver à la mi-mai. J’ai lu un texte qui s’appelait « Le jour où je me suis aimé pour de vrai » et il finit par cette phrase, « Du chaos naissent les étoiles ». Certaines personnes l’attribuent à Charlie Chaplin. Mais quand tu cherches bien, je ne l’ai jamais trouvé en version papier, il semblerait que cette phrase provienne de deux auteures américaines, Kim et Alison Mc Millen. Je ne m’avance pas sur l’auteur, parce que je n’en suis pas encore certaine, mais j’ai trouvé que c’était une phrase qui reflétait tellement bien le disque. Je me posais souvent la question de savoir si j’allais arriver à me faire comprendre, si on allait arriver ensemble là où je voulais aller… Et puis, dans l’imagerie du disque, ça collait. Quand on ouvre la pochette, on retrouve une photo de moi en madone. Et je trouvais que ce titre avait complètement une symbolique biblique ou même de la théorie du big bang. Il faut savoir que j’adore les bondieuseries, j’ai toujours kiffé ça. Alors que je suis plutôt athée… Mais tout ce qui est chapelets, croix, icônes, j’adore ! C’est beau en plus. On n’a pas besoin d’être un catholique fervent pour pouvoir apprécier la beauté de cet art. Et comme sur la fin, on a bouclé l’album finalement dans le speed alors qu’on a eu un an et demi pour le faire, cette phrase avait une résonnance évidente pour moi. Ça voulait dire, voilà, on y est arrivé, mais je ne sais pas comment ! À la fin, c’était le chaos total, ça partait dans tous les sens. Il fallait arriver à cadrer le truc et à nous retrouver tous ensemble. Finalement, on y est arrivé, et heureusement !! J’aime bien l’idée de cette phrase. Tu peux être dans des conditions pas forcément idéales et puis arriver juste à accomplir ce que tu as toujours voulu.

Abordes-tu la scène de façon assez carrée ou plutôt instinctive ?

Ni l’un ni l’autre. Je crois que le seul truc qui est vraiment très important, c’est de trouver le bon set. La bonne intro, la bonne fin, la bonne articulation. Après le set, il faut travailler les lumières. Ma régisseuse lumière est la même depuis six ans. On articule tout ça. On essaye de coller à l’imagerie de la pochette, du clip et qu’en même temps, ce soit logique et homogène. Tout ce qui est entre-chansons, j’ai toujours écrit des choses, mais en même temps, je ne mets jamais rien sur papier. C’est toujours la même histoire, ça m’angoisse le papier, ça fige quelque chose ! Donc, du coup, ça rejoint le côté instinctif et spontané. Mais c’est plus par rapport au public, ce que je vais dire entre telle et telle chanson, comment je vais avancer la prochaine, etc… Il faut tout de même qu’il y ait une trame principale, sinon, tu finis toujours par partir un peu partout. C’est important d’avoir un cadre et après de pouvoir évoluer dedans.

Je suppose que les chansons du premier album vont subir un sacré lifting…

Oui, tout à fait ! Justement, ça c’est super. Ne fut-ce que pour « La Menteuse » que j’ai dû chanter près de 2000 fois… au moins ! Puisqu’elle a sept ans. C’était le premier single du premier disque. Je me suis demandé comment on allait faire pour la recentrifuger sans qu’elle perde son âme. Je n’en peux plus de cette chanson, moi ! Et finalement, ça a été hyper facile. Et ça va peut-être te paraître bizarre, mais je retrouve du plaisir à la chanter. Aujourd’hui, je suis contente quand elle arrive, alors qu’avant, j’en avais un peu marre. J’étais un peu arrivée au bout de ce que je pouvais lui mettre comme intention.

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C’est une nouvelle vie qui commence pour certaines chansons quand on les réarrange.

Complètement. Et du coup, il y a aussi certaines chansons qu’on ne fait plus du tout. Par exemple, « Les Anti-Dépresseurs » ne fait plus partie du spectacle. Mais ça peut revenir. Peut-être que d’ici six mois j’aurai envie de changer le set. Il ne faut pas figer les choses non plus. Un set, ça peut et ça doit évoluer. Sinon, ce serait trop triste.

Tu as joué dans le film de Béatrice Pollet, « Le jour de la grenouille », qui sera à l’affiche en juin 2012. Quels souvenirs en gardes-tu ?

Super ! C’est mon premier film. C’est un très beau film d’auteur. C’est vraiment dans la lignée de Sautet. C’est le premier long-métrage de Béatrice, elle avait été scripte notamment sur « Je vais bien, ne t’en fais pas ». Elle a une sensibilité toute particulière, une faculté de percevoir l’être humain inouïe. C’est une femme extrêmement timide qui parle très doucement. Déjà, c’est génial parce qu’elle ne te brusque jamais. Pour moi, en fait, cette aventure est arrivée à la fin de vie du premier disque. C’était une période où j’en avais un peu marre de tout diriger et j’avais envie qu’on me dirige. Et surtout, j’avais envie de faire du cinéma !… Enfin, ça, c’est toujours pareil, ce n’est parce que t’as envie de faire un truc que ça va arriver ! Ou alors, il aurait fallu que j’écrive mon propre film. (rires) Mais pour le coup, cette proposition est arrivée au bon moment. J’ai adoré le faire. C’est une superbe histoire d’amour qui parait impossible et qui finalement finit bien. Donc, en définitive, ça me correspondait plutôt pas mal au départ. Là, je te parle des rôles principaux. Moi, j’ai un second rôle extrêmement chouette. Elle a vraiment bien écrit l’histoire parce que finalement tous les personnages secondaires servent les premiers rôles, mais ne sont jamais des faire-valoir. Chaque personnage est super bien écrit. Quand tu regardes le film, c’est assez fabuleux. Les rôles principaux sont donc tenus par Joséphine de Meaux qu’on voit dans mon clip [« On s’en fout »] et Patrick Catalifo. Au départ, ils ne s’entendent pas du tout. Elle est chef d’un chantier et on lui met le directeur des travaux finis dans les pattes… Il lui explique un peu la vie, et ça l’horripile. Et puis, il va y avoir un accident sur le site qui va faire qu’ils vont comprendre qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. C’est toujours dans le drame et le chaos que naissent les plus belles histoires...

Toi qui débordes d’énergie sur scène, est-ce que ça n’a pas été trop difficile les conditions de tournage ? Le cinéma est réputé pour être très lent…

Tu sais, dans la chanson, on attend et on attend des heures aussi. On arrive à midi, tu manges, tu attends deux heures et demie dans les loges pendant que les musiciens font leur balance. Tu dors ou tu passes ton temps à regarder les mouches qui volent… Tu finis par faire ta propre balance, puis tu te concentres et tu t’habilles. Quand le concert arrive, il s’est passé douze heures d’attente interminable, pour finalement une heure et demie d’énergie et d’intensité. Là, finalement, sur le tournage, l’attente a été moins pénible parce que je servais un rôle. En plus, même si on avait vraiment un tout petit budget, on était dans des conditions plutôt chouettes. Béatrice a ramé pour pouvoir faire son film et pouvoir le sortir. Comme c’était une toute petite équipe technique, tout le monde s’entendait super bien. Il n’y avait pas de rapports de force ou ce côté starification qu’il peut y avoir quelques fois. En plus de Joséphine et Patrick, il y avait plein d’acteurs et actrices formidables, comme Fanny Cottençon, qui était d’une douceur exemplaire ! Tout était vraiment chouette sur le tournage. Et puis, il y avait pas mal d’abrutis dans l’équipe technique, donc, je te jure, qu’on a bien rigolé !! (rires) Je trouve que ça a été une très jolie expérience et je suis contente que Béatrice soit venue me chercher. Elle m’a vue à la télé, et visiblement j’étais sa Sarah. J’ai adoré cette expérience, j’espère que j’aurai la chance de le refaire.

Tu as commencé par le théâtre quand tu étais gamine. Aimerais-tu remonter sur les planches ?

Eh bien… J’aimerais bien en refaire, mais j’avoue que tout ce que j’ai pu voir depuis des années me désespère tellement !... (rires) Alors, tu pourrais me dire que c’est la même chose dans le cinéma, c’est sûr… mais dans le cinéma, le champ des possibles est tout de même plus large. Et puis, la catastrophe au théâtre, c’est que si tu ne t’entends pas bien avec la troupe avec laquelle tu dois bosser, ça va être très difficile !! Il y a deux mois de répéts, je ne sais combien de mois de représentations et de tournée. Si t’en as marre, c’est compliqué de prendre du plaisir tous les soirs avec des gens que tu n’aimes pas. Au cinéma, tu peux mettre ton poing dans la poche. Si ton partenaire est un con, deux mois après, tu ne le vois plus… C’est un avantage !! (rires) Au théâtre, il faudrait qu’on me propose un rôle formidable et surtout, une mise en scène extraordinaire. Et puis, je n’ai pas du tout envie de faire du théâtre comique ou du cinéma comique. Ça ne m’intéresse pas pour l’instant ! C’est dur parfois… à part « Intouchables », c’est dur parfois la comédie !… (éclats de rire) Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu en France une comédie de ce niveau.

Et puis « Intouchables » a avant toute chose un propos et une thématique rarement exploitée, du moins, de ce point de vue.

Ah mais bien sûr ! D’ailleurs, c’est un peu dommage qu’on ne parle plus que de la drôlerie du film, et pas du propos. En fait, j’ai eu beaucoup de chance parce que j’ai vu ce film en avant-première. Il avait été présenté à Dijon lors de rencontres cinématographiques où j’étais avec le film de Béatrice. Du coup, j’ai vu le film avant qu’il ne sorte et avant qu’on fasse tout le tintouin qui a été fait autour. J’ai pris une baffe, j’ai trouvé ce film magnifique. Ça ne m’étonne pas qu’il ait cartonné. Mais on a tendance à un peu oublier le fond du film. Et Omar Sy et François Cluzet sont absolument fabuleux !

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Je sais que tu n’aimes pas parler de tes influences musicales, et que ça t’agace même un peu quand on te pose la question… mais j’aimerais tout de même savoir si tu avais des idoles quand tu étais ado…

Belle façon de contourner l’affaire !! (rires) Je te jure que ce n’est pas que je ne veux pas répondre à ta question, mais je n’ai jamais eu vraiment d’idoles. J’admire et j’ai admiré beaucoup de gens, mais je n’ai pas eu d’idoles. La première chanteuse que j’ai trouvée formidable et qui m’a donné envie d’aimer le chant, c’est Ella Fitzgerald. À quinze ans, je l’ai découverte et j’ai trouvé cette femme extraordinaire. La notion d’idolâtrie, c’est toujours un peu sur le fil. Ça m’a toujours un peu dérangée, parce que je trouve ça flippant. J’ai plus le côté d’avoir envie de savoir d’où vient cette nana, quel a été son parcours… Ella Fitzgerald, c’est une chanteuse de jazz qui a eu certes une vie difficile, mais beaucoup moins que Billie Holiday par exemple. Et ça s’entend dans les voix. La mélancolie d’Ella Fitzgerald est belle, elle est émouvante, elle donne envie de pleurer. Mais celle de Billie, en étant tout aussi belle, a vraiment un côté dark. On sent qu’il y a de très grosses souffrances derrière cette voix. Ce sont ces chanteuses-là qui m’ont d’abord accrochée. Après, j’ai écouté tellement de trucs !... J’ai toujours fait de grands écarts musicaux !

Quel est le premier disque que tu as acheté ?

Ce doit être un disque de Prodigy, « The Fat of the Land ». J’avais quinze ans. Il est quand même génial ce disque, je l’écoute encore !! Après, j’ai écouté un peu de rap français. J’ai eu la chance de découvrir le rap quand le rap français était encore bien ! (rires) « I am », Akhenaton, la Fonky Family… Et même le « Ministère Amer », qui n’est pas trop mon truc, mais bon…Il y avait des trucs intéressants et une approche du rap qui était chouette. Aujourd’hui, à part Oxmo Puccino, on s’ennuie… Comme tu vois, j’écoute vraiment plein de choses très différentes les unes des autres. Si tu n’écoutes qu’un seul genre, tu tournes vite en rond… Il faut s’inspirer du rock, du punk, du rap, de la musique classique, de la variété, de la chanson française. Il ne faut pas se contenter d’un seul truc.

Qu’est-ce que tu as aimé dernièrement ?

J’ai adoré le dernier Dionysos, « Bird’n’Roll ». Il est vraiment excellent et très cool ! D’ailleurs Mathias Malzieu fait un duo avec moi sur l’album ! J’ai aussi adoré Rover, qui joue dans « Le jour de la Grenouille » également. Il est français et il chante en anglais. Il a une telle intelligence musicale… C’est du David Bowie avec le physique de Depardieu. C’est énorme !

Propos recueillis par IdolesMag le 11 avril 2012.

-> Site officiel : http://www.carmenmariavega.com/









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