Anna Aaron vient de sortir son premier album, « Dogs in Spirit », un album vraiment étonnant quasi mystique qui nous a beaucoup plu. Nous avons donc voulu en savoir un peu plus sur cette jeune artiste qui vit actuellement à Bâle en Suisse. Au cours de notre entretien, Anna nous expliquera son rapport à la musique et aux images que peut suggérer cette musique. Nous évoquerons également sa collaboration avec le trompettiste de jazz Erik Truffaz, ainsi que son parcours. Rencontre avec une artiste un peu étrange, mais sincère. IdolesMag : Depuis quand travaillez-vous sur cet album? Qu’est-ce qui a donné le déclic ? Anna Aaron : Ça a commencé il y a deux ans. J’ai commencé à écrire des nouveaux morceaux. Et avec le temps, j’ai eu une vision plus complète de l’album, de ce qu’il allait devenir. Au début, c’étaient des chansons comme ça, elles n’avaient pas de contexte. Mais avec le temps, j’ai mis de l’ordre et j’ai vu progressivement naître cet album, dans son intégralité, son entité.
Pendant le travail, j’ai senti vraiment une sensation de faiblesse et de vulnérabilité. Je n’arrivais pas concrètement à projeter mes envies dans mes chansons. C’est un grand challenge de faire de la musique d’une façon précise. Donc, « Dogs in Spririt », ça vient de là. Il y a une phrase dans la bible qui résume bien ceci : « Blessed are the poor in spirit », en français « Heureux soient les simples d’esprit ». Ça veut dire que dans le fond si tu es faible, en fait, tu es fort. La faiblesse est notre force. Ce n’est pas ce qu’on pense communément être la force qui l’est réellement. On est beau, on est fort, on est jeune, on a de la puissance, mais ce n’est pas là que se trouve notre réelle force. Cette phrase dit que la vraie force, c’est l’inverse. Bien entendu, on ne voit pas directement la force dans la faiblesse, ce n’est pas la première chose qu’on remarque, mais elle est pourtant bien là, la vraie force. Quand on écoute l’album, il y a une dimension quasi mystique sur certains titres. Je pense notamment à « King of the Dogs » ou « Fire Over The Forbidden Mountain ». Est-ce un effet que vous avez recherché dans l’écriture et la composition des chansons, ou est-ce quelque chose qui s’est dégagé après coup ? Ça vient de mon enfance, sans aucun doute, parce que j’ai grandi dans une ambiance très religieuse. [Ses parents étaient missionnaires]. Même si je ne vis plus dans cette ambiance aujourd’hui, je pense que ça restera toujours en moi, dans ma tête, dans ma manière de penser. Écrire de la poésie vient aussi de mon enfance. Écrivez-vous et composez-vous beaucoup ? Êtes-vous une artiste prolifique ? Pour le moment, je suis en tournée, et c’est très difficile pour moi de composer. Par contre quand je suis chez moi, j’écris beaucoup. Je travaille beaucoup avec Erik Truffaz et mon groupe. Je vais aussi souvent à Lausanne faire des répétitions, parce que mon groupe vit là-bas. Pourquoi avez-vous voulu travailler avec eux ? Parce que ma maison de disques est basée à Lausanne et qu’ils m’ont proposé ces trois personnes qui ont à peu près mon âge. Ça s’est très bien passé avec eux, et j’ai d’ailleurs décidé d’apprendre le français !
Nous faisons partie de la même famille d’artistes. Mon manager s’occupe d’ailleurs aussi d’Erik. Le producteur du disque, Marcello Giuliani, joue également dans le « Erik Truffaz Quartet ». Nous nous sommes donc rencontrés naturellement. On travaille un peu comme des amis. Le piano se dégage beaucoup de vos chansons. J’imagine que vous composez au piano. Oui. Peut-on dire que c’est votre instrument de prédilection ? Oui. J’ai pris des cours dès mes onze ans. C’est le seul instrument dont je joue.
Si vous deviez me définir en quelques mots votre album « Dogs in Spirit », que me diriez-vous ? C’est difficile de vous répondre. C’est toujours la question à laquelle je ne trouve pas de réponse. Vous, les journalistes, me le demandez souvent, mais même avec des disques d’autres artistes, je ne pourrais pas vous donner de réponse non plus. Vous avez sorti un 33 tours de l’album alors que vous êtes plutôt de la génération mp3. Êtes-vous attachée au support physique ? Oui. J’adore le vinyle, je n’achète que des vinyles en fait. Je ne télécharge pas, je n’écoute que des vinyles. Ce n’est pas très pratique, mais bon…
C’est un photographe qui vient de Lausanne, Germinal Roaux. Il ne fait que du noir et blanc. Il est justement à Paris en ce moment car il a un projet de film en noir et blanc. Il veut le faire depuis longtemps. Pour la pochette, on a travaillé ensemble sur le maquillage. On voulait un maquillage un peu tribal quelque part. Après, il a cherché tout un design pour arranger les lettres du titre. On a fait beaucoup d’images différentes, et au final on a choisi cette pochette-ci. C’est lui aussi qui a réalisé le clip de « Sea Monsters ». Exactement. Ce clip a une imagerie très forte : les loups, la nudité, la mort. J’ai l’impression que vous attachez beaucoup d’importance à l’imagerie qui accompagne la musique. Est-ce que je me trompe ? Non. Pas du tout. Le plus important pour moi, c’est que les paroles puissent évoquer des images. Par exemple le mot « lion », c’est un symbole. On pense tout de suite à la puissance, la noblesse ou un truc sauvage bien que ce mot puisse évoquer des choses très différentes d’une personne à l’autre. J’aime l’idée que la musique puisse créer des images. La musique parle elle aussi.
Aimez-vous la scène ? Vous y sentez-vous bien ? À l’époque j’avais des cours au piano et une ou deux fois par mois, mon prof de piano faisait des après-midi de démonstrations pendant lesquels on jouait pour les parents. On jouait pour montrer ce qu’on pouvait faire et ce qu’on savait faire, ce qu’on venait d’apprendre en somme. Et pour moi, c’est très important de ne pas faire ça aujourd’hui, de ne pas renvoyer cette image. Je ne vais pas sur scène dans l’idée de « C’est ma musique et je vais la jouer pour vous. Et vous, vous allez m’écouter ». Non. Je vais sur scène pour faire passer et partager des émotions particulières. C’est ce qui me motive. Vous aimez jouer vos chansons sur scène avant de les graver sur disque ? Oui. J’aime beaucoup. C’est très important pour moi, pour développer le morceau, et le connaître mieux aussi. On compose des morceaux à la maison, mais ils ne sont plus les mêmes quand on les joue sur scène. Ça crée une dynamique très différente de les jouer sur scène, et ça, on ne peut pas la trouver à la maison.
(rires) Des chants religieux, mais pas du gospel ou des choses comme ça. Vous avez vécu un peu partout dans le monde, en Angleterre, en Nouvelle-Zélande ou en Asie. D’avoir côtoyé des cultures aussi différentes vous apporte-t-il beaucoup dans votre musique ? Pour la musique, pas vraiment. Par contre, ça m’a beaucoup apporté à moi en tant que personne. J’ai rencontré des gens extrêmement pauvres. Je sais ce qu’est la pauvreté. À quel âge avez-vous commencé à écrire et composer des chansons ? Très jeune, mais ce n’étaient pas des chansons à l’époque, c’étaient plutôt des petites poésies. Composer, c’était assez naturel en fait pour moi. Je devais avoir 16 ans quand j’ai commencé à écrire un peu. Mais ce n’était pas encore grand-chose. C’était vraiment le début.
Quand est-ce que ça a vraiment pris forme ? En 2007. J’avais déjà écrit des chansons avant. Mais c’est vraiment en 2007 qu’est né le projet Anna Aaron.
Il ne faut pas vraiment y voir une signification. C’est juste un nom qui me plaisait. C’est plus facile pour moi de travailler sous un autre nom, je ne sais pas vraiment pourquoi.
Dans vos mélodies et arrangements, il y a quelque chose de très obsessionnel, voir hypnotique. Retrouvez-vous vos chansons dans cette description ? Oui. Je comprends ce que vous voulez dire. C’est ce genre de musique qui m’intéresse. Je suis très intéressée par toutes les sensations physiques que peut procurer la musique. La musique, c’est comme un rituel, c’est très hypnotique. En tout cas, je la vois comme ça. Propos recueillis par IdolesMag le 7 novembre 2011. -> Site officiel : http://www.annaaaron.com/ Tweet |
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