Interview de Claude Barzotti
Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/11/2011. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.
Claude Barzotti revient en force en cette fin d’année 2011 : Il nous propose d’une part un nouvel album de chansons originales, « Une autre vie », et d’autre part un double best-of de quarante titres dont quatre inédits. « Une autre vie » nous a touchés, nous avons voulu en savoir un peu plus. Claude nous a donc reçus chez lui pour répondre à nos questions. Il nous expliquera dans quelles circonstances est né ce nouvel album, peut-être un peu plus grave que les précédents. Il évoquera également les épreuves qu’il a traversées, la complicité qui le lie à Anne-Marie Gaspard (qui lui écrit des textes depuis près de 30 ans maintenant), son rapport avec le public et… la perspective d’un Olympia l’année prochaine. Rencontre avec un artiste émotif et sensible.
IdolesMag : Vous mettez le paquet en cette fin d’année… Un nouvel album de chansons originales (« Une autre vie ») et un double best-of (« C’est mon histoire »). N’avez-vous pas peur que la sortie du best-of ne fasse un peu d’ombre au nouvel album ?
Claude Barzotti : Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais c’est la maison de disques qui l’a imposé. Ce n’est pas une très très bonne idée, je trouve. On a mis en place 20 000 best-of et seulement 4700 ou 4800 du nouvel album. Bien sûr que le best-of va faire de l’ombre au nouvel album. Ça ne veut rien dire… Le best-of, on l’a déjà entendu mille fois. Certaines chansons sont déjà ressorties plus de 12 fois je pense sur d’autres compilations. Donc, ça n’a pas beaucoup d’intérêt, mais on ne peut rien faire contre. C’est déjà pas mal qu’une maison de disques comme Sony Music m’ait accepté. C’est très bien. Au jour d’aujourd’hui, c’est très difficile vous savez…
Le best of s’intitule « C’est mon histoire », le nouvel album « Une autre vie ». On a un peu l’impression d’un nouveau départ. Comme si un cycle se terminait et qu’un nouveau recommençait…
(rires) Oui. J’ai eu des problèmes comme tout le monde le sait avec l’alcool. Aujourd’hui, ça va mieux. Mais on ne s’en tire jamais. C’est une maladie qu’on a à vie puisqu’il n’y a aucun médicament pour la guérir. Tout se passe dans la tête. J’ai eu beaucoup de problèmes et maintenant, ça va beaucoup beaucoup mieux. Il y a d’ailleurs une chanson qui figure sur l’album, « Je reviens d’un voyage », qui en parle. « J’ai jeté mes bouteilles à la mer / J’veux plus jamais voir les rivages / Les pièges empoisonnés de l’enfer » et après je dis « Je reviens d’un si long voyage / d’un vrai paradis… artificiel / crois-moi, crois-moi pas… je m’engage / à sortir enfin de ce tunnel ». Pour moi, c’est une nouvelle vie.
Était-ce important pour vous de partager en chanson et donc avec le public ces épreuves que vous avez vécues ?
Oui. Parce que finalement, tout ce que j’ai écrit tout au long de ma carrière, je l’ai vécu. La première chanson, ça a été « Madame ». J’étais mécanicien de vélo, j’avais 20 ans. Et le patron m’a invité au « Métropole » à Bruxelles boire un verre. Il y avait une dame devant moi qui avait 40/45 ans. Et j’ai flashé sur cette dame. Quand je suis rentré pour travailler, j’étais en train de remettre des rayons à une roue, et l’idée de la chanson m’est venue. C’est une chanson certes facile, mais complètement vécue [Claude entonne le premier couplet de « Madame »]. Il suffisait simplement d’y penser. Toutes mes chansons sont des histoires vécues. J’ai donc voulu parler de ce problème, l’alcoolisme, qui touche beaucoup de personnes.
J’ai l’impression que cet album est un peu plus grave que les précédents.
Oui, vous avez raison. Quand on prend une chanson comme « La Maison est à Vendre » dans laquelle je dis « la maison est à vendre / à qui veut bien l’entendre / ce n’est plus un secret… », j’évoque la crise dans laquelle nous vivons. Je pense que c’est ce qu’il y a de plus triste dans un ménage, c’est quand il faut vendre sa maison. Je voulais en parler. Ce n’est pas triste triste, mais c’est la réalité des choses.
Vous avez écrit une chanson pour votre fille également, « Ma fille se marie ».
Je lui ai dit que j’allais enregistrer un nouvel album. C’était un après-midi. Elle m’a dit « Tu pourrais tout de même écrire une chanson sur moi ! » Et le soir, j’ai regardé la télé, j’ai zappé, il n’y avait rien. Je me suis mis au piano et j’ai écrit cette chanson très rapidement. Alors, elle a 35 ans maintenant, je ne sais pas si elle va se marier un jour… Moi, j’ai 58 ans, et j’ai résisté au mariage ! (rires)
Vous composez et écrivez beaucoup en règle générale ?
Le bon dieu m’a donné un don, c’est l’écriture. Je n’ai aucun mérite. Je me mets au piano et c’est parti. L’internet et les ordinateurs, c’est du chinois pour moi. Pour cet album, j’ai dû écrire une trentaine de chansons. Et j’ai choisi les meilleures. Après, quand on rentre en studio, on regarde ce qu’on peut faire avec les arrangements. « Ma fille se marie » a été une catastrophe à ce point de vue-là… On lui a fait quatre arrangements différents avant de trouver le bon. Il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas comme je voulais. Et comme pour cette chanson, j’avais une idée très précise d’où je voulais l’amener, j’avais l’arrangement en tête, il fallait que ce soit celui-là.
Que faites-vous de ces chansons que vous ne sélectionnez pas ? Vous y revenez un peu plus tard ?
En règle générale, une fois que c’est fini, c’est fini. La page est tournée. On repart sur d’autres chansons.
Vous avez commencé à travailler sur cet album il y a environ six ans. Est-ce qu’il y a eu un déclic ? Une chanson ou un évènement qui a donné son impulsion au projet ?
Je me suis dit qu’il était temps de faire un album, que je me remette à écrire. J’ai pensé que les gens avaient encore besoin de tendresse et d’émotion et je me suis remis à l’écriture. Mais j’avoue qu’au jour d ‘aujourd’hui, c’est extrêmement difficile. J’ai l’impression de recommencer une nouvelle carrière. Je refais des dédicaces, je refais toutes les radios libres. J’ai commencé par le nord, puis j’enchaîne avec le sud. Dans dix jours, je repars dans l’est de la France. C’est inimaginable. Et c’est bien plus difficile qu’avant. Avant, il y avait en Belgique RTL et RTBF et en France, RTL, Europe 1 et RMC. Si une de ces radios vous prenait, et si la chanson était bonne, bien entendu, c’est bien simple, on faisait un succès. Aujourd’hui, ce temps-là est révolu, c’est terminé. On travaille beaucoup plus… et ça rapporte beaucoup moins ! (rires)
Quel regard jetez-vous sur votre métier qui a changé très rapidement ces dernières années ?
Je fais avec. Je suis un peu triste. Le métier n’est plus du tout pareil. Ça a beaucoup changé maintenant. Avant, on vendait 1000 disques, aujourd’hui on en vend 100… Et encore, parfois, c’est 10. Avec « Le Rital », j’ai connu des périodes où je vendais 26 000 disques par jour, aujourd’hui, si on vend 100 disques par jour, c’est une des meilleures ventes… Et c’est la même chose pour tout le monde. C’est vraiment triste, aujourd’hui, les gens téléchargent… Mais je ne me plains pas. J’ai très bien gagné ma vie. Je la gagne encore très bien parce que j’ai la chance de faire encore beaucoup de spectacles. Mais il ne faut plus compter sur les ventes ou les droits d’auteur.
« Une autre vie », qui donne son titre à l’album est tout de même une chanson un peu désabusée…
Pourquoi dites-vous ça ?
Je vais reprendre les deux derniers vers « Je confirme : La terre est ronde / mais j’ai pas trouvé c’que j’cherchais… », ce n’est pas joyeux joyeux…
Disons que je parle un peu de… [L’émotion envahit Claude quelques instants] C’est-à-dire que je n’ai jamais rencontré la femme de ma vie. Je suis un célibataire endurci, je vis avec mes deux chats. Je ne suis pas plus mal, je suis heureux. J’ai mes filles mais je n’ai pas de femme. C’est ce que je dis dans la chanson. On a beau être célèbre, on est toujours entouré par des milliers de personnes, mais quand le rideau est tiré, on se retrouve seul…

Dans un registre un peu différent, vous dédiez une chanson à Mathilde Seigner, « Mademoiselle M ».
(rires) C’est incroyable cette histoire. Mathilde n’a pas arrêté de me faire de la pub en télévision. À chaque fois qu’elle parle chanson sur un plateau de télévision, elle parle de Barzotti ! C’est une fan inconditionnelle et en plus, elle chante mes chansons. J’ai eu la chance de manger avec elle. Elle connait bien mieux ma vie que moi… J’ai souvent des trous de mémoire. Mais elle, elle connait tout ! Je me suis dit qu’il fallait absolument que je lui écrive une chanson pour lui témoigner toute la tendresse que j’éprouve pour elle. Et donc, exceptionnellement, avec cette chanson, « Mademoiselle M », c’est moi qui lui renvoie l’ascenseur. Quand elle l’a écoutée, elle m’a appelé, elle était vraiment heureuse. Elle était un peu comme une folle, comme une gamine. C’est marrant.
Vous êtes son idole, donc lui dédier une chanson a dû lui faire plus que plaisir…
Je ne pensais pas que ça la toucherait autant ! On en revient une fois de plus à ce que je vous disais en début d’interview, toutes mes chansons sont des choses vécues…
Vous retrouvez Anne-Marie Gaspard sur cet opus, avec qui vous écrivez vos chansons depuis trente ans maintenant.
Toutes mes plus belles chansons, je les ai écrites avec elle, depuis le début. Sauf « Madame », que j’avais écrite avant de la rencontrer.
Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?
J’étais directeur artistique chez Vogue à l’époque. Et c’est Edmond Blatchen, qui travaillait à la RTBF, qui m’appelle un jour en me disant « Claude, je connais une fille qui écrit super bien. Elle veut absolument te rencontrer ». Je lui ai dit « Pas de problème ». En plus à l’époque, je n’étais pas connu du tout. Elle avait insisté pour m’envoyer des textes, mais bon... Et puis un jour, j’avais écrit une chanson, « Le temps n’a rien changé », et je ne parvenais pas à l’achever seul. Donc, pour faire plaisir à Edmond, je lui ai envoyé une cassette avec cette chanson. Elle m’a renvoyé le texte, et c’était un chef d’œuvre. Là, je me suis dit que cette fille avait une plume exceptionnelle. Je lui ai donc apporté mes idées… J’ai été la rencontrer, et c’est là que tout a commencé entre nous. C’est une fille extraordinaire. Elle écrit vraiment super super bien.
Comment travaillez-vous tous les deux ?
Le plus souvent, on s’appelle par téléphone. Je lui parle de différentes choses qui me touchent. Elle écrit un texte, puis on se rappelle en voyant ce qui est bien ou pas. Je lui donne mes idées et lui dit ce que j’aimerais qu’elle écrive. Et après, une fois que le texte est terminé, je pose ma musique dessus.
Vous avez travaillé également avec Lyvia d’Alché sur ce nouvel album. Vous aviez déjà travaillé avec elle il y a une dizaine d’années.
Oui. On avait travaillé sur « Les Histoires qui finissent » entre autres.
Préférez-vous travailler avec des auteurs que vous connaissez et avec qui vous avez déjà travaillé, ou aimeriez-vous travailler un jour avec quelqu’un de tout différent ?
Je m’en fous complètement. N’importe qui peut m’envoyer des textes. À partir du moment où ils sont valables et qu’ils me touchent, je poserai une musique dessus. Je ne suis marié ni avec Lyvia d’Alché, ni avec Anne-Marie Gaspard ! (rires) La preuve, c’est que j’ai pris quelques titres de Lyvia d’Alché sur cet album, alors que j’ai l’habitude de travailler avec Anne-Marie. J’aurais du mal à me passer d’elle…
Dans les chœurs, on retrouve la chanteuse Morgane.
Oui… Une fille extraordinaire.
Vous lui avez écrit de nombreuses chansons (deux albums), dont « Nous on veut des violons » avec laquelle elle est partie représenter la Belgique à l’Eurovision en 1992. En gardez-vous un bon souvenir ?
C’est extraordinaire. Je me souviens que j’étais en spectacle au Canada à l’époque. Elle avait été éliminée, puis je ne sais plus trop ce qu’il s’est passé, je pense que quelqu’un a été malade, et elle a été repêchée. Je me souviens très bien que je lui ai écrit l’album qui a suivi au Canada.
Vous êtes restés proches depuis cette époque.
Oui, elle est devenue ma choriste. C’est une choriste exceptionnelle et une femme exceptionnelle, tout simplement.
J’aimerais également parler quelques instants de votre best-of, qui contient quatre titres inédits. Un de ces titres, « Je ne reviendrai plus » est slammé. On vous attend assez peu dans ce registre…
Et en plus, elle ressemble à « Je ne t’écrirai plus » ! J’ai fait une mélodie très simple, j’ai voulu faire un peu comme une chanson classique, pour un peu changer. Et je me suis mis naturellement à parler dessus. Mais ne pensez pas que je suis devenu rappeur !! (rires)
Pourquoi « Jada » ne figure-t-elle pas sur le best-of ?
Parce que je trouve que cette chanson n’est pas belle. Je l’ai faite avec Vincent Handrey, qui est mon ami et qui a été mon secrétaire pendant des années. Mais le texte n’était pas beau. Il a refait le texte plusieurs fois, j’ai même réarrangé quelques phrases, mais je n’ai pas voulu la mettre en fin de compte. Je me suis dit qu’il valait mieux ne pas la mettre, elle était moins forte que les autres. C’est personnel, évidemment…
Vous êtes constamment sur les routes, vous faites plus de 100 galas par an. Quel rapport entretenez-vous avec votre public ?
J’adore écrire des chansons, c’est extraordinaire. J’aime être en studio, parce qu’on part avec un piano et puis ça monte, ça monte, ça monte… Mais être sur scène et avoir un public qui chante vos chansons, c’est le pied. Je termine mes spectacles, juste avant le final, avec ma guitare. Je fais un petit medley avec les chansons les plus connues… Je donne juste le début des chansons puis ils les chantent et je les accompagne à la guitare. Je trouve ça très très beau. C’est vraiment la cerise sur le gâteau.
Comment le public accueille-t-il vos nouvelles chansons ?
Je les ai chantées pour la première fois vendredi dernier. Les gens m’ont dit qu’elles étaient très belles. Ça m’a fait plaisir. Elles ont été très bien accueillies. Il faudrait les faire connaître au grand public maintenant.
Aux mois de février / mars, vous serez en tournée au Québec…
J’aime la Belgique et la France, j’ai fait le Liban, j’ai tout fait, mais le public le plus chaleureux du monde, c’est le public canadien. C’est inimaginable. C’est le pays où j’ai marché le plus fort. Je me souviens que j’ai eu deux CDs qui sont restés pendant plus d’un an dans les 10 meilleures ventes. Donc, dans tous les journaux, on parlait de la « Barzottimania » !! (rires) Je suis vraiment content d’y retourner. Ce sera aux mois de février et mars 2012. On a 22 ou 23 spectacles prévus, je ne sais plus exactement. Mais il y a des doublages puisque certaines dates sont déjà sold out. Je suis vraiment heureux d’y retourner…

Je ne peux pas vous quitter sans vous demander qui étaient vos idoles…
J’ai eu Jacques Brel, bien évidemment. Mais je me suis surtout inspiré des chanteurs italiens. J’ai été professeur de musique à 17 ans… Mon idole, c’était Lucio Battisti. Il a révolutionné la chanson italienne. Dans le temps, c’étaient les grandes voix, et lui est arrivé avec une voix qui n’en était pas une [Claude chante « Pensieri e Parole »]. Il parlait presque. C’était exceptionnel. Je pense que tous les chanteurs italiens ont été inspirés par lui. Au début des années 70 est arrivé Claudio Bagiloni avec « Questo Piccolo Grande Amore », c’était inspiré de Battisti. Mais lui avait une voix exceptionnelle. Après, il y a eu Richard Cocciante… Et j’avoue que je me suis inspiré de ces chanteurs-là. Je me souviens très bien que lorsque j’ai sorti « Madame », certains ont dit que ça ressemblait un peu à du Richard Cocciante. Et après, je suis devenu ami avec Richard… Et il m’a dit un jour que les gens ne voulaient plus passer ses disques parce qu’ils trouvaient que c’était du sous-Barzotti ! Alors qu’il était là bien avant moi et que c’est un compositeur et un chanteur exceptionnel.
Vous avez donc vos galas qui continuent à travers la France et la Belgique et votre tournée au Canada. Mais peut-on espérer prochainement une rentrée parisienne avec votre nouvel album ?
Je pense qu’on va refaire l’Olympia l’année prochaine, en 2012. Par contre, c’est une salle tellement mythique qu’elle me fait extrêmement peur. Je ne vais pas dire que je ne l’aime pas, parce que ce serait mentir, mais elle me fait peur. On a peur de se tromper, peur des journalistes… On n’est pas vraiment à son aise. Mais j’ai un public extraordinaire, tellement chaleureux. Dès que je mets un pied sur scène, ça fonctionne… Mais à L’Olympia, il y a un stress particulier, même si le public est exceptionnel.
Propos recueillis par IdolesMag le 21 novembre 2011.
-> Site officiel : http://www.claude-barzotti.com/
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