Interview de Natasha Tagada, Sweetie Chocolate  

Propos recueillis par IdolesMag.com le 31/01/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.

Sweetie Chocolate, Jimmy & Marmelade

Emmené par la pétillante Natasha Tagada et ses quatre boys (Grenky, Coco, Yummy et Neko), le groupe « Sweetie Chocolate » sort son premier album, « Jimmy & Marmelade », un album de rock kawaii (comprenez rock sucré japonais) qui nous a séduits ! Le groupe sera sur la grande scène de la Japan Expo à Marseille le 3 mars prochain. Nous avons donc été à la rencontre de Natasha Tagada afin qu’elle nous fasse découvrir l’univers de « Sweetie Chocolate », un univers rose bonbon, un peu déjanté, mais tellement (ré)créatif ! « Sweetie Chocolate » apporte un joli vent de fraîcheur sur le rock hexagonal. Un groupe à découvrir rapidement !

IdolesMag : Avant toute chose, peux-tu m’expliquer en quelques mots ce qu’est le Rock Kawaii ?

Natasha Tagada : C’est un rock sucré. C’est-à-dire qu’il y a le côté guitare assez présent au niveau musical, c’est le côté vraiment rock avec des morceaux parfois plus métal même, et d’un autre côté, il y a ma voix qui est beaucoup plus sucrée. En général, dans le rock, ce sont des voix qui envoient avec un coffre beaucoup plus important que le mien ! (rires) Et comme j’ai une voix plus sucrée, j’apporte au rock un côté un peu mignon, j’allège le côté dur des guitares en les sucrant justement… Il faut savoir aussi que « kawaii » est un mot japonais qui veut dire délicieux et mignon. Comme on a voulu faire un mélange de rock et de choses plus sucrées et plus mignonnes, on a trouvé que le rockawaii était la parfaite définition de notre musique.

« Sweetie Chocolate » s’est formé il y a quelques années maintenant. Dans quelles circonstances a-t-il été fondé ?

Un peu avant 2007, j’avais rencontré Raphaël, qui est le guitariste et le compositeur du groupe. Je lui ai dit que j’avais toujours eu envie de fonder un groupe au chocolat et qu’en général, les gens me riaient au nez quand je leur disais ça. Dans le milieu du rock, quand on veut ajouter du rose ou des petits trucs un peu sucrés, c’est assez vite mal vu. Le rock, pour beaucoup, ça doit être quelque chose de dark. Je ne trouvais donc pas de musiciens qui comprenaient ce que je voulais et qui étaient d’accord pour rentrer dans ce projet. Lui, Raphaël, a trouvé pour le coup l’idée originale. Il aimait bien l’idée de faire quelque chose qui n’était pas la copie parfaite de ce qui se faisait déjà… Je lui ai donc parlé des idées et des musiques que j’avais dans ma tête… (rires) Il a tricoté autour de tout ça et il a mis en forme toutes mes idées parce que lui est un vrai compositeur. Il joue de la batterie, de la basse, donc pour lui, c’était beaucoup plus évident que pour moi. Il a commencé à me jouer quelques petits accords à la guitare, et c’est parti comme ça. À deux, on s’est mis à créer des chansons.

Sweetie Chocolate - DR

Le nom du groupe, « Sweetie Chocolate », comment l’avez-vous choisi ?

Au départ, on n’avait pas spécialement de nom. Après un petit moment, on s’est dit qu’il était temps de trouver un nom pour le groupe. « Sweetie Chocolate » est venu assez naturellement en fait. Ma boîte mail, je l’ai toujours appelée « sweetie chocolate », je trouvais ces mots-là jolis. Je me suis dit que ce serait bien de donner ce nom au groupe, parce que ça nous correspondait bien. En plus, souvent les gens m’appellent Sweetie, c’est un surnom qu’on me donne souvent. On n’a pas hésité longtemps.

Avant de parler de l’album, et pour que les présentations soient complètes, peux-tu me présenter les autres membres de groupe ?

Il y a donc Raphael, dont le surnom est Grenky, qui est guitariste et le compositeur principal du groupe. Ensuite, il y a Yummy, le deuxième guitariste, la lead guitare. Il y a Coco à la basse et Neko à la batterie.

Tu écris les textes et Grenky compose les musiques. Comment bossez-vous ensemble ? Les autres membres participent-ils également à l’élaboration des morceaux ?

Oui, bien entendu. Grenky ne fait plus tout tout seul comme aux débuts du groupe. Maintenant, les autres garçons l’aident. Si je dis que c’est le compositeur principal, c’est que souvent les autres garçons vont lui donner des idées, et lui, il va tout rassembler. Souvent quand j’ai une petite idée de mélodie qui me trotte dans la tête, je vais lui en parler et la lui chantonner. On donne ensuite un petit bout de maquette aux garçons, et eux vont trouver de nouvelles idées. Ou alors, ça peut être un des garçons qui vient trouver Raphaël (Grenky) avec un petit quelque chose. Ils composent un truc ensemble puis me le font écouter. Après, je pose des paroles dessus. Il n’y a pas trop de règle en général sur la création des chansons.

C’est un travail d’équipe en fait.

Oui, voilà, c’est vraiment un travail d’équipe.

Sweetie Chocolate - DR

Tu chantes en français, en anglais et en japonais. Parles-tu les trois langues couramment ?

Pour ce qui est de l’anglais, je ne le parle pas aussi bien que le français, mais je me débrouille très bien. Pour ce qui est du japonais, je prends des cours depuis presque un an maintenant. Donc, je ne suis pas encore bilingue, mais je l’apprends. Je sais dire deux ou trois petites choses, mais je ne le parle pas encore couramment… Il me faudra encore quelques cours ! (rires)

Vous avez sorti pas mal de démos depuis 5 ans maintenant. Qu’est-ce qui a donné l’impulsion pour ce premier vrai album, « Jimmy & Marmelade » ?

Ce qu’il faut savoir c’est que quand on a enregistré les démos, l’équipe n’était pas encore au complet. C’était surtout Grenky et moi qui faisions les chansons à l’époque, et on avait des musiciens qui nous accompagnaient pour faire des concerts et des choses comme ça. C’est au fur et à mesure des rencontres qu’on a connu Coco, Yummy et Neko. Et là, on a senti qu’il y avait une belle alchimie entre nous. C’est un peu comme une histoire d’amour en fait. Il s’est vraiment passé quelque chose de très fort entre nous. On s’est dit qu’enfin on avait trouvé une unité de groupe comme nous avions pas mal de choses en commun. Du coup, on s’est dit qu’on allait faire un vrai album tous ensemble, et plus une simple démo… Et puis, des démos restent des démos, un album, c’est autre chose !

Comment avez-vous choisi les titres qui figurent sur l’album. Il y en a quelques-uns qui sont très anciens…

Les titres, c’est moi qui les ai choisis, dans le sens où c’est moi qui les écrit et qui les chante. Tout ce qui touche à la chanson, c’est mon domaine ! Quand j’ai fait mes choix, j’en ai parlé aux garçons. Et eux, ça les amuse beaucoup les paroles des titres ! (rires)

L’album bénéficie d’une édition physique, disponible sur votre site web (http://www.sweetiechocolate.com/), était-ce important pour vous ?

Ah oui ! Tu sais, nous sommes tous des trentenaires et nous n’avons pas du tout la même approche de la musique qu’un ado d’aujourd’hui. Les jeunes d’aujourd’hui ont pris l’habitude de trouver tout ce qu’ils veulent sur le net. Nous, on est encore vachement attachés au support physique. C’est aussi un rêve d’enfant d’avoir son album. On se revoit ado aller acheter nos CDs à la Fnac. Pour nous, c’était essentiel que l’album existe en CD. C’est super joli. Un CD, c’est très représentatif du travail qu’on a fourni. Quand ça reste virtuel, on s’en rend compte sans s’en rendre compte. Il faut avoir l’album dans les mains pour se rendre compte qu’il existe vraiment. Ça veut dire beaucoup plus. Nous sommes tous issus de cette génération qui quand elle voulait écouter un album, allait l’acheter au magasin et n’allait pas le télécharger… En plus, comme on a beaucoup travaillé sur cet album, et depuis longtemps, ce CD est vraiment le témoin de notre travail.

Sweetie Chocolate, Natasha Tagada - DR

Qui s’occupe de tout l’aspect visuel du groupe ?

Moi ! (rires) On travaille avec un super graphiste avec qui on se comprend complètement. Des fois, je lui dis deux mots et il me sort exactement ce que je voulais. Donc, on travaille avec lui au niveau des pochettes, mais aussi au niveau des clips. C’est tout de même assez ciblé, assez rose et assez troisième degré visuellement… Pour nous, on mélange tout ce qui est fun et tout ce qui nous amuse. Les garçons, ce sont tous un peu des geek, j’essaye donc de m’en amuser avec eux. Après, je leur soumets tout de même mes idées avant de les concrétiser !! Parfois ils m’ont dit que j’allais trop loin quand même… J’ai tout de même réussi à les faire poser nus enchaînés avec de la guimauve ! (rires)

Tu leur fais faire ce que tu veux…

(rires) Je pense sincèrement que ça les amuse. C’est un délire entre nous. C’est une partie de nous. Mais on fait toujours tout très sincèrement. En même temps, c’est toujours la partie la plus fun de nous qu’on met en avant. On joue avec ce qu’il y a de plus farfelu en nous. Certains artistes mettent en avant tout ce qu’il y a de plus horrible dans leur vie, nous c’est l’inverse. On met tout ce qu’il y a de plus positif.

Tu me disais tout à l’heure que tu allais acheter tes CDs quand tu étais ado… Avais-tu des idoles ? ET qui étaient-elles ?

Ah oui ! J’en avais plein ! Vers mes douze ans, j’adorais les New Kids on th Block. J’en étais complètement dingue ! (rires) Et après, j’ai été extrêmement fan du groupe Garbage et de sa chanteuse, Shirley Manson. Quand elle se coupait les cheveux, je filais chez le coiffeur. Quand elle mettait un haut bleu, il fallait que j’achète le même haut bleu. J’étais complètement fan de sa musique et je m’identifiais complètement à elle. Après, j’ai adoré des groupes comme Placebo. Il y en a eu plein. Mais c’est vrai que Garbage, j’étais complètement fan de ce groupe.

As-tu rapidement écrit et chanté ?

Oui. C’est venu vers l’adolescence. J’ai commencé à écrire des chansons à cette époque. Beaucoup on dû te dire la même chose, mais je pense que j’ai toujours rêvé d’être chanteuse. Mais ça s’est vraiment déclaré quand j’étais ado. Petit, on chante tous, mais ce n’est pas toujours sérieux. C’est un métier qui m’impressionnait et qui m’obnubilait. Et c’est la seule chose avec laquelle j’ai eu envie de prendre mon temps… parce qu’en temps normal, je suis quelqu’un de très impatient, il me faut tout tout de suite. Et la musique, c’est la seule chose pour laquelle j’avais envie de prendre mon temps, pour bien faire et bien travailler les choses… avant de les montrer aux autres.

Sweetie Chocolate - DR

La culture japonaise t’a-t-elle attirée jeune ?

C’est venu progressivement. C’est en m’ouvrant progressivement au monde que c’est venu, en découvrant des choses. C’est quelque chose que j’aime énormément aujourd’hui, mais pas que musicalement, aussi les mœurs, le respect que les Japonais ont, etc… Beaucoup d’autres membres du groupe sont comme moi. On se rejoint là-dessus. C’est un peuple formidable. Je suis très sensible à leur façon de faire et de penser.

Quels sont tes premiers pas dans la musique avant « Sweetie Chocolate » ?

Je chantais essentiellement avec des groupes et on faisait des reprises. C’était une façon de me trouver à travers des chansons. Et après, très vite, j’ai eu envie de monter mon propre projet. Mais ce n’était pas évident de rencontrer des personnes qui avaient la même vision du rock que moi. Quand tu fais du rock, il faut savoir que tu te retrouves presque toujours avec des mecs. Et j’étais là, au milieu d’eux, une petite nana qui voulait faire un rock énergique shaké au chocolat. Souvent on me regardait en me disant « Mais t’es complètement tarée ma pauvre fille ! Tu viens de la planète Bisounours… Nous, c’est du rock qu’on fait ! » (rires) Mais je ne voyais pas l’intérêt de refaire toujours la même chose. Je voulais creuser dans ma direction. Et c’est comme ça que tout doucement les choses se sont faites. Avant « Sweetie Chocolate », je n’avais pas de réel projet. Là, j’ai trouvé les bonnes personnes avec qui travailler. On avance dans la même direction, que ce soit musicalement ou humainement. C’est important la confiance dans un groupe. On se comprend…

Tu me tends la perche en me parlant de reprises. Il y a une reprise de « Rosa » de Pascal Obispo qui traine sur le web. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’interpréter ce titre ?

Déjà, Pascal Obispo, je crois que c’est le seul chanteur français que j’aime. J’aime le grain de sa voix, et il ne chante pas comme une chèvre… (rires) Il a une voix qui m’attire beaucoup, très sensuelle. Et puis cette chanson, j’ai voulu la reprendre parce que je suis extrêmement sensible à tout ce qui est méchanceté et racisme. C’est quelque chose qui m’insupporte vraiment horriblement. Et donc forcément comme cette chanson est chantée par un chanteur qui me parle et que le thème me touche, je l’ai trouvée magnifique. J’ai donc demandé à Grenky s’il pouvait me faire quelque chose sur ce titre, sachant très bien que ce n’était pas rock, mais j’en avais envie.

Vous allez être sur la scène de la Japan Expo le 3 mars prochain à Marseille. Que va-t-il s’y passer ?

C’est un très grand festival et nous jouerons sur la scène principale. Je ne te cache pas que c’est beaucoup de pression pour nous. On va être à côté d’artistes japonais qui ont beaucoup plus d’expérience que nous. Pour nous c’était un rêve, et c’est un grand honneur qu’ils aient fait appel à nous. Quand on l’a su, j’ai pleuré, parce qu’on va enfin pouvoir présenter ce projet sur lequel on travaille depuis si longtemps. Et en plus devant un public qui sera certainement plus sensible à notre musique qu’un autre. Puisque là, on va jouer dans notre univers. Il y aura beaucoup plus de lolitas et de gens kawaii. Forcément, notre musique va plus leur parler qu’à un public qui ne connaît pas toute cette culture japonaise. Le public va comprendre notre délire, ça va faciliter l’échange. Et aussi, on va pouvoir présenter cet album devant des Japonais… On a vraiment hâte !

Sweetie Chocolate - DR

C’est quelque chose d’essentiel à vos yeux, la scène ?

C’est ce qu’on attend. C’est là qu’on s’éclate le plus. D’ailleurs, à chaque fois qu’on joue et qu’on sort de scène, on se fait toujours la même réflexion : « J’ai l’impression de n’avoir chanté que pendant 5 minutes ! ». Ça passe à une vitesse monumentale un concert… Au début, j’ai toujours un peu la pétoche, je me demande si ça va marcher, je ne te le cache pas. Les garçons un peu moins. Mais ils sont là à me rassurer. Et après, une fois que je suis sur scène, ça passe tellement vite. C’est un réel échange. Ça ne sert à rien de se poser tout un tas de questions avant de monter sur scène. Il faut surtout se donner tel qu’on est et vivre cet échange qu’on vit avec les gens. C’est vraiment sur scène qu’on peut laisser exploser notre énergie. Donc, forcément, on adore.

À part la Japan Expo le 3 mars, d’autres dates sont-elles prévues ?

On est en train de bosser sur ça en ce moment. Des dates de 2013 ont déjà été validées ! Mais comme tu sais, c’est progressif. Nous sommes un groupe indépendant, on s’occupe de tout nous-mêmes. Tout vient doucement.

Ce n’est pas trop difficile pour vous de gérer l’artistique et le commercial ?

Si. Ce n’est pas du tout la même chose… Ce n’est pas évident parce que notre truc à la base, c’est de faire de la musique. On n’est pas des commerciaux. C’est à nous d’essayer de nous vendre sans paraître hautains. Se vendre sans trop en faire… On essaye de communiquer surtout sur notre musique, parce que c’est le plus important dans le fond…

Propos recueillis par IdolesMag le 31 janvier 2012.

-> Site officiel : http://www.sweetiechocolate.com/








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