Interview de Lola  

Propos recueillis par IdolesMag.com le 29/02/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.

Lola - DR

Lola n’en est pas à ses débuts dans la chanson. Deux singles sont sortis aux États-Unis. Et pourtant, sentant son projet et sa liberté lui échapper, elle est revenue en France pour faire produire son premier album sur un label participatif, MyMajorCompany. Ce premier album, « Everybody Relax », nous a séduits. Nous avons donc été à la rencontre de Lola Delon afin qu’elle nous parle de ce projet qui lui tient tant à cœur et dans lequel elle se dévoile. Elle nous expliquera où elle a été chercher la force de continuer l’enregistrement après un accident l’obligeant à rester allongée…

IdolesMag : Qu’est-ce qui a donné l’impulsion à ce projet d’album ?

Lola : Cet album, ce n’est pas ma première tentative. Ça fait quelques temps que j’écris des chansons. J’avais été signée sur deux labels consécutivement à New-York et je me suis extirpée de ces projets parce que ça prenait des directions qui ne me plaisaient pas. Il y avait des enjeux financiers assez importants, je me retrouvais moins libre artistiquement que ce que j’avais pensé au début. Deux singles sont sortis à l’époque [« No Strings » et « Take It Like I Give It »]. Et en fait, ce qui a donné l’impulsion à ce projet, c’est un vrai désir de faire l’album dont j’avais vraiment envie, sans aucune interférence. J’avais envie de faire un disque comme j’imaginais que mes héros l’avaient fait, c’est-à-dire enfermée dans un studio sans aucune supervision. Et laisser parler mon inspiration. C’est ce qu’on a eu le loisir et le luxe de faire. Mon collaborateur principal sur cet album, c’est Alex Elena. Je ne le connaissais pas du tout. Donc, on avait une relation vierge dans le sens où on n’avait aucun antécédent. On s’est réunis chaque jour pendant deux mois et demi sans jamais savoir ce qu’il allait en ressortir. C’était vraiment un ping-pong créatif. En général j’arrivais avec quelques idées de titres ou d’harmonies et jamais pendant le processus créatif on a eu une tête de label qui venait exiger que tel titre soit formaté pour la radio ou pas d’ailleurs… Et dans ce sens-là, l’album a vraiment répondu à toutes mes attentes. L’impulsion, c’était de faire un album libre, être complètement artiste sans aucun regard sur les débouchés commerciaux futurs. On l’a fait de la manière la plus pure possible.

Lola, Everybody RelaxLe maître mot, c’était la liberté et faire ce que tu avais envie de faire quand tu avais envie de le faire.

Exactement.

Les chansons qui figurent sur l’album sont-elles toutes récentes ou bien as-tu été pêcher dans les tiroirs ?

Il y en a une que j’ai reprise, qui datait de deux ans auparavant. Je l’ai prise pour une raison toute bête, c’est qu’un ami très proche me disait qu’il fallait absolument qu’elle soit sur le disque. Et donc, on l’a revisitée.

Tu m’en as touché un mot tout à l’heure, mais quel est ton processus créatif ?

Ça va par phase. On va dire que je collectionne constamment des idées de titres, des phrases, des accroches… Je suis tout le temps en train de réfléchir à ce que je pourrais écrire et remplir des carnets. Après, il y a des phases plus intensives où je déblaye tout ça. Je garde les idées qui collent entre elles et je développe les idées de manière assez assidue jusqu’à ce que j’obtienne le résultat que je désire. Je dirais qu’il y a une période de semence pendant laquelle je sème mes petites idées. Et après, il y a une période de récolte où tu prends les bonnes graines qui ont bien poussé… Excuse-moi pour l’image, ce n’est peut-être pas très poétique, mais je suis un peu fatiguée (éclats de rires). Trêve de plaisanterie, j’ai toujours un regard sur ce que je vais écrire et après, il y a des phases beaucoup plus intensives.

Tu es française, mais tu as vécu un bon moment aux États-Unis, c’est donc normal que tu écrives en anglais. Aimerais-tu tout de même un jour écrire en français ?

Comme tu viens de le dire, je suis française, mais je me considère vraiment comme biculturelle. J’ai presque plus de facilité à m’exprimer en anglais, parce que je fais la navette depuis que je suis toute petite. La musique anglophone, c’est ma culture, ce sont mes premiers coups de cœur musicaux. Par la force des choses, parce que je vivais dans une famille où on n’écoutait que de la musique anglophone, je n’ai jamais acheté aucun disque en français. Bien que je trouve qu’il y ait des textes magnifiques… Je peux pleurer en écoutant Léo Ferré ou même Renaud. Mais c’est bizarre, parce que je n’avais pas remis les pieds en France depuis 7 ans et là, en revenant pour cet album et en parlant français au quotidien, je me remets à fond dans la langue. Et du coup, il y a des choses que je me remets à formuler naturellement en français. Je ne serais pas contre écrire en français, la porte est ouverte, mais c’est vrai que quand j’écris, ça ne me vient pas encore à l’esprit d’écrire en français.

Lola - DR

L’anglais est devenu naturel pour toi.

Oui. Et là, d’avoir passé autant de temps là-bas, même quand je parle en français aujourd’hui, je me mets parfois à chercher une traduction dans ma tête, tant l’anglais est devenu la langue que je parle le plus.

Ah oui ?

Oui, oui… Bon, je suis quand même française, je le parle couramment, mais au bout de 7 ans sans parler français tous les jours, ton cerveau se formate autrement.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de bosser avec Alex Elena, alors que vous ne vous connaissiez pas.

En fait, Alex Elena avait produit l’album d’une amie à moi, Alice Smith. Elle est formidable, elle va sortir bientôt un deuxième album, elle gagne vraiment à être connue. Pour moi, c’est la meilleure chanteuse au monde, je suis complètement fan. Et donc, il avait produit son album et j’étais vraiment tombée amoureuse de la production. Je l’ai dit à Alice et elle m’a dit que je devrais contacter Alex, qu’on pourrait faire des choses prodigieuses ensemble. Du coup, elle m’a passé son numéro, je l’ai appelé et on a commencé à bosser ensemble.

Comment définirais-tu musicalement ton album ?

Laisse-moi réfléchir deux secondes… C’est de la musique populaire dont l’impulsion est d’abord dans la narrative. Je dirais que c’est un journal intime électrisé. Pour moi, cet album c’est ça…

Lola - DR

Quels thèmes abordes-tu dans ce journal intime ?

Ça parle surtout des relations humaines, de la relation aux autres et la relation à soi-même. Enfin, disons que ça parle plutôt des luttes et des récompenses dans les relations humaines.

Tu dis dans ta bio que tu as eu un accident de wakeboard pendant l’enregistrement et que tu as dû enregistrer la deuxième partie de l’album allongée.

Ouais…

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu apprends que tu vas devoir rester allongée un bon moment ? Est-ce tu te dis que tu vas mettre le projet entre parenthèses ou bien qu’il faut continuer coûte que coûte, même si ça va être difficile ?

C’est dur… Arrêter l’album n’était pas une option envisageable. Mais j’ai tout de même dû rentrer en France quelques temps, puis je suis revenue à L.A. après. J’ai pris l’avion allongée, j’étais en chaise roulante… C’est dur de se sentir amoindrie comme ça. On se sent toute vulnérable. Et vu qu’on ne peut pas se tenir debout, on n’a pas l’assise nécessaire au coffre pour chanter. On ne peut pas projeter comme on en a l’habitude. Il faut aller chercher ses ressources ailleurs, dans l’interprétation, dans ses doutes et dans cette vulnérabilité qui fait surface quand on est amoindri. Je ne te cache pas que ça a été dur, que je n’en menais pas large.

Je suppose que ça t’a apporté aussi quelque chose, que ça t’a aidé d’une certaine façon.

C’est sûr qu’après coup quand j’entends le résultat, je pense à cette période avec beaucoup de tendresse. Et je suis contente du résultat. Les chansons n’auraient pas été les mêmes si je n’avais pas eu cet accident. Comme quoi dans la vie, même les accidents ont parfois du bon…

Lola - DR

Comment as-tu choisi le titre de l’album ?

C’est une période où j’étais assez angoissée avant l’enregistrement. Le titre m’est venu avant que je ne parte enregistrer l’album. C’était à Noël, j’étais sur les Champs. J’étais un peu dans une période de doute où je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire après. J’étais revenue des États-Unis, et pas encore repartie… C’était donc la pleine période de Noël. Les gens étaient hystériques, ça se bousculait de partout pour acheter des cadeaux de Noël avant le 25 décembre. Et ça m’est venu comme ça « Everybody relax, we're all gonna die ! » « Pas de panique, on va tous mourir ! » Et en fait, « Everybody Relax », c’est l’abréviation de cette phrase et c’est un peu une ode à la vie, qui nous invite à prendre son temps, à se souvenir qu’il ne faut pas gâcher le temps qui nous est accordé avec des futilités. Chaque moment est précieux. C’est un peu bateau quand je te le raconte comme ça, mais c’était vraiment un cri du cœur quand cette phrase m’est apparue. J’avais vraiment besoin de l’entendre. Ça venait d’une urgence profonde et d’un désarroi profond ! C’était pour me calmer moi-même.

« Relax », le premier extrait, a été clippé par Sonia Sieff. Vous connaissiez-vous avant le tournage ou vous êtes-vous rencontrées pour ce projet de clip ?

On ne se connaissait pas du tout. On s’est rencontrées pour le clip. On s’est bien plu. C’est une jeune femme hyper sympathique.

Comment s’est passé le tournage ?

Ah… C’était vraiment merveilleux. On s’est donc retrouvés avec toute l’équipe dans une église à Lancaster, à 1 heure et quart de Los Angeles. C’est vraiment un paysage onirique. Il y avait une lumière pas croyable, des petites boules de pailles qui volaient… Tous les gens qu’on voit dans le clip sont des paroissiens de cette église. Ils s’y réunissent chaque semaine. Le pasteur qu’on voit, c’est le pasteur de la paroisse. Il y avait une ambiance hyper familiale pendant le tournage. Ils nous ont accueillis à bras ouverts. C’était un peu le tournage parfait, en fait… On a eu toutes les choses dont on avait besoin au moment où on en avait besoin. C’était vraiment chouette et très agréable.

Tu as également des projets de tournage de séries…

Oui et non. En fait, on me l’a proposé mais après, je ne sais pas si mon emploi du temps va me le permettre. Pour moi, la priorité, c’est l’album. Mais c’est vrai qu’on m’a proposé plusieurs rôles, mais j’attends de voir la qualité des projets et surtout, mon impératif, c’est cet album, c’est ma carrière de chanteuse… Par contre, oui, j’ai envie de tourner et je suis ravie qu’on me le propose…

Même si ça ne se fait pas maintenant, c’est quelque chose qui t’intéresse.

Oui. Vraiment. Je fais du théâtre depuis que je suis toute petite, donc oui, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse.

Lola - DR

Toi qui a travaillé avec de grosses pointures aux États-Unis, qu’est-ce qui t’a poussée à venir t’inscrire en France sur un label participatif ?

En fait, la première chose, c’est que je suis tombée follement amoureuse. C’est quelque chose qui ne m’était jamais arrivé auparavant. Donc, ça, ça m’a ramenée en France. Et j’ai eu le loisir de prendre quelques mois pour faire le point. Pourquoi je n’avais pas été jusqu’au bout de l’expérience avant ? Qu’est-ce que j’attendais de moi-même en tant qu’artiste ? Qu’est-ce que j’attendais de ma carrière ? Quelles étaient les choses que j’étais prête à faire ? Et quels étaient les compromis que je n’étais pas prête à faire ? En fait, avant que MyMajorCompany ne me contacte, je savais exactement ce que je voulais faire : tout simplement écrire des chansons, les chanter et qu’elles trouvent leur chemin. Et pour moi, la priorité, ce n’était pas la sécurité de l’emploi ou de signer avec un gros label comme j’avais pu le faire auparavant, c’était vraiment ma liberté artistique. Ma priorité, c’était ma liberté artistique. Après toutes mes expériences précédentes, je voulais vraiment que cet album soit une réflexion sur mon parcours artistique et intérieur. Et il s’avère que MyMajorCompany répondait à toutes mes attentes. Ils laissent une liberté totale à leurs artistes. C’était la condition sine qua non pour que je m’engage avec un label. Mais j’étais vraiment prête à me lancer toute seule avant qu’ils n’arrivent…

Avant de te quitter, je voudrais te demander si tu avais des idoles quand tu étais ado.

Ah oui ! Et même aujourd’hui j’en ai encore… Prince, Otis Redding, Marvin Gaye, Michael Jackson, Madonna… J’ai été fan et même aujourd’hui, j’adore idolâtrer ! Ce sont ces gens-là qui m’ont donné envie de chanter.

Enfin, quel est ton rapport à la scène ?

C’est quelque chose que mon expérience passée aux États-Unis m’a apportée. C’est l’amour de la scène. Je l’ai tellement fait qu’aujourd’hui, ce n’est plus du tout une expérience douloureuse. C’est une expérience révélatrice. La scène, ça donne le pouls sur comment on se sent soi-même et où on en est. C’est quelque chose que j’aime profondément. J’ai été à bonne école. Quand j’étais à New-York, j’ai fait énormément de scène et je m’y sens plutôt à l’aise.

Propos recueillis par IdolesMag le 29 février 2012.








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