Interview de Inna Modja

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/11/2011.
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Inna Modja © Marco Sikic

Inna Modja vient de sortir son deuxième album « Love Revolution ». Son single « French Cancan (Monsieur Sainte Nitouche) » a été l’un des succès de cet été, le second single, « La fille du Lido » prend  le même chemin. Nous avons donc été à la rencontre d’Inna Modja afin qu’elle nous en dise un peu plus sur elle. Inna nous parlera de ce nouvel album, « Love Revolution », et de sa tournée qui se profile au début 2012. Elle ne manquera pas non plus d’évoquer son combat contre l’excision, contre laquelle elle se bat depuis 7 ans. Très affectueusement, « Modja » veut dire « petite peste » en Peul… Un petit surnom qui lui correspond bien ! Rencontre avec Inna Modja, une artiste pétillante et solaire.

Idolesmag : « Love Revolution » est votre deuxième album. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ? [L’interview a été réalisée quelques jours avant la sortie du disque]

Inna Modja : J’ai hâte qu’il sorte. Même si je ne suis rentrée en studio qu’au printemps, j’ai l’impression que ça fait une éternité que je travaille dessus ! J’ai vraiment hâte que les gens l’écoutent. En même temps, il y a évidemment un peu de trac parce qu’il ne nous appartiendra plus. C’est donc un mélange assez paradoxal mais qui me plaît beaucoup.

Inna Modja, Love RevolutionSur un deuxième album, on a tendance à dire que « ça passe ou ça casse » parce qu’il faut garder un style, mais ne pas s’enfermer dedans non plus. Comment avez-vous travaillé dessus ?

Vous savez, j’ai d’abord envie de faire des chansons avant de penser à un style précis. La cohérence, elle suit. C’est d’ailleurs pour cette raison que je ne travaille toujours qu’avec une seule personne. Pour qu’il n’y ait pas trop de choses différentes. Je suis auteure-compositeur, et j’ai co-composé tout cet album avec une seule personne, comme le premier d’ailleurs. J’avais envie que chaque chanson ait son propre univers et du coup, on se renouvelle tout le temps. Chaque chanson est différente, que ce soit au niveau des mélodies, du tempo, du thème abordé, etc… tout est différent d’un titre à l’autre. Du coup, ça a permis d’avoir une certaine cohérence dans l’album sans que toutes les chansons soient pareilles d’un album à l’autre. Ce n’aurait pas été intéressant de refaire une copie du premier. J’avais envie d’explorer d’autres choses tout en restant moi. Je ne me mets pas de limite en fait…

Vous êtes donc rentrée en studio au printemps, mais quand la phase de création a-t-elle réellement commencé ?

C’est assez récent. Même pas un an. Quand nous sommes rentrés en studio, j’avais quelques chansons qui étaient finies, et les autres, je les ai faites au fur et à mesure. Mais ça a été très intense ! Si nous avions été dans d’autres conditions, et si nous avions un peu moins travaillé, on aurait mis beaucoup plus de temps. On a travaillé à deux de façon très très intense. J’ai écrit, composé et co-composé assez vite.

Écrivez-vous et composez-vous beaucoup ? Mettez-vous beaucoup de titres de côté ?

Non. En fait, je ne jette jamais de chanson. Quand je commence à travailler sur une chanson, je la travaille vraiment en profondeur jusqu’à ce que je me dise que c’est bon, que je suis arrivée à ce que je voulais, à m’exprimer de la façon que je voulais. Donc, je laisse très peu de titres de côté.

Si je vous demandais de me définir « Love Revolution » en quelques mots, que me direz-vous ?

Pour moi, c’est un album qui est un mélange de pop ; de soul, de fun, de folie, de soleil et un peu de gravité aussi. J’ai mis tout ce que je voulais dedans. Pour un premier album, on arrive comme ça, on se présente aux gens. Pour le deuxième, on n’a pas forcément une pression (le mot n’est pas juste), mais on a envie de faire mieux. On a envie de faire les choses un peu différemment. J’ai donc mis tout ce que j’avais et en même temps, ce qui se passe dans ma vie aujourd’hui est différent. Et comme les histoires que je raconte sont fort inspirées de ma propre vie, le ton est très différent !

Pourquoi l’avez-vous appelé « Love Revolution » ?

(rires) L’amour prend beaucoup de place dans ma vie. Je viens d’une grande famille de sept enfants, nous sommes très soudés. J’ai aussi beaucoup d’amis. Et tout ça, ce sont des formes d’amour qui comptent au quotidien. Et la révolution… C’est mon côté un peu rebelle ! (rires) Ça m’aide à avancer. Parfois je tape du poing sur la table ! (rires) Le titre mélange ces deux idées.

Vous êtes une des rares artistes à mélanger dans un même titre le français et l’anglais. D’où vous est venue cette idée ?

C’est venu assez spontanément en fait. Je parle français depuis que je suis enfant, mais je parle anglais depuis toujours. C’est la première langue que j’ai parlée. Mes parents nous ont élevés en nous parlant en français, mais j’ai été élevée dans des pays anglophones. Il faut avoir une sacrée dose de courage pour écrire et chanter en français quand on est habituée à réfléchir et écrire en anglais. Il faut oser ! Même si j’ai fait des études de lettres avant de faire mon école de commerce. Donc, pour écrire en français, il a fallu que j’ose… Et pour le deuxième album, comme j’en avais très très envie, je me suis dit, « Allez, tu te retrousses les manches, tu te mets un grand coup de pied, et tu te lances ». Et la première peur passée, je suis vraiment heureuse de l’avoir fait. C’est vraiment délicat d’écrire en français, je me suis mise beaucoup plus à nu…

Inna Modja © Marco Sikic

C’est un beau challenge.

Mais j’adore ça, les challenges ! Et du coup, j’ai mélangé tout ça : le fait d’écrire en français, ma créativité et mon petit esprit un peu malicieux, ça a donné « French Cancan ». Et là, je me suis dit que j’aurais vraiment dû oser plus tôt. D’ailleurs aujourd’hui, je me dis que je devrais oser plus souvent !

Le premier single, c’est donc « French Cancan (Mr Sainte-Nitouche) », le second, « La fille du Lido ». Qu’est-ce qui vous inspire tant dans les revues parisiennes ?

(rires) J’adore ça ! J’ai grandi en rêvant à ça. Après, c’est vrai que « French Cancan », c’est plus une façon imagée pour parler de l’amour à la française, parce que ça ne parle pas vraiment de la danse. Mais c’est vrai que j’adore le cabaret, j’adore les revues, j’adore le music-hall. Je trouve ça magnifique. Et puis il y a un petit côté rétro que j’aime beaucoup. J’aime bien toutes ces choses-là.

Les revues parisiennes renvoient une imagerie très forte. J’ai l’impression que vous attachez vous aussi une grande importance à l’image, est-ce que je me trompe ?

Non… J’adore les vêtements. Comme je le dis toujours, c’est vraiment une façon de s’exprimer au quotidien. Comme vous le savez, j’ai été mannequin pendant quelques années, pendant 8 ans, pour être précise. Je ne suis pas une fashion victime, je ne suis pas les dernières tendances, je ne veux pas avoir absolument un total look branché. Je me fous complètement de ça. J’ai envie de m’habiller comme je veux. Il y a des jours où j’ai envie d’être tout en noire, d’autres ou j’ai envie de porter un short à paillettes dès 11 heures du matin. Je ne me mets pas de règle. C’est un jeu quelque part…

Sur votre site web, vous proposez de gagner une virée shopping avec vous.

Oui ! C’est sympa, je trouve. On va passer une après-midi à aller faire du shopping et du coup, la rencontre avec les gens va être différente. Nous ne serons pas autour d’une table à boire un café et parler de l’album. Ce sera plutôt une rencontre de personne à personne. Ce sera plus intéressant, je pense. Il y aura plus de complicité.

Inna Modja © Marco Sikic

Vous allez partir en tournée en début d’année prochaine. Quel est votre rapport à la scène aujourd’hui ? Parce que vous avez déclaré il y a quelques années que vous préféreriez vous promener toute nue dans la rue plutôt que de monter sur scène…

(rires) Oui ! Mais je montais tout de même sur scène ! Cette peur dont je parlais, je l’ai dépassée au bout de quelques mois déjà. Après la sortie de mon premier album, au bout de quelques mois, j’arrivais à mieux contrôler mon trac, du moins à l’équilibrer avec le plaisir. Le trac, je l’aurai toujours. Tout le monde l’a un peu avant de monter sur scène. Mais j’ai tellement de plaisir à être sur scène. C’est primordial pour moi. Je me réjouis de partir en tournée pour partager ce nouvel album avec le public, et un petit peu du premier aussi. Avec le genre de musique que je fais, je suis plus dans une configuration de live. Et d’ailleurs je pense que les gens qui vont écouter mon album vont avoir envie de live. Si je ne montais pas sur scène, j’aurais une très grande frustration, il me manquerait quelque chose.

Vous êtes née au Mali. Y êtes-vous retournée pour chanter ?

En fait, j’ai chanté là-bas quand j’étais adolescente. Je chantais avec le Rail Band de Bamako. Mais depuis que j’ai fait mon premier album, je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner. J’espère d’ailleurs qu’avec « Love Revolution » je pourrai faire une petite tournée en Afrique parce qu’ils reçoivent les mêmes chaînes de télé que nous et au niveau de la musique, ils ont les mêmes envies qu’ici.

Écoutait-on beaucoup de musique chez vous quand vous étiez enfant ?

Ah oui ! Vous savez, dans la culture malienne la musique a énormément de place. Et chez moi particulièrement. Nous sommes une famille très nombreuse : sept enfants et trois cousines. Donc nous étions dix enfants plus mes parents et tout le monde écoutait de la musique tout le temps. Ça a toujours fait partie de ma vie, la musique.

Avez-vous rapidement voulu devenir chanteuse ?

Depuis mes 14 ans. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire et à composer. J’ai appris toute seule en fait.

Inna Modja © Marco Sikic

Qu’est-ce qui a été le déclic ?

Je ne saurais même pas vous répondre. J’étais tellement passionnée que j’ai écrit spontanément. Je n’avais qu’une idée en tête : écrire et composer. Trouver mon univers, ce que j’aimais faire. Me connaître moi, aussi.

Aviez-vous des idoles ?

Ah oui ! Madonna, Michael Jackson, … J’en avais quelques-unes. J’aimais beaucoup Nina Simone et Ray Charles aussi. J’étais un peu plus rétro que mes copines à l’époque ! Tout le monde adorait Madonna ou Michael Jackson, mais Ray Charles un peu moins… Mais moi, j’adorais toute cette musique. Mon père n’écoutait que ça. C’est d’ailleurs cette musique que j’écoute aujourd’hui encore. J’ai eu la chance de connaître ce genre de musique, ça m’a forgée…

Vous êtes peintre également. Peignez-vous toujours aujourd’hui ?

Ah oui. Je pense que pour moi, ça fait partie de ma vie. J’aime beaucoup ça et je le fais en toute intimité. Ça m’est arrivé d’exposer avec des amis, mais ce qui me plaît le plus, c’est le plaisir de peindre. J’ai commencé en faisant de la peinture sur soie, de la peinture sur verre et puis, je suis passée à des canevas et après un peu sur les murs. Aujourd’hui, je suis revenue au canevas. Je dois avoir une vingtaine de toiles vierges chez moi qui n’ont pas été encore touchées.

Avant de terminer cette interview, j’aimerais que nous parlions un instant d’un sujet plus grave, votre combat contre l’excision. Pensez-vous qu’on peut faire changer les mentalités aujourd’hui et surtout, comment ?

Je pense qu’on peut les changer. Ce sont des traditions qui sont tellement lointaines. Et ce sont des traditions qui sont très ancrées dans la culture. Mais petit à petit, on avance. En Afrique, ça a beaucoup plus été dans le bon sens qu’ici. En fait, en Afrique les gens sont sensibilisés. On les pousse à s’interroger. On les met face à des conséquences physiques et psychologiques qui sont dramatiques. Donc, ils évoluent petit à petit. Mais ici, c’est un peu différent. Les gens, en quittant leur pays et en n’étant pas tout de suite forcément très bien intégrés, durcissent leurs traditions et leurs coutumes pour garder ce lien avec leur pays d’origine. Quand ça avance dans leur pays, eux sont restés un peu bloqués. Et en fait, je pense qu’il faut juste beaucoup sensibiliser et parler. Évidemment il y a des lois pour punir ça, mais je pense qu’il vaut mieux prévenir que guérir, et donc aller parler aux gens. Il y a de nombreux documentaires et films qui ont été faits. Il y a des séminaires. Il faut aller aussi sur le terrain. Ça avance lentement, mais ça avance. Si il y a environ 3000 petites filles à qui ça arrive dans le monde par jour, ne serait-ce que sauver 10 d’entre elles tous les jours, c’est déjà énorme. Je sais ce que c’est que l’excision. Je l’ai vécue physiquement et psychologiquement. C’est vraiment quelque chose de très dur à supporter. Même si moi j’ai fait une chirurgie réparatrice, et que ça m’a permis de me réparer psychologiquement aussi, c’est tout de même une blessure qui reste. Qu’on ne se mente pas, aujourd’hui que je suis réparée, je ne vais pas prétendre que ça n’est jamais arrivé. Mais ça me permet de savoir ce que les autres femmes qui l’ont vécu peuvent ressentir. Ça fait plus de sept ans que je me bats. Aujourd’hui, je bosse avec une association qui lutte plus sur un plan général contre la pauvreté et pour l’amélioration de la condition féminine. On fait du mieux qu’on peut… J’espère que ça peut aider des gens.

Inna Modja © Marco Sikic

On va repartir sur une note un peu plus joyeuse pour terminer cette interview… « Modja » veut dire « petite peste » en Peul. Est-ce que ça vous définit bien ?

(rires) Oui, je pense. C’est un terme très affectueux qui me définit bien. Je ne suis pas méchante (rires), j’ai juste une énorme énergie à canaliser ! Je suis très speed. À l’âge adulte, j’ai réussi à canaliser ça en faisant plein de choses en même temps. Je fais même du yoga pour me calmer ! Mes parents continuent d’ailleurs de m’appeler comme ça. J’ai une petite nièce qui a quatre ans et demi. C’est troublant comme on se ressemble physiquement  et même la personnalité. Et quand je la regarde, je comprends très bien pourquoi mes parents m’ont appelée comme ça… (rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 3 novembre 2011.

-> Site officiel : http://www.innamodja.com/









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