Interview de Helmut Fritz

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/12/2011.
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Helmut Fritz - DR

Helmut Fritz est de retour avec un single pour le moins étonnant : une reprise très personnelle du « Petit Papa Noël » de Tino Rossi. Claus, le père Noël, est un ami personnel d’Helmut, c’est d’ailleurs à lui qu’il avait déjà commandé son tube « Ça m’énerve » il y a deux ans (400 000 exemplaires). Claus travaille également avec les plus grands tubeurs internationaux, Helmut nous l’expliquera ! Hemut lui a donc commandé un hit pour début 2012 et un album est en préparation. Attention, rencontre « So Chic » avec  le dandy  allemand le plus déjanté qui est de retour avec la ferme intention de faire un nouveau massacre sur les dancefloors…

IdolesMag : Ton nouvel EP vient de sortir. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Helmut Fritz : écoute, je suis dans une dynamique un peu paradoxale. Je suis à la fois très heureux de faire cette proposition aux gens qui attendaient mon retour, une espèce de berceuse finalement très enfantine, très comptine pour Noël. Et en même temps, je suis moi-même très déstabilisé parce que je me rends compte à quel point j’ai déstabilisé mon public ! Je le vois dans les premiers retours… (rires) En même temps, je ne les ai pas vraiment trahis puisqu’il y a une version dancefloor qui suit ce petit clin d’œil à l’enfance. Je n’avais pas envie d’être là où on m’attendait et de revenir tout de suite avec un gros hit dancefloor. Celui-là, je vais le livrer fin janvier début février. En attendant, je voulais autre chose…

Que t’évoque Noël ?

J’ai une vraie nostalgie par rapport à Noël, une nostalgie sur l’enfance, sur l’ouverture des cadeaux, sur les sapins, etc…  J’avais envie de faire un petit clin d’œil aux gosses dans un univers un peu Walt Disney.

Ça surprend, on ne t’attendait pas du tout dans ce registre-là…

C’est vrai, c’est vrai… Tiens, tu as vu « Wall Street II » ?

Oui…

Eh bien Michael Douglas dit « Nous sommes tous multiples » ! Je trouve cette phrase magnifique. On doit pouvoir ne pas s’interdire de proposer des choses un peu différentes. Et encore une fois, c’est du nougat, Noël. C’est doux, c’est agréable, c’est douillet. J’avais envie de faire un truc comme ça…

Helmut Fritz, Petit Papa NoëlUn peu moins chez nous, mais en Amérique du Nord, tous les chanteurs veulent avoir leur chanson et leur album de Noël. Était-ce un de tes vieux fantasmes à toi aussi ?

Absolument. Et c’est très juste ce que tu dis, c’est moins dans la mentalité française. Alors que là-bas, Mariah Carey sort son tube de Noël, Justin Bieber et Michael Bubblé proposent également un album. Moi, j’avais envie de le faire depuis très longtemps. Je n’avais pas encore trouvé quel axe emprunter. Je n’avais pas du tout envie de faire un [Helmut chante] « Petit Papa Noël, quand tu descendras du ciel… » en criant. Je ne trouvais pas ça intéressant. Donc, je me suis longtemps demandé comment le faire et finalement, un ami guitariste qui joue très bien de la guitare classique m’a dit « faisons-le toi et moi au coin du feu, one shot, on se l’enregistre ». Et c’est ce qui s’est passé…

Pourquoi as-tu choisi « Petit Papa Noël » ? Parce qu’il existe une flopée de chansons de Noël…

C’est vrai ce que tu dis… Mais pour moi, c’est celle qui me fait le plus rêver. Le fait d’invoquer ce vieux monsieur qui vient à travers les nuages avec son traîneau… Je crois que c’est l’image la plus magique pour tous les enfants. La deuxième, ce sont les Galerie Lafayette Boulevard Haussmann ! (rires)  Mais la première, c’est vraiment celle du père Noël. Avant les vitrines des grands magasins, l’icône du Père Noël qui traverse les cumulus sur son traîneau, moi, c’est un truc qui m’a toujours fait rêver. Et moi, je prouve enfin à travers ce clip que Claus existe ! Donc, au moins, je ne brise pas le rêve de millions d’enfants qui  se disent finalement à l’âge de sept / huit qu’il n’existe pas. Tu vois bien que si !

« Ça m’énerve » était déjà une commande que tu avais passée au Père Noël ?

Je l’avais commandée mi-août 2008. Il me l’a livrée le 24 au pied de la cheminée. Je l’ai arrangée et elle est sortie trois mois plus tard. Donc, Claus a déjà été super sympa avec moi à l’époque.

C’est déjà une grande histoire entre vous deux tout de même…

Absolument, absolument… C’est un « long roman d’amitié » comme le diraient Glenn Medeiros et Elsa !

Tu n’as pas été vexé qu’il travaille un peu avec Lady Gaga entre temps ?

Ben non… Tu sais, ça coûte cher d’entretenir les rennes, de réparer le traîneau, de repeindre le chalet et tout ça… Tout est assez vétuste tout de même, ça a plus de deux siècles. Donc, c’est vrai qu’en travaillant avec les Américains, il prend des chèques un peu plus gros… (rires)

Sur le EP, il y a ta version du « Petit Papa Noël », tout mignon, tout doux, mais on retrouve aussi des grosses turbines à la Helmut Fritz. T’es-tu senti un peu obligé de mettre des titres avec du son bien lourd aussi ?

Pour te faire la genèse artistique de l’histoire, j’ai fait la première et ensuite, je me suis dit que ce serait bien, juste après [Helmut rechante] « Lève les bras en l’air… Dam Dam Dam », j’avais envie d’un truc qui parte et qui tape vraiment fort. Finalement, je me suis dit que reprendre le même début, ça sentait un peu trop la facilité, « faisons-le différemment. Faisons un autre début autour de Noël, mais différent ». Tu vois, là, c’est la thématique de l’émancipation, fini les majorettes, elle se lève, elle a envie de s’amuser. Si elle s’amuse et qu’elle quitte un univers un peu triste avec Simonette et ses blagues pas drôles et ses yeux qui tombent, c’est pour courir et aller s’éclater sur le dancefloor. Là, il fallait un truc de 130 bpm. Et d’autre part, c’est aussi un peu ma marque de fabrique…

Le EP est consacré à Noël. Noël c’est le 25 décembre… Après, ce sera un peu périmé, si je puis dire… Je suppose que tu travailles sur d’autres titres et un futur album.

Tout à fait. Il y aura un premier single qui arrivera fin janvier, début février, je n’ai pas encore de date exacte à te donner parce que tu vois, c’est un peu de l’artisanat tout ça… Et puis Claus, on l’a vu, n’est pas toujours très à l’heure…

Il faudra que tu le laisses se reposer un peu le pauvre!

Absolument ! Tu es perspicace toi ! (rires) Et donc, après ce single, il y aura l’album. Mais lui, il arrivera vraiment quand j’aurai terminé de le peaufiner. Je veux vraiment qu’il soit différent du premier, « En observation ». Je veux qu’il y ait des sons différents à l’intérieur. C’est une exclu que je te donne ! Je veux que la techno aille titiller le rock.

Va-t-il y avoir des titres plus acoustiques ?

Bonne question. Ça dépendra … Effectivement, sur l’écriture, j’ai des choses qui sont assez intimistes mais qui peuvent être racontées avec du gros son. Si l’envie me prend et si je ne me lasse pas moi-même de ces musiques douces, je me risquerai à nouveau vers des ballades ou des slows. Mais ce ne sera pas la majorité des tracks, évidemment.

À part Claus, avec qui vas-tu travailler ? Toujours Herr Konrad ?

Je retrouve effectivement mon vieux compère de toujours Herr Konrad avec qui j’ai fait mon premier album. Il est toujours dans la boucle. Il est d’ailleurs actuellement en Finlande, il file un coup de main à Claus sur des productions pour d’autres artistes, mais ça c’est confidentiel, je n’ai pas trop le droit d’en parler. On se retrouve. On a une recette qui fonctionne bien. Lui, il fait des sons très contemporains, très actuels. Moi, j’ai cette plume acerbe qu’on connaît. Et c’est vrai que le mélange de ça, ça donne du 100% !

Tu n’as pas peur de t’enfermer dans un style en retravaillant une nouvelle fois avec lui ?

Écoute, non. Herr Konrad est DJ. Et les DJ sont des gens qui évoluent en permanence. Ils sont tout le temps en train d’écouter ce qui se fait sur toutes les scènes mondiales. Un DJ, ça va à la « Miami Winter Music Conference », ça écoute la scène berlinoise, ça regarde ce qui se passe dans les pays du nord. Il n’y a rien de plus actuel qu’un DJ au niveau de ce qu’il peut proposer. Après, si je m’enfermais vraiment dans quelque chose, ce serait de ma faute. Ça voudrait dire que je suis en panne d’inspiration ou que j’ai une plume qui ralenti. Mais fais-moi confiance… ce n’est pas le cas !

Helmut Fritz - DR

Quels thèmes vas-tu aborder dans l’album ?

Les meilleurs surprises sont celles que l’on cache jusqu’à la fin. C’est un peu comme les cadeaux de Noël. Donc, si je te donne ça, ça voudrait dire que je déchire déjà un morceau du papier et que tu verrais la marque du jouet. À partir de ce moment-là, tu n’es même plus content d’ouvrir le carton ! Pour l’instant, j’ai vraiment envie de tenir ça au chaud parce que c’est un tout nouveau bébé pour moi. La seule chose que je peux te dire c’est que ce sera toujours dans le « name dropping » parce que j’adore ça. Et qu’aujourd’hui, nous sommes absolument conditionnés par les marques. Et ça, ça restera la patte d’écriture majeure. Et puis la target [cible] numéro 1, c’est la jeune fille de 20 ans qui remue le popotin sur le dancefloor… C’est elle qui va continuer à être la cible de mes remarques.

« Ça m’énerve », le single a fait un carton (plus de 400 000 exemplaires écoulés), « En observation », l’album, aussi (35 000 exemplaires). J’imagine que tu avais la pression pour ce retour…

Le plus sincèrement du monde, pas du tout, pas du tout ! Parce que personne ne s’attendait à ce que je revienne sur ce registre-là. Même à la maison de disques, je leur avais dit que je voulais faire un break, repartir en Allemagne. Ils ne savaient absolument pas si j’allais revenir, ni quand, ni sous quelle forme. Et quand je suis arrivé et que je leur ai parlé du truc, ça les a simplement fait sourire. On s’est dit « Lançons-nous dans l’aventure ! » mais pas du tout dans une optique marketing, de chiffres, ou tout simplement d’obligation de réitérer un succès. J’en suis moi-même le premier surpris d’ailleurs parce que la musique aujourd’hui ne va pas très bien et ça aurait pu être un objectif. Mais ce n’est pas du tout comme ça qu’on a travaillé. Je pense que si ça avait été le cas, on n’aurait pas eu un résultat aussi bon, sans mauvais orgueil. On n’aurait pas réussi à le faire si on l’avait fait vraiment sous pression en se disant qu’il fallait que ça ressemble à quelque chose d’incroyable. On l’a fait entre amis, petite équipe. Et je suis très content du résultat.

As-tu eu besoin de faire un break après ce premier succès ?

Ah oui !... Tu sais, quand tu sors de plus de 100 dates de tournée, que tu as voyagé, que tu as rencontré le public québécois, le public russe, le public suisse, le public belge… et que tu as fait toutes les boîtes de France, à un moment donné, tu ne sais plus trop où tu habites. Donc, il faut que tu te poses, que tu réalises ce qui t’est arrivé. Il faut que tu fasses d’autres choses. Il faut que tu ailles voir tes amis, il faut que tu fasses du sport, il faut que tu ailles te promener, il faut que tu voyages avec un but autre que celui de faire de la scène… Il faut te ressourcer. Tu nages dans les vagues, et après tu reviens !

T’es-tu éclaté pendant cette tournée ?

C’est peu de le dire ! Je crois qu’à partir du moment où pour la première fois de ta vie tu as mis le pied sur une scène, tu es complètement foutu pour le reste de ta vie. Tu ne peux pas faire d’autre métier… C’est d’ailleurs le truc le plus angoissant, parce que les carrières sont très courtes aujourd’hui. Donc, après, si je dois malheureusement quitter ce métier un jour, contraint et forcé, parce que les gens m’auront oublié, je ne sais pas trop ce que je vais pouvoir faire pour avoir le même taux d’adrénaline à part sauter d’un avion sans parachute… Et là, je n’aurai droit qu’à un essai !

Il va y avoir une tournée en 2012, je suppose.

Bien sûr. Là, on est reparti sur les chapeaux de roue du traîneau ! Mais avant de parler de tournée, il faut que l’album se vende. Il y a aussi malheureusement des impératifs économiques. Mais quoi qu’il arrive, je serai sur scène en 2012 !

J’aimerais en savoir un peu plus sur ton parcours, mon cher Helmut… As-tu rapidement été attiré par la musique ?

Très rapidement… même si j’ai commencé par le théâtre. J’ai commencé ça à l’âge de 8 ans. Et puis la musique est arrivée vers l’âge de 12/13 ans. Je me suis mis à former des groupes au collège et puis ensuite au lycée. Mais ce n’était pas un univers loufoque ni décalé au départ. C’était plus un univers rock. J’avais très envie de devenir Axel Rose bis, la rockstar dans toute sa splendeur. Mais il portait le cycliste un peu mieux que moi. Donc, je lui ai laissé la place et j’ai préféré le foulard de soie. J’ai préféré devenir, accroche-toi bien, je vais te livrer un jeu de mots en copyright, le « dandy Fric » ! (éclats de rires)

Le foulard de soie te va tout de même mieux. So chic !

Merci infiniment !

Helmut Fritz - DR

Qui étaient tes idoles quand tu étais ado ?

Quand j’étais ado, il y avait pas mal d’artistes que j’admirais. Mais ma première véritable idole a été donc ce monsieur, Axel Rose. Parce que quand j’ai découvert les « Guns’n’Roses », j’ai vu là la rock star dans toute sa splendeur, qui n’en avait rien à foutre de son look, qui donnait toute son énergie, qui transpirait, qui était tatoué de partout, qui en guise de bracelets avait des menottes. Il avait cette espèce de bandana énorme. Il mettait des kilts. Il était totalement improbable, et il ne faisait que des tubes. Je ne m’en suis toujours pas remis…

Étais-tu du genre à placarder les murs de ta chambre de posters ?

Bien sûr. Je me souviens d’ailleurs d’un superbe poster en feutrine, cette espèce de velours, avec le logo des « Guns’n’Roses ». J’avais accroché ça dans ma chambre, c’était énorme. Et quand je me couchais le soir, j’avais toujours les deux révolvers avec les roses autour. Je me disais que moi aussi un jour j’aurais un logo, je ferais de la scène et je ferais de la musique. Et aujourd’hui, j’ai un « HF » au-dessus de mon lit… et c’est celui qui est encadré avec mon disque de platine. Quelle transition ! Quelle histoire… Et c’est vrai en plus !

Aimerais-tu un jour faire un duo avec Ulrika von Glott ?

Bien sûr ! Pourquoi pas… Elle a une capacité pulmonaire totalement hors du commun… Ce serait bien que nous nous rencontrions et discutions de ça ensemble !

Amanda Lear, qui a signé avec un label allemand dans les années70, m’expliquait l’autre jour que les maisons de disques allemandes ne rigolaient pas avec le travail, qu’elles étaient très rigoureuses… Est-ce pour ça que tu es venu faire carrière en France ?

C’est une très bonne question ! En fait, moi, c’est un concours de circonstances qui m’a amené à signer en France puisque c’est ici que j’ai fait cette rencontre avec Herr Konrad, et puis plus tard avec Claus. Il était incognito dans une soirée « Ed Banger » et quand j’ai vu ce mec à barbe blanche discuter avec Pedro Winter [ancien manager des Daft Punk], j’ai compris qu’il se tramait quelque chose. Là Konrad m’a dit « C’est Claus ! ». À partir de là, on est devenus copains tous les trois et on a fait « Ça m’énerve ». Mais si j’avais dû signer en Allemagne, « Ça m’énerve » n’aurait certainement pas eu la même saveur parce que « Das Regt Mich », ce n’est pas tout à fait pareil… Donc, je suis très content d’avoir signé en France et je suis très content de pouvoir sévir sur les dancefloors français avec un public français, vraiment…

Et Helmut Fritz à l’Eurovision, tu y penses ?

Mais j’en rêve ! Là, tu mets le dois sur quelque chose… Helmut Fritz à l’Eurovision, ce serait géant ! Qu’ils m’appellent et j’y cours, j’y vole. Et s’ils ont peur que je sois en retard, je prendrai le traîneau de Claus et je serai « on time » ! Pas de soucis !

Propos recueillis par IdolesMag le 8 décembre 2011.









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