Interview de Laurent Voulzy

Propos recueillis par IdolesMag.com le 28/11/2011.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.

 

IdolesMag fait peau neuve et change d'extension ! (le .com devient .NET)

-> Retrouvez nous sur IdolesMag.NET

 

Laurent Voulzy © Philippe Abergel

Voilà 10 ans que Laurent Voulzy n’avait plus sorti d’album de chansons originales. Il revient aujourd’hui avec un magnifique album, « Lys & Love » aux inspirations médiévales et électro. Nous avons donc été à la rencontre de Laurent Voulzy qui nous expliquera dans quelles circonstances est né et a été enregistré cet opus : les chœurs dans  le donjon du château de Vincennes, les cordes à Abbey Road et le reste dans son propre studio à Joinville-le-Pont. Laurent Voulzy ne manquera pas d’évoquer ses collaborations avec Nolwenn Leroy et Roger Daltrey (des Who), sa nouvelle vie en Angleterre et son projet d’album et de tournée avec un certain Alain Souchon… Rencontre avec Laurent Voulzy, un alchimiste qui joue des mélodies et de la poésie comme personne…

IdolesMag : Votre nouvel album « Lys & Love » sort aujourd’hui. Après 35 ans de carrière, êtes-vous toujours un peu fébrile et anxieux ?

Laurent Voulzy : Oui, toujours un peu… Quand on enregistre un album, le but est qu’il voit le jour. Le moment où il voit le jour est toujours un moment où tout est possible : les meilleures choses comme les moins bonnes. Quand il sort, on n’est plus maître de rien. Il tombe dans une autre vie. Il est dans LA vie. On lui a donné vie et lui commence à voler de ses propres ailes. C’est un moment assez extraordinaire. Donc, oui, on est toujours anxieux, parce que le but tout de même pour nous, c’est que les gens aiment l’album. C’est l’attente qu’on a…

Depuis combien de temps mûrissez-vous cet album ?

L’album, j’en ai commencé réellement l’enregistrement il y a 25 mois. C’était en octobre il y a deux ans. Par contre le fait d’avoir une inspiration du Moyen-Âge, ça date d’il y a fort longtemps. Mais l’album en lui-même, ça fait deux ans que je travaille dessus.

Laurent Voulzy, Lys & LoveEst-ce plutôt la période de l’histoire en elle-même (le Moyen-Âge) qui vous fascine ou plutôt l’imaginaire qui s’en dégage ?

Ce sont les deux. Parce que je n’étais pas au Moyen-Âge… et personne que je connais non plus ! (rires) On a des documents. Et en même temps, aussi précis soient-ils, ils restent des documents. Il y a toujours une part d’imaginaire, l’imaginaire est omniprésent. En plus, je suis passionné d’histoire, mais je ne suis pas un historien, comme d’ailleurs je suis passionné de musique, et je ne suis pas musicologue. L’imaginaire compte beaucoup pour moi.

Qu’est-ce qui vous a incité à marier une ambiance médiévale avec des sons électro très actuels ?

Il faut savoir qu’au départ, je voulais faire un album électro. On était à l’été 2009. J’en ai parlé à Alain et en gros, après une conversation, il m’a dit « Pourquoi  tu n’utiliserais pas des poèmes ? ». Et dès le lendemain, j’ai pensé à des poèmes du Moyen-Âge, puisque le Moyen-Âge m’habite depuis ma plus tendre enfance, depuis que j’ai 8 ou 10 ans. Donc, je me suis dit que tant qu’à prendre des poèmes, autant m’inspirer de poèmes du Moyen-Âge, ça pourrait être vraiment bien. Quand je suis entré en studio en octobre, j’avais un morceau électro. C’était un morceau qui était structuré comme une chanson traditionnelle, couplet / refrain. Bien plus tard, il est devenu « C’était déjà toi ». Après j’ai gardé cette idée de rester inspiré par le Moyen-Âge. C’était formidable pour moi, très exaltant. Très rapidement, l’influence de la France et de l’Angleterre est arrivée. La France et l’Angleterre ont été omniprésentes dans l’histoire du Moyen-Âge, que ce soit dans leurs luttes ou dans leur fraternité par moments aussi. La France et l’Angleterre ont une histoire commune. En plus, le poète qui m’a inspiré pour cet album, c’est Charles d’Orléans. Et l’histoire de Charles d’Orléans est très mêlée à la Grande-Bretagne, puisqu’il a été fait prisonnier par les Anglais lors de la bataille d’Azincourt, et qu’il est resté 25 ans en prison en attendant qu’on paye une rançon pour lui. Comme vous le voyez, l’Angleterre était présente, la mélancolie de la France aussi…  Cet album est donc un mélange de la France, du Moyen-Âge et de l’Angleterre… et de l’amour, bien évidemment, qui est présent tout le temps.

Quand vous êtes rentré en studio, vous aviez donc le début de « C’était déjà toi » et rien d’autre. Était-ce une façon de vous mettre en danger ou de laisser les choses venir à vous ?

Au départ, l’album devait donc être un album électro. C’était vraiment ce que je voulais faire, un album électro, très planant, sans vraiment respecter la structure traditionnelle des chansons. Exactement comme je l’avais fait sur les morceaux « I want you » sur l’album « Avril » ou « Sous la lune » sur l’album « Recollection ». C’étaient deux expériences que j’avais eues, un peu électro-gothiques. J’ai voulu renouveler l’expérience parce que j’ai eu beaucoup de plaisir à la faire.  C’est pour ça que je suis parti avec une demi-musique en studio, je n’avais quasiment rien. À la fin de la journée, j’avais une musique complète, mais structurée comme une chanson. C’est à ce moment-là que je me suis dit que j’allais faire un album comme j’en avais envie, électro ou pas, mais que j’allais laisser aller les choses comme elles venaient. Le soir, en rentrant chez moi, je me remettais au boulot, je composais deux ou trois vers, ou alors je le faisais sur place en studio. Au final, ce n’est pas vraiment un album purement électro. Il est d’inspiration médiévale. Il est aussi question de la France et l’Angleterre aussi. J’ai joué avec ça, en tout cas.

Avez-vous laissé beaucoup de chansons de côté au cours de l’enregistrement ?

Non, pas du tout. Pratiquement aucune. Les chansons sont arrivées les unes après les autres. J’avançais sur les chansons que je trouvais au fur et à mesure.

Les chœurs ont été enregistrés dans le donjon du Château de Vincennes…

Oui. Un superbe château médiéval. C’était un très joli moment. Je voulais que les chœurs soient enregistrés dans un endroit avec des pierres. J’ai donc cherché un endroit qui datait d’entre le 12ème et le 15ème siècle. Et ce qui est assez étonnant, c’est que le hasard a fait que ce donjon dans lequel on a enregistré les chœurs, se trouve juste au-dessus de la chambre de Charles V, qui était le grand-père de Charles d’Orléans… Il fallait le faire ! C’est assez incroyable.

Laurent Voulzy © Philippe Abergel

Les cordes quant à elles ont été enregistrées à Abbey Road.

Effectivement. Mais tout le reste a été enregistré dans mon studio près de Paris, à Joinville-le-Pont.

Comment le nom de « Jeanne » vous est-il apparu ?

Il m’est apparu comme ça tout seul pendant la nuit. Je m’étais endormi en écoutant la musique de « Jeanne ». Le morceau a tourné en boucle pendant que je dormais. Et d’un seul coup, j’ai été réveillé par ce prénom. Je me suis dit qu’on m’avait donné ce nom, qu’on m’avait dit de qui je devais parler dans l’album… C’est tout simplement pour cette raison que le morceau s’est appelé « Jeanne ».

Quand vous avez envoyé « Jeanne » en radio à la mi-septembre, le morceau était accompagné d’une lettre de Nathalie Rheims. Allez-vous collaborer avec elle sur de futurs projets ?

Pourquoi pas… Nous nous connaissons un tout petit peu avec Nathalie, mais j’ai l’impression que nous avons plein de points communs dans les goûts qu’on peut avoir sur les choses. J’aimerais beaucoup collaborer avec elle un jour, je ne sais pas si c’est réciproque, il faudrait le lui demander. Je ne sais pas sur quoi, mais j’en ai vraiment envie.

Laurent Voulzy © R. Corlouer

Dans la chanson « En regardant vers le pays de France », vous dites que « le vent [vous a] poussé vers l’Angleterre »… Je pense que vous y vivez aujourd’hui.

Oui, oui. Je vis en Angleterre et en France.

Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Quand j’y suis parti, ce devait être pour un an. C’était tout simplement pour que mon dernier fils, le plus jeune, puisse apprendre l’anglais et devienne parfaitement bilingue. On devait juste aller s’installer là-bas un an et puis revenir en France et l’inscrire dans une école bilingue ici. Et puis, depuis 6 ans, on vit là-bas. Mon épouse s’y plait beaucoup, mon fils aussi. Mais bon, les enfants se plaisent partout sauf dans les endroits horribles !! (rires) En tout cas, il est très heureux d’être là-bas, il est dans une école formidable, et il est totalement bilingue aujourd’hui… Nous prolongeons donc notre séjour depuis 6 ans… Et j’en suis ravi, parce que depuis l’âge de 16 ans, je rêvais d’aller vivre en Angleterre ! Mais vous savez, je suis toutes les semaines en France, je fais des allers retours très souvent.

Laurent Voulzy © Philippe Abergel

Pouvez-vous un peu me parler de « La 9ème Croisade », qui est un titre qui dure presque un quart d’heure ? C’est quelque chose que vous aviez déjà fait auparavant avec « Rockollection » et « I want you » sur « Avril ».

C’est une autre forme de chanson en fait. Une chanson traditionnelle fait entre 2 minutes 30 et 4 minutes 30 en moyenne, voire cinq minutes dans certains cas. Là, pour « La 9ème croisade », c’est plus une pièce de musique, avec des mots, bien évidemment. Ça demande un autre travail de construction qui se fait à la fois facilement et à la fois effectivement, avec du recul, pas si facilement que ça. Pour qu’on ne s’ennuie pas en l’écoutant, mais surtout pour qu’on sente une intensité qui monte. Cette intensité s’est faite donc à la fois de façon naturelle, et à la fois, il a fallu travailler dessus. Il faut qu’on sente que ça monte, que ça monte. Ça a été très agréable à faire, et en même temps, ça a été long. Mais vous avez, il y a certaines chansons plus courtes qui me prennent beaucoup de temps aussi… Ici, c’est juste une autre forme. C’était un exercice nouveau pour moi. Enfin… pas tellement pour la longueur, parce que déjà en 77, j’avais fait une chanson de 11 minutes 45 [« Rockollection »]. Déjà à cette époque, les gens se demandaient quoi. Ici, l’exercice est un peu différent, même si j’ai déjà donné dans la « chanson d’une certaine longueur » ! (rires) Elle est effectivement un peu plus longue que les autres, mais dans sa forme, c’est vraiment nouveau. J’ai adoré la superposition des chœurs baroques dans la plus pure tradition du 18ème siècle, ou européenne plutôt, et d’un poème arabe dit comme une litanie. Le tout avec des percussions, des cordes enregistrées à Abbey Road et des chœurs enregistrés dans le donjon du château de Vincennes. C’est une espèce de mélange très grisant. C’était très émouvant. C’est l’émotion qui nous a tenus. À partir du moment où on a entendu la voix pseudo-arabe que je faisais au début, superposée aux chœurs baroques, on a été très émus. On s’est dit que c’était la direction à prendre. Après, on a construit le morceau autour.

Il y a donc ce conteur arabe, Driss El Maloumi, que l’on retrouve sur « La 9ème croisade ». On retrouve également Roger Daltrey (chanteur des « Who ») sur « Ma seule amour ». Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?

Je l’ai rencontré il y a quelques années par l’intermédiaire d’un ami, Sacha Reins, qui est écrivain et journaliste. Il est lui-même ami avec Roger Daltrey. Un jour, Roger lui a confié qu’il aimerait sortir un disque de ballades et de chansons plutôt douces. Sacha Reins lui a parlé de moi en lui disant qu’il avait un ami chanteur en France qui faisait des chansons qui devraient lui plaire. Je suis donc allé voir les Who en concert au Sporting de Monaco et nous nous y sommes rencontrés pour la première fois. Ensuite, au cours d’un dîner, il m’a dit qu’il aimerait bien qu’on enregistre un jour des chansons en duo. J’ai été extrêmement touché qu’il me dise ça. On a continué à entretenir une relation téléphonique. On ne s’appelait pas souvent, mais de temps en temps. Quand j’ai fait cet album, j’ai pensé à lui, mais il ne répondait pas au téléphone. En fait, j’avais le bon numéro, mais c’est un numéro sur lequel il ne répond pratiquement jamais ! Et trois jours avant la fin de l’enregistrement, il décroche. Je lui ai dit que j’avais vraiment envie qu’il vienne chanter sur une des chansons de mon album, mais qu’il fallait que ça aille très très vite. Il a accepté tout de suite et m’a demandé quand on pouvait faire ça… Je lui ai dit « demain », il m’a répondu que c’était impossible. On était un vendredi, il ne pouvait pas le faire avant le mardi suivant, et je devais absolument remettre mes bandes à Sony le lundi, sinon, mon album ne pourrait pas sortir dans les temps… Le lendemain, il m’a rappelé. On a réservé un studio qu’il nous avait indiqué. Il a fait quelques kilomètres en voiture. Il est allé enregistrer sa voix en studio, alors qu’il revenait d’une tournée aux États-Unis…

C’était vraiment in extremis…

Ah oui. C’était formidable.

Laurent Voulzy © Philippe Abergel

On retrouve également Nolwenn Leroy.

Oui, C’est une amie. J’aime beaucoup Nolwenn et je voulais qu’elle soit sur cet album. Je voulais avoir sa voix particulièrement sur la chanson « En regardant vers le pays de France », qui est une chanson assez celtique. Elle a bien sûr tout de suite accepté sachant que sa voix serait anonyme dans l’album. Et quand elle est venue au studio, on a mêlé sa voix à des voix que j’avais déjà enregistrées auparavant avec des Anglais et des Français alors que j’étais en Bretagne. D’un seul coup, à une certaine modulation, j’avais oublié les chœurs, c’était une erreur de ma part, mais en fait sa voix s’est retrouvée seule. C’est marrant, parce que ce n’était pas prévu qu’elle se retrouve seule à un moment. Je chante et elle fait juste un chœur derrière moi, seule. C’est pour ça qu’on la remarque particulièrement. Ça me faisait plaisir qu’elle soit là.

J’imagine que l’album va vivre sur scène prochainement…

Peut-être que oui… Enfin, je pense que oui. Mais je vais être honnête avec vous, comme j’étais très en retard sur l’enregistrement, il y a encore quelques semaines, je n’étais même pas sûr qu’il puisse sortir dans les temps, je ne me suis pas préoccupé de ça. Maintenant, on commence à en parler, on l’envisage, mais je ne peux pas vous en dire plus.

C’est un rendez-vous que vous attendez avec impatience.

Oui, j’adore. Avant, je n’y pensais pas trop, mais depuis 1993, j’ai goûté à la scène et à nouveau après l’album « Avril », et c’est quelque chose que j’adore. C’est autre chose que de faire des chansons et de les chanter sur disque. Il y a quelque chose de presque organique. Une émotion très différente, très très forte, qu’on ressent sur scène.

Laurent Voulzy © Philippe Abergel

Je ne peux pas ne pas vous demander où en est votre projet d’album et de concert avec Alain Souchon…

(rires) On y tient réellement à ce projet, mais on ne veut plus donner de date ! Il y a deux ans, avant que je ne commence cet album, on est partis pendant deux mois écrire des chansons dans ce but. On en a écrites quelques-unes. On pense à nouveau repartir cette année pour en réécrire quelques-unes. Le désir de faire un album commun et une tournée, il est là, bien là même, mais on n’arrête pas de le repousser. Je pense que le plus sage serait de fixer une date de tournée, comme ça, on ne s’engagera plus ni l’un ni l’autre dans des projets différents qui font qu’on diffère à chaque fois notre projet commun ! On va partir écrire ensemble au cours de l’année 2012, c’est certain…

Je ne peux pas vous laisser partir sans vous demander qui étaient vos idoles quand vous étiez ado.

C’étaient plutôt des anglais : The Beatles et les Rolling Stones quand j’ai commencé la musique. Et puis après, il y a eu des gens qui n’étaient peut-être pas des idoles, mais des gens que j’aimais beaucoup, comme Serge Gainsbourg, qui me fascinait. Juste avant mon adolescence, c’étaient les débuts du rock en France, j’ai adoré Johnny Hallyday, les Chaussettes Noires avec Eddy Mitchell… Et Michel Polnareff que j’aimais beaucoup. Mais si je veux répondre précisément à votre question mes vraies idoles étaient The Beatles. C’est mon modèle, c’est sûr…

Propos recueillis par IdolesMag le 28 novembre 2011.

-> Site officiel : http://www.laurentvoulzy.com/

 

IdolesMag fait peau neuve et change d'extension ! (le .com devient .NET)

-> Retrouvez nous sur IdolesMag.NET

 

+ d'interviews
 
Retour en haut