Interview de Alex Beaupain

Propos recueillis par IdolesMag.com le 29/11/2011.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.






Alex Beaupain © Antoine Le Grand

Alex Beaupain est actuellement en tournée. Son dernier album, « Pourquoi battait mon cœur », un peu moins sombre que les précédents, nous avait touchés. Depuis, il a sorti la bande originale du dernier film de Christophe Honoré, « Les Bien-Aimés » dans lequel il fait chanter Catherine Deneuve entre autres. C’est à lui que l’on doit également la musique de la pièce de théâtre de Fanny Ardant « L’Année de la pensée magique ». Il a écrit aussi une chanson sur le dernier album de Julien Clerc et reprend « L’absent » sur le tribute à Gilbert Bécaud sorti en fin d’année. Bref, Alex Beaupain aura été sur tous les fronts en 2011. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur ce chanteur qui a fait des chansons d’amour une spécialité…

IdolesMag : J’ai l’impression que ton dernier album « Pourquoi battait mon cœur » est un peu moins désabusé que les précédents. Es-tu d’accord avec moi ?

Alex Beaupain : Oui. Disons que sur les précédents, ça parlait beaucoup de deuil. Sur celui-ci personne ne meurt. C’est déjà ça. Et comme personne ne meurt… c’est déjà moins triste. J’avais aussi comme idée pour contrebalancer la mélancolie de certains textes, de faire attention à ce que mes musiques soient un peu plus rythmées, plus up-tempo comme on dit usuellement. En tout cas, un peu plus majeures ou solaires dans certains cas. Donc, c’est peut-être ça qui donne une tonalité un peu moins… triste au final.

Donc, le fait d’aller vers des sonorités plus électro et plus up tempo, c’était vraiment un postulat de départ.

Oui. J’ai longtemps défendu l’idée que je faisais de la chanson pop. Et pour moi, la définition de la chanson pop, c’est chanter légèrement des choses graves. Et en réécoutant mes albums, je me suis rendu compte que je chantais tristement des choses sordides. Donc, voilà… Sur cet album, il y avait cette idée d’amener une réelle dimension pop et d’aller vers une musique plus up-tempo, plus électro-pop, tout en chantant des choses tristes.

Tu fais un duo avec Camélia Jordana, « Avant la Haine ». Qu’est-ce qui t’a donné envie de reprendre cette chanson que tu avais écrite et qui était chantée par Romain Duris et Joanna Preiss dans le film  « Dans Paris » de Christophe Honoré. Et deuxièmement, qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec elle ?

Déjà, j’ai écouté son premier album quand il est sorti. Je vais être très honnête avec toi, je ne l’avais pas particulièrement repérée quand elle avait fait la « Nouvelle Star »… C’est une émission que je regardais tout de même de temps en temps. Mais quand son album est sorti, je ne me souvenais plus trop qu’elle sortait de là. Et pendant toute sa promo, elle a passé son temps à dire partout qu’elle aimait beaucoup le cinéma de Christophe Honoré, avec qui j’ai beaucoup travaillé. J’ai trouvé que nous avions une sorte de familiarité tous les deux. Je trouvais qu’il y avait donc un truc pas trop opportuniste à lui demander de reprendre cette chanson avec moi, vu que cette chanson figurait dans un film de Christophe. Quand je lui ai proposé, je l’ai entendue la chanter et quand je l’ai entendue la chanter, je me suis dit que ce serait idiot, si elle acceptait de la chanter, de ne pas la chanter avec elle, parce que je trouve qu’elle la chante très bien cette chanson.

Alex Beaupain, Pourquoi battait mon coeur« Au départ » fait un parallèle entre le sentiment amoureux et l’histoire de la gauche en France depuis l’élection de Mitterand en 1981. Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de marier ces deux idées ?

Je n’en sais rien à vrai dire… Je me suis rendu compte que je n’écrivais que des chansons d’amour, et donc ça je l’ai accepté, c’est très bien. J’en ai pris mon parti. Mais je me suis posé la question de savoir s’il était possible d’écrire autre chose que des chansons de couple ou de rupture. Et c’est ça qui m’a donné l’idée. C’est de me demander comment je pouvais, tout en écrivant une chanson d’amour, me dévoiler un peu plus et aborder un autre sujet. J’ai pensé à la politique, à un truc plus sociétal. C’est comme ça qu’est née cette chanson d’amour de gauche, en tout cas une chanson d’amour un peu plus politique. C’est vraiment ça l’idée : tout en restant une chanson d’amour, est-ce qu’elle ne peut pas être un peu plus ouverte ?

C’était donc l’idée de rester dans l’écriture de chansons d’amour, mais en allant tâtonner d’autres terrains.

Tout à fait. Mes précédents albums, que ce soit pour moi ou pour des films, étaient beaucoup sur la protection. Je trouvais ça intéressant, mais au bout d’un moment, on en a marre de soi et on a envie d’aller voir ce qu’il se passe à l’extérieur. C’est vrai aussi que ça reste une chanson d’amour, mais elle raconte parfois autre chose que mes petites histoires à moi.

Cette chanson a été reprise par Martine Aubry pour sa campagne aux primaires du parti socialiste et par François Hollande également. Ça ne t’a pas dérangé qu’ils la détournent à des fins politiques ? Même si elle parle de politique, bien évidemment…

Non. Pas du tout. Absolument pas. En plus c’est une chanson un peu désabusée sur la gauche. J’ai écrit ça, alors que je vote plutôt de ce côté-là. Donc après, aller faire sa danseuse en disant « Ah non, je ne veux pas qu’on utilise ma chanson, nananinanana… », j’aurais trouvé ça un peu… con ! Un peu hypocrite en tout cas. Après, je me refuse d’appartenir à un comité de soutien, j’ai pas ma carte au PS. Mais à partir du moment où ils me la demandent, j’accepte, il ne faut pas être hypocrite. Et je sais très bien ce qu’ils vont faire de la chanson.

« Sur toute la ligne » parle de sexe de manière très frontale. Vous êtes très peu de mecs à en parler aussi crûment dans vos chansons. Les filles en parlent plus facilement. Comment l’expliques-tu ?

C’est vrai. Mais je ne l’explique pas vraiment… Il y a peut-être une espèce de pudeur plus grande chez les garçons sur ce sujet. Le truc aussi, c’est que quand les garçons l’abordent, c’est plus dans la paillardise ou dans la provocation comme le font Gainsbourg ou Biolay parfois. Ce qui est plus étonnant c’est de l’aborder plus crûment… mais ce n’est pas vraiment crûment, c’est plutôt sans fausse pudeur. Je l’aborde de façon plus frontale que d’autres. Pourquoi il n’y a pas plus de garçons qui font ça ? Je ne sais pas… Tu sais, à partir du moment où on écrit des chansons d’amour et qu’on parle d’amour… forcément à un moment donné, ça devient intéressant de parler de sexe ! (rires) Je ne l’ai pas fait pour choquer, ça m’est assez naturel en fait…

Alex Beaupain, Les bien-aimésTon album « Pourquoi battait mon cœur » est sorti en début d’année et la bande originale du film « Les Bien-Aimés » est sortie un peu après. As-tu mené les deux projets de front ?

Oui. Au fur et à mesure Christophe construisait son scénario « Les Bien-Aimés », je composais les chansons, et en parallèle je continuais à écrire mes propres chansons. En studio, les deux projets se sont enchaînés. J’ai terminé le 18 octobre les chansons pour le film de Christophe et j’ai enchaîné le 19 pour mon album à moi. Donc, les deux projets se sont faits très parallèlement.

Ce n’est pas trop difficile de se concentrer sur deux projets aussi distincts ?

Hummm… Non, pas vraiment. Parce que ce ne sont pas les mêmes démarches de travail. Pour ce qui est du projet de la BO des « Bien-Aimés », je faisais chanter des acteurs et actrices que Christophe dirigeait, c’était le réalisateur du film, je devais donc me plier à ce qu’il voulait lui pour son film. Je dois avouer que ça a été très agréable après de rentrer en studio pour enregistrer mon propre album où j’étais le chef… (rires) J’aime bien ce balancement constant entre des moments où j’ai moins de responsabilité et où je dois obéir à un réalisateur et des moments où c’est moi qui mène mon projet tout seul. C’est assez agréable de faire les deux. Ça permet d’évacuer la pression.

Tu as composé toutes les BO (originales) de ses films. Vous travaillez ensemble depuis des années. Avec le temps, est-ce plus facile ou plus difficile de bosser ensemble ?

C’est toujours pareil. Ce n’est ni plus difficile ni plus facile. On a toujours été amis, on l’est resté. Peut-être que le fait qu’on se connaisse mieux avec le temps fait qu’on avance plus vite sur certaines choses. Et puis après, comme Christophe me demande toujours des choses très différentes d’un film à l’autre (on a fait beaucoup de trucs depuis qu’on travaille ensemble), on apprend tout le temps. Il n’y a pas de complaisance avec Christophe. En tout cas quand on a fait « Les Bien-Aimés », c’était a priori quelque chose qu’on avait déjà fait avec « Les Chansons d’Amour », mais on avait l’idée que ce soit mieux, ou en tout cas différent. On voulait que ce soit vraiment autre chose. On essaye de se surprendre et que le travail soit différent à chaque fois. On ne peut pas vraiment se reposer sur ses acquis quand on travaille avec Christophe Honoré…

Sur « Les Bien-Aimés », la démarche a été complètement différente que sur « Les Chansons d’Amour »…

Exactement, pour « Les Chansons d’Amour », on est parti de mes chansons pour écrire un scénario. Et là, je suis parti de son scenario pour écrire des chansons originales. Ne serait-ce que ça, ça change la façon dont les chansons sont écrites. Il faut s’adapter à l’histoire. Donc, c’est vrai que ça a l’air pareil, mais c’est un tout autre travail.

Tu as également composé la musique de « L’année de la pensée magique » avec Fanny Ardant. Le travail pour le théâtre se rapproche-t-il de celui que tu fais pour le cinéma ?

C’est compliqué de te répondre… Parce que pour « L’année de la pensée magique », il a fallu m’adapter à la voix de Fanny Ardant, qui est tout à fait particulière. J’avais l’idée de ne pas faire une musique qui serve juste d’interlude comme on le fait souvent au théâtre. La musique devait l’accompagner quand elle disait son texte. Donc, ce n’est pas vraiment du travail à l’image, mais plutôt du travail sonore, en imaginant la voix de Fanny Ardant. Il fallait une musique qui puisse au mieux l’accompagner. Le texte qu’elle interprète sur scène est aussi assez compliqué et sa voix permet de travailler sur certains aspects différents de la musique. Ce travail que j’ai fait pour « L’Année de la Pensée Magique » se rapproche plus d’un disque que de la création d’une bande originale pour un film, je trouve…

Tout au long de ta carrière tu as fait chanter un certain nombre d’acteurs et d’actrices… Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier, Louis Garrel pour ne citer qu’eux. Mais c’était toujours dans le cadre d’un film. Aimerais-tu dans l’avenir travailler avec un acteur ou une actrice sur un projet d’album sans qu’il ne soit question de cinéma ?

Oui… Si l’acteur ou l’actrice m’intéresse suffisamment et que j’estime que j’ai des chansons suffisamment solides qui lui vont bien. Je n’ai pas de problème avec ça. Après, ce n’est pas une ambition absolue non plus. Mais si à un moment donné j’ai un projet qui vaut le coup, pourquoi pas ?

Quel genre d’auteur et compositeur es-tu ? Tu écris beaucoup et tu jettes beaucoup ou tu écris assez peu ?

Les dernières années, j’ai beaucoup écrit… mais j’étais un peu obligé en fait ! (rires) J’ai écrit les chansons pour le film de Christophe, j’ai écrit des chansons pour moi, je me suis fait entraîner par un ami qui s’appelle Diastème dans un projet théâtre [« Tout ira bien »]…  Donc je ne me suis pas posé la question de savoir si j’écrivais trop ou non… j’étais obligé d’écrire. Enfin, obligé… c’est une obligation tout de même assez douce ! (rires) Avant, j’écrivais juste quand j’en avais envie. Donc, des fois je peux avoir beaucoup envie, et des fois pas du tout… C’est très variable.

Alex Beaupain © Antoine Le GrandActuellement tu es en tournée. Est-ce quelque chose de totalement agréable ou un peu douloureux aussi ?

C’est agréable. C’est très agréable même. Les salles sont plutôt bien remplies à chaque fois, à quelques exceptions près. Les gens sont venus pour nous applaudir. J’ai des relations humaines avec mes musiciens qui sont plutôt très agréables elles aussi. Avant, je trouvais ça plus difficile. Mais c’est parce que j’étais moins connu qu’aujourd’hui, donc, je faisais des premières parties où on ne nous attend pas forcément. Aujourd’hui, je fais mes propres spectacles, les gens viennent pour entendre mes chansons, c’est formidable. N’importe quel chanteur qui dit que c’est une souffrance dit n’importe quoi…

Tu reviens de Tokyo. Comme ça s’est passé là-bas ?

C’étaient des circonstances particulières. On était avec la chambre de commerce franco-japonaise et  nous chantions devant un parterre d’industriels. Ils étaient plutôt très chaleureux. J’ai fait traduire une de mes chansons et j’ai essayé de la leur chanter en japonais. Je pense qu’ils n’y ont rien compris mais qu’ils ont été touchés au moins par ma démarche. (rires) On n’a pas chanté très longtemps. J’avais une demi-heure, et puis Camélia avait une demi-heure aussi après. En tout cas, ils ne nous ont pas envoyé de cailloux… je pense qu’ils étaient contents !

Tu reprends le « Pull Marine » d’Isabelle Adjani sur scène. Qu’est-ce qui te touche dans cette chanson ?

C’est une jolie chanson, déjà. Sans doute une chanson qui me rappelle des choses. C’est pour ça que j’aime certaines chansons aussi. J’aime bien entendu les paroles et la musique, mais aussi les arrangements, les souvenirs qu’elles rappellent. C’est ce que j’aime dans les chansons, c’est qu’elles renvoient à des époques. Je n’aime pas quand on dit qu’on aime des chansons parce qu’elles sont intemporelles. Je ne suis pas d’accord. C’est quand elles sont marquées dans une époque qu’elles sont émouvantes les chansons. C’est ce que j’aime. Mais pour en revenir au « Pull Marine », rien que sa musique, c’est magnifique.

Tu as écrit une chanson sur le dernier album de Julien Clerc, « La nuit, c’est tous les jours ». Qui est allé chercher l’autre ?

Ils sont venus me le demander. Je ne demande jamais aux gens pour écrire pour eux, je trouve ça malpoli. C’est-à-dire que je pars du principe que soit on a envie que j’écrive une chanson et on me le demande, soit on n’en a pas envie et ce n’est pas à moi à aller m’imposer. Ça m’embarrasse. C’est à la fois de la très grande prétention et de la timidité sans doute. C’est son éditeur qui est venu me demander un texte. Je lui en ai écrit un et il lui a plu. Et voilà… ça s’est fait assez vite et assez simplement ce truc-là.

Est-ce que tu avais des idoles quand tu étais ado ?

Non. Il y avait des gens que j’aimais beaucoup, mais je n’étais pas très fan en fait. Enfin fan… Si forcément, j’ai beaucoup écouté Gainsbourg quand je l’ai découvert, Jean-Louis Murat, Bashung, Souchon, dont j’aime énormément la façon d’écrire. Mais je n’avais pas ce côté fan / fanatique. J’étais déjà assez détaché de ça. Et en même temps, je te dis ça, mais aujourd’hui, je suis très impressionné quand je rencontre des gens que j’ai écoutés… Donc, effectivement, je dois avoir un côté un peu groupie ! (rires)

As-tu commencé à écrire très jeune des chansons ou est-ce venu sur le tard ?

J’ai commencé pas très jeune, vers 19/20 ans. Mais par contre, je l’ai avoué assez tard. J’ai commencé à les faire écouter quand j’ai eu 23/24 ans. Et j’ai pensé à sérieusement à faire ça dans ma vie vers 25/26 ans. J’ai plutôt été lent de ce côté-là…

T’es-tu remis à écrire de nouvelles chansons ?

Pour l’instant, ce serait compliqué parce que je suis en tournée. Peut-être que je vais devoir le faire parce que j’ai deux ou trois projets sur lesquels il faut que je travaille. Mais, le problème c’est qu’en tournée, j’ai un piano sur scène, mais pas dans ma loge. Je ne peux pas encore exiger ça ! (rires) Et j’ai besoin d’avoir un piano pour écrire des chansons… Donc, j’ai plutôt besoin d’être chez moi. J’ai besoin d’être disponible. Et pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Penses-tu que tu écriras un jour une chanson vraiment joyeuse ?

(rires) Pour l’instant, je ne te cache pas que ça va être difficile. Mais j’aimerais bien… Une chanson comme Charles Trenet, ça me plairait bien. Mais c’est très dur d’écrire une chanson vraiment joyeuse sans qu’elle ne soit mièvre. C’est une facilité pour moi d’écrire une chanson triste et mélancolique. Parce que c’est écrit plus immédiatement. Pour écrire une chanson joyeuse et qu’elle soit réussie, il y a un truc à faire qui est assez compliqué, je trouve. En tout cas pour le moment…

Propos recueillis par IdolesMag le 29 novembre 2011.

-> Site officiel : http://www.alexbeaupain.com/









+ d'interviews
Inscris toi à la newsletter
Vidéos




A l'affiche
Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter

 
Retour en haut