Interview de Nathalie Miravette  

Propos recueillis par IdolesMag.com le 26/03/2012.
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Nathalie Miravette © JM Vignau

Nathalie Miravette est actuellement sur les routes avec « Cucul mais pas que… », un spectacle original dans lequel elle se montre tour à tour drôle et touchante. Au cours de notre entretien, cette ancienne professeur de piano nous expliquera comment, de sa formation classique, elle en est venue à accompagner sur scène Anne Sylvestre, Allain Leprest ou encore Bernard Joyet et à devenir elle-même chanteuse. Rencontre avec une artiste pétillante, délicieusement « Cucul » à ses heures, mais pas que…

IdolesMag : Quand ce spectacle « Cucul mais pas que » a-t-il commencé à prendre forme dans votre tête ?

Nathalie Miravette : Il n’est pas né d’un bloc. Il est vraiment né au fil des spectacles que j’ai pu faire en tant que pianiste. J’ai accompagné principalement Bernard Joyet et Allain Leprest ces dernières années. Dans le spectacle de Bernard, j’allais régulièrement chanter sur scène. Et puis, j’ai eu pas mal d’occasions de chanter également, que ce soit dans des formules dans l’esprit du « Bar à Jamait » ou des réunions de chanteurs dans lesquelles je me retrouvais à accompagner certains artistes. J’allais donc chanter une ou deux chansons. Progressivement, il y a eu une demande de la part des personnes qui venaient me voir à la fin du spectacle. Elles me demandaient quand je sortais un CD ou quand elles pourraient me revoir sur scène. Alors que moi, j’étais juste dans l’instinct et dans le plaisir de partager, et avec les gens, et avec le chanteur (ou les chanteurs) que j’accompagnais. C’est là qu’est née l’envie de monter ce projet. C’est venu tout doucement. Ce qui explique que je n’ai pas 19 ans et demi ! (rires) Et j’en suis très heureuse. Je vis ces instants comme un bonheur ajouté. C’est-à-dire que je suis pianiste – et que j’en suis merveilleusement heureuse, c’est un vrai bonheur pour moi d’accompagner les chanteurs – et puis d’un autre côté, je me fais plaisir aussi. Je monte sur scène et je présente les chansons que j’aime et que j’ai envie de proposer au public. Le travail d’interprète est pour moi très important.

Nathalie Miravette - Culcul mais pas que...Vous qui aviez l’habitude en tant que pianiste de vous tenir en retrait sur scène, est-ce que ça a été difficile de vous mettre en avant ?

C’est un autre positionnement intérieur, je dirais. Parce que, effectivement, cette habitude d’être « derrière » entre guillemets, m’a permis aussi de m’imprégner de ce qu’est la scène, de l’intelligence de la scène, des choses qui sont possibles ou rédhibitoires sur scène. Je parle en tant qu’accompagnateur. On fait tout de même partie intégrante du spectacle. Et cette dimension-là, je l’ai apprise au fil des années. Donc, pour répondre à votre question, je n’ai pas eu trop de difficultés à me mettre en avant. Bien évidemment, il y a le métier, il faut jouer, il faut présenter les spectacles. Je n’ai pas la prétention de dire que j’y suis allée et que tout va très bien ! (rires) Mais il y a vraiment en tout cas cette connaissance de la scène, même à un autre secteur, à une autre place. C’est juste un autre positionnement, en fait. Il y a juste du coup, le vrai plaisir, en tout cas totalement assumé, d’être là et de partager. C’est très clair pour moi.

Comment avez-vous choisi les chansons qui composent ce spectacle ? Avez-vous choisi des chansons bien précises, ou bien avez-vous voulu aller piocher dans le répertoire d’un tel ou d’une telle bien précisément ?

C’est un petit peu à l’image de la création du spectacle. C’est-à-dire que ce sont vraiment des rencontres émotionnelles, plutôt que l’idée de faire… Ce sont des chansons que j’ai pu croiser et qui m’ont plu, qui m’ont touchée. J’ai eu envie de les chanter, tout simplement. Au fur et à mesure, puisque j’ai mis quelques années avant de créer véritablement le spectacle, certaines chansons se sont imposées. Le spectacle tel qu’il a été créé en Avignon en juillet dernier comprend des chansons que je savais que j’allais intégrer à ce spectacle depuis quelques temps déjà. Donc, pour moi, le fil conducteur, ce n’est pas une thématique, ce n’est pas un auteur, ce sont plus des rencontres émotionnelles avec des chansons ou des titres qui me font rire, moi, très égoïstement. (rires) Parce qu’il y a forcément dans ce tour de chant un peu « Cucul, mais pas que… » une dimension de drôlerie et de légèreté. C’est vraiment ça l’idée. Donc, ça part d’une ou deux chansons d’Anne Sylvestre que j’ai pu reprendre à un tout petit clin d’œil à Oldelaf sur une petite séquence que je fais, avec du Gotainer. Il y a également de la musique classique. C’est une espèce de mixage, en fait. Il y a aussi des chansons plus anciennes, comme des chansons de Martial Carré ou Lily Fayol. Il y a plein de choses très différentes que j’ai été chercher à droite et à gauche. Ce qui fait aussi que les gens vont se balader d’une chanson d’Allain Leprest à « Les râtés de la bagatelle » qui a été écrite quelques années auparavant.

Vous me parlez de plein de chansons, mais nous n’avons pas encore évoqué « Cucul »… Comment s’est-elle présentée à vous cette chanson ?

C’est une histoire assez rigolote. « Cucul », c’est en fait la première chanson que j’ai chantée sur scène. Ça remonte tout de même à 2004 ou quelque chose comme ça. Donc, ça remonte ! On avait créé un spectacle avec Bernard Joyet, Stéphane Cadet et Claudine Lebègue. Je les accompagnais. Dans ce spectacle, la pianiste accompagnatrice que j’étais, avait des velléités. Elle voulait piquer la place des chanteurs, et naturellement, elle se faisait littéralement jeter par les types qui lui disaient « mais attendez, vous n’y pensez pas, vous êtes au piano et fermez-la ! » Et au fur et à mesure du spectacle, j’arrivais à placer de plus en plus de phrases. Et à la toute fin, évidemment, j’arrivais à chanter la chanson en entier. C’était vraiment rigolo. Après, c’est devenu comme une évidence dans le spectacle de Bernard Joyet, je la chantais à la fin. Bernard se mettait au piano et moi, sur scène. D’un coup, les rôles s’inversaient et donc, je me suis dit que j’allais garder cette chanson. En cherchant le titre du spectacle, ça a été une évidence. Les gens qui m’avaient vue avec Allain Leprest, Anne Sylvestre ou Bernard Joyet me connaissaient chantant cette chanson. Je me suis dit que pour ceux qui me connaissaient, ce serait un petit clin d’œil, et pour les autres, le titre était suffisamment amusant pour accrocher leur imaginaire.

« Cucul » est un peu la clé de voûte du spectacle.

(rires) On peut dire ça comme ça ! C’est une chanson d’Emmanuel Lods et de Philippe Biais. Et je suis très contente parce que Manu est venu récemment voir le spectacle et il était tout ému et tout heureux. Il m’a donné un nouveau texte pour une nouvelle chanson… J’en étais très heureuse !

Faites-vous toujours évoluer ce spectacle aujourd’hui un an après sa création, en lui ajoutant des chansons ou en en retirant, d’ailleurs ?

Ah oui ! Il y a toujours cette volonté-là. J’en parlais justement cette semaine avec Antoine Sahler qui m’accompagne actuellement sur scène. Jennifer Quillet a fait la création du spectacle avec moi, c’est notre petit bébé. Mais Antoine Sahler s’est embarqué également dans ce projet, en complicité avec Jennifer bien sûr. Du coup, on réfléchit effectivement sur les chansons qu’on devrait retirer et celles qui devraient venir se greffer aux autres pour donner encore plus d’unité. Parce que c’est une matière vivante, un spectacle. Ce n’est pas une création et puis en n’en parle plus. C’est très important qu’il évolue. Il y a aussi eu un véritable boulot avec Claudine Lebègue, qui est un merveilleux auteur et une superbe comédienne. Elle nous a fait travailler pendant quinze jours en résidence pour la création du spectacle. Et c’est vrai qu’elle a ce regard que j’aime beaucoup qui fait que le spectacle est là, mais qu’il a forcément vocation à évoluer. On a travaillé aussi avec François Morel. D’ailleurs Antoine Sahler est le pianiste de François Morel.

Nathalie Miravette © K Lieb

Le spectacle est-il très écrit dans son ensemble ?

En tant que musicienne, je ne pourrais pas faire autrement que de partir sur une grille. J’ai besoin d’avoir cette trame, une conduite. C’est très important d’avoir cette conduite pour créer un rythme et une petite histoire tout au long du spectacle. Mais au sein de ça, il est bien évident qu’il y a forcément une interaction, ne serait-ce qu’avec la personne avec laquelle je joue, que ce soit Antoine ou Jennifer, et bien entendu le public qui est venu nous voir. S’il se passe quelque chose, on est là, on va réagir. C‘est ce qui fait aussi que le spectacle est vivant. On va chopper à droite à gauche un évènement qu’on n’attend pas et on va s’y engouffrer. Avec grand bonheur en plus ! Parce que c’est l’occasion après de partir sur des choses amusantes et étonnantes…

Êtes-vous traqueuse ?

Ah oui ! Mais c’est une bonne chose. C’est une espèce d’envie d’y aller et de partager les choses même si effectivement, les guibolles flageolent un peu. Et c’est bien normal. C’est ce qui fait aussi le charme du métier. C’est un bon trac que j’ai. Je le laisse venir, mais je le recule le plus possible par contre. S’il se pointe en début de journée, je trouve que c’est un peu tôt, donc, je le décale jusqu’à dix minutes avant de monter sur scène.

J’aimerais revenir un peu sur votre parcours, parce que tout le monde ne vous connait pas…

… Il y a une grande marge de progression, je vous l’accorde ! (éclats de rires)

Est-ce qu’on écoutait de la musique chez vous quand vous étiez enfant ? Et qui écoutait-on ?

On écoutait de la musique, mais je suis issue d’un milieu très modeste, donc on chantait beaucoup. Ça pouvait être des opérettes d’Offenbach ou « Les Cloches de Corneville », mais aussi du Nat King Cole. Les disques qui passaient, c’était du Ferrat, du Brassens… C’était assez éclectique comme vous le voyez, mais aussi très teinté de toute la culture populaire. La radio était branchée en fond dans la cuisine depuis le matin. On écoutait les grandes radios populaires de l’époque, on regardait les grandes émissions de variété à la télévision. Donc, c’était un doux mélange de musique classique, j’ai d’ailleurs fait des études de musique classique par la suite, d’opérette, de chanson populaire et aussi des Chœurs de l’Armée Rouge, parce que je suis issue d’un foyer communiste. Il y avait un côté très engagé chez nous !

Et vous, vers quelle musique vous êtes-vous dirigée ?

Évidemment, de par ma formation, j’étais complètement baignée par la musique classique. C’était de la musique classique au sens large. Il n’y a pas de clivage en tout cas entre l’opéra, la musique de chambre ou la musique pour piano. C’est vraiment un vrai bain. En même temps, j’ai écouté du Francis Cabrel ou du Goldman à la maison avec mes cousines. Ma cousine jouait de la batterie, donc, avec elle, j’écoutais aussi du Procol Harum, du Toto ou du AC/DC. C’était un joyeux mélange, en fait. Dans la maison, on avait un piano au rez-de-chaussée, et la batterie de ma cousine juste au-dessus. On se faisait des impros à travers la cloison sur un peu tout et n’importe quoi ! (rires) Après, pour ce qui est de la chanson française, c’est venu effectivement sur le tard. Comme je n’avais pas eu accès d’emblée à cette famille musicale, j’ai eu beaucoup de choses à engranger. Et j’y suis arrivée par le biais d’Allain Leprest. Après, c’est une espèce de fil qu’on prend et qu’on déroule. Et là, je suis ravie, parce que je découvre tous les jours de nouvelles chansons, de nouveaux auteurs, et plein de richesses...

Nathalie Miravette © JM Vignau

Vous avez débuté votre carrière musicale en tant qu’instrumentiste. La chanson ne vous attirait donc pas plus que ça ?

Vous savez, je pense que j’étais quelqu’un de très sage et très embarquée dans cet univers de musique classique. J’ai d’ailleurs très vite passé un diplôme d’État de professeur de piano. C’était très très sérieux. J’ai donc été embarquée très rapidement dans cette vie. J’en étais vraiment très heureuse. Je l’ai fait avec beaucoup de bonheur. Donc du coup, ce n’est pas que je n’aimais pas la chanson, parce que comme je viens de vous l’expliquer, j’ai une culture de la chanson populaire, pas forcément la chanson d’auteur comme je peux la concevoir maintenant, évidemment avec du recul et plus de maturité. Mais j’étais dans un autre circuit, celui de l’enseignement, où on fait découvrir la musique aux personnes auxquelles j’enseignais. Et du coup, j’étais totalement baignée là-dedans. Malheureusement en France, il y a une réelle sectorisation de la musique et j’étais à fond là-dedans sans trop ouvrir les yeux. Et puis est arrivé ce qui est arrivé, et Dieu merci, maintenant, j’ai élargi tout ça. Il faut des rencontres, des échanges de points de vue sur la vie et sur ce qui nous entoure pour évoluer. Et j’ai eu la chance de faire de belles rencontres.

Quel genre de professeur de piano étiez-vous ? Parce qu’on a en tête une image toujours un peu austère et dure du professeur de piano, qui est à l’inverse de l’image que vous renvoyez sur scène qui est pour le coup plutôt pétillante et joyeuse.

(rires) C’est difficile à dire, il faudrait le demander à mes élèves ! Mais régulièrement, certains reviennent me voir et on cause ensemble. Effectivement à cette époque-là, j’étais assez sévère, mais il y avait aussi une vraie accroche entre nous, parce que j’avais envie de partager des choses avec eux. Ce que je remarque en reparlant avec eux aujourd’hui, c’est qu’ils ont pour la plupart gardé le contact avec l’instrument. Et pour moi, c’est une grande victoire. C’est le plus beau cadeau qu’ils puissent me faire. Certains ont même continué leur bout de chemin dans la musique, d’autres sont devenus comédiens. Ça fait plaisir… Mais il paraît que j’étais assez sévère tout de même ! (rires) Mais voilà, c’est aussi que je voulais leur donner des armes pour qu’ils puissent s’exprimer après. Et je vois que pour certains, ça a payé ! Donc, c’est bien.

En tant que musicienne, vous êtes également compositrice…

Oui. La composition vient d’une rencontre avec un texte. J’ai la chance d’être entourée de très grands auteurs, que ce soit Bernard Joyet, Clément Bertrand ou Allain Leprest que j’ai pu mettre en musique également. C’est principalement la rencontre avec un texte qui fait que je compose. Mais ce n’est pas la principale partie de mon boulot. Dès qu’on me confie un texte, je vais m’embarquer dessus pendant une semaine et puis je vais rêver avec et partir sur une musique. C’est un travail que j’aime beaucoup faire. Et ce n’est pas un hasard si dans ma formation initiale, j’ai fait la classe d’accompagnement. C’est-à-dire que ça inclut bien évidemment tout le travail avec les instruments, mais il y a aussi le rapport au texte par le biais de l’Opéra et des auteurs. Ce qui me plaisait dans cette discipline, c’était l’échange entre la musique et le texte. Et c’est aujourd’hui pour moi un réel  bonheur de composer une mélodie, surtout sur un texte d’un Leprest ou d’un Joyet.

Seriez-vous tentée par l’écriture ?

J’ai écrit de tous petits textes. Mais je me les garde parce que je pense qu’ils ne manqueront pas à l’histoire de la chanson française ! L’écriture n’est pas essentielle à mes yeux. Je ne me dis pas que si je n’écris pas je vais crever. Il y a tellement d’autres gens pour qui c’est le moteur et même quelque fois une source de souffrance malheureusement très aiguë… Moi, non, je n’ai pas cette velléité-là. Je suis très bien où je suis. C’est peut-être chiant comme la pluie, mais je suis très heureuse là où je suis dans ma vie ! Pour certains, l’écriture est un besoin, une urgence, pas pour moi. Il pourrait y avoir cette aigreur qui ferait que j’aimerais écrire mais que je n’en serais pas capable, mais non. Je ne suis pas du tout là-dedans. Je me dis que le rôle de l’interprète est un rôle tout aussi important. C’est un rôle de passeur entre l’auteur et le public. Les auteurs qui ne sont pas chantés meurent… Et il y en a beaucoup malheureusement.

Nathalie Miravette © JM Vignau

Être auteur, compositeur et interprète n’est pas toujours aisé.

Non. Et pourtant, c’est devenu une espèce de norme aujourd’hui dans le milieu de la chanson française tel qu’on peut le connaître. Si tu écris, forcément, tu vas mettre en musique et tu vas l’interpréter. Et malheureusement certains auteurs/compositeurs sont de piètres interprètes. Mais vous savez, c’est très difficile de dire à quelqu’un « C’est magnifique ce que tu écris, mais donne tes textes à quelqu’un d’autre, parce que ce n’est pas possible… » Ça n’existe pas des phrases comme celle-là, on ne peut pas les dire !

Je ne peux pas vous quitter sans vous demander si « Cucul mais pas que… » va bénéficier d’une captation pour un CD ou un DVD ?

Un CD, non. Parce que l’intérêt du spectacle n’est pas ma voix. Je n’ai pas une grande voix comme certaines chanteuses ! Ce qui prime dans le spectacle, c’est l’humeur et l’instant. Donc, on a pensé faire un DVD avec l’équipe qui produit le spectacle. On va donner une série de spectacles à Paris prochainement, et là, on va filmer.

Est-ce que ça ne vous fait pas un peu peur que le spectacle soit figé une bonne fois pour toutes ?

Toujours. C’est obligé ! C’est le syndrome boîte de conserve, évidemment. Mais en même temps, les personnes qui viennent voir le spectacle nous le demandent à la fin. Et je comprends cette démarche parce que moi-même, j’ai parfois envie de le revoir un spectacle chez moi. Donc, on connait les limites de la captation d’un spectacle, ça peut être angoissant, mais en même temps, comme c’est vraiment un échange avec les gens qui viennent vous voir, il faut passer outre et accepter à un moment donné d’être un peu mis en boîte. (rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 26 mars 2012.








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