Interview de Marie France

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/03/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Marie France - DR

Tour à tour meneuse de revue, danseuse, chanteuse, modèle, actrice ou comédienne, Marie France, égérie du Paris des années 70, aura tout au long de sa carrière été sur tous les fronts. Elle revient aujourd’hui avec un excellent opus, « Kiss » et vous pourrez aller l’applaudir sur la scène du Réservoir (Paris 11ème) le 9 mai prochain ! Sur des musiques de Phantom et François Bernheim, et des textes de Jacques Duvall, Marie France nous a, une fois de plus, envoûtés. Nous avons donc été à sa rencontre afin qu’elle nous parle de ce nouvel album, dans lequel elle partage un magnifique duo avec sa grande amie Chrissie Hyde des Pretenders. Au cours de notre entretien, elle évoquera bien entendu sa relation avec l’auteur Jacques Duvall (qui lui a écrit son tout premier 45 tours en 1977), mais également avec Marguerite Duras. Elle ne manquera pas non plus de nous parler de l’Alcazar. Rencontre avec Marie France, l’égérie de toute une génération.

 IdolesMag : Qu’est-ce qui vous a donné envie, quatre ans après la sortie de « Phantom Featuring Marie France », de remettre le couvert avec l’équipe de Freaksville ?

Marie-France : Tout simplement parce que je m’amuse avec eux, parce que c’est rigolo. J’ai aussi des liens très très forts avec Jacques Duvall avec qui j’ai débuté et qui m’a suivie tout au long de ma trajectoire artistique. Il est à mon avis l’un des plus grands paroliers. Et puis, c’est toujours une aventure amusante de faire du rock avec les Phantom.

Marie France, KissDans quelles circonstances avez-vous rencontré Jacques Duvall à l’époque ? C’est déjà lui qui vous avait écrit votre tout premier 45 tours, « Daisy » en 1977…

C’est ça. En fait, il avait entendu parler de moi plusieurs fois. Il avait lu des articles dans la presse rock, « Rock’n’Folk » etc… Et avec Jay Alanski, ils avaient dans l’idée de me rencontrer pour essayer de me proposer des chansons qu’ils avaient écrites. Ils ont trouvé mon adresse, je ne sais pas comment, et ils ont frappé à ma porte un jour tous les deux. Ils m’ont fait écouter les chansons en question. J’ai tout de suite été sous le charme de ce qu’ils me proposaient. Les textes de Duvall et les musiques d’Alanski me plaisaient beaucoup. Tout ce qu’ils me proposaient me collait vraiment à la peau. Voilà pourquoi j’ai commencé à travailler avec eux. D’ailleurs la première chanson qu’ils m’ont proposée s’appelait « Marie Françoise se suicide »… C’était vraiment écrit pour moi !

Aujourd’hui, comment travaillez-vous avec Duvall ? Lui soufflez-vous des idées de temps en temps ?

Non ! Rien du tout. Je le laisse faire parce que je sais que ça va être du sur mesure.

Vous retrouvez-vous toujours dans ses textes ?

Pas forcément. Mais disons que ce sont des rôles de composition dans lesquels je peux me glisser facilement. Son esprit me convient. J’aime bien l’amour aigre-doux. J’aime bien les histoires et les choses ambigües, les amours pas trop à l’eau de rose en fait…

Il y a un très beau duo avec Chrissie Hynde (des Pretenders). Je pense que vous vous connaissez depuis très longtemps…

Oh oui ! Chrissie est une amie de très longue date.

Qu’est-ce qui a été à l’origine de ce duo ?

Nous nous sommes retrouvées en 2000. On a retissé les liens très forts que nous avions quand on s’est connues. Elle voulait depuis longtemps qu’on chante ensemble. Et de fil en aiguille, l’occasion s’est présentée. Duvall m’a présenté cette chanson. Chrissie l’aimait beaucoup aussi. Elle voulait absolument chanter en français. Et donc, on s’est lancées dans l’aventure. Je suis allée à Londres et on a enregistré le duo.

Marie France - DR

C’est François Bernheim qui a composé ce titre, alors que tous les autres sont signés Phantom. Comment cela se fait-il ?

C’est tout simple. C’est une chanson que Duvall a écrite avec François Bernheim directement. Et donc, comme la chanson me plaisait, plaisait à Chrissie et à Benjamin [Schoos], on n’a pas hésité longtemps. Ça s’est fait assez naturellement.

De toutes les chansons de cet album, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse que les autres ?

J’aime bien « Le détecteur de mensonges », j’aime bien « Un garçon qui pleure » aussi…

Et pourquoi « Le détecteur de mensonges » ?

Je ne sais pas vraiment. Elle me semble évidente. Elle est facilement accessible. Et puis, en cette période électorale, je trouve qu’elle est tout à fait dans l’air du temps. Il faut rire.

Quand j’écoute « Sorcière », j’ai l’impression que vous avez pris un malin plaisir à l’interpréter celle-là…

(rires) Tout à fait ! Vous avez raison. [NDLR : Marie France prend sa voix de sorcière pour répondre à la question] Je me suis beaucoup amusée parce que c’est rigolo de jouer une sorcière. On aime jouer aux histoires de contes de fées et de princesses, mais aussi aux histoires de sorcières. C’est ça la comédie ! J’ai beaucoup aimé enregistrer ce titre. J’ai laissé faire Duvall… C’est son inspiration. Les fantasmes de Duvall, j’adore les interpréter depuis toujours… Alors je me glisse dedans. Il me voit en sorcière, je lui joue la sorcière. Il me verrait en jeune fille vierge, je serais capable de le faire…

Marie France - DR

Comment s’est passé l’enregistrement ?

On a fait « Trois, quatre » et on a enregistré. Il n’y a pas eu beaucoup de prises. On a fait l’album en deux jours, les voix en tout cas !

Ça va toujours très vite chez Freaksville.

Oui, avec eux, ça va très très vite. C’est aussi pour ça que j’aime travailler avec eux, parce qu’on ne patine pas. On ne perd pas de temps. Ils m’envoient les musiques et les textes. Je les apprends. Ils me font la musique d’un côté, ils prennent les tonalités. Et puis boum boum boum, tout se fait par internet. Après, on se rencontre et on se lance dans l’enregistrement.

On va à l’essentiel en fait.

Oui. C’est pour ça aussi qu’il y a toujours un côté un peu brut dans leurs productions.

Ça donne aussi une belle énergie et une certaine urgence aux titres.

Tout à fait. Je trouve aussi.

De qui est cette idée du « Baiser bâclé » sur la pochette ? Et l’idée de ne pas mettre votre visage sur cette pochette également.

C’est une idée de Benjamin que j’ai trouvée finalement très sympa. C’est vrai que mettre une photo, c’est un peu toujours la même chose. Si on a envie de me voir, il suffit de venir me voir en concert. Il trouvait qu’un baiser représentait bien une égérie du rock comme moi. C’était donc l’idée de faire juste un baiser sur une pochette toute blanche. J’ai dit ok, mais j’ai voulu y mettre ma petite griffe, et j’ai dérapé vers la fin. Ce qui fait que ça a fait des traces sur le côté.

Ça interpelle comme pochette. Ça tape.

Je suis d’accord avec vous ! C’est assez surprenant. Finalement, il n’y aura eu que les Beatles et moi qui auront fait une belle pochette toute blanche ! (éclats de rires)

Et le fait de ne pas mettre votre nom sur la pochette, c’était aussi une idée de Benjamin ?

Oui. Il voulait quelque chose de mystérieux.

Marie France - DR

Je ne peux pas ne pas vous poser ma petite question fétiche… Aviez-vous des idoles quand vous étiez enfant ? Et qui étaient-elles ?

Oui, quelques idoles lointaines… J’aimais Suzan Hayward.  J’aimais Bardot aussi. Enfant, enfant, j’aimais Martine Carol. Après, j’ai vraiment beaucoup aimé Suzan Hayward. Je ne sais pas pourquoi. J’avais vu un film d’elle quand j’étais môme. Elle était sous l’emprise de drogues et d’alcool. Elle jouait une femme un peu hystérique, mais complètement merveilleuse et amoureuse. Son aura me plaisait beaucoup. Et donc, je suis devenue fan d’elle. Et en plus de cela, un jour, j’ai trouvé dans un petit cadeau surprise à deux balles, un bracelet avec une photo d’elle. Je l’ai toujours gardé au poignet. J’étais attirée par des femmes au parcours étrange, sombre… J’ai aimé beaucoup de femmes. Ce sont les femmes qui m’ont inspirées. Même Vartan, je la trouvais tellement mignonne à ses débuts. Après, j’ai aimé  Julie Driscoll. J’ai flashé sur Marlène, à tel point que plus tard, j’ai été Marlène à la ville comme à la scène. Et après, il y a eu Marilyn… Les femmes m’ont inspirée tout au long de ma vie. Et maintenant, c’est moi qui les inspire !… (rires)

L’envie de scène était-elle déjà présente en vous très tôt ?

Disons que c’était un rêve quand j’étais môme. Je me rappelle très bien, je chantais sur la terrasse de notre immeuble. Je n’osais pas chanter devant les autres. Je chantais toute seule en regardant le ciel. Je rêvais de chanter un jour sur une scène… C’était un fantasme pour moi d’être sur scène. Il fallait que je m’amuse, que je sorte. J’ai été une noctambule pendant des années et des années. Quand j’en ai eu marre, je me suis dit qu’il fallait peut-être que je fasse quelque chose. Et j’ai commencé à faire du cabaret.

Marie France - DR

Vous avez fait les belles heures de l’Alcazar. Vous en avez été pendant des années l’égérie. Le lieu a bien changé aujourd’hui… Qu’est-ce que ça vous fait ?

C’est effectivement là que j’ai débuté… Quand j’y retourne aujourd’hui, je suis tout de même un peu agacée, je vous l’avoue. De voir cet endroit qui a pourtant vécu tant d’heures incroyables être devenu si froid, ça me chagrine. Quand j’y retourne, c’est toujours une sorte de petit pèlerinage. Si je vais y dîner par exemple, je me lève discrètement et je monte au premier étage. Je vais dans les coins, je fouille partout pour retrouver les emplacements du lieu avant. Par exemple, pour retrouver mes loges. J’en ai eu trois à l’Alcazar. J’essaye de les retrouver, même si elles n’existent plus aujourd’hui. Mais je retrouve les emplacements. Je recherche la scène, l’escalier qui descendait des loges vers la salle… C’est une sorte de petit retour en arrière qui me fend le cœur. Surtout que l’Alcazar est passé totalement aux oubliettes. Plus personne ne parle de l’Alcazar aujourd’hui. Alors que c’est un endroit qui a vécu et qui a fait vivre Paris pendant des décennies. C’était l’endroit où il fallait être à une époque. Et puis voilà, tout est parti en fumée aujourd’hui. C’est dommage.

Quand vous y retournez, ça vous fait toujours un petit pincement au cœur…

J’y retourne vraiment très occasionnellement. Si je reçois des invitations, je n’y vais pas. J’y vais ponctuellement pour des occasions bien précises. Par exemple, dernièrement, j’y ai tourné une émission. J’y suis allée aussi un soir pour dîner.

Et y chanter ?

On me l’a proposé. J’ai trouvé l’idée intéressante. Mais ça ne s’est pas fait finalement…

On ne va pas pouvoir retracer tout votre parcours, nous en aurions pour des heures. Mais on m’en voudrait de ne pas vous demander quels souvenirs vous gardez de Marguerite Duras. [Marie France a travaillé avec Marguerite Duras et a joué dans la pièce « Navire Night » en 1979]

Finalement, je garde de Marguerite un souvenir amical parce que même si j’ai travaillé très sérieusement à ses côtés, on avait à côté des moments d’intimité qui sont restés gravés en moi. Et j’ai beaucoup de regrets de l’avoir perdue. Elle voulait m’écrire tout un spectacle. Elle est tombée malade et finalement, ça ne s’est jamais fait…

Quelques scènes sont prévues, notamment au Réservoir (Paris 11ème) le 9 mai. Avez-vous toujours autant le trac après toutes ces années ?

Oui… Disons que je ne peux pas dire que je ne suis pas traqueuse ! De toutes façons, faire un concert, c’est énormément de choses à porter, ce sont des textes et des rythmes à apprendre. Il faut être en place. Il faut être juste. Il faut plaire et en même temps, il faut surprendre. C’est beaucoup de choses. Donc, c’est vrai que je ne monte pas sur scène sans être consciente de l’importance de ce que ça demande. J’ai toujours le même sentiment avant de monter sur scène. Une petite appréhension. Mais dès que je suis en scène, je passe au-dessus de cette sensation.

Marie France - DR

Il y a donc cet album, « Kiss », qui sort, une scène au Réservoir, mais vous qui êtes constamment en mouvement, j’imagine que vous êtes déjà repartie sur de nouveaux projets…

Oui, en ce moment, je suis sur un projet de Musical.

On peut en parler un tout petit peu, ou bien est-ce trop tôt ?

Écoutez, pour l’instant, c’est en projet. Des musiques ont déjà été écrites. Un auteur est en train de travailler dessus. Je connais mon metteur en scène, il s’agit de Jean-Luc Revol. Et j’en suis ravie !  Le projet est en train de se mettre sur les rails actuellement. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus pour le moment.

Vous avez déjà une idée de quand le projet verra le jour ?

Dans le meilleur des cas, en fin d’année, mais je pense plutôt en 2013. Ça me paraît plus juste…

D’autres projets ?

Oui. La semaine prochaine, je débute le tournage d’une web série, avec Steve Catieau. Je tourne avec plusieurs autres comédiens.

Propos recueillis par IdolesMag le 7 mars 2012.









+ d'interviews
Inscris toi à la newsletter
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
 
Retour en haut