K-Reen, la reine du R’n’B en France, nous avait laissés sans nouvelles depuis quelques années… Elle revient aujourd’hui avec un nouvel album, « Himalaya », qui marque une réelle évolution artistique. Toujours R’n’B, K-Reen évolue aujourd’hui sur des terrains un peu plus reggae. Nous avons donc été à sa rencontre, afin qu’elle nous parle de la genèse de ce nouvel album. Elle nous expliquera également pourquoi elle a mis si longtemps avant de revenir sur le devant de la scène et ce qu’elle a fait pendant toutes ces années dans l’ombre. Elle est de retour aujourd’hui, ne boudons pas notre plaisir ! Elle se produira notamment à la Scène Bastille le 7 juin prochain et quelques concerts sont prévus cet été. IdolesMag : Qu’est-ce qui t’a incitée à revenir sur le devant de la scène avec un nouvel album 6 ans après « Old School Elixir » (qui était un peu à part dans ta discographie) et 11 ans après « Dimension » ? K-Reen : J’ai pris un peu de recul. Très sincèrement, je me demandais s’il y avait encore de la place pour moi dans le paysage musical français. Avec tout ce qui se faisait, je me demandais réellement si j’avais encore quelque chose à apporter au R’n’B. Et puis finalement, les fans sur le net (facebook et MySpace) m’encourageaient. Et le cheminement a commencé à se faire. Puis les beatmakers m’ont à leur tour envoyé des beats pour m’encourager… On a fait une chanson, puis deux, puis trois, et puis voilà, la vibe est revenue. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à enregistrer un nouvel album et à avoir envie de le sortir. C’est tout con, en fait…
Voilà, c’est ça. Il a fallu que je me réinvente un peu. C’est vrai que ce que j’avais fait dans les années 90 était super bien, mais je n’avais pas envie de me répéter. On a parfois tendance à rester sur place, mais l’idée, c’est tout de même d’avancer. Il fallait que je trouve la façon de revenir tout en gardant mon identité et en évoluant. Là, j’ai réussi à trouver une nouvelle couleur et j’en suis très très contente. Je voulais absolument le faire partager aux gens. Redoutes-tu l’accueil du public après autant d’années d’absence ? Non, pas du tout, parce que je suis très fière de mon album. Après, je sais très bien qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais j’assume totalement tous les morceaux qui ont été faits pour l’album. J’ai pris le temps nécessaire pour le faire et pour choisir les titres qui figurent dessus. J’ai enlevé tous les morceaux que je ne trouvais pas assez forts. J’assume absolument tous les morceaux de l’album, et je n’appréhende pas l’accueil du public ! (rires) La seule difficulté que j’ai eue, c’était de rester moi-même et d’évoluer en même temps. C’était vraiment le plus dur. C’est vrai que je suis restée silencieuse pendant un bon moment, mais j’ai tout de même fait pas mal de choses pendant ce temps-là. Je n’ai jamais perdu le fil en réalité… Tu as monté ton propre label notamment. Oui. Et puis j’ai pas mal écrit pour les autres. Est-ce un exercice qui te plait d’écrire pour les autres ? Oui, j’adore travailler pour les autres. En fait, j’ai toujours plein d’idées, je suis très productive. Quand j’ai travaillé sur mes propres chansons, j’ai aussi écrit pas mal d’autres choses qui ne m’étaient pas destinées. Pour simplifier, je suis toujours à la recherche de talents pour chanter mes chansons. J’aime bien coacher les plus jeunes, j’aime bien diriger un artiste. Ça te permet également de « rester dans le coup », entre guillemets, de te renouveler constamment. Tout à fait. Et puis, faire de nouvelles rencontres, c’est toujours enrichissant. C’est ce que j’aime dans ce métier.
C’est ça la grosse difficulté quand on est artiste, en fait. En tant qu’artiste, il y a toute une partie business qu’on ne connait pas et quand on la connait, ça peut influencer sur la création. Il a fallu vraiment que je me libère de ça pour pouvoir créer librement mes chansons. Parce que sinon, tu as toujours tendance à raisonner en tant que maison de disques « ça c’est single, ça c’est pas single »… Cette fois-ci, j’ai vraiment voulu faire ce que j’aimais. Je me suis libérée de toute pression. Après, on verra bien ! C’est en tout cas dans cet état d’esprit que j’ai travaillé. Je n’ai pas voulu me mettre de pression. Tu sais, si j’en vends deux, ou 1000 ou 10 000, pour moi, c’est pareil. Je sais que mon album il est bien. Et je suis déjà juste hyper heureuse du fait qu’il sorte. C’est quoi la petite étincelle qui a donné l’impulsion au projet ? Je ne saurais pas vraiment te dire la toute première chose qui est arrivée sur cet album. En faisant des chansons, j’ai cherché ma direction. À un moment donné, « Himalaya » est arrivé. Et j’ai trouvé le morceau vraiment bien. On l’a fait en Corse avec mon équipe. Quand on a fait ce morceau, on est passé à autre chose, parce qu’un morceau comme celui-là, on ne pouvait pas le laisser tomber. Il fallait d’autres morceaux derrière, d’autres morceaux qui soient du même niveau. Ça, ça te met une belle petite auto-pression. Et donc, on s’est mis à travailler sur les autres morceaux. Celui qui m’a beaucoup encouragée, c’est James BKS (producteur de Puff Daddy, Booba et Ja Rule), qui m’a fait le son de « Himalaya ». Il m’a donné des instrus de plus en plus lourdes. Là-dessus, je me suis dit qu’il fallait absolument que je respecte ses instrus et je me suis mis beaucoup de pression pour avoir des chansons à la hauteur de celles-ci.
Est-ce qu’au départ c’était évident pour toi qu’ « Himalaya » allait donner son nom à l’album ? Non, ça n’a pas été évident du tout, même ! (rires) C’est vraiment en réécoutant l’album après coup que j’ai constaté que je m’étais bien libérée, que j’avais atteint, peut-être pas l’apogée, mais une forme, en tout cas. Ça donnait une idée de l’album. On trouvait que « Himalaya » collait bien avec cette idée. En me libérant la tête, je suis allée au plus haut de mon art. « Himalaya », c’est ça, c’est le besoin d’être libre dans sa tête, d’évoluer et de se dépasser. C’est ce que j’ai fait, sans me poser de question. Quel genre d’auteure et compositrice es-tu ? Je n’écris pas beaucoup en réalité. Je suis plutôt mélodiste. C’est pour ça que ça me prend parfois pas mal de temps pour écrire une chanson. Quand une mélodie me vient en tête, il y a souvent toute une histoire qui l’accompagne. C’est un peu comme si je voyais un film sur la mélodie. C’est donc après que je pose des mots dessus. Et ça, ça me prend beaucoup de temps.
Oui. Le plus souvent. Bien entendu, des fois, je peux me réveiller avec une idée ou un thème en tête, en rapport à ce que j’ai vécu la veille ou que sais-je ? Mais c’est plus rare. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est la mélodie et les arrangements vocaux. La musicalité, c’est ce qui me fait vibrer dans une chanson. « Comme avant », le premier single, a une rythmique très reggae. Était-ce une envie de départ d’aller explorer ce registre « jamaïcain » ? La volonté, c’était de tester autre chose, d’aller sur un autre terrain. J’avais déjà fait du zouk, de la house, je me suis déjà aventurée sur de nombreux terrains. Là, j’ai rencontré un compositeur de reggae par l’intermédiaire d’un ami. Quand j’ai entendu ses productions, je me suis dit que je devrais essayer. On a voulu aller vers un son de reggae/R’n’B qu’on fait en Jamaïque. Quand on a enregistré la chanson, j’ai trouvé que l’essai était assez réussi et je me suis dit que j’allais revenir avec ça pour me différencier une nouvelle fois. C’est un bon morceau. Je l’aime beaucoup. Tu sais, je suis de la Caraïbe, donc, ça ne dénote pas trop de tout ce que j’ai pu faire auparavant.
Tu chantes ce titre en featuring avec Youssoupha. Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés et qu’est-ce qui t’a donné envie de bosser avec lui ? C’est quelqu’un que j’appréciais beaucoup, sans le connaître. C’est une des plus belles trouvailles des années 2000. Une plume comme celle de Youssoupha, ce n’est pas tous les jours qu’on en découvre une ! Depuis qu’il est sorti, il ne nous a fait que des morceaux super et magnifiques. Il a une plume de malade. S’il y en avait bien un avec qui j’avais envie de bosser, c’était bien lui. Sans le savoir, je connaissais son manager depuis très longtemps, depuis l’époque de Roostneg. Quand il m’a dit qu’il travaillait avec Youssoupha, j’ai demandé à le rencontrer. Il est venu sur mon morceau très naturellement. C’est un mec adorable, très marrant, très intelligent et très brillant ! Je suis hyper flattée qu’il soit venu sur mon album, c’était vraiment un kiff. Ça restera un très bon souvenir. Quand je serai vieille, je pourrai me dire que j’ai bossé avec Oxmo ou Youssoupha… ça me met en valeur, je suis contente ! (rires)
En fait, Kamnouze, je ne le connais pas depuis longtemps. Je l’ai rencontré chez un pote qui fait des tatouages. Je me suis fait faire un tatouage récemment ! (rires) On s’est rencontrés à plusieurs reprises, le courant est bien passé entre nous. Je lui ai dit de venir faire un truc au studio. Il était chaud, on a bien discuté du truc. Il est venu me voir en studio et il m’a dit que dès qu’il avait un beat il m’appelait. Il m’a rappelée très vite ! Du coup, c’est ce titre avec lui qui fait l’ouverture de l’album. C’est un morceau hyper réussi. Kamnouze s’est bien dépassé sur ce titre et j’en suis très contente parce qu’il a posé d’une autre façon que ce qu’il fait habituellement pour les autres. Il m’a donné vraiment autre chose. Je kiffe ! De tous les titres de l’album, y en a-t-il un pour lequel tu as un peu plus de tendresse que pour les autres ? J’aime tous les titres, c’est comme si tu me demandais de choisir entre 12 enfants ! J’ai tout de même une petite tendresse particulière pour « À quoi tout ça rime » parce que ce morceau parle de moi. J’ai beaucoup de mal habituellement à m’exprimer sur moi-même ou sur ma vie. Donc, en gros, ce titre me décrit bien et j’aime bien ce morceau pour cette raison. C’est un des titres les plus intimes sur l’album.
En regardant toutes les pochettes de tes précédents albums, je me suis rendu compte que tu avais toujours un peu le visage penché, un peu fermé, alors que sur la pochette d’ « Himalaya », tu regardes en l’air, tu es rayonnante, plus solaire. Faut-il y voir un signe ? (rires) Je ne sais pas… Je n’y avais pas fait vraiment attention avant que tu ne m’en parles à vrai dire ! Je pense effectivement qu’on peut y voir un signe, mais je ne saurais pas l’analyser. Maintenant que tu me parles de ça, je me dis en regardant cette photo qu’il faut vraiment aller vers l’avant. Il faut avoir la volonté d’aller vers l’avant et de laisser les oiseaux passer. Il faut tracer, quoi ! (rires) Il faut toujours rester positif, c’est comme ça qu’on avance. On peut y voir une autre chose dans la pochette… c’est qu’avant je me trouvais plus jolie en regardant vers le bas et aujourd’hui en regardant vers le haut ! (éclats de rires) Je ne peux pas ne pas te demander si tu avais des idoles quand tu étais ado… Ah oui, ça, j’en avais ! En premier lieu, il y avait Michael Jackson. J’étais folle de Michael Jackson. J’avais un grand frère qui l’écoutait. Il était fou aussi de Michael j’ai donc été piquée très jeune ! Après, il y a eu Stevie Wonder… En fait, j’ai vraiment écouté tous les artistes que mon grand frère écoutait. Il écoutait pas mal de choses à base de R’n’B. C’est à cette époque que j’ai complètement adhéré à cette musique. Après, il y a eu toute l’époque H.I.P.H.O.P. avec Sidney pendant laquelle j’ai tout essayé pour tourner sur ma tête… Mais je n’ai jamais réussi ! (rires) C’était une belle époque, mais j’ai vraiment été une fervente admiratrice de Michael Jackson. J’ai été effondrée quand il est mort. Et peu de temps après, on a perdu Whitney Houston… Là, je peux te dire que je me sens vraiment comme orpheline…
Complètement ! Des gens comme Michael qui ont commencé super tôt m’ont toujours donné envie de faire pareil. Depuis que je suis toute petite, je me faisais des concerts devant la glace. Je me voyais être sur scène. Michael y était déjà lui à six ans ! J’hallucinais de voir ça, je voulais trop faire comme lui. C’est comme ça que tout a commencé et que j’ai commencé à m’entraîner depuis que je suis toute petite. Je chantais sur des chansons à lui. Il avait une voix d’enfant, et je chantais avec lui. C’est grâce à lui que j’ai développé ma voix. Ce sont vraiment les chanteurs américains comme Michael qui m’ont piquée et qui m’ont donné l’envie de chanter, c’est sûr… Tes premières compos et tes premiers textes, ils remontent à quel âge ? Ma première compo, je pense que je l’ai faite en revenant de l’école, je devais avoir 12 ans, quelque chose comme ça. Mais attention, ce n’était pas terrible ! (rires) Après, j’ai eu plein d’idées qui me passaient par la tête. J’ai écrit pas mal de textes. Tu sais, depuis que je suis gosse, j’ai toujours été dans la lune, avec de la musique dans la tête. Tout le temps, tout le temps. C’est quelque chose que je faisais, sans même me rendre compte que ça pouvait devenir un métier plus tard. C’était en moi, c’est tout. Je chantais les publicités, les génériques… En fait, je chantais absolument tout ce que j’entendais. C’était vraiment mon truc.
Avant de te quitter, j’aimerais encore évoquer un peu la scène avec toi. Tu seras à la Scène Bastille le 7 juin prochain, et quelques dates sont déjà prévues cet été, dont le 13 juillet à Lézan (30). Quelle formation vas-tu avoir ? Il y aura plusieurs formations en fonction des scènes, en fait. Il y aura une formation live et une formation DJ pour les plus petits endroits. Mais ce sera le plus souvent guitare, percus et basse. Est-ce un rendez-vous que tu attends avec impatience ? Ah oui ! C’est vraiment pour ça que j’ai fait mon album. C’est pour avoir de la scène et me reconfronter au public. Et paradoxalement, c’est probablement le truc qui me fait le plus peur, la scène. Ce n’est pas évident le regard des gens. Ça a toujours été un peu un test pour moi la scène. Je suis très à l’aise en studio, mais en live, c’est autre chose. Le trac m’envahit un peu beaucoup ! (rires) Là, je voulais vraiment me remettre à la scène. J’ai vraiment hâte d’y être. Tu sais, nous les artistes, on est un peu maso. Parce que même si tu as le trac, une fois que tu es sur scène, tu n’as plus qu’une envie, c’est donner. J’ai envie de donner et de recevoir de l’amour. Il n’y a qu’en live qu’on ressent ces sensations. C’est primordial. On ne peut pas prétendre à faire un disque, si on ne va pas chanter ses chansons sur scène après. Si après avoir écouté le disque, les gens ne te reconnaissent pas sur scène, ça ne va pas. C’est ce qui arrive quand on trafique trop les voix en studio. Si c’est comme ça, il faut changer de métier ! (rires) La scène peut faire peur aussi… Je peux le comprendre ! En tant qu’artiste, on a un passif, on a des complexes, on a des trucs bizarres dans notre tête. Les gens pensent que tout va bien, alors que non, on trimbale comme tout le monde nos cicatrices. Il faut passer au-dessus de ça, faire parler la musique et donner ça au public. Les gens pensent parfois qu’on est super bien dans notre peau et qu’on se la raconte, mais on est souvent très fragiles et on a énormément besoin d’être rassurés. C’est quand le public nous applaudit qu’on se sent plus fort… Propos recueillis par IdolesMag le 27 mars 2012. ->Site officiel : http://www.k-reen.fr/ Tweet |
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