Interview de Adam Cohen

Propos recueillis par IdolesMag.com le 15/11/2011.
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Adam Cohen © Shayne Laverdiere

Adam Cohen vient de publier son troisième album solo, « Like a Man », un album sur lequel il assume enfin sa filiation, ses précédents opus étaient dans un registre plus pop/rock. Au cours de cette interview, Adam nous expliquera que les chansons qui composent ce nouvel album sont en fait des anciennes chansons qu’il a écrites tout au long de son parcours mais qu’il a laissées de côté, les jugeant trop proches de celles de son père, Leonard Cohen.

IdolesMag : Tes deux derniers albums sont sortis en 2004 (« Ex-Girlfriend », du groupe Low Millions et « Melancolista »). Pourquoi avoir attendu aussi longtemps (un peu plus de six ans) avant de ressortir ce nouvel album ?

Adam Cohen : Ce n’était pas un acte qui constitue pour moi une attente. Je n’étais pas assis sur mes mains. Ce n’était pas planifié. Ce n’était pas délibéré. J’ai été très occupé. J’ai sorti deux disques en 2004 et ça m’a pris quelques années pour faire de la promo, pour tourner, pour voir si ça allait coller. En 2006, je me suis retrouvé sans compagnie de disques, j’ai été largué. J’ai commencé à travailler pour d’autres artistes, j’ai essayé de remonter une autre carrière. J’ai écrit pour la télé, pour la publicité, et même des bandes sonores pour des pornos. J’ai essayé de gagner ma vie. Après, je suis devenu papa et j’ai commencé un scénario. Je suis devenu ambassadeur de l’art visuel de mon père. On a fait des expos dans le monde entier. J’ai commencé à écrire une comédie musicale pour Broadway sur la vie de mon père. J’ai enregistré un disque avec mon groupe qui n’est jamais sorti.

Le fait de devenir papa t’a-t-il beaucoup changé ?

Oui. C’est très connecté à cette mission d’être un « Cohen », avec plus d’honneur et de fierté. Je me suis retrouvé un soir à table avec mon fils d’un côté et mon père de l’autre. J’ai senti une connexion très profonde entre nous. J’ai ressenti une responsabilité aussi. Je voulais faire partie de la tradition dans laquelle j’étais né. Je savais que j’appartenais à la famille, mais mon rôle dans la famille n’avait pas encore été très bien établi. Avec la naissance de mon fils, j’ai eu un point de repère beaucoup plus clair.

Adam Cohen - DR

La plupart des titres qui composent cet album ont été écrits il y a très longtemps.

Effectivement. Et non seulement ça, mais il n’y a pas de chanson qui a été écrite pour cet album. C’est une collection de chansons que j’ai écrites au cours de ma carrière et que j’ai au fur et à mesure abandonnées.

Pourquoi les as-tu laissées sur le côté ?

C’est très simple. Elles ressemblaient trop à des chansons que mon père aurait pu écrire. Je voulais à tout prix établir ma propre voie. Et je pensais d’ailleurs que c’était ce que les gens attendaient de moi. Donc, quand j’écrivais quelque chose qui ressemblait trop à ce qu’il faisait, je l’abandonnais, je la cachais. Cet album est en fait une déclaration de fait que j’appartiens à cette tradition Cohen, que j’ai finalement la maturité, le courage et la sagesse d’embrasser.

Avais-tu montré toutes ces chansons à ton père ?

Oui. D’ailleurs, il m’a presque supplié à plusieurs reprises de faire ce disque. J’avais peut-être peur, mais je pensais que les gens n’allaient pas s’y intéresser. Pire que ça, je pensais qu’il y avait comme une cible sur ma tête ! Je pensais que faire un disque qui honore son influence sur moi allait être une catastrophe.

Quand on écoute l’album, il se dégage une grande spontanéité. Comment l’as-tu enregistré ? Live ?

Je l’ai enregistré très très vite. En tout, ça a pris deux semaines, ça s’est fait plus ou moins en live. C’était le souhait du réalisateur. Il voulait à tout prix qu’on fasse de notre mieux pour évoquer le son des années 60. Et pour ça, il fallait qu’on ait des règles. On enregistrait tout presque en même temps, avec les musiciens dans la même salle. On n’avait pas le droit de reprendre autant de fois qu’on voulait. D’ailleurs, il nous a dit que si on n’y arrivait pas en trois prises, on passait à une autre chanson.

Adam Cohen, Like a ManQui a réalisé la pochette ?

C’est une artiste autrichienne qui s’appelle Alice Wellinger. J’étais assez déçu avec les propositions de design qu’on me faisait pour la pochette. Et un soir, j’ai vu l’image que cette artiste autrichienne avait faite. Je l’ai contactée sans la connaître et sans savoir si elle était connue ou non. Je lui ai dit que j’avais X dollars et je lui ai demandé si je pouvais utiliser cette image. Elle m’a répondu que oui, tout simplement.

Écris-tu beaucoup en général ? Comment est-ce que ça se passe ?

Ce n’est pas souvent, et ça sort difficilement. Je soigne mes textes, je prends mon temps. Je n’écris pas juste pour écrire, j’écris quand j’ai l’impression que je vais avoir quelque chose de bien et de bon à dire.

Retravailles-tu tes chansons après coup ? Ou bien quand une chanson est écrite, elle est écrite ?

Non. Je ne retravaille pas dessus. Parce qu’une fois que je me mets au boulot, je ne lâche pas. Quand je déclare une chanson finie, c’est que j’ai mis tout ce que je voulais dedans. Il n’y a plus besoin de la retravailler.

Quels sont les balbutiements d’une chanson pour toi ?

C’est un petit bout de phrase ou une phrase qui me vient à l’esprit, qui est connectée à une histoire que j’ai pu vivre ou voir ou quelque chose dont j’ai envie de parler.

Tu es actuellement en tournée en Europe. Quel est ton rapport à la scène ? Quelque chose d’essentiel ou quelque chose de douloureux ?

Ni l’un ni l’autre. C’est une vocation. En quelque sorte, c’est un archétype, une vision de moi-même que je me suis créée très jeune, adolescent. C’est un rêve que je n’ai pas encore changé. Je vis une vie qui a été conçue quand j’étais jeune homme. Je ne suis plus un jeune homme aujourd’hui mais je vis toujours cette vie.

Adam Cohen © Shayne Laverdiere

J’imagine que tu a écouté pas mal de musique quand tu étais enfant. Quel genre de musique tes parents écoutaient-ils ?

Il y avait deux camps. Ma mère écoutait les artistes de la Motown, Marvin Gaye, Bob Marley, etc… tout ce genre de musique. Et d’un autre côté mon père écoutait plutôt des chansons à texte.

Et toi, quels étaient tes goûts musicaux ?

Un mélange des deux.

Avais-tu des idoles ?

Oui. Et j’ai toujours une idole… J’ai eu cette idole très jeune et je ne sais pas vraiment d’où c’est venu ni pourquoi il a capturé mon imagination comme il l’a capturée. C’est Mohamed Ali, Cassius Clay. J’ai d’ailleurs appelé mon fils Cassius…

As-tu rapidement voulu devenir chanteur ?

Pour moi, ce n’était pas une décision. C’était un fait accompli. Je ne me suis jamais posé de questions à ce propos. Je n’ai jamais fait de déclaration. J’ai juste suivi le chemin sur lequel je me suis trouvé.

À quel âge as-tu écrit ta première chanson ?

Très jeune. Elle n’était pas très bonne. Je devais avoir 5 ans…

Adam Cohen © Shayne Laverdiere

Tu as fait un duo avec Virginie Ledoyen, « Happyness »,  sur ton précédent album, « Melancolista ». Comment s’est passée votre collaboration ?

Je ne sais pas exactement où ni comment je l’ai rencontrée. Je pense que nous avions des amis en commun. À l’époque, je m’étais décidé à écrire un album en français. J’avais jeté l’ancre près de la francophonie. À cause de mon obsession et de mon amour pour Gainsbourg, je voulais recréer une chanson du genre de « Bonnie & Clyde ». J’avais écrit un texte inspiré du Tartuffe de Molière qui était fait pour un duo. Malgré cette présentation assez ésotérique et littéraire, je l’ai invitée à participer en espérant qu’il y ait un côté romantique, mais ça ne s’est pas produit…

Tu as vécu pendant douze ans en France, tu y viens régulièrement, ton précédent album était en français. Aimerais-tu réécrire en français dans l’avenir ?

J’ai un peu de soucis et de doute quant à réécrire un album en français. J’aimerais mais je ne sais pas si j’en serais capable. J’ai des doutes, je ne sais pas…

Propos recueillis par IdolesMag le 15 novembre 2011.

-> Site officiel : http://www.adamcohen.com/









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