Interview de Rita Tabbakh, Shéhérazade
Propos recueillis par IdolesMag.com le 06/10/2011. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.
La troupe de la nouvelle comédie musicale de Félix Gray, « Shéhérazade, les 1001 nuits », débarque sur la scène des Folies Bergères à Paris à partir du 1er décembre. Le spectacle, qui a déjà été joué au Québec, s’annonce féérique. Nous avons rencontré Rita Tabbakh lors de son passage à Paris. Au cours de cette interview, Rita nous parlera longuement de son rôle, Shéhérazade, et de l’écho qu’elle trouve en elle, elle qui a des racines libanaises. Elle nous parlera également de son parcours. Elle a été notamment Esméralda dans « Notre-Dame de Paris » et a joué dans la comédie musicale « Dracula » de Bruno Pelletier. Nous évoquerons sa reprise de « mon amie la Rose » de Françoise Hardy. C’est cette chanson qu’elle a envoyée à Félix Gray pour les auditions de Shéhérazade. Rita travaille actuellement sur son premier album solo. Rencontre avec une artiste fort sympathique.
IdolesMag : Vous serez sur la scène des Folies Bergères pour jouer « Shéhérazade, les 1001 nuits » prochainement. Vous en réjouissez-vous ?
Rita Tabbakh : Nous sommes tous très excités de cette éventualité. Mais dans la troupe, il y a des artistes qui ont déjà eu la chance de venir chanter en France. Pour ma part, ce sera la première fois, donc, je dois avouer que l’énervement est encore plus grand ! Je suis vraiment heureuse de venir chanter en France.
Qu’est-ce que ça vous fait de chanter pour la première fois sur une scène française?
Je trouve ça émouvant. Parce que c’est quand même une perspective que je caressais depuis longtemps, bien avant « Shéhérazade ». Ça faisait partie de mes rêves d’adolescente. J’ai écouté énormément de chanson française. On a la même langue et on partage un peu la même culture. Donc, c’est sûr que je me sens très honorée de venir chanter en France.
Pouvez-vous un peu me parler de votre rôle, Shéhérazade ? Vous sentez-vous proche d’elle ?
Oui. C’est un rôle qui est très inspirant, en fait. Nous avons des points communs, c’est sûr. Déjà le fait que mon père ait des origines orientales, il est libanais. Ces racines libanaises que j’ai me rapprochent beaucoup du personnage de Shéhérazade. Mais dans la psychologie du personnage, on ne peut pas dire que j’en sois où elle en est au niveau de la paix intérieure. Shéhérazade, c’est une femme entière, une femme rayonnante, une femme qui est bien dans sa peau, une femme qui est fondamentalement heureuse avec ce qu’elle vit. C’est une femme qui croit beaucoup en la bonté des gens et la bonté naturelle de l’être humain. Je trouve ça tellement inspirant, surtout dans un monde comme celui dans lequel nous vivons actuellement. C’est assez difficile de déceler le bon de l’être humain aujourd’hui. Jouer ce rôle tous les soirs, ça me plaît beaucoup, ça m’aide à croire que c’est possible.
L’histoire de Shéhérazade vous fascinait-elle déjà quand vous étiez enfant ?
Je la connaissais un peu. Mais très honnêtement, je ne connaissais pas beaucoup l’histoire de Shéhérazade en elle-même. Je connaissais surtout les contes qu’elle racontait : Aladin ou la lampe merveilleuse, Ali Baba et les quarante voleurs, Sinbad le Marin… tous ces contes qu’on voyait en dessin animé. Shéhérazade, pour moi, c’était une princesse orientale avec plein de beaux bijoux dorés, des sarouels et des voiles. C’était plus une image qu’autre chose. Une image de princesse, en somme. Et j’étais une gamine qui rêvait des princesses…
Vous êtes assez nombreux sur scène.
Oui, nous sommes 23 artistes. Il y a des danseurs, des danseuses, des chanteurs et des chanteuses, mais également trois musiciens qui jouent en live sur scène. Ils sont tous les trois d’origine arabe et jouent avec des instruments traditionnels orientaux. On a donc un aoud, un violon et un derbouka pour les percussions. Et nous avons aussi des numéros folkloriques de danse orientale, un ballet plus traditionnel, et de la danse contemporaine à certains moments. C’est donc un assez beau mélange de cultures.
Comment vous êtes-vous retrouvée dans cette aventure ? Vous aviez déjà joué le rôle d’Esmeralda dans « Notre-Dame de Paris », je pense.
Oui, dans une petite production en fait. J’avais également touché à la comédie musicale avec un spectacle qui s’appelle « Dracula, entre l’amour et la mort », dont l’instigateur n’est autre que Bruno Pelletier, que vous connaissez par le biais de « Notre Dame de Paris », entre autres. Bruno Pelletier m’avait donné le rôle d’une de ses vampiresses. « Dracula » était ma première comédie musicale de cette envergure. Et puis, pour les auditions de « Shéhérazade », j’ai tout bonnement répondu à une annonce dans le journal. Je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de ça, que je ne pouvais pas laisser passer ma chance. J’ai donc envoyé ma maquette, mes photos et mon CV, et on m’a appelé pour une première audition, s’en sont suivies de nombreuses autres. Et en fin de compte, j’ai reçu le cadeau que j’espérais : le rôle de Shéhérazade !
Vous qui êtes d’origine libanaise, aimeriez-vous allez jouer « Shéhérazade » au Liban ?
Oh ! Mais oui… Ce serait tellement formidable pour moi. Sincèrement, je serais extrêmement émue d’avoir l’occasion de faire ça. Extrêmement émue. Je pense que ça serait une tellement belle conclusion à cette aventure. Vraiment. Ce serait un retour aux origines, ce serait très significatif pour moi.

Chantait-on beaucoup chez vous quand vous étiez enfant ?
C’est étrange, parce que pas tellement dans le fond. On chantait un peu dans la famille de mon père, surtout. Mais la musique n’avait pas une très grande place chez nous. Je me demande même des fois aujourd’hui comment j’en suis arrivée là ! (rires) Je suis passée par la danse et le mannequinat à un moment donné, ça m’intéressait énormément. Mais j’ai vraiment découvert la musique à l’adolescence à travers la poésie en fait. J’écoutais beaucoup les chanteurs et les chanteuses français, comme Barbara, Brassens, Brel, Léo Ferré, etc… Et c’était la poésie de ces chansons-là qui m’attirait. C’est vraiment à ce moment que j’ai découvert mon intérêt pour la musique. J’avais des choses à exprimer et c’est à travers la voix que ça s’est fait.
C’était donc plus le texte que la musique qui vous intéressait.
Oui. Au début oui, et toujours aujourd’hui, même si la musique me plaît beaucoup aussi. Le texte est extrêmement important pour moi. C’est le texte qui me dicte mon interprétation. Après, la voix s’installe. Mais c’est vraiment le texte qui m’inspire.

Aviez-vous des idoles et en avez-vous toujours ?
Dans les artistes américaines, je pense que c’est vraiment Tori Amos, qui était mon idole quand j’étais adolescente, et je pense bien qu’elle ne s’est pas fait déclasser encore ! En tout cas, pas totalement. Je ne l’écoute plus aussi souvent qu’avant, mais elle reste une référence pour moi. Une référence musicale et une référence artistique à tous les niveaux. Ses chansons me touchent énormément. Et tous les albums qu’elle a faits quand j’étais adolescente, comme « Little Earthquakes », « Under the Pink », « Crucify », ce sont des albums que j’adore. Je regarde encore souvent les DVD live de Tori et c’est une source d’inspiration inépuisable pour moi.
Quels sont vos débuts dans le show business ?
J’ai suivi un artiste canadien qui s’appelle Jean Leloup. C’est un auteur-compositeur québécois qui a des origines algériennes. Il est assez connu au Maghreb d’ailleurs je pense. Je l’ai rencontré dans un café et on s’est mis à jaser. Je l’ai donc suivi en tournée en tant que choriste. Ça a été vraiment mon premier pas dans ce métier. Après, j’ai signé différents types de contrats, j’ai été engagée dans des comédies musicales. Et de fil en aiguille j’arrive à « Shéhérazade » et… éventuellement un album solo.
Jouer un rôle, c’est formidable, mais interpréter ses propres chansons c’est encore autre chose. Vous travaillez donc déjà sur un projet solo ?
Oui. Il est en cours de création en ce moment. Je travaille avec des compositeurs et des auteurs. On est en train de découvrir ça. On est en pleine phase de création avec tout ce que ce processus implique de questionnement et de recherches. Des doutes aussi, parfois. Mais des grands bonheurs quand on trouve la petite étincelle…

Vous qui aimez tant la poésie, allez-vous écrire des textes ?
Oui. J’aimerais beaucoup. Je me suis rendue compte à travers les années et à travers les différents spectacles auxquels j’ai participé que j’aimais vraiment travailler en équipe. Et je me suis rendue compte que le travail d’auteur n’était peut-être pas fait pour moi. Du moins, pas pour l’instant. Je m’y plais beaucoup moins en fait. Donc, en ce moment, je collabore à certains textes, et il y en aura peut-être un qui sera de moi à part entière, mais ce n’est pas certain. Mais de toute façon, il y aura mon empreinte sur chacune d’entre elles.
Sur le net, on trouve une très jolie interprétation de « Mon amie la Rose » de Françoise Hardy. De quand date cette reprise ?
C’est drôle que vous me parliez de ça… C’est un enregistrement que j’ai fait en une heure seulement. Ça a été très rapide. C’est juste une petite maquette que j’ai envoyée à Félix Gray pour avoir une entrevue pour le rôle de Shéhérazade. N’ayant pas encore beaucoup d’enregistrements, j’ai donc mis cette reprise sur mon MySpace, et puis un fan en a fait une vidéo et l’a postée sur youtube. C’est comme ça que la chanson s’est mise à circuler. Mais à la base c’était vraiment une maquette, très minimaliste avec juste une guitare. J’aime beaucoup ce titre qui est un peu oriental, tout en gardant son côté chanson française.
Propos recueillis par IdolesMag le 6 octobre 2011.
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