Interview de Anggun

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/06/2011.
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Anggun © Paolo Zambaldi

Anggun revient avec son cinquième album en France, « Echos », un album que nous avons adoré. Nous avons donc rencontré Anggun afin qu'elle nous explique avec qui elle a travaillé pour ce nouvel opus, et quels thèmes elle allait aborder. Elle nous parlera notamment de « L'Étiquette » qu'on lui a collée, et reviendra sur l'échec commercial de son précédent album en France, alors qu'il a cartonné dans le monde entier!... Nous aborderons aussi des thèmes comme le déracinement (Anggun qui est indonésienne vit aujourd'hui en France), et l'année 2001, « l'Année du Serpent » avec le 11 septembre. Nous reviendrons également au cours de notre entretien sur sa carrière, elle a commencé à chanter à l'âge de 7 ans et a sorti son premier disque à 9 ans. Et ne manquerons pas de parler avec elle de sa fille qui, comme elle nous l'a confié, préfère écouter Lady Gaga que sa maman! Rencontre avec une artiste touchante.

IdolesMag : Depuis quand travaillez-vous sur cet album?

Anggun : Je suis chanteuse et dans la musique depuis bientôt 25 ans. Mais les Français ne le savent pas forcément puisque j'ai commencé ma carrière en Indonésie. La musique, c'est mon identité. Quand je ne fais rien qui a à voir avec la musique, c'est un peu comme si je mourrais. Jusqu'ici, j'ai fait partie des artistes qui ont beaucoup de chance : j'ai un contrat de disque et je me produis sur scène. Et comme à chaque fois, je vais sortir un album en français et un en anglais. L'album en français sera produit chez Warner, et l'album en anglais, c'est moi-même qui le produis, j'ai un label actuellement. Donc, faire de la musique, ça fait partie de mes besoins à l'heure actuelle. La musique se confond tout à fait avec ma vie personnelle. Faire de la musique, c'est un peu comme si je mangeais ou je buvais... Il faut que je chante et que j'écrive, c'est vital...

Anggun, EchosPouvez-vous un peu me parler de l'équipe que vous avez réunie autour de vous pour « Echos », et m'expliquez comment vous les avez rencontrés et choisis?

Ça fait partie des heureux hasards de la vie... Souvent les maisons de disques me proposent des personnes et donc, je les rencontre. Le courant passe ou pas, c'est selon. Bien entendu, il faut que le travail de ces artistes-là me plaise. Après, il faut toujours qu'il y ait un petit quelque chose en plus, un truc plus personnel. Je ne veux pas juste travailler avec des gens, il faut autre chose. Et donc, j'ai rencontré Jean-Pierre Pilot et William Rousseau, qui m'ont tout de suite proposé Vincent Baguian pour l'écriture. C'est après qu'Olivier Schulteis est arrivé. Et d'un autre côté, j'ai travaillé avec Gioacchino Maurici [le frère de Calogero], qui cherchait à me joindre depuis plusieurs années déjà. Il avait envie de travailler avec moi. C'est à New-York que nos chemins se sont croisés. Et nous avons fait de belles choses ensemble. Il faut savoir que j'ai un handicap énorme, c'est de ne pas savoir écrire des paroles en français. Et je ne sais même pas si j'aurais envie de savoir le faire un jour dans le fond! Je n'ose pas, ce n'est pas ma langue maternelle et je ne la maîtrise pas encore tout à fait. Et finalement, je trouve que de ne pas être parfaite en langue française, c'est un magnifique problème quelque part... Parce que je pourrais me priver d'immenses talents comme Vincent Baguian, qui a une écriture absolument remarquable. J'en suis complètement fan.

Sur les différentes éditions de vos albums (française, anglaise et indonésienne), les chansons gardent les mêmes mélodies, mais gardent-elles les mêmes thèmes?

Pas forcément. Ce n'est pas quelque chose que je demande aux auteurs. Souvent, les chansons existent d'abord en anglais. Après, ce sont les auteurs qui adaptent les textes, soit en adaptation libre, soit en écriture fidèle. Mais ce n'est vraiment pas quelque chose que je demande. Ça dépend... Il y a certaines chansons qui gardent la même idée, mais pas forcément la même histoire. Et en fait, quelque part, j'aime bien l'idée que les chansons aient plusieurs identités. C'est quelque chose que l'on peut faire à chaque fois, puisque, comme vous le savez, lorsque je sors un album, c'est toujours dans les trois langues. Je m'amuse donc un peu avec les chansons, qui ont une autre vie et une autre identité, en fonction de la langue dans laquelle elles sont chantées. Par contre, même si le thème et le texte ne sont pas les mêmes, chaque chanson garde toujours son âme, qu'elle soit chantée en français, en anglais ou en indonésien. C'est un peu comme moi finalement... quand je chante en français, en anglais ou en indonésien, je chante différemment, mais je reste toujours la même. C'est toujours la même personne qui chante, en l'occurrence moi! (rires)

Le précédent album, « Élévation », était parti dans une direction plus hip hop et R'n'B. Ici, vous revenez à des chansons plus pop, plus fédératrices, aussi, je trouve...

Vous savez, chaque fois que je fais un album, j'essaye toujours de faire quelque chose de différent. Je m'ennuie assez rapidement, en fait. C'est aussi pour cette raison que dans ma vie, je fais beaucoup de voyages, je change beaucoup de choses dans ma vie personnelle... Et dans ma musique, c'est la même chose. Nous en parlions avant l'interview, en France, on aime bien cataloguer les artistes et on a peur de tout ce qui est nouveauté ou métissage. Comme je ne suis pas d'origine française, j'ai un peu de mal à comprendre ça. Je ne comprends pas que la même artiste ne puisse pas avoir des titres pop, pop/rock, R'n'B ou variétés tout simplement... On dirait que ce sont des genres qui ne peuvent pas se mélanger, tout simplement. Ce n'est pas comme aux États-Unis ou en Angleterre où ce mélange est même recommandé et plébiscité. Ce n'est pas vu d'un mauvais oeil. Et puis surtout le public suit les changements artistiques.

Anggun © Paolo Zambaldi

« Élévation » n'a pas rencontré son public en France, alors que partout ailleurs dans le monde, il a cartonné.

Je suis un peu déçue qu'il n'ait pas trouvé sa place en France. Parce que c'est un album dont j'étais vraiment très fière. J'en était super contente. Il a d'ailleurs très très bien marché en Asie. Je ne comprends pas cette énorme différence entre les pays : un magnifique succès en Asie et un piètre succès en France, alors que l'album était le même. Je traduis ça en me disant que les Français sont peut-être un peu plus frileux, et que le public français a peut-être besoin d'être un peu rassuré, et donc, a peut-être besoin que les choses ne changent pas. Je me rappelle, il y a super longtemps, lorsqu'il y avait encore « Dimanche Martin », cette émission quasi religieuse (rires), ils avaient changé la couleur des rideaux, et ils ont reçu énormément de plaintes de gens qui disaient que c'était mieux avant. C'est assez drôle qu'un changement aussi minime que la couleur des rideaux, puisse déranger autant le public! (rires) Mais en même temps, je n'ai pas non plus envie que ma musique soit dictée par ça. J'ai tout simplement envie de rester fidèle à mes envies de voyage et de changement.

Ça se ressent dans l'album.

J'avais envie de chansons qui m'apaisent comme « Je partirai », et en même temps, je voulais des choses qui montrent que je sais m'amuser et... que je m'amuse! J'aime autre chose que la pop music, c'est donc pour ça qu'il y a aussi Axel Bauer qui m'a donné une chanson comme « promets-moi le ciel », que je trouve magnifique. Et à côté de ça, il y a Dominique Spagnolo qui arrive avec des orchestrations superbes, il a vraiment revisité certains arrangements. C'est un album dont je suis assez fière. Je suis très contente du résultat, parce que je ne me sens pas comme si j'étais en train de faire une espèce de compromis ou si j'étais en train de me raconter des histoires qui ne sont pas les miennes...

Tout ce que vous venez de me raconter apparaît dans une chanson, « L'Étiquette ».

Exactement. On nous demande d'être une certaine chose et d'avoir une certaine image. Je me rappelle, à mes tous débuts en France, mes producteurs m'interdisaient de dire certaines choses sur moi, comme ma religion, par exemple. Et je ne le comprenais pas. Parce que je ne pense pas qu'il y ait quelque chose de mal à dire que je suis musulmane et que je peux vivre ma féminité et ma modernité tout en étant musulmane. Au contraire, je trouve que c'est bien que les gens sachent qu'il y a un autre visage de l'Islam que celui que les gens peuvent voir ici. Et donc, ça fait partie des choses que Vincent [Baguian] a très bien comprises. Et il a écrit un texte là-dessus. À la première lecture de ce texte, j'ai ressenti des sensations bizarres, comme une espèce de soulagement, mais aussi une espèce de peur. Et en même temps, j'étais émerveillée qu'il m'écrive ce genre de choses. Et donc, « L'Étiquette » parle exactement de ça. Ça parle de la différence qu'il y a entre une certaine hypocrisie du métier et ce qu'on est réellement. Et ça explique comment c'est difficile souvent de montrer qui on est au-delà d'une certaine limite...

Anggun © Paolo Zambaldi

Il y a une chanson qui s'appelle « L'Année du Serpent », qui parle de l'année 2001. On y parle des événements du 11 septembre, mais aussi de cette année 2001 qui a été assez moche pour vous personnellement...

Ah oui! Et il n'y a pas que pour moi dans le fond. 2001 a été une année assez catastrophique pour beaucoup de gens. Il y a eu beaucoup de maladies et de décès, et le « summum », si je puis dire, ça a été le 11 septembre. C'est un thème qui me suit depuis un bon moment. Et tout simplement, je parlais avec Marie Bastide du fait que je voulais parler de cette « année du serpent ». Ça fait donc  référence à l'astrologie chinoise. Lorsque le serpent change de peau, il est obligé de se nourrir beaucoup plus, il mange toutes sortes de choses. Et donc, nous faisions partie de ses victimes. J'ai voulu parler de ce qu'il s'était passé en 2001 avec cette métaphore-là. Cette chanson est née de cette conversation.

Dans « Déracinée », vous évoquez le déracinement. Vous sentez-vous justement un peu « déracinée »?

C'est un mot que j'ai longtemps laissé sur le côté. J'ai toujours refusé l'idée (ou en tout cas toujours nié le fait) que je sois déracinée. Je préfère dire que je fais pousser d'autres racines dans d'autres pays. En même temps, on ne peut pas prendre racine si on n'a pas été déracinée ailleurs. Même si mon départ de l'Indonésie s'est vraiment bien passé, c'est comme un acte de chirurgie. Le fait de quitter un pays ou une culture où on a ses habitudes, où on est bien, c'est une forme de déracinement. Donc, quelque part, oui, je suis déracinée. Mais l'important est de ne pas rester dans la mélancolie, et surtout de savoir que c'est une belle chose que d'aller ailleurs. Même dans les moments les plus tristes (parce que la tristesse fait partie des choses nécessaires dans la vie), c'est tout de même joli...

Allez-vous monter sur scène avec « Echos » ici, en France, Suisse et Belgique?

Oui! Je suis une artiste qui tourne beaucoup, mais peut-être pas assez en France. C'est pour ça que les gens n'arrivent pas trop à me situer, je pense. Je tourne énormément en dehors. Mais bien entendu, tout naturellement, je défendrai cet album sur scène. Si tout va bien, je serai en tournée en France avant l'été 2012. J'ai une équipe de musiciens auxquels je suis fidèle depuis bientôt 10 ans maintenant.

Anggun © Paolo Zambaldi

C'est important pour vous la scène?

Oui. Très. Ce qui est important, c'est que les chansons trouvent leur place sur scène, puisque les chansons sont faites pour être jouées sur scène et donc devant un public. Et puis, vous savez, j'ai découvert ce monde de la musique d'abord par la scène. Je suis montée sur scène à l'âge de 7 ans, et j'ai sorti mon premier album à 9 ans. Ça a toujours été comme ça. D'abord la scène, et puis l'album et ainsi de suite. Et maintenant, vu le marché du disque, la scène est devenue de plus en plus importante, beaucoup d'artistes ont de plus en plus de mal à vivre de leur musique. On dirait qu'ils font des albums, et que ces albums sont uniquement le prétexte de monter sur scène. C'est étrange de remarquer qu'en fait j'ai quitté l'Indonésie à cause de ça, et que maintenant en France, ça devient comme ça. L'album est devenu comme un support ou un passage obligatoire pour ensuite aller sur scène. Pour moi, ça a toujours été une entité : je fais un album donc je fais de la scène. Maintenant les artistes qui n'avaient pas l'habitude de la scène sont obligés d'y aller. Mais en tout cas, en ce qui me concerne, c'est quelque chose qui est indissociable de la musique!

Comme vous venez de me le dire, vous avez commencé votre carrière très très tôt. Aviez-vous tout de même des idoles, alors que vous étiez déjà professionnelle?

Oui, j'ai toujours idolâtré Freddy Mercury. Il n'y a rien que l'on puisse jeter, c'est quelqu'un qui avait un charisme énorme et fou sur scène. C'est un chanteur inégalable. Un mélodiste magnifique. Il nous a quittés trop vite. Je me suis d'ailleurs souvent amusée à dire que c'était Freddy Mercury qui m'avait appris à chanter. Parce que tout simplement, j'ai toujours eu tous les albums de Queen, et quand je chantais, j'essayais de reproduire le même son que lui! Et comme, à l'époque, j'étais une chanteuse de rock, je chantais presque comme lui. Je m'amusais à le dire en tout cas. Aujourd'hui j'adore Trent Reznor du groupe Nine Inch Nails. Il n'y a pas beaucoup de gens comme lui. En ce moment, il a une nouvelle carrière, il fait des musiques de films, notamment pour « The Social Network », il a d'ailleurs eu un Oscar pour ce film. Il a aussi produit certaines chansons de David Bowie, qui est également une autre de mes idoles.

Anggun © Paolo Zambaldi

Vous êtes devenue maman il y a quatre ans. Est-ce que ça a changé l'artiste que vous êtes?

Oui et non. Sur le côté travail, non, à part sur des plans très très personnels. Mais par contre, il y a des choses que je ne peux plus faire... Je ne peux plus partir de chez moi plus de 8 jours d'affilée. Ma fille me manque trop! Mais autrement, à part ce côté « organisation », ça n'a pas changé grand chose dans mon travail. Si ce n'est que ma fille me donne encore plus de motivation. Aujourd'hui, je sais pourquoi je me lève, pourquoi j'ai envie de réussir, pourquoi je fais les choses en fait. J'ai envie qu'elle soit fière de mon travail. Elle adore déjà la musique!

Et elle écoute qui?

Elle n'écoute pas trop sa maman! (rires) Elle préfère Lady Gaga, je ne sais pas trop pourquoi! Elle doit trouver ça drôle!  (rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 27 juin 2011

-> Site officiel : http://www.anggun.com/









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