Interview de Botibol

Propos recueillis par IdolesMag.com le 16/11/2011.
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Botibol - DR

Botibol, aka Vincent Bestaven, a sorti en début d’année son premier album, « Born from a shore », un album qui joue sur les contrastes (il évoque aussi bien la mort que le sentiment amoureux) et qui dévoile une grande sensibilité. Au cours de cet entretien, nous tenterons donc de mieux connaître et de savoir qui se cache derrière Botibol, dont le pseudo fait référence au « Monsieur Botibol » de Roald Dahl. Vincent nous parlera de sa démarche artistique et nous racontera comment il en est arrivé à écrire et composer ce premier album solo de toute beauté.

IdolesMag : Ton projet solo s’appelle « Botibol », en référence, je suppose, à la nouvelle de Roald Dahl…

Botibol : Excatement !

Peux-tu me dire ce qui t’a touché dans cette histoire ?

Ce personnage qui perd un peu le fil avec la réalité et qui finalement s’investit dans une passion un peu dévorante pour la musique, qui sort un peu de tout ce qui était jusqu’à maintenant utile et un peu matérialiste. Et puis de quelle manière il s’investit là-dedans et comment ça lui permet de rencontrer des gens qui lui ressemblent. Ensuite, pour parler du rapport qu’il y a entre ce conte et ma musique, j’ai effectivement choisi ce nom-là parce que l’histoire de Monsieur Botibol me touchait et que je trouvais le personnage touchant. Maintenant, il n’y a pas forcément un rapport vraiment très réfléchi avec ma musique puisqu’à l’époque où j’ai choisi ce nom, j’avais un impératif de temps pour nommer le projet. Et c’est ce qui m’est venu le plus naturellement. Il ne faut pas voir dans ce choix un fond incroyable. J’aimais bien ce nom, il sonnait bien, j’aimais bien l’histoire. Ça m’a suffi… (rires)

Tu as sorti un premier EP en 2008, un second en 2009. Pourquoi avoir attendu encore deux ans pour sortir un album ?

J’ai continué à sortir des titres pour des compilations ou d’autres groupes. J’avais une activité musicale à côté de Botibol. J’étais en contact avec le label HipHipHip un peu moins d’un an à compter de l’enregistrement, donc je savais qu’on allait travailler ensemble sur l’album. La création a été un travail de longue haleine (de longs mois), même si l’enregistrement, lui, n’a duré qu’une semaine. Et puis sortir un album tout seul ne me semblait pas avoir un grand intérêt. J’avais l’idée de sortir des formats un peu plus courts sur internet gratuitement. Ça me paraissait être la meilleure échappatoire vis-à-vis des autres activités que j’avais à l’époque. Donc, je n’ai pas été inactif pendant toute cette période. Comme tu le sais, je fais également partie d’un groupe, qui s’appelle les « Crane Angels ». Nous avons sorti un 45 tours et un album. Tout ça a nécessité pas mal de préparation.

As-tu écrit tout l’album à Bordeaux ?

Presque. Je ne suis pas d’origine bordelaise, mais j’y habite maintenant depuis quelques temps. L’essentiel de l’album a été écrit à Bordeaux, même s’il y a quelques petites choses qui me sont venues en voyage. Je pense notamment à un morceau comme « Through The Mountains » dont la mélodie m’est venue lors d’un voyage en Thaïlande. Après, l’écriture et les choses un peu plus posées se sont faites dans mon appartement à Bordeaux.

Botibol, Born from a shoreÉcris-tu et composes-tu beaucoup ?

Disons que j’ai beaucoup d’idées qui émergent. Mais je ne les travaille pas tant que je n’ai pas l’impression que je peux les amener où je veux. Pour cet album, par exemple, il y a peut-être un ou deux morceaux qui ont été mis de côté, pas plus. Je sais que certaines personnes écrivent 20 ou 30 titres et au final n’en choisissent que 10 ou 15. Ce n’est pas mon cas. J’ai une autre manière de fonctionner.

Pars-tu plutôt d’un bout de texte ou d’un bout de mélodie ?

Je laisse les idées venir. Ce peut être une mélodie, un bout de texte ou un riff de guitare, puis je travaille un peu ça. Je vois si ça passe le cap de l’enregistrement maison. Si ça passe ce cap, je la joue devant des amis. Et si ça passe ce cap-là, je l’enregistre. Il y a donc tout un cheminement qui fait que je laisse le morceau mûrir en fait.

Pendant tout ce cheminement, tu retravailles le titre, j’imagine.

Oui. Bien sûr. Je prends en compte les remarques des gens, l’écoute que le titre a sur scène. Parfois aussi je laisse le morceau « se reposer » et je reviens dessus après un petit moment. C’est un aller-retour constant.

Tu as enregistré toi-même tous les instruments sur cet album, sauf la batterie. Pourquoi pas la batterie et pourquoi t’être occupé de tous les autres ?

Je ne vais pas me cacher derrière l’idée de l’aspect budgétaire, mais j’ai envie de contrôler pas mal d’aspects sur la musique. Donc, jouer tous les instruments me permettait d’avoir une vision globale de l’album. Comme j’avais déjà maquetté tous les titres chez moi, j’avais une idée assez précise de chaque instrument, de comment il devait sonner. Comme j’avais préparé cet album pendant des mois, c’était plus facile de faire tout tout seul plutôt que de demander au dernier moment à une personne de venir se greffer dessus. Tout ça demande un travail de longue haleine, et accorder des sensibilités sur la musique, ça demande du temps. Et donc, dans ce cadre-là, je suis parti du principe qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Pour ce qui est de la batterie, c’est très simple : je suis un batteur exécrable ! Il me fallait donc l’aide de quelqu’un qui maîtrise bien cet instrument. J’ai  fait appel à Romain, le batteur des « Crane Angels ». En live maintenant, j’ai un batteur et un bassiste, donc, petit à petit, je lâche un peu… (rires) Par contre, lors de l’enregistrement, j’ai vraiment été beaucoup aidé par Pascal Mondaz, qui l’a co-réalisé avec moi. C’est l’ingénieur du son qui bossait dans le studio à Clermont-Ferrand. On a beaucoup travaillé à deux. Il a vraiment été d’une grande importance dans la réalisation du disque. Il m’a aidé à aller vite.

Pourquoi avoir appelé l’album « Born from a Shore » ? [Littéralement traduit : « Né d’un rivage »]

Pour parler d’une manière très formelle, j’ai toujours vécu près de la mer, ça a beaucoup d’importance pour moi. Et cette idée de rivage, on peut l’appliquer à plein de concepts différents. Mais c’est vrai que j’ai toujours été fasciné par la mer et les vagues, cette espèce de rencontre entre deux mondes complètement différents et qui peut donner naissance parfois à des choses vraiment magnifiques. Après, on peut pousser le truc plus loin. Ce peut être aussi les rivages de la vie… Il y a beaucoup de possibilités. C’est un sujet qu’on pourrait développer longtemps. Mais au départ, il vient de mon attachement à la mer et aux vagues.

Tu me tends la perche en me parlant de ton attachement à la mer et aux vagues… Sur la pochette du disque, par contre, ce ne sont que des montagnes…

(rires) C’est Havec, un ami à moi qui est artiste et qui habite également à Bordeaux, qui l’a dessinée. À travers la pochette, on voulait un peu expliquer la teneur de l’album. Il a eu une idée, je l’ai laissé faire. Et il a pris un peu le contrepied du titre. Et en même temps, c’est aussi une manière d’amener l’album un peu ailleurs, et j’en suis assez content, parce que cette pochette a accroché les gens. Sa réalisation a pris pas mal de temps, puisqu’il a tout dessiné au feutre, sans jamais utiliser de logiciel ou quoi que ce soit. Il y toute une variété de couleurs et de paysages, une espèce de psychédélisme qui me plaisait bien et qui peut aussi se retrouver un peu sur l’album…

Quand on a ôté le blister qui protège l’album et le sticker, il n’est indiqué nulle part Botibol sur la pochette. Pourquoi ce choix ?

Je trouvais l’objet beaucoup plus beau comme ça. C’est une manière de laisser le choix. Parce que la pochette est comme le disque, elle vit en dehors du support physique. Je voulais laisser le choix aux gens de pouvoir regarder cette pochette, d’y promener leur regard, sans qu’il y soit marqué un nom. Je la considère comme une œuvre à part entière, et je voulais qu’on puisse la contempler telle qu’elle est, sans rien d’autre.

Elle interpelle tout de suite.

J’en suis conscient, elle a beaucoup servi le disque. Il a fait un travail d’orfèvre. On avait déjà travaillé sur le premier EP ensemble. Et puis là, on continue pour un quatre titres qui sortira au printemps prochain.

En parlant de l’objet, tu as également sorti un vinyle. Restes-tu attaché au support physique ?

J’ai une affection particulière pour le vinyle, mais je vais être honnête avec toi, je n’en écoute plus chez moi parce que ma platine est cassée depuis un moment ! (rires) Je n’ai pas cette culture-là que peuvent avoir beaucoup de mes amis qui sont très attachés à cet objet, et à l’aspect physique, que ce soit parce que c’est un bel objet ou tout simplement pour le son. Après, c’est vrai que ça se fait de plus en plus sur la scène indépendante. Depuis quelques temps, en terme commercial, on assiste au retour du vinyle. Face à la dématérialisation de la musique, on s’est rendu compte que le CD ce n’était plus vraiment ça. Et puis, je trouve que la pochette méritait d’avoir un support un peu plus grand. J’ai été très content de pouvoir donner cet écrin-là au disque grâce au label. Et je les remercie aussi pour ça, de rester attachés à l’objet et au support. C’est un côté qui est important dans la musique aussi finalement… En plus, en l’occurrence, le CD est inclus dans le vinyle, ce qui est plus pratique si les gens veulent l’écouter dans leur voiture ! (rires)

Botibol - DR

Une chanson, « Arudy », porte le nom d’un petit village des Pyrénées…

Oui. J’avais écrit cette chanson en vue de sortir un disque pour Noël. C’était en 2008 (« Christmas: The tale of Polly Parker »). En fait, c’est le village où vivaient mes grands-parents qui était à l’époque pour moi plein de mystères et de légendes. Quand j’étais enfant, j’habitais loin de là, je n’habitais pas en France. De temps en temps, on venait passer Noël à Arudy. C’était un endroit féérique et en même temps particulier parce qu’il y faisait froid. Il y avait la neige et ça représentait la mort aussi finalement. Cette chanson parle de tout ça, de mes fantasmes autour de ce petit village,  de nos trajets en voiture, des arbres sans feuille et de la neige…  Ça parle également de la mort de ma grand-mère qui était une figure familiale importante.

Tu as réussi à obtenir un beau contraste dans l’album entre des choses plus mélancoliques et plus sombres et d’autres plus enjouées.

C’est le genre de recul que j’arrive difficilement à avoir, mais c’est vrai que j’ai cherché à avoir une sorte d’aller-retour entre ces deux sentiments-là. C’est illustré dans le morceau « Friends » où je parle finalement d’amitié à l’adolescence et de questionnement métaphysique. L’album parle autant de la mort que du sentiment amoureux…

Sur « We were Foxes » on entend un petit gimmick en Français, « Sur le goudron brûlant, nous courons vers la mer ». Comment est-il arrivé ?

Ça m’est venu très naturellement. Je n’avais pas d’idée de refrain en anglais pour cette chanson. Et puis cette phrase est arrivée un peu comme ça toute seule. Comme c’est venu tout seul assez spontanément, je me suis dit que c’était bien de la garder. Après, c’est forcément lié au morceau, mais j’étais content d’avoir une petite phrase en français sur le disque. J’ai des amis qui eux mélangent l’anglais et le français dans leurs morceaux, c’est un style !

Quand tu écris, écris-tu directement en anglais ou passes-tu par le français en premier ?

Ça dépend vraiment. La plupart du temps, les phrases me viennent spontanément en anglais. C’est une idée qui vient comme ça, une phrase ou un gimmick et je brode autour.

Écrire un album en français serait-il un de tes projets ?

Pourquoi pas ? Ce ne serait pas désagréable. Après, écrire tout un album en français, je ne suis pas sûr que j’en sois capable aujourd’hui. Il y a encore une forme de pudeur qui m’empêche de le faire. On a un très gros héritage en chanson française, des personnalités très fortes qui ont marqué notre culture, et c’est difficile de s’en détacher en essayant de proposer quelque chose de nouveau. C’est une affaire compliquée, mais c’est un challenge assez plaisant. Pourquoi pas ? Il y a des gens qui écrivent très bien en français. Je pense à des gens comme Bertrand Belin dont j’aime beaucoup le dernier album. Il y a quelque chose d’assez exceptionnel dans ses chansons.

Qu’est-ce qu’on écoutait comme musique chez toi quand tu étais enfant ?

À la maison, on écoutait de la variété française, comme Souchon, Voulzy, mais aussi Brassens, Michel Jonasz, Maxime Le Forestier, Nino Ferrer... On écoutait également du classique, comme Beethoven ou Debussy. Du côté anglais, c’était « Crosby, Stills, Nash and Young » et pas mal de Beatles aussi.

Et toi ?

En étant ado, je suis passé par la case Nirvana et consorts, forcément. Quand je me suis mis à la guitare, vers 15/16 ans, j’ai beaucoup écouté du Jimmy Hendrix. Après, au lycée, on se prêtait des cassettes et j’ai écouté pas mal de trucs.

Qui étaient tes idoles ?

À 14 ans, j’avais deux cassettes qui ne quittaient pas mon walkman : c’était un best of de Bob Marley et un de The Police. Je les ai écoutées en boucle. Jimmy Hendrix aussi… Laisse-moi réfléchir aux posters que j’avais dans ma chambre… J’ai eu un gros passage Ben Harper aussi, ça j’ai un peu plus de mal à le dire ! Et bien entendu Kurt Cobain, mais ça c’est normal ! (rires)

Botibol - DR

Quand as-tu commencé à écrire des chansons ?

Le premier souvenir de chanson que j’ai, je l’avais composée au piano, je devais avoir 8 ans. Mais c’était très basique n’est-ce pas ! (rires) Après, je n’ai pas écrit de chanson pendant quelques années. Mais j’ai ce souvenir d’une première chanson à 8 ans. Il n’y avait pas de paroles, rien du tout…

Et les premières chansons un peu plus élaborées datent de quand ?

De l’adolescence. Vers 14/15 ans, quelque chose comme ça.

Quel est ton parcours dans les grandes lignes ?

J’ai commencé par des cours particuliers de piano étant enfant, puis j’ai arrêté un peu avant l’adolescence où je me suis mis à la guitare. Après, j’ai formé mes premiers groupes de lycée. On jouait des reprises de Red Hot Chili Peppers ou Noir Désir. Et puis, j’ai eu un premier groupe de rock un peu plus sérieux. On a commencé à tourner. Parallèlement, j’écrivais des chansons dans mon coin. Et c’est comme ça qu’est né Botibol. J’ai rencontré les gens du collectif Iceberg dont certains font partie de « Crane Angels ». On a organisé des soirées, au début, on vendait nos compils gravées sur CDR… Et aujourd’hui sont nés différents projets comme « Petit Fantôme » ou « Nunna Daul Isuny ». Tout plein de choses comme ça…

Propos recueillis par IdolesMag le 16 novembre 2011.

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