Interview de Alys

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/10/2011.
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Alys - DR

La jeune Alys vient de sortir son premier album, « Happy Days », un album résolument pop, assez pétillant dans son ensemble, même si elle évoque certains thèmes plus lourds, comme l’anorexie. Nous avons donc été à la rencontre de cette jeune auteure-compositrice-interprète afin d’en savoir un peu plus sur elle et son parcours. Elle qui est d’un naturel assez réservé nous a avoué prendre beaucoup de plaisir sur scène.

IdolesMag : On a tendance à dire qu’un premier album est une sorte de présentation, une carte de visite en somme. Peut-on dire qu’il vous ressemble cet album ?

Alys : Oh oui ! Je pense qu’il me ressemble… J’ai tout fait pour en tout cas. J’ai commencé à l’écrire il y a six ans en fait. Avant, j’avais déjà eu des expériences de travail avec des auteurs/compositeurs qu’on m’avait présentés dans des maisons de disques. J’avais enregistré des choses qui ne me correspondaient pas vraiment, même si j’avais pris beaucoup de plaisir à travailler avec eux. Et donc, ça n’a pas fonctionné, j’ai envie de dire, forcément. Je me suis donc dit qu’il fallait absolument que je fasse ce que j’aimais. Et donc, en ça, je pense que cet album me ressemble.

Vous travaillez donc dessus depuis 6 ans.

C’est à cette époque que j’ai commencé à composer et à écrire des textes et que j’ai rencontré des musiciens, avec qui je travaille toujours aujourd’hui d’ailleurs. Petit à petit, on a monté tout ça. On a fait beaucoup de scène. Les chansons qui figurent sur l’album sont donc des chansons sur lesquelles on travaille depuis six ans.

Alys - Happy DaysIl y a quelque chose de très cinématographique dans vos chansons, du moins une imagerie particulière. Aimeriez-vous écrire pour le cinéma ?

Ah oui… J’aimerais beaucoup. En plus, j’ai un frère qui est réalisateur, François Rabes. C’est lui qui réalise mes clips. Je pense que j’ai donc été sensibilisée à l’image assez tôt, parce que mon frère a toujours fait des films. L’image et la musique ont toujours été très liées dans ma tête. Après, ce n’est pas forcément une chose à laquelle je pense lorsque j’écris une chanson. Mais c’est vrai que de voir des images se poser sur une musique que j’ai écrite, c’est quelque chose que j’aime beaucoup. J’aime tout ce qui est préparation de clip, j’aime penser à des images qui peuvent être parlantes par rapport à ce que j’ai pu écrire comme texte. C’est quelque chose que j’aime beaucoup.

Et écrire et composer sur des images imposées, comme pour la pub pour RTL info en Belgique, est-ce quelque chose qui vous plaît également ?

Oui. J’ai en effet composé récemment une chanson pour une pub RTL. Le thème était imposé. Il fallait partir de l’idée de partager des infos et partager l’actualité. C’était un travail assez différent de celui que j’ai l’habitude de faire pour mes propres chansons. Mais je pense que le résultat est assez réussi. J’ai bien aimé faire ça aussi. Et puis, quelque part, il y a « un peu moins de boulot », entre guillemets (rires), puisqu’on vous donne déjà un thème. C’est intéressant de travailler sur un thème imposé.

En tout cas chaque chanson de l’album suggère assez rapidement une image.

Tant mieux. Mais ce n’est pas forcément pensé ni réfléchi. Ce n’est pas stratégique. C’est peut-être dû au fait que quand j’écris une chanson, j’essaye vraiment de raconter quelque chose. Même si c’est en anglais… (rires) Et j’espère y être parvenue, à raconter des choses, justement.

Quand on lit vos textes, certains sont assez joyeux, d’autres plus profond. Je pense notamment à « Anna », qui parle de l’anorexie. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur ce thème ?

L’anorexie a touché une personne de ma famille et cette personne en est décédée. C’est donc un sujet dont j’ai beaucoup entendu parler. C’est d’ailleurs un des tout premiers textes que j’ai écrits. Après, « Anna » reste une chanson très imagée tout de même. Quand on me pose la question, je dis d’emblée que ça parle de l’anorexie parce que c’était ce que je voulais. Mais le texte reste très imagé. Il y a beaucoup de métaphores. Ça parle plus du mal-être de quelqu’un que de l’anorexie-même. Il y a juste certains mots qui y font penser comme « Fridge ». Mais je ne suis pas rentrée dans les détails de cette maladie qui est assez douloureuse…

N’avez-vous pas été tentée d’écrire certains textes en français afin que le public les comprenne peut-être un peu mieux ?

Ce n’est pas que je n’en ai pas envie. Disons que ça ne me correspondrait pas vraiment. Et surtout, je vais être très honnête, je ne sais pas le faire. Je pense qu’il faut vraiment être poète pour écrire en français, c’est mon avis en tout cas. Et pour le coup, c’est quelque chose que je ne sais pas faire du tout. Je me cantonne donc à faire ce que je sais faire. Ayant passé beaucoup de temps aux États-Unis  quand j’étais plus jeune, quand j’ai commencé à écrire, l’anglais m’est venu naturellement. C’est dû aussi très certainement au style de musique que j’écoutais. La pop est tout de même liée à la langue anglaise par essence. Encore une fois,  il ne faut pas y voir quelque chose de pensé ou réfléchi. C’est juste que ça s’est présenté à moi comme ça. Même si il y a quelques années les maisons de disques étaient assez réfractaires à signer des artistes français qui chantaient en anglais, aujourd’hui, ça a changé un tout petit peu tout de même…  Dans la musique, soit on fait quelque chose qui nous ressemble, soit on ne fait rien. Je ne pourrais pas faire quelque chose qui ne me ressemble pas, même s’il y a une attente. Après, je ne suis pas du tout contre la langue française. D’autres le font très bien…

Alys - DR

Peut-être que dans l’avenir ça vous démangera.

Je ne sais pas du tout. Je ne peux absolument pas vous répondre par rapport à ça. Je n’en sais rien. Pour l’instant, je n’ai pas eu cette envie particulière. Pourtant, j’ai écouté plein d’artistes français en admirant leur talent d’écriture. Écrire en français, c’est un exercice bien particulier et je pense qu’il faut vraiment être doué pour le faire.  C’est sûr que quand on écoute Brel et Aznavour… on se sent tout petit ! (rires)

Vous faites une reprise pour le moins inattendue, c’est « Just because of you » (chanson extraite du film « Les Bronzés font du ski »). Comment cette idée vous est-elle venue ?

Le plus simplement du monde. J’étais chez moi, ce devait être il y a trois ans. Je me souviens que j’étais en train de faire la vaisselle. Comme vous le voyez, c’est très précis… (rires) J’avais regardé « Les Bronzés font du ski » pour la énième fois à la télé. Les films de l’équipe du Splendid, je les ai regardés dès mon plus jeune âge. Et je les regarde encore très souvent, comme beaucoup de gens, je pense. C’était l’époque où je cherchais à faire une reprise un peu détournée. Je n’avais pas envie de faire une reprise pour faire une reprise non plus. Sur scène, on reprenait déjà The Beatles, qui est beaucoup plus dans la veine de ce que je fais. J’avais donc envie de prendre une chanson totalement à l’opposé. Et quand le générique est passé, je me suis dit que la mélodie était super. Je suis arrivée en répétition et j’ai proposé de faire cette reprise. Tout le monde m’a regardée en me demandant si j’étais vraiment certaine de mon choix… (rires) Mais comme j’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire dessus, ça a fonctionné.

C’est une chouette idée en tout cas. Étonnante mais cohérente avec le reste de l’album.

Vous savez, ce n’est pas si difficile que ça de faire une reprise à partir du moment où la mélodie de base est bonne. Ce serait peut-être plus difficile avec un tube d’aujourd’hui qui est méga-produit. Mais c’est un exercice que j’aime bien, la recherche de son. On a donc fait cette reprise assez simplement.

L’album est sorti en téléchargement le 14 mars dernier, et se retrouve plus de six mois plus tard, le 26 septembre, dans les bacs. N’est-ce pas un peu tuer la sortie physique ?

Pour qu’une sortie physique fonctionne, il faut qu’il y ait un peu de promo autour du projet. Sinon, les grandes enseignes renvoient les albums au bout de quinze jours. Il était bien prévu que l’album physique sorte dans la foulée de la sortie numérique. Mais pour être très honnête, nous n’avions pas assez de promo dans les médias pour que ça donne quelque chose en magasin, sachant que la vente physique des disques est assez réduite maintenant. Donc, vous imaginez les conséquences pour l’album d’un artiste qui n’est pas connu ? Ça aurait été un peu l’échec assuré. Du coup, on a pris la décision avec Universal de repousser la sortie physique de l’album pour avoir un petit peu plus de chance. Ce n’était donc pas quelque chose de voulu, mais nous n’avions pas assez de visibilité à l’époque. Entre temps, on a joué aux Francofolies cet été et on a été un peu plus présents dans les médias. Je pense donc qu’une sortie physique est plus propice aujourd’hui.

Aujourd’hui, c’est un peu le parcours du combattant pour tous les chanteurs…

Il faut être tellement visible dans tous les médias pour qu’il se passe quelque chose ! C’est la règle, mais c’est difficile. Clairement.

Vous venez de me parler des Francofolies. Quel est votre rapport à la scène ?

Ça a toujours été assez essentiel pour moi. J’ai d’ailleurs fait mes armes sur scène. Je faisais du chant depuis longtemps, donc, je connaissais la scène. Mais monter sur scène avec ses propres chansons, c’est vraiment autre chose. On est beaucoup plus mis à nu. Quand on a commencé le projet, avec mes musiciens, nous savions qu’il fallait qu’on aille sur scène. La question ne s’est même pas posée tant c’était évident. Bien évidemment, il fallait qu’on présente des choses, mais très vite, dès qu’on en a eu l’occasion, on est allé sur scène. Au début, c’étaient des potes qui nous faisaient faire des premières parties sur des toutes petites scènes, dans des bars. Pour nous, c’était essentiel de présenter notre projet devant un public pour avoir une réaction immédiate. C’est quelque chose de très important à mes yeux, en tout cas… Après, je sais qu’il y a des artistes qui aiment moins la scène. Pour monter sur scène, il faut tout de même travailler sur soi un minimum. Tout dépend des personnalités. Certains vont trouver ça facile, à la limite, ils en ont littéralement besoin. Quand on est un peu plus réservé, ce n’est pas forcément quelque chose de très facile à faire. Ce qui est mon cas, d’ailleurs, je suis d’une nature assez réservée. Je suis suffisamment extravertie pour avoir besoin de monter sur scène avec mes chansons, mais il y des trucs sur lesquels je travaille, parce que ce n’est pas toujours évident de se mettre à poil devant les gens. Mais en même temps, j’aime ça aussi. C’est un peu une dualité…

Alys - DR

Vous avez joué ce week-end dans le TGV Annecy-Paris. Est-ce un exercice qui vous a plu ? Et aimez-vous l’idée d’amener la musique dans des endroits inattendus ?

Oui ! C’est rigolo. Et ça laisse des souvenirs uniques. C’est assez marrant comme contexte. On ne peut pas dire que ce soient de bonnes conditions. Pour tout vous dire, j’avais mal au cœur tellement ça bougeait ! (rires) Pendant qu’on jouait, ça allait, mais après, ça a été l’enfer !! Mais c’est sympa. Ce qui est marrant, c’est créer un peu l’effet de surprise, parce que les gens ne s’y attendent pas du tout. Du coup, il se crée une ambiance très spéciale dans cet espace aussi étroit. C’est rigolo parce qu’après le concert, on peut discuter avec les gens et on peut savoir en direct ce qu’ils ont ressenti en écoutant les chansons. On a joué 40 minutes, ce n’était pas très long non plus, mais c’était très sympa.

C’est un peu comme les artistes qui jouent en appartement. Ce sont des endroits où on ne s’attend pas à venir écouter de la musique.

Il y a quelques années, avec des amis musiciens, on avait fait un concert en appartement également. C’était très marrant et très chouette. Les gens viennent pour passer une bonne soirée et ils assistent à un concert. C’est sympa. Ça sort un peu du cadre habituel de la scène… Ce sont de chouettes expériences. J’appréhendais un peu le TGV pour tout vous dire, surtout que c’est un peu (beaucoup) compliqué au niveau technique, parce qu’il y a des coupures de courant tous les quarts d’heure, donc il faut amener assez de matériel pour jouer dans de bonnes conditions. J’appréhendais, c’était un peu particulier mais très sympa.

J’aimerais maintenant en savoir un peu plus sur votre parcours. Écoutait-on beaucoup de musique chez vous quand vous étiez gamine ?

Quand même. Mon père jouait du piano. Il a toujours joué quand on était petit. Chaque fois que mon père se mettait au piano pour jouer une chanson, c’était un bon moment. Donc, oui, de par mon père, il y avait une ambiance musicale à la maison. Mon père n’était pas très CD, il disait toujours qu’il avait la musique dans sa tête et qu’il n’avait pas besoin de CD. Ma mère, elle, pour le coup, était une grande consommatrice de musique !

Avez-vous rapidement voulu devenir chanteuse ?

Je pense que je l’avais au fond de moi assez tôt. La musique, c’est quelque chose qui m’a toujours complètement transportée. J’étais dans ma bulle et j’écoutais ma musique. Comme j’étais, et que je suis toujours d’ailleurs, quelqu’un d’assez réservé, c’était quelque chose que je ne disais pas dans ma famille. Certainement par peur qu'on se fiche de moi. J’avais du mal à dire que je voulais chanter. Et puis finalement, j’ai pris mes premiers cours de chant à 18 ans. Ma famille, je pense, au départ était un peu étonnée par ce choix, à cause de ma personnalité assez réservée. Faire un métier public dans lequel il faut se montrer ne faisait pas vraiment partie de ce qu’ils avaient envisagé pour moi… Je pense qu’ils ont été étonnés de mon choix.

Aviez-vous des idoles quand vous étiez ado ?

Ah ouiiiii !

Qui étaient-elles ?

J’ai beaucoup écouté Simon & Garfunkel. J’ai beaucoup écouté Madonna aussi. Même si ça n’a rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui… Mariah Carey aussi. Un peu plus tard, j’ai découvert The Coors et The Beatles. J’ai beaucoup écouté Eva Cassidy aussi. C’est une des plus belles voix que j’ai jamais entendues. J’ai vraiment écouté plein de choses différentes. Je ne pourrais pas vous donner une personne en particulier parce que j’ai vraiment écouté tellement de choses… C’est pour ça que ces idoles font ce que je suis aujourd’hui, et en même temps pas vraiment. Parce que si je vous dis que j’adorais Whitney Houston, vous allez me demander « C’est quoi le rapport » !! (éclats de rires)

Alys - DR

L’album a été écrit il y a pas mal de temps maintenant, j’imagine que vous êtes déjà repartie sur de nouvelles compos.

Exactement. Là, je suis en pleine écriture en ce moment. J’essaye de ne pas répéter le premier album, tout en restant cohérente. C’est une période assez difficile en fait parce que le premier album est en gestation pendant super longtemps. On a tout le temps pour le faire. Le deuxième, c’est différent. Je n’ai pas forcément envie des mêmes choses. J’ai envie de nouvelles rythmiques. Pour l’instant, je travaille là-dessus. J’ai écrit pas mal de choses et il y a au moins 90% dont je ne suis pas contente. (rires) Je suis en pleine période de recherche en ce moment, en fait…

Ce n’est pas difficile de faire la promo d’un album alors que vous êtes déjà passée à autre chose ?

Non parce que j’arrive à faire la part des choses. Je sais qu’en ce moment, il faut défendre cet album et faire en sorte qu’un maximum de gens le connaissent. Et puis le fait d’écrire de nouvelles choses, c’est également pour la scène. Parce que soit mes musiciens ou moi, nous avons besoin de nouvelles choses. De nouvelles chansons créent des motivations différentes. Et puis aussi, mine de rien, ça fait six ans qu’on joue ces chansons et certaines personnes reviennent nous voir. Même si les arrangements ont beaucoup changé en six ans, c’est tout de même sympa de proposer des choses un peu différentes au public. C’est aussi comme ça qu’on crée un album, en jouant les chansons sur scène…  Nous ne sommes pas du tout lassés de jouer les anciennes chansons, mais c’est important dans un concert de se mettre un peu en danger aussi. Parce que jouer une nouvelle chanson sur scène fait qu’on est peut-être un peu plus concentrés.

Il y aussi une certaine excitation.

Voilà ! Quand on propose quelque chose sur scène, c’est qu’on l’a bien bossé avant, donc, il n’y a pas d’angoisse mais une réelle excitation.

Propos recueillis par IdolesMag le 5 octobre 2011.

-> Site officiel : http://www.alys-music.com









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