Interview de Jef Barbara  

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/12/2011.
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Jef Barbara - DR

Le premier album du canadien Jef Barbara, « Contamination », paraîtra le 5 mars prochain chez Tricatel. Jef Barbara, c’est un personnage plutôt haut en couleurs. Sa musique n’est pas sans rappeler la new wave des années 80 comme Indochine, Partenaire Particulier, Depeche Mode ou Orchestral Manœuvres in the dark. Intrigués par le personnage et séduits par sa musique, nous avons donc été à la rencontre de Jef Barbara afin d’en savoir plus sur lui… Au cours de notre entretien nous tenterons d’en savoir un peu plus sur cet artiste parfois un peu étrange…

IdolesMag : Pourquoi as-tu appelé ce premier album « Contamination » ?

Jef Barbara : Il y a plusieurs raisons en fait. La première, c’est certainement d’un point de vue esthétique. La contamination, c’est quoi ? Je trouve que ça comporte un certain mauvais augure, quelque chose d’assez inquiétant. C’est un sentiment que j’ai tendance à aimer dans la pop en général. C’est sûr que juste le mot « contamination » m’intéressait pour commencer aussi parce que j’avais un groupe qui s’appelait « Jef & The Holograms », avec qui j’ai sorti un EP en 2009, « Truly Contagious ». Pour moi, « Contamination » était aussi un peu la représentation de l’évolution naturelle que j’ai faite depuis « Jef & The Holograms » vers une carrière solo. C’est un peu l’évolution logique de la contagion jusqu’à la contamination. C’est pour cet ensemble de choses que j’ai appelé ainsi mon premier album. D’une façon générale, je voudrais que la pop, lorsqu’elle est bien faite, puisse avoir des vertus « contaminantes » et contagieuses. Comme tu le vois, il y a plusieurs raisons pour lesquelles j’ai appelé cet album « Contamination ».

Jef Barbara - ContaminationTu as sortis deux EP auparavant. Mais qu’est-ce qui t’a donné l’impulsion pour sortir cet album ?

Effectivement, j’ai sorti deux EP. J’en avais un peu marre… J’avais envie de faire un premier vrai album. J’avais vraiment envie d’aborder un projet plus ambitieux qu’un EP. Pour moi la démarche n’est pas complètement différente. Dans le cadre d’un EP, on fait tout simplement moins de chansons. Donc, c’est sûr que les projets étaient moins ambitieux dans le sens où il y avait moins de chansons auxquelles il fallait donner une cohérence pour l’ensemble de l’enregistrement. Pour un album, c’est un peu plus difficile à faire. C’est plus lent. Mais dans ma tête, c’était clair, je voulais faire un LP depuis longtemps…

Ton univers renvoie une image et sonne très « Factory ». Quelles sont tes influences ?

L’album comporte des influences vraiment diverses. Certaines personnes peuvent y déceler des accents un peu « Factory », c’est vrai. Mais en même temps, ça ne se limite pas à ça. Ça va vers le cabaret, vers le disco. C’est un vrai album pop, je n’essaye pas de me sectoriser ou de trouver une niche musicale spécifique. C’est vraiment un album pop au sens large du terme. Je revendique de nombreuses influences.

Il y a tout de même un son « Eighties » qui domine…

Effectivement. Définitivement… C’est sûr qu’il y a un son eighties. Je suis né dans les années 80. Je suis donc un enfant qui a grandi en étant nourri par cette musique. J’ai été très influencé par cette période, comme MTV, pour te donner un exemple un peu plus mainstream. Forcément, ça se retrouve sur ce premier album, comme d’ailleurs sur mes deux premiers EP. Je ne dis pas que je vais rester dans les années 80 à vie. Mais, oui, en ce moment, c’est définitivement une influence qui peut être décelée d’une façon évidente en écoutant l’album.

Dans tes clips aussi…

Effectivement. Dans leur démarche au moins. J’ai envie de faire un vidéo clip pour chaque plage de l’album. Je trouve que ça s’inscrit dans une mentalité très pop commerciale des années 80 où les artistes misaient beaucoup sur la rotation de leurs clips sur les chaînes musicales. Forcément, les compagnies de disques finançaient de très beaux vidéo clips.

Comme dans les années 80, tu travailles et tu soignes ton image.

Effectivement. Mais c’est important pour moi. J’aime raconter des histoires, pas seulement à travers mes chansons mais à travers la performance live ou les clips. Je ne me considère pas vraiment comme un musicien à la base. Je suis plus un acteur. Donc, du coup, le visuel est quelque chose de très très important pour moi.

Jef Barbara - DR

En parlant de clip… Comment François Sagat et 2Fik se sont-ils retrouvés dans le clip des « Larmes de Crocodiles » ?

Euh… Il faut savoir que le clip que tu as vu n’est pas le clip officiel des « Larmes de Crocodiles ». Le clip officiel devrait paraître peu avant la sortie de l’album [NDLR : notre interview a été réalisée fin décembre et le clip figurait sur le site officiel de Jef]. Mais pour en revenir à ce premier clip… 2Fik habite donc à Montréal. C’est un ami à moi. Il voulait participer au projet. Et François Sagat était en relation avec 2Fik ou des amis de 2Fik, je ne sais plus très bien. On lui a demandé de venir et il est venu tout naturellement. Mais on a vraiment fait ça simplement. C’était le tout premier clip que je faisais. C’était même bien avant que l’album ne soit en route. Il était à peine entamé. On a donc fait ça un peu en blaguant. Mais ça a été tout de même une assez bonne expérience.

Il y a une certaine fraîcheur dans ce clip.

Effectivement. Mais ce n’est pas pour rien que j’ai refait le clip. Ce n’est pas mon préféré dans ceux que j’ai faits…

On vient de parler de François Sagat et 2Fik qui font une apparition dans un de tes clips, tu chantes « Les homosexuelles » et « Wild Boys », tu renvoies une image d’un personnage plutôt haut en couleurs… N’as-tu pas peur de t’enfermer dans un créneau ?

Dans quel créneau ?

Le créneau gay. Ça me paraît évident.

(rires) Pas vraiment. Si les gens se limitent à ça, c’est dommage… Moi, je fais ma musique et les gens en font ce qu’ils en veulent. Au départ, je veux exprimer des idées. Et si ces idées sont connotées « gay », c’est normal quelque part. Ça fait partie de moi. Maintenant, ce n’est pas uniquement à ça que je veux toucher. Mais c’est définitivement ce qui m’a inspiré lors de la conception de « Contamination ».

As-tu laissé beaucoup de titres sur le côté pendant la phase de création ? A-t-elle débuté il y a longtemps ?

J’essaye de noter et de conserver le plus d’idées possible. Je n’ai pas tendance à les jeter. Si elles ne sont pas utilisées quand je les trouve, j’ai tendance à les utiliser dans un autre contexte. Et puis, justement, dans le cadre de « Contamination », il y a quelques chansons qui se retrouvent sur l’album qui ont été écrites, même avant que je ne débute avec « Jef & The Holograms ». Je pense notamment à « Flight 777 », je l’ai écrite il y a peut-être 5 ans. Elle date donc d’il y a très longtemps. Et finalement « Contamination » est un album dans lequel on retrouve un peu de tout. Mais à la fin, j’ai essayé de lui donner une certaine cohérence. Ce sont des morceaux qui vont un peu dans tous les sens…

Tu es donc canadien, mais je pense que « Contamination » n’est pas réellement sorti là-bas…

Non. Effectivement. Il n’y est pas vraiment sorti. En fait, j’avais l’intention de sortir l’album moi-même au départ. Il y a dans les dernières années une culture du « Do it yourself » assez forte au Canada. Surtout à Montréal. Et entre autres, il y a une culture de cassettes à laquelle j’ai décidé de prendre part. J’ai donc décidé de faire ma propre cassette. Et au moment où je m’apprêtais à entamer la fabrication, j’ai été approché par un label tchèque, basé à Prague. Il a donc assuré la distribution initiale d’une première version de l’album. Et puis, après avoir rompu ma collaboration avec eux, j’ai été approché par Tricatel [NDLR : le label de Bertrand Burgalat]. Eux vont s’occuper de la diffusion d’une réédition de l’album avec des mixes très légèrement différents et des titres bonus.

Jef Barbara - DR

Tu viens donc de jouer deux soirs à Paris. D’autres scènes sont-elles prévues dans les prochains mois ?

Ça va forcément arriver. On travaille en ce moment là-dessus.

Fais-tu partie de ceux qui sont flippés par le fait de monter sur scène ou ceux qui n’attendent que ça ?

Ça dépend vraiment des jours…  Des fois, j’ai envie de monter sur scène, des fois, pas du tout… Mais il reste que j’essaye toujours de donner le plus possible pour les gens qui se sont déplacés à chaque fois. Ce n’est pas non plus une grande source de stress pour moi, parce que j’ai été habitué à la scène, avant même de me lancer dans la musique. J’ai un background théâtral. Du coup, même si ce n’est pas le même travail scénique, il y a tout de même des rudiments qui peuvent se rejoindre et faciliter le passage justement du théâtre à la musique. Je pense que ça a été moins difficile pour moi que pour certaines personnes qui n’avaient pas de background scène.

Quand tu étais gosse, avais-tu déjà envie de devenir chanteur ?

J’ai toujours aimé chanter. J’ai toujours voulu me créer un univers. Donc, oui, c’est définitivement quelque chose que j’avais en moi. J’écrivais des chansons, je prenais en parallèle des cours de piano et de solfège. Enfin… mes parents m’ont forcé à prendre ces cours ! (rires) Mais j’ai toujours eu envie de chanter. Mais à un moment donné, à l’adolescence, je me suis un peu perdu. Je n’avais pas vraiment de direction claire dans ma vie…

Pourquoi as-tu abandonné la chanson à l’adolescence ?

Je ne sais pas. Les choses se sont faites comme ça. C’est une période où l’on devient un peu désillusionné, où l’on perd un peu le cap… Ce n’est pas que j’ai été découragé ou quoi que ce soit. Mais j’ai juste oublié cet objectif… Je devais être trop concentré sur ma crise d’adolescence ! (rires) Et puis c’est revenu, je ne sais pas trop ni comment ni pourquoi…

Qui écoutait-on chez toi quand tu étais gamin ?

Mes parents à la base ne sont pas très portés pour la musique… Ils ne sont pas trop aventuriers culturellement. Mon père, à la rigueur, était peut-être le plus enclin à écouter de la musique. C’était du disco comme Donna Summer… J’aime toujours d’ailleurs Donna ! Pour le reste, il y avait aussi un peu de chanson française, mais tout ça restait tout de même assez sage dans le fond.

Et toi ?

Étant un enfant très efféminé et fantaisiste, quand je suis venu en âge d’avoir la chance de pouvoir choisir ma musique, ce qui est arrivé tout de même assez tôt, j’ai écouté Boy George et toutes les stars du Top 40. Mariah Carey aussi… Après, mes goûts se sont développés. J’ai écouté pas mal de musique alternative. Dans les années 90, j’ai écouté vraiment de tout. J’ai écouté aussi du rap. Comme tu vois, mes influences sont nombreuses. Mais à la base, mes parents ne m’ont pas encouragé à écouter quoi que ce soit de plus recherché. Pas du tout. Tout ça était très loin d’eux. J’ai tout découvert par moi-même.

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Tu t’es forgé ta propre culture musicale, en fait.

Tout à fait. Mais je pense que mes parents ne comprennent pas du tout la musique. Surtout ma mère. Elle ne comprend pas du tout la musique que je fais en tout cas. Elle ne comprend pas mes références. On a eu un gros différent sur un titre qui s’était retrouvé sur mon premier EP, celui de « Jef & The Holograms » qui s’appelait « Dirty Mother ». C’est une longue métaphore qui raconte l’histoire d’une aventure incestueuse que j’aurais eue avec ma mère. C’est un peu une fantaisie d’horreur comme Alice Cooper aurait pu chanter. J’ai essayé de lui expliquer que c’était une métaphore. Mais elle n’a pas compris. Tout ça pour te dire que la musique que je fais aujourd’hui  n’est pas dans ses cordes. Quand j’ai écrit « Cocaïne Love », elle a cru que je faisais l’apologie de la cocaïne, alors que ce n’est pas ça du tout. C’est une chanson très douce, une chanson d’amour. Je ne pense pas que mes parents comprennent vraiment ce que je fais…

C’est quelque chose qui te rend malheureux qu’ils ne comprennent pas ta musique et tes chansons ?

Non, ça ne me rend pas malheureux. (rires) Je suis tout de même assez heureux dans ma vie. De toute façon, je pense que si une personne était parfaitement comprise par ses parents, ce ne serait pas normal. Ne pas être compris par ses parents à 100%, c’est normal. On a nos différences, mais on essaye de vivre avec, dans la tolérance et le respect mutuel…

J’aimerais juste te poser une dernière question sur ton nom de scène, Jef Barbara. Pourquoi as-tu choisi ce pseudo ? En hommage à Barbara ?

Non. C’est très simple en fait. Jef, c’est mon vrai prénom et Barbara, je trouvais que c’était glam, que ça sonnait bien. Je sais que ma bio fait référence à la chanteuse Barbara, mais ça n’a absolument rien à voir. On pourrait également penser à Barbra Streisand, mais ça n’a rien à voir non plus. C’est juste Barbara, parce que ça sonne bien. En fait, j’ai trouvé le nom de Jef Barbara sur internet, Jef avec un seul f. Je n’en suis pas certain, mais je pense que c’est le nom d’un acteur de soap néerlandais ou en tout cas le nom d’un personnage de soap néerlandais. Je trouvais ça cool…

Propos recueillis par IdolesMag le 19 décembre 2011.








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