Interview de Ladylike Lily  

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/03/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.

Ladylike Lily © Loïg Nguyen

La jeune artiste finistérienne Ladylike Lily sort son premier album, « Get your soul washed », un album qui s’inscrit dans une démarche très personnelle et dont un des thèmes récurrents est l’enfance. Orianne Marsilli nous expliquera au cours de notre entretien que c’est isolée de tous, dans une maison du Finistère, qu’elle a écrit et composé ce premier album. La voix de la jeune artiste transporte directement l’auditeur dans son monde intérieur, un voyage quasi mystique et initiatique qui invite à la réflexion et à l’introspection. Rencontre avec une artiste dont l’univers se révèle particulièrement riche.

IdolesMag : Peux-tu un peu nous resituer dans quelles circonstances est né le projet « Ladylike Lily »?

Ladylike Lily : J’ai monté ce projet il y a deux ans. Ça faisait un moment que je faisais de la musique en groupe et j’avais envie de me professionnaliser depuis très longtemps. Ce projet était la manière la plus simple pour y parvenir. C’était super dur de monter sur scène seule, ça me faisait peur, et pourtant, j’ai compris qu’il fallait passer par là. De là est né « Ladylike Lily ». Je voulais me protéger, je ne voulais pas prendre mon vrai nom parce que j’avais besoin de me créer une seconde peau.

Comment as-tu choisi ce nom de « Ladylike Lily » ?

Ça vient d’un morceau qui parle justement de ma démarche de vouloir faire de la scène et d’aller à l’essentiel. Ne pas essayer de faire plaisir aux gens en leur mettant du boum boum, mais essayer de leur proposer des choses. Je veux vraiment proposer les morceaux qui me tiennent à cœur. Le morceau dit en substance : « ne te préoccupe pas du regard des autres, sois toi-même » et il se termine par « Lady like Lily ». Donc, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Au début, je me suis demandé si j’allais pouvoir porter ce nom longtemps. Et depuis, il me colle à la peau. Il me va très bien, je suis super à l’aise avec.

Ladylike Lily © Loïg NguyenTu as sorti un EP il y a un peu plus d’un an maintenant, avais-tu déjà un album dans la ligne de mire ?

Non. Pas spécialement. Je n’avais pas cette envie à l’époque. Un album, ça a tout de même quelque chose d’assez officiel. Un premier album, ça va te suivre ad vitam aeternam. Le EP, c’était certes une première signature, mais c’était moins grave tout de même. Et franchement, j’avais envie de faire cet EP et je l’ai fait assez rapidement. J’ai donc fait cinq titres très ensoleillés, très pop/folk. Et puis, l’envie d’album est née quand j’ai commencé à tourner, tout simplement. J’avais d’autres morceaux que j’avais mis de côté. Mine de rien, les médias commençaient à me demander pour quand l’album était prévu. Donc, j’y pensais, mais pas plus que ça. Et je m’y suis vraiment mise l’été dernier. Je me suis enfermée au mois d’août en me posant la question : « Qu’est-ce que je veux mettre dans cet album ? ». Ça s’est passé tout de même assez rapidement puisque j’ai pris deux semaines pour répondre à mes réflexions pendant cet été, et puis je suis partie en tournée pendant deux mois. Au retour, je me suis enfermée en studio.

As-tu écrit des titres pendant cette tournée ?

Je n’ai pas écrit, par contre, il y a forcément des choses qui m’ont marquées et qui m’aideront certainement plus tard dans l’écriture de différentes choses. Je me suis plutôt servie de cette tournée pour tester les morceaux, pour donner un second souffle à ceux qui étaient un peu plus vieux et que je n’avais pas voulu mettre sur le EP parce que je les trouvais un peu trop dark. Du coup, je me suis vraiment servi de cette tournée pour réfléchir à l’album.

Je pense que pendant ta période d’écriture, tu as eu besoin de t’enfermer, seule, dans une maison dans le Finistère… Avais-tu besoin de te retrouver dans une sorte de bulle ?

Oui. C’est absolument nécessaire et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. J’ai besoin d’être toute seule et complètement coupée du monde pour écrire. Parce que tout simplement quand je me mets à écrire, je suis plus ou moins dans un état second. C’est comme un état d’ivresse, qui peut durer très longtemps, le temps que je compose ce que j’ai à composer. Donc, je suis un peu dans mon monde à ce moment-là. Quand je vois des gens, ça me perturbe tout de suite. Et je ne veux pas perdre cet état dans lequel je me trouve quand je crée. C’est comme si la porte de la création se refermait, je ne peux plus composer. Il faut que je sois toute seule et que je vive à fond ce temps de composition. Mais cet état n’arrive pas toujours. Parfois, je m’y mets et je n’y arrive pas. Ce n’est pas mécanique. L’inspiration ne vient pas comme ça. Ça peut prendre plus de temps parfois. Ça peut me prendre à n’importe quel moment. C’est assez imprévisible. Je remarque que c’est généralement quand je suis toute seule que l’inspiration arrive.

Tu écris et composes beaucoup en moyenne ?

Il y a des phases. Quand je me mets à écrire, je peux écrire trois morceaux en très peu de temps. En fait, c’est comme une boulimie, l’écriture. Il peut se passer des mois pendant lesquels je n’écris rien, je n’écoute rien… et d’autres où d’un coup, il se passe plein plein de choses. Et je ne comprends pas trop ce qui m’arrive. C’est un peu comme si toutes les informations arrivaient toutes en même temps.

Tu as une phase de digestion en fait.

Oui… enfin je ne sais pas… Disons qu’il y a un temps pour tout. Il y a un temps pour créer, un temps pour enregistrer, un temps pour écrire les parties de guitares, un temps pour faire la musique, un temps pour aller sur scène et un temps pour faire de la promo ! (rires)

Ladylike Lily © Loïg Nguyen

Écris-tu directement en anglais ou passes-tu par le français avant ?

Non, non. J’écris directement en anglais.

Est-ce que ça te tenterait un jour d’écrire en français ? Ou est-ce une porte qui est complètement  fermée ?

Non, je n’y suis pas complètement fermée. Je l’ai fait avant. Mais je n’arrivais pas bien à faire sonner le français, ce n’était pas très mélodieux, c’était un peu difficile. Et c’est surtout qu’à partir du moment où j’ai commencé à m’amuser en anglais et à écrire en anglais, je me suis beaucoup décomplexée au niveau de la voix. Donc, peut-être que je reviendrai au français plus tard, quand j’aurai pris de l’assurance, que j’aurai envie de découvrir d’autres choses, de me remettre suffisamment en danger – je pense que je l’ai suffisamment fait là depuis deux ans (rires) – à ce moment-là, peut-être que j’y penserai. Mais ce n’est pas prévu en tout cas.

Peux-tu un peu me parler des thèmes que tu abordes dans tes chansons ?

Ce sont des choses qui me touchent dans ma vie de tous les jours. C’est vraiment un album très personnel. Il y a beaucoup de morceaux qui résonnent avec l’enfance. C’est une période qui reste derrière nous et qu’on continue à fantasmer alors que quand on la vivait, enfin pour moi, on n’avait qu’une hâte, c’était de devenir adulte. Je n’aimais pas être petite et avoir des interdits, ça m’agaçait. J’avais déjà envie de vivre ma vie et puis voilà. Maintenant, je trouve ça très beau, cette période d’insouciance, la manière dont les enfants sont décontractés, ils peuvent tout dire. Physiquement, ils peuvent habiter leur corps de la manière dont ils veulent. Donc voilà, tout ça me fascine tout simplement. Mais je ne parle pas que de ça, l’album n’est pas spécifiquement porté sur ce thème-là. Mais ça revient régulièrement, ce sont des petits symboles. Je parle aussi de rapports humains, de rapports amoureux. Il y a pas mal de morceaux sur l’amour, mais pas dans le sens « chanson d’amour facile ». Ce ne sont pas des histoires d’amour simples, mais plutôt complexes. Je crois qu’en plus, c’est un thème qui parle à tout le monde. On a tous eu des histoires un peu douloureuses. Je chante aussi les questions que je me pose sur la vie, mes angoisses. Il y a pas mal de morceaux qui me servent de médicament, tout simplement. Après, les thèmes que j’aborde dans l’album sont assez vastes. En tout cas, c’est une démarche très très personnelle.

Qui a eu l’idée de la pochette, assez étonnante, d’un corps de femme qui évolue dans l’eau, en noir et blanc ?

Elle a été faite par Loïg Nguyen. J’avais très envie d’avoir une pochette où on ne voyait pas ma tête.

Pourquoi ?

Parce qu’autant les morceaux pouvaient être hyper intimes et très personnels – quand on me connait et quand on lit entre les lignes, on le comprend – autant, je ne voulais pas qu’on voit ma tête ! Mais je trouve que c’est un bon compromis. C’est tout de même le corps d’une femme et c’est une image assez intime dans le fond. Une photo dans l’eau, un peu voyeuriste. Et puis, à la fois, on ne voit pas la tête de ce corps qui évolue dans l’eau. Elle a beau avoir le pied sur le granit, sa robe part dans tous les sens. C’est un album qui est en plus très aquatique, ce n’est pas très terre à terre. Quand j’ai vu cette photo, je me suis dit que c’était l’image parfaite du message que je voulais renvoyer.

Ladylike Lily © Loïg Nguyen

Dans quel état d’esprit es-tu avec la sortie imminente de l’album ?

Je ne sais pas trop… Je suis très contente parce que j’ai trouvé un petit producteur qui va m’aider. Tu sais, je l’ai fait en autoproduction, cet album, donc, je ne savais pas trop comment on allait pouvoir le sortir. Maintenant, j’ai super hâte d’avoir les réactions de la presse et du public. Tu ne sais pas trop ce qui va arriver, mais tu sens que c’est important. Là, il va y avoir beaucoup de concerts et beaucoup de promo. J’aime bien rencontrer les gens. Donc, je ne suis pas spécialement stressée, mais j’ai tout de même peur que ça ne plaise pas. Dans le fond, je suis plutôt assez sereine et confiante.

Avais-tu des idoles quand tu étais ado ?

Je n’ai jamais trop idolâtré. J’écoutais des gens, mais je n’étais pas dans le truc d’admirer des vedettes. Je n’ai jamais mis de poster de gens célèbres dans ma chambre. Je sais qu’il y avait des gens que j’appréciais, mais je n’étais pas trop là-dedans. Je ne saurais pas trop te répondre.

Et tu écoutais qui ?

Je crois que la personne qui m’a le plus marquée et qui m’a le plus influencée, c’est Yann Tiersen. J’étais encore assez jeune, du coup, je suis allée fouiller dans tout ce qu’il avait fait avant. J’ai énormément accroché à tout ce qu’il a fait. C’est la personne qui arrive le plus à me toucher avec sa musique. Ça va droit au but. J’ai toujours l’impression quand je l’écoute à la maison, de retrouver le petit monde que j’ai dans la tête. Je me retrouve vraiment dans sa musique.

Tu fais partie de ce qu’on appelle la « nouvelle scène rennaise ». Quel regard jettes-tu sur tes aînés ? Daho, Niagara, Marquis de Sade…

Déjà, je ne suis pas rennaise à la base, je suis finistérienne ! (rires) Je n’ai pas de fierté de la scène rennaise. Je n’ai pas l’impression d’être un produit rennais en fait. J’ai une relation forte avec le public rennais, qui est le public qui me porte vraiment. Mais je suis très très extérieure à la scène rennaise. Et même pour ce qui se fait aujourd’hui. Je n’ai pas l’impression d’être actrice de tout ça. Je n’ai donc pas trop d’avis là-dessus. C’est très bien que le projet se développe et que ça fasse parler de Rennes, mais je n’ai pas vraiment d’avis sur Daho, Niagara… Peut-être justement parce que je ne me sens pas trop appartenir à cette scène rennaise. Pourtant, j’y retourne très régulièrement pour y travailler et je suis très attachée aux acteurs culturels à Rennes, les salles de concert… C’est là-bas que tout a commencé. J’ai une histoire spéciale avec Rennes…

Ladylike Lily © Loïg Nguyen

Tu as déjà pas mal tourné l’air de rien. Conçois-tu la scène comme quelque chose de très écrit ou plutôt d’instinctif ?

C’est pas très écrit en fait… (rires) Parfois même, ça ne l’est pas assez. J’aime me laisser aller à sentir ce qui se passe avec les gens. Parfois, je peux mettre en l’air tout ce que j’avais prévu dans ma set list parce que j’ai envie de me lancer dans le vide. Une fois que c’est parti, le public te porte et t’emmène faire des trucs que tu n’avais pas prévus. La scène, c’est toujours un peu fou et spectaculaire. Je n’aime pas me dire que telle intro va durer tant de temps, telle chanson va commencer à tel moment. Je n’aime pas trop. Je trouve ça chiant d’aller voir un concert où tout est écrit. Moi, j’ai besoin de vivre l’instant. Ce qui est génial, c’est qu’à chaque concert, tu as beau jouer les mêmes morceaux qui racontent la même histoire, et bien, le ressenti est toujours différent parce que les gens en face de toi sont tous différents. Je n’ai pas envie de faire tout le temps la même chose…

Une tournée est-elle prévue ?

Oui, pas mal de dates se préparent et même de grosses scènes cet été. Je vais jouer avec les musiciens avec lesquels j’ai enregistré l’album, parce que j’ai envie de partager ça avec eux. Et puis, j’ai hâte de retrouver le public, même si j’ai besoin de me protéger un peu…

Je voudrais terminer cette interview sur une note bucolique. Au début de « Frogs on my side », on entend des grenouilles chanter…  Sont-elles bonnes chanteuses ?

(rires) Quand j’étais petite, il y avait un vinyle qui traînait chez mes grands-parents, de la musique pour enfants, un disque de Steve Warring. Et « la chanson de la grenouille » parlait d’un petit garçon qui se balade dans les marécages et qui entend plusieurs grenouilles différentes. Elle est géniale cette chanson, parce qu’elle reprend plein de sons différents. Ma chanson, c’est un petit clin d’œil à ce titre…

Propos recueillis par IdolesMag le 14 mars 2012.

-> Site officiel : http://www.ladylikelily.com








+ d'interviews
IdolesMag 39 (mai 2013) avec Sidoine, Lisa Angell, Guéna LG, Manu...

NEWSLETTER  

Ne manque aucune actualité, inscris-toi à notre newsletter.

CONCOURS  

Nous t'offrons 3 exemplaires de la compilation "Pop France"!

Chico & les Gypsies t'offrent 3 exemplaires de leur nouvel album "Fiesta"!

Lisa Angell t'offre 2 exemplaires de son nouvel album "Des mots..."!

Anastasia t'offre 2 exemplaires de son premier album "Beau parleur"!

A L'AFFICHE  

INTERVIEWS  

Les dernières interviews réalisées:
- MeLL (le 07/05/2013)
- Mac Guffin (le 12/04/2013)
- Zoufris Maracas (le 02/05/2013)
- Some Velvet Morning (le 13/05/2013)
- Julien LOko (le 30/04/2013)
- Mickaël Miro (le 06/05/2013)
- Anouk Aïata (le 03/05/2013)
- Aviva Paz (le 22/04/2013)
- Anastasia (le 03/04/2013)
- Bruna Giraldi (le 24/04/2013)

BIOGRAPHIES  

Les dernières biographies ajoutées:
- Jean-Jacques Lafon
- Keny Arkana
- Shaka Ponk
- Vincent Niclo
- Guizmo
- Michel Delpech
- La Caravane Passe
- Jeane Manson
- The Hives
- Philippe Lavil