Interview de Stupeflip

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/10/2011. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.



Stupeflip © Frédéric Leschallier

Le nouvel album de Stupeflip, « The Hypnoflip Invasion », est dans les bacs depuis le début de l’année. Il ressort le 7 novembre dans une édition collector avec deux inédits. Stupeflip sera également sur la scène de l’Olympia le 1er novembre, et en tournée dans toute la France. Nous avons donc voulu en savoir un peu plus sur le personnage énigmatique de King Ju, qui a écrit une « Lettre à Mylène » et qui mélange titres rap et titres très variété. Rencontre du troisième type avec King Ju, toujours masqué…

IdolesMag : Peux-tu me dire dans les grandes lignes dans quelles circonstances est né le projet Stupeflip?

King Ju : Comment a germé le projet?... ça fait des années que je fais de la musique. J’avais un quatre pistes à l’époque. Ça devait être en 1990. Je viens plutôt du graphisme et de la BD et puis à un moment, on a créé Stupeflip. Le CROU a été formé en 1972. Et la durée de vie de Stupeflip et du CROU va de 1993 à 2011.

Et après 2011, il se passe quoi ?

Alors, vois-tu je ne lis pas dans l’avenir. Bien malheureusement. Mais je pense que l’univers de Stupeflip est à tiroir et il peut ne jamais mourir. Tellement il vit tout seul… (rires)

Stupeflip, The Hypnoflip invasionTu fais tout en auto prod, n’est-ce pas trop difficile ?

Ça ne change pas beaucoup pour moi. J’ai toujours tout fait chez moi avec un matériel pas très gros. Donc, ça ne change pas grand-chose… Par rapport au milieu de la musique, il y a le paradoxe de l’artiste. L’artiste, c’est vraiment l’antithèse de l’argent et du business. Malheureusement, pour en vivre, comment faire en tant qu’humain ?

C’est un peu le nerf de la guerre.

Oui, c’est le nerf de la guerre. Mais dans un projet artistique normalement ce n’est pas ça… Celui qui pense à l’argent en faisant quelque chose d’artistique, bon… je ne sais pas. Il y a quelque chose d’antinomique. Je suis associé avec quelqu’un, parce que les histoires de business, je suis vraiment très nul… Donc, je vends mon âme au diable ! (rires)

Depuis combien de temps travailles-tu sur ce nouvel album, « The Hypnoflip Invasion » ?

Il y a des trucs que j’ai depuis 12/13 ans… Quand Stupeflip est sorti en 2000, j’avais déjà le projet depuis 1994. Je fais des sons depuis des années, j’en ai plein. J’en fais cinq/six par jour. Donc, tu t’imagines de ce que je peux avoir depuis des années. Et chaque fois, je reviens dessus. C’est toujours en évolution. Je les fais vivre. Je fais sans arrêt des nouveaux trucs aussi…

Et bosser pour les autres, ça te plairait ?

Ah oui, j’aimerais bien, mais tu sais, je ne sais pas si tu as remarqué, mais Stupeflip c’est tout de même un truc un peu bizarre… une espèce de fusion qui ne ressemble à rien. Et c’est vrai que pour l’instant faire des productions avec d’autres artistes, ça leur fait un peu peur… C’est un projet qui vit tout seul un peu. Il n’y a pas vraiment de collaboration. C’est un peu comme un livre déjà écrit au départ.  Donc ce serait difficile de faire rentrer Marc Lavoine dedans. Quoique ce serait marrant… Mais je ne déteste pas Marc Lavoine en plus ! J’aime bien la bonne variété française, et il n’y en a plus beaucoup.

Dans l’album, il y a d’ailleurs quelques morceaux très pop et très variété.

C’était drôle de mélanger les genres. Comme on en a parlé avant l’interview, il y a du bon dans chaque musique. J’ai choisi de faire des morceaux électro un peu bizarroïdes à la « Partenaire Particulier » mélangés avec du rap bizarre avec des versions un peu obsessionnelles, un peu hypno…flip ! (rires)

Stupeflip © Frédéric LeschallierQuand on écoute « Mon cœur qui cogne », on n’est pas très loin de l’univers de Lio, Jacno, etc…

Tu sais, j’ai rencontré plusieurs fois Jacno. On a bossé ensemble. Je l’adorais mais il est mort aujourd’hui. « Mon cœur qui cogne » sonne un peu comme du Corinne Charby aussi. « Boule de flipper »… C’est Pop Hip [l’autre pseudo de Julien Barthélémy, aka King Ju] qui fait ces morceaux un peu pop électro 80, mais ils sont difficiles à assumer parce qu’ils ne sont pas très bons, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire… Je ne les assume pas trop ces morceaux-là. Ils donnent un peu d’air dans le disque. S’il n’y avait pas ces morceaux-là, l’album serait beaucoup moins marrant. Mais ils renforcent le côté sombre par une association. C’est un peu noir/blanc, méchant/gentil. J’aime bien les trucs manichéens. Dans un projet artistique, c’est intéressant je trouve.

Tu dédies une chanson à Mylène Farmer [« Lettre à Mylène »]. Pourquoi elle ?

Pour emmerder le monde. À l’époque, en 2000, on a fait un truc à la Boule noire avec Stupeflip avec tous les branchés de Paris. La Boule Noire était pleine à craquer. Et comme ils ne connaissaient pas ma tête, pendant deux heures, alors que les mecs étaient compressés dans la chaleur, je leur ai balancé le best of de Mylène Farmer. C’était génial. Voir tous ces gens qui ne comprenaient pas ce qui leur arrivait était jouissif ! Mylène Farmer, voilà, c’est les années 80… Mais pour moi, j’ai plus l’image des claviers de Laurent Boutonnat en tête. Le personnage de Mylène est tout de même très intéressant. Elle a fait plein d’argent en parlant de la mort et de trucs un peu dark. Je trouve ça fascinant, moi. Il y a pas mal de sexe aussi. Je trouve ça intéressant. Dans la forme c’est peut-être un peu trop variété, mais c’est quand même pas mal… Prends le morceau « California », je ne sais pas si tu le connais [King Ju chante le premier couplet de « California »]. Tu prends une grosse baffe.

Et si elle te propose un duo tu le fais ?

Il paraît qu’elle a écouté le truc. Je le sais d’un éditeur qu’elle connaît bien et avec qui je bosse. Quand  elle l’a écouté, elle a dit texto qu’elle n’en avait rien à foutre. (rires) Donc, tout va bien.

Elle n’a donc pas répondu sur ton email ?

Non.

Tu te présentes toujours masqué. Pourquoi ?

Je mets un masque parce que ce sont plutôt ceux qui ne sont pas masqués qui me font peur. Il y en a qui montrent leur tête dans les médias. Comment font-ils pour se montrer et puis après rentrer chez eux prendre leur bain ? Ils vont se faire emmerder dans la rue… Je n’arrive pas à comprendre ! Soit ce sont des gens qui ont un égo surdimensionné, soit ils ont un gros manque à combler. Là, je suis tranquille chez moi dans le 13ème. Je n’ai pas envie qu’on m’emmerde et qu’on me reconnaisse. Et puis c’est aussi politique. Montrer sa tête partout, c’est assez vulgaire. Il y a un côté voyeur. C’est le show-business : show, montrer et business, argent ! Je suis un peu contre tout ça… Mais je suis un peu dedans.

Stupeflip, pour IdolesMag

Tu te considères plus comme un artisan.

Bien sûr. À fond. Faire un morceau de musique, c’est de l’artisanat. C’est comme quand tu prends une chaise, que tu la rabotes, que tu reprends un morceau… C’est un truc très simple en fait. Ça n’a pas forcément de prétention artistique.

Tu bosses beaucoup ?

Oui. énormément. Je suis souvent dans des petites périodes dépressives. C’est un peu de la dépression molle. Et puis tout d’un coup, il y a un truc d’excitation de folie, j’ai le cœur qui bat, je roule un petit joint et je fais de la musique. Je suis heureux. Mais ce n’est pas tout le temps. Quand je bosse, je suis comme un dingue. Je suis un acharné. Quand je bosse sur un disque, je peux rester deux jours sans rien bouffer. Si tu manges, ça te ramollit le cerveau. Je suis un obsessionnel. Mais tous les vrais artistes sont des obsessionnels. Tous les gars que tu connais qui te disent qu’ils sont artistes mais qui ne sont pas obsessionnels, ne sont pas de vrais artistes. Quand tu crées, il y a comme une obsession, comme un truc vital. Mais je ne suis pas en train de me la péter quand je te dis ça… Il y a beaucoup de grands imposteurs dans ce métier !

Tu seras sur la scène de l’Olympia le 1er novembre. L’Olympia représente-t-il quelque chose pour toi ou est-ce une scène parmi d’autres ?

Je ne vais pas me la jouer rebelle, mais je n’en ai rien à foutre. Les concerts, j’aime moins. Quand je sais que des gens comme Dalida, que je n’aimais pas trop, l’a fait 45 fois, bon… je relativise. Je n’aime pas trop le live. J’ai toujours été déçu quand j’allais voir un groupe que j’aimais bien sur scène. À la limite, je n’avais même plus envie d’écouter les disques après. Donc, oui, l’Olympia, bof… c’est un moment promotionnel qui va faire pschitt. Après, il n’en restera pas grand-chose, à part peut-être un DVD. Moi, je préfère produire un clip, une chanson ou un disque qu’un live parce que tu ne sais jamais vraiment le contrôler. J’aime moins ça… Mais on le fait quand même pour le public. Pour l’image aussi…

Stupeflip © Frédéric Leschallier

« The Hypnoflip Invasion » va ressortir en version collector le 7 novembre.

Avec deux titres inédits ! Un collector ça a rapport avec le culte. Et le mot culte a été apposé à pas mal de choses. Et pendant cinq ans avec Stupeflip, il n’y a rien eu. Et ça nous a beaucoup aidé justement qu’il n’y ait rien. Les petits écoutaient ce qu’ils avaient dans leurs chambres, ils se sont approprié les sons. Et du coup, c’est devenu un peu culte, je pense… Vendre un objet collector, ce n’est pas pour le côté business, c’est parce que j’aime l’objet. Je suis très fan de l’objet. Mais c’est un truc de ringards et de vieux. J’ai 43 balais, je ne sais pas si tu t’imagines… je suis de ceux qui achetaient des CDs dans les années 90 !!

Le graphisme est aussi très travaillé.

Je suis très intéressé par la pochette aussi. L’image et le graphisme. C’est aussi pour ça que j’aime les objets, parce qu’un mp3 qui traine dans un ordinateur, ça ne représente rien. Mais on ne vend plus d’objets aujourd’hui, ou très peu. On peut se permettre ça parce qu’on a tout un univers graphique qui est intéressant.

Propos recueillis par IdolesMag le 21 octobre 2011.

-> Site officiel : http://www.stupeflip.com/






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