Interview de Laura Mayne

Propos recueillis par IdolesMag.com le 23/01/2012. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.



Laura Mayne © Youri Lenquette

Après 10 ans d’absence discographique, Laura Mayne revient sur le devant de la scène. Elle vient de sortir un EP de cinq titres saisissant, « Native Song Book Volume 1 » reprenant 4 titres de Native et une reprise de Faith Hill, piano-voix. Au cours de notre entretien, Laura nous expliquera comment et pourquoi elle a choisi ces quatre titres dans le répertoire de Native, et cette reprise de Faith Hill, qui est un peu à la base du projet. Elle nous parlera également de ses autres projets : un spectacle au Bus Palladium le 14 février et un au new Morning le 30 mai, une tournée, et un nouvel album électrique, « Seule et sans arme », prévu dans le courant de l’année. Rencontre avec une artiste qui a (enfin) compris qu’il était grand temps qu’elle revienne nous enchanter avec sa magnifique voix…

IdolesMag : Votre dernier album en date est sorti en 2002. Qu’est-ce qui vous a poussée à revenir sur le devant de la scène après 10 ans ?

Laura Mayne : J’ai fait quelques rencontres pendant ces dix dernières années. Et en particulier, il y en a une qui m’a beaucoup marquée, c’est celle de Franka Berger, la sœur de Michel Berger, que j’ai croisée à l’occasion d’un déjeuner. Il y avait un piano chez notre hôte et elle m’a demandé de lui chanter une chanson. Je lui ai donc chanté « Let me let go », qui figure sur le EP. Et elle m’a alors demandé ce que je faisais et ce que j’enregistrais en ce moment. Je lui ai dit que je n’avais pas de projet précis. J’avais arrêté et puis voilà. Elle est presque rentrée dans une forme de colère en me disant que je n’avais pas le droit de rester comme ça sans enregistrer, que j’avais une très belle voix et que je n’avais pas le droit de ne plus chanter… (rires) Elle m’a demandé pourquoi je m’étais arrêtée et je n’ai pas eu de réponse valable à lui donner en fait… Cette discussion m’a beaucoup fait travailler. Là, j’ai beaucoup réfléchi et puis, je me suis dit qu’à quelqu’un comme elle qui est issue d’une grande famille de musiciens dont Michel Berger, je ne pouvais pas ne pas lui répondre.  Donc, j’ai commencé à y travailler et à y réfléchir. Et petit à petit, les projets sont nés, les chansons et l’inspiration sont revenues. Tout est revenu, en fait.

Vous êtes seule aux manettes aujourd’hui. Pourquoi revenir avec un EP intitulé « Native Song Book » ?

Si « Native » est dans le titre, c’est tout simplement pour resituer d’où viennent ces chansons. Ce sont des chansons que j’ai écrites paroles et musique ou co-écrites. Donc, pour moi, c’était une façon de resituer mon travail en tant qu’auteure/compositeur et ensuite comme interprète, mais d’abord comme auteure/compositeur. Et c’était une manière aussi, de façon tout à fait simple et sans grandiloquence aucune, de faire en sorte que le public puisse me resituer. Pour moi, Native, fait partie de mes racines et de mon patrimoine. C’est quelque chose qui est très important pour moi et qui fait partie de ma vie. Et donc, c’était important pour moi de faire en sorte que les gens comprennent que je ne venais pas de nulle part. Au contraire, qu’ils comprennent qu’il y avait énormément de disques vendus, qu’il y avait énormément de chansons qui avaient marché, et que finalement, il y avait une légitimité à revenir. Il y a quelque chose de très important à comprendre dans ma démarche, c’est qu’elle n’est qu’artistique. Evidemment, c’est mon métier et je gagne ma vie avec, mais si j’avais voulu bien gagner ma vie pendant ces dix dernières années, j’aurais fait comme d’autres artistes ou d’autres personnalités, j’aurais été juré dans des émissions de télé-réalité, j’aurais proposé des compilations ou des albums avec des projets aussi improbables les uns que les autres. Mais non. Je n’avais rien à dire et je me suis débrouillée pour vivre sans proposer des projets qui étaient loin de réellement ce que j’étais artistiquement. Je pense qu’on peut me féliciter de ça, parce que la tentation est toujours très grande d’aller chercher très facilement l’argent là où il se trouve. Ça n’a pas été mon cas. Je me suis focalisée uniquement sur les chansons que j’ai écrites et que j’ai composées. Les chansons qui m’ont réellement apporté quelque chose dans ma vie.

Ce « Native Song Book » est le volume 1, ça annonce une suite…

Voilà. Il y en aura d’autres. C’est une façon de remettre en lumière et en avant petit à petit les chansons que j’ai écrites et qui ont été importantes pour moi.

Laura Mayne, Native Song Book Volume 1C’était un souhait de départ de faire du piano-voix ?

Je me suis dit que le piano-voix, pour moi, était la meilleure façon également de montrer les facettes de mon talent en quelques sortes. J’aurais pu très bien me cacher derrière des arrangements et faire un projet électrique, mais je n’en voulais pas pour cette série de « Native Song Book ». C’est ce que j’ai fait par ailleurs pour le prochain album studio, mais s’agissant des chansons et de mon travail d’auteure/compositeur, je me suis dit que ce serait intéressant de les présenter piano-voix. Évidemment, pendant toutes ces années, je n’ai pas beaucoup chanté, je ne suis pas montée sur scène, mais j’ai chanté chez moi à la maison. J’ai tout de même travaillé ma voix et mon piano également. La forme que prend le « Native Song Book Volume 1 » est en droite ligne avec la façon dont je travaille à la maison. Quand vous écoutez cet EP, vous pouvez vous dire que c’est ainsi que je travaille à la maison. Je me mets à mon piano et je fais tour à tour des chansons que j’ai écrites et que je travaille au niveau de la voix. Je travaille la couleur de ma voix, sa tessiture, tout ce qui est technique vocale, mais aussi technique de jeu.

Il y a quatre reprises du répertoire de Native. Comment avez-vous fait votre choix parmi toutes les chansons que vous avez écrites ? Étaient-ce celles auxquelles vous teniez le plus ?

Je crois que ce sont celles qui le plus naturellement sont venues à moi. C’est vrai que j’aurais pu prendre des chansons plus évidentes et plus connues comme « Si la vie demande ça » ou des choses comme ça. Je me disais que le plus important était de le faire sans pression aucune, et donc, de prendre tout de suite les premières chansons qui me venaient à l’esprit. Je pense d’ailleurs qu’elles sont le plus proches de ce que je ressens aujourd’hui. Elles sont encore d’actualité pour moi. Donc voilà, c’est pour ça que j’ai préféré prendre ces chansons dans un premier temps. C’est vrai que j’aurais pu en prendre d’autres, mais celles-ci se sont présentées à moi de façon plus évidente que les autres qui font partie du catalogue de chansons que j’ai écrites pour moi ou pour les autres.

On retrouve également cette reprise de la chanson de Faith Hil, « Let me let go », sans laquelle tout n’aurait peut-être pas redémarré…

Tout à fait. Il faut savoir que je suis une grande fan de Vince Gill. Et à l’époque, quand internet commençait vraiment à arriver dans nos vies, j’ai été chercher plein d’informations sur lui. Et je suis tombée sur ce duo qu’il avait fait en 99 avec Faith Hill. J’ai complètement craqué sur cette chanson, et en particulier sur le contre chant que fait Vince Gill dans cette chanson. Et puis surtout, j’aime beaucoup la musique country et la country pop, et évidemment, j’aime beaucoup Faith Hill. Cette chanson me touche beaucoup parce qu’elle correspond également à ce que je vis : la séparation d’avec quelqu’un qui reste quand même présent dans votre cœur et votre esprit. Et malgré cela, vous n’êtes plus avec cette personne. Cette chanson, c’est un peu un dialogue avec cette personne. Et je me suis dit que pour clôturer ce mini-album, c’était la meilleure idée.

Avez-vous déjà une idée précise de la date de sortie du volume 2 ?

J’ai une idée assez précise des prochaines chansons qui figureront sur le EP volume 2. En revanche, je ne peux rien déflorer pour l’instant !

Sur votre site web, vous avez posté le clip de « Inside my love », qui donne littéralement le frisson. Va-t-il figurer sur un prochain volume de « Native Song Book » ou bien sur votre album solo ?

Il devrait figurer sur l’album électrique, mon prochain album. Il devrait sortir dans le courant de l’année.

Ce nouvel album s’appellera « Seule et sans arme ».

Tout à fait.

Sortira-t-il en parallèle des « Native Song Book » ou bien après ?

Pour moi, c’est après et à part en même temps !  Les « Native Song Book » sont l’occasion de pouvoir sillonner un peu toute la France seule à mon piano et éventuellement avec deux choristes pour aller plus au fond du travail vocal et des arrangements vocaux qu’on faisait pour le projet Native. Pour moi, c’est l’occasion de me présenter et de me remettre en lumière vis-à-vis du public. C’est en droite ligne avec la démarche de cet EP. Par contre ce sera un projet à part. Je ne pense pas qu’il aura la même répercussion qu’un single beaucoup plus pop comme celui que je suis en train de préparer sur « Seule et sans arme », qui aura une couleur musicale et une tonalité complètement différentes. Et d’ailleurs, beaucoup de journalistes de la presse spécialisée jazz me contactent parce qu’ils sont très intéressés par le projet. Donc, pour moi, par rapport à tous les médias généralistes, ce sont des choses complètement différentes et parallèles en même temps.

On vient de parler de « Inside My Love » qui figurera sur « Seule et sans arme ». Le reste de l’album sera-t-il en anglais ou en français ?

Ma langue préférée, c’est le français. Donc cet album sera entièrement en français. Il n’y aura que cette reprise de Minnie Riperton en anglais.

Écrivez-vous et composez-vous beaucoup en règle générale ou bien avez-vous besoin d’un but précis, d’un moteur ?

Il faut que j’aie un but, j’ai besoin d’avoir un moteur. Le moteur, ça va être la motivation de monter sur scène, de mettre ensemble plusieurs idées ou plusieurs chansons ou un concept visuel. Je travaille à la maison à mon piano tout le temps, mais pas forcément à composer des chansons. Je chante énormément, sans forcément composer. Parfois, bien évidemment, sans avoir un projet, il peut m’arriver d’avoir des idées de chansons ou de textes. Dans ces cas-là, quand ça vient à moi naturellement, je vais au bout de la composition. Mais la plupart du temps, j’ai vraiment besoin de travailler dans un cadre très précis. J’aime quand les choses sont déterminées. Ça me permet d‘aller jusqu’au bout de ma démarche et de mon travail.

Vous aimez avoir un but, une échéance.

Exactement. C’est une bonne pression d’ailleurs !

Laura Mayne © Youri Lenquette

Le « Native Song Book Volume 1 » est sorti dans un premier temps en digital. Il vient de voir le jour en édition physique. J’imagine que musicienne comme vous l’êtes, c’est tout de même beaucoup plus jouissif d’avoir un vrai album plutôt qu’un simple MP3…

Ah oui ! Vous pouvez le dire ! (rires) C’est vrai que c’est plus joli, parce qu’on a pu enfin s’exprimer au niveau des personnes qu’on a voulu remercier. C’est aussi important de pouvoir donner le nom des auteurs, des compositeurs et des éditeurs. Parce que c’est un travail d’équipe en fait que d’écrire des chansons et de faire en sorte qu’elles deviennent connues. Et comme ce sont des chansons qui ont déjà été enregistrées, c’était important de pouvoir livrer toutes ces informations-là au public. Et seule la version physique permet de véhiculer ces informations-là. Au contraire de la version digitale qui est limitée…

Et la qualité n’est pas toujours au rendez-vous en mp3.

Pas toujours, mais ça reste tout de même assez fidèle au travail d’origine.

Avant d’évoquer la scène, j’aimerais revenir sur quelques points de votre parcours. Aviez-vous des idoles quand vous étiez ado ?

(rires) En tout premier, il y avait Police. J’aimais énormément Police. Je disais tout à fait naïvement que Police était ma religion et Sting mon dieu ! Je n’arrêtais pas de parler de Police, j’ai acheté tous les albums dès le début. Tout le monde à la maison savait que Police était ma chasse gardée. Vraiment, je collectionnais tout, tous les articles, j’achetais chaque single (j’ai tout gardé d’ailleurs !), tous les albums. Je scrutais les albums, je les rescrutais, je connais les livrets par cœur. J’imaginais les enregistrements en regardant les documentaires… Il y avait notamment un documentaire sur leur première tournée au Japon, qui était extraordinaire. Police fait partie de mes premières idoles. La deuxième, je dirais de c’est Captain Beefheart. C’est la toute première claque artistique que j’ai prise sans vraiment en comprendre toute la portée et toute l’importance. Je l’ai compris quand j’ai commencé mes études musicales à partir de l’âge de 7 ans. Et puis aussi après, quand j’ai compris la langue anglaise. C’est arrivé très tôt puisqu’on a commencé à le parler vers l’âge de huit ans. Captain Beefheart, avec son album « Save as Milk », je l’ai découvert quelques années après sa sortie. Je devais avoir cinq ans. Ça a été un moment absolument incroyable. Et puis, en troisième position, je vous dirai Barbra Streisand. Parce qu’elle a une carrière extraordinaire autant discographique que cinématographique. C’est une interprète absolument incroyable qui a commencé sa carrière au début des années 60. Tout le travail qu’elle a fait avec Michel Legrand en particulier m’émeut. J’en suis complètement admirative. Je vais d’ailleurs voir ce soir Michel Legrand au Théâtre du Châtelet. J’attends ça avec impatience parce que je sais qu’il va certainement jouer une des chansons qu’il a écrites pour Barbra.

Avez-vous rapidement voulu faire de la musique ? Ou bien sont-ce vos parents qui vous ont un peu poussée ? Parce que vous étiez très jeune tout de même quand vous avez commencé vos études musicales…

En fait, mon père m’a proposé, lorsque j’avais 5 ans, de faire du piano. Avant de lui répondre, dans ma tête, je me suis dit que c’était génial parce que si j’apprenais le piano, j’aurais un grand piano à queue… Je trouvais ça génial, avoir un grand piano noir comme ça dans le salon, je trouvais ça majestueux. J’ai donc accepté. Malheureusement, j’ai eu un piano droit, un piano d’études ! (rires) J’ai dû attendre très très très longtemps avant de pouvoir m’offrir un piano à queue. Celui-là même d’ailleurs sur lequel j’ai enregistré le « Native Song Book Volume 1 » et entre autres aussi « Boogie Wonderland » de Native. J’ai donc dû attendre !! Mais effectivement, c’est mon père qui me l’a proposé au départ. J’ai dû faire deux ans de solfège avant de commencer l’instrument au conservatoire national du Raincy. Et puis, voilà, ça a duré 10 ans, 10 ans de conservatoire.

Et vous avez commencé à chanter quand ?

C’est arrivé beaucoup plus tard. Au moment où je terminais le conservatoire, mon frère avait monté son groupe et j’aimais beaucoup chanter à la maison. Mon père avait décelé ça chez moi. Il me donnait des textes de chansons et pendant que lui jouait, il me demandait de chanter la mélodie. Et je voyais toujours son sourire émerveillé… Mais ça je ne l’ai compris qu’il n’y a peut-être qu’un an ou deux. Ça m’est revenu à ce moment-là. Je me suis posée tant de questions ! À quel moment l’idée de chanter a-t-elle germé ? Je pense que ça date de cette époque. Après, je pense que le moment où je me suis vraiment projetée en tant que chanteuse, ça doit être aux alentours de mes 15 ans. Je me souviens que je faisais du baby-sitting et que je me suis vue très clairement sur scène, sur la scène de l’Olympia. C’est une image dont je suis certaine. Je me souviens d’ailleurs d’avoir raconté cette anecdote à mon frère à l’époque. Il s’est moqué de moi et m’a dit que je délirais. Et il se trouve que lorsque ma sœur et moi avec Native avons fait notre dernier Olympia, le 30 novembre 1998, j’ai proposé à mon frère de venir faire les guitares avec nous sur scène. Et à la fin du concert, j’ai fait mon petit spitch et en prenant mon frère à témoin, devant les gens qui étaient là, je lui ai demandé s’il se souvenait de ce jour où j’avais eu cette vision et que je lui ai dit que je m’étais vue sur la scène de l’Olympia… Il m’a dit qu’il s’en souvenait. Tout le monde était mort de rire !

Cette semaine, vous êtes remontée sur la scène de l’Olympia.

Tout à fait. En première partie de Boyz II Men. Ils ont gentiment accepté que je fasse leur première partie. Ça a été un moment incroyable seule avec mon piano. C’était extraordinaire.

Vous me parlez de scène… Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de vrai album live de Native ? Il y a eu un petit 6 titres, « Nat(l)ive », mais rien de plus. Était-ce un choix de votre part ou de la maison de disques ?

C’est la maison de disques qui n’a jamais voulu.

Ce n’était donc pas un choix de votre part.

Ah non. Bien au contraire. On avait même proposé en 1998 à BMG de filmer les concerts et de faire un vrai CD DVD live, une vraie captation live. Mais ils ne l’ont pas souhaité. Voilà.

Laura Mayne © Youri Lenquette

On ne va pas revenir sur toute l’aventure Native, ce serait trop long, mais pourquoi avez-vous brusquement arrêté tout en plein succès ? Que s’est-il passé ?

Ça a été très douloureux la fin de Native. Mais la bonne nouvelle c’est qu’on ne s’est pas arrêtées sur un non-succès. Donc, ça déjà, c’est très important. Effectivement, nous avions des divergences artistiques avec ma sœur et aussi, et surtout, des divergences au niveau des plans de carrière. Moi, j’avais vraiment envie de continuer sur cette lancée. Il y avait Gérard Louvin et Michel Legrand qui nous ont proposé de jouer les « Demoiselles de Rochefort » courant 2000. Ma sœur a refusé. Ça aurait été une expérience extraordinaire que de pouvoir le faire. Parce qu’après les sœurs Dorléac, les sœurs Mayne auraient pu créer une nouvelle version de cette comédie musicale. Mais Chris n’a pas souhaité le faire. Il y avait également Dominique Cantien qui nous avait proposé d’avoir notre propre show télé. Ma sœur a encore une fois refusé. On s’est rendu compte qu’on n’était plus du tout sur la même longueur d’ondes. Donc, on s’est séparées.

Ça a été brutal.

Tout à fait. Du jour au lendemain, on a tout arrêté.

J’aimerais encore parler de ce qui s’est passé ces dernières années, où on vous a beaucoup moins vue… Vous avez joué au cinéma. Et notamment dans « And Now Ladies and Gentlemen » de Lelouch. Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience et est-ce quelque chose que vous aimeriez refaire ?

Ah oui, j’adorerais le refaire ! Je dirais que mon plus beau souvenir, ce sont les séances de studio en Belgique à ICP avec Michel Legrand, puisque c’était un film musical. Ce sont 48 heures que j’ai passées à ses côtés à enregistrer, à parler de musique. C’était extraordinaire. Michel m’a vivement recommandée auprès de Claude pour que j’obtienne le rôle de Jane. Et pour moi, ça a été un honneur incroyable. J’étais dans mes petits souliers, je tremblais de partout. C’était vraiment extraordinaire cette expérience. Je crois que plus que le jeu, où j’étais mortifiée et je ne me trouvais pas bien du tout, pour moi le plus beau moment, ça a été le moment de l’enregistrement.

C’est donc une expérience que vous retenteriez ? Souvent, les artistes trouvent que c’est long d’attendre pendant le tournage…

J’ai l’habitude de ce genre de choses, même si je n’ai tourné que dans deux longs métrages. J’ai eu une expérience avec mon ex-mari qui a une société de vidéo-production. Donc, j’ai l’habitude de la longueur des tournages et du temps qu’on y passe, même s’il s’agit de clips ou de publicités. Mais moi, je crois que ce qui me motive, c’est le résultat. Si je me dis que le résultat peut vraiment être très bien et peut donner quelque chose, c’est une motivation suffisante. Toute la période d’attente n’est pas importante. Et puis, vous savez, quand je pense aux dix ans qui viennent de s’écouler avant de refaire un disque… je me dis que j’ai appris ce qu’était la patience ! (rires)

Vous avez co-réalisé le clip des « Peoples » de Marianne James et réalisé quelques documentaires (Céline Dion, Garou, Yanick Noah, Shazz). Le travail de l’image et la réalisation vous attiraient-ils depuis longtemps ?

Beaucoup, oui. Tout ce qui concernait l’image et les projets de clips, nous les travaillions ensemble avec mon ex-époux, Didier Kerbrat. Par la suite, j’ai eu cette opportunité de réaliser des documentaires et des interviews d’artistes, et ça m’a tout de suite plu. Par exemple, pour garou, je suis partie à Montréal une semaine. Je suis partie deux fois pour réaliser des documentaires avec Céline Dion. J’ai d’ailleurs réalisé « Et si Céline m’était contée » qui figure sur sa compile. J’ai eu l’occasion de la voir à Montréal et à Las Vegas, et de parler en tête à tête avec elle. Tous ces moments d’interviews, de réalisation et de montage ensuite, m’ont vraiment fait aimer ce métier de l’image. Donc, lorsqu’il a été question de réaliser le clip de Marianne James, j’ai trouvé ça très excitant. Ça a été ma seule expérience d’ailleurs puisque tout de suite après, je me suis remise à travailler sur mes chansons. Et là, je me suis dit qu’il fallait que je me focalise sur la musique. Mais j’ai bien aimé cette expérience de travail de l’image.

Vous serez sur la scène du bus Palladium le 14 février prochain et sur celle du New Morning le 30 mai. Quel est votre rapport à la scène ? Est-ce vital ou plutôt la cerise sur le gâteau ?

C’est vital. Mais c’est aussi la cerise sur le gâteau ! (rires) Mais vous savez, c’est tellement naturel. Mon travail s’exprime et prend tout son sens une fois que je suis sur scène. L’interaction avec le public est essentielle. En plus, j’aime bien donner quelques clés sur les chansons avant de les chanter, sans partir dans des explications de texte, parce qu’il se suffit à lui-même. Mais j’aime énormément monter sur scène. J’adore ça. Plus je chante sur scène, plus je peux durer longtemps. Certains interprètes se fatiguent la voix, mais moi, au contraire, plus je chante, plus j’ai envie de chanter. Ça, c’est une très bonne chose. Et puis, il n’y a rien de tel que de se retrouver les yeux dans les yeux avec son public. On donne du plaisir sur scène, et on en reçoit. C’est interactif. C’est un échange. Si je peux remonter sur scène, et le plus possible… ce serait incroyable ! J’en serai très heureuse en tout cas.

Que va-t-il se passer ? Quelle formation allez-vous avoir ?

Il va y avoir une partie piano-voix, c’est sûr, et une autre plus classique avec basse, batterie, guitare, clavier et chœurs. Mais on est en train de réfléchir à une tournée annexe qui ne serait que piano-voix cette fois-ci.

Qu’allez-vous chanter ? Un mélange des nouvelles chansons et des anciennes je suppose.

Tout à fait. Il y aura les nouvelles chansons et bien évidemment celles que j’ai écrites pour Native, que ce soit « Tu planes sur moi », « Si la vie demande ça », etc… J’adore « Il y a longtemps », il faut absolument que je la refasse celle-là. Ce sera l’occasion aussi de redécouvrir certaines chansons qui n’ont pas été trop connues à l’époque.

Laura Mayne - DR

On a assez peu parlé de votre voix dans le fond au cours de cette interview. La travaillez-vous beaucoup ?

Je la travaille beaucoup. En particulier, le souffle. J’en parlais justement il y a quelques semaines avec Bruno Pelletier. Et il pense la même chose que moi, ni plus ni moins. Il faut faire beaucoup de sport, beaucoup de muscu, boire énormément d’eau pour éliminer les toxines, faire quelques vocalises, bien évidemment. Mais plus que de faire des vocalises, il faut chanter. Le plus possible et en toutes circonstances. Et c’est tout. Et bien entendu, il faut respirer correctement ! Il faut une respiration abdominale et pas au niveau de la poitrine. Voilà. C’est tout. C’est le minimum à faire pour faire en sorte de garder une voix pleine, entière et performante. Après, il y a le talent, bien évidemment. Et la capacité à prendre du recul et a savoir choisir le répertoire qu’on interprète. Il faut savoir choisir les chansons qui vont mettre votre voix en valeur. Une chanson, c’est comme un habit, elle vous va ou elle ne vous va pas. Certains sont capables de chanter tout et n’importe quoi, mais ils ne sont pas nombreux. Il est important de choisir une chanson pour qu’elle sonne le mieux possible avec votre voix.

Vous revenez sur le devant de la scène en tant que chanteuse. Comment le vivez-vous ? Êtes-vous pleinement heureuse ?

Je peux dire vraiment avec beaucoup d’émotion que je suis extrêmement heureuse de revenir. Ça fait depuis 2006 que j’y travaille. Ce n’est pas comme si j’avais décidé de revenir du jour au lendemain. Je me suis dit que pour revenir, il fallait absolument que je travaille. Je voulais des chansons qui me permettent de proposer quelque chose de vraiment intéressant au public. Pour moi, l’idée de revenir, c’était un rêve. J’ai beaucoup douté, j’ai beaucoup tergiversé, j’ai beaucoup réfléchi. J’ai rencontré des personnes qui m’ont énormément motivée, énormément portée. J’ai également rencontré des personnes qui m’ont énormément démotivée et sapé le moral. Mais ça fait partie de l’histoire. Et c’est bien. La motivation, elle est personnelle et elle s’est construite petit à petit. Ce n’est pas une décision que j’ai prise à la légère. Au fur et à mesure que j’avançais, que je rencontrais du monde pour la production du disque, pour la distribution, etc… il y a beaucoup d’étapes à franchir avant d’arriver au public… Il y a des personnes qui étaient là au premier jour en 2006 et qui sont toujours là, d’autres sont mortes… C’est la vie. En 6 ans, on voit certaines personnes disparaître et ça renforce. Je suis très fière et très heureuse d’avoir pu sortir ce « Native Song Book Volume1 » parce qu’il est à l’image de ce que je suis, le plus simplement possible. Je me présente au public avec des chansons qui me tiennent énormément à cœur sans penser une seule seconde marketing. La seule idée marketing, c’est de faire en sorte que les gens me resituent. À part ça, je suis derrière tout. C’est moi qui ai produit ce disque, c’est moi qui ai pris les décisions. Je l’ai fait au moment où je me suis sentie prête.

Propos recueillis par IdolesMag le 23 janvier 2012.

-> Site officiel : http://www.lauramayne.com/






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