Interview de Christine

Propos recueillis par IdolesMag.com le 23/09/2011. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.



Christine © David Morganti

Nous avions quitté la rutilante Christine au milieu les années 70. Elle renaît aujourd’hui grâce au tandem rouennais « Christine » formé de Aeon 7 et Kunst Throw (alias Steph et Nico). Christine a été « Découverte au Printemps de Bourges » cette année et le groupe se retrouve déjà aux Transmusicales de Rennes le 1er décembre prochain. Il faut dire que leur morceau « Catharsis » est une petite bombe électro, un peu crade et vintage, tout ce qu’on aime ! Les remixes du groupe sont aussi de véritables petites tueries. Nous avons donc voulu en savoir plus sur ce tandem très prometteur. « Christine » va nous en mettre plein les oreilles !

IdolesMag : Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?

Kunst Throw : Nous nous sommes tout simplement rencontrés dans notre ville, Rouen, où nous étions tous les deux DJ. Aeon 7 était DJ depuis assez longtemps et avait sa petite notoriété sur place. Par contre moi, j’arrivais à Rouen, et le seul gars avec qui j’avais envie de bosser, c’était lui. Nous nous sommes donc rencontrés par le biais de nos soirées respectives dans des bars.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ensemble ?

Aeon 7 : En fait, quand nous nous sommes rencontrés, nous avons parlé de nos univers musicaux respectifs, et on s’est rendu compte qu’on avait en fin de compte le même parcours. On était très influencés par le funk, le scratch et toute la scène un peu trip hop, DJ Krush, tout ce son des années 90/2000. Nous étions d’une part très influencés par cette musique et d’autre part, on avait envie d’aller dans une direction électronique très actuelle, quelque chose de plus dansant et peut-être moins pointu que toutes ces productions qui nous avaient influencés.

Comment bossez-vous ensemble ?

Aeon 7 : On démarre généralement un projet chez soi, on développe l’idée, et puis au fur et à mesure, chacun apporte son petit grain. On construit le morceau bloc par bloc. En fait, il y a vraiment un  travail qui est fait chacun de notre côté, puis une confrontation d’idées… Après on fait le ménage. Et on ne garde que ce qui reste.

Kunst Throw : On a tous les deux à peu de choses près les mêmes compétences techniques. On est tous les deux producteurs de musique électronique sur informatique. On bosse de la même façon en fait. Et tout l’intérêt d’être deux, c’est de confronter nos idées et d’avoir un avis supplémentaire.

Êtes-vous très productifs ?

Kunst Throw : c’est un peu notre défaut, ça… (rire) Parce que pour nous un morceau ne se fait pas en deux heures ou en trois jours. Ça demande une grosse réflexion. On veut prendre du temps pour avoir du recul sur nos morceaux. On veut absolument être fiers de chaque morceau ou chaque remix qu’on lâche. Donc, au final, ça ne fait pas de nous des gens très productifs… En moyenne, on doit produire un morceau tous les mois ou tous les deux mois.

Christine © L. Vilarem

Ce n’est pas énorme, effectivement…

Kunst Throw : Il y en a qui peuvent se permettre de prendre le temps, et tant mieux pour eux. Mais nous, on doit aller assez vite parce qu’on doit faire nos preuves. Donc, il faudrait que la cadence s’accélère. Mais quand on lâche un truc, on veut en être super contents.

On a dû vous poser la question des dizaines de fois. « Christine » évoque la fameuse voiture diabolique de John Carpenter et Stephen King… Pourquoi vous être appelés « Christine » ?

Aeon 7 : En fait, nous sommes de très grands fans de John Carpenter, de son cinéma et bien évidemment de ses BO. C’est un univers qui nous correspond et qui nous définit bien tous les deux. Ce n’est jamais évident de trouver un nom de groupe, mais on trouvait que « Christine », comme c’était l’histoire d’amour assez passionnelle, et même destructrice, d’un homme et d’une machine, ça nous correspondait bien. On passe beaucoup de temps sur nos machines, et donc, ça peut susciter la jalousie de la part des gens avec qui on est ! (rires) On est un peu accaparés par nos machines et ce n’est pas toujours facile à accepter pour la personne avec qui on vit. Et puis, il y a aussi tout le côté esthétique du film, la voiture rugissante et angoissante. C’est vraiment un univers qui nous correspond.

Kunst Throw : Il y avait aussi la volonté de trouver un truc très simple, qui se retient bien et qui puisse passer à l’international. À la base, comme nous étions DJ, nous avions chacun notre pseudo de DJ. C’étaient des noms assez compliqués, et donc, nous voulions vraiment faire différent à ce niveau-là. D’où le « Christine »…

« Christine » est aussi le prénom d’une jeune fille. N’est-ce pas un peu risqué pour un groupe de deux mecs ?

Kunst Throw : Au départ, nous nous sommes pas mal posé la question. Mais au final, il y a eu beaucoup plus de pour que de contre. Quand un groupe choisit un nom, il l’assume de toute manière. Donc, nous, on l’assume et ça ne nous choque pas.

Aeon 7 : Maintenant, je ne pense pas qu’on va traîner l’inspiration de Carpenter tous les jours. Christine, c’est juste un prénom. Ça définit bien évidemment la prénom d’une femme. Et ça colle bien à ce côté sensuel que notre musique peut dégager. Tout ça pour te dire qu’on ne va pas s’enfermer dans l’image de « Christine – Carpenter ».

Kunst Throw : « Christine », c’est aussi une entité, un personnage fictif derrière lequel on se cache.

C’est en tout cas une très bonne idée. Surprenante, mais intéressante !

Kunst Throw : Je ne te cache pas que certaines personnes nous ont dit avoir été surpris en venant nous voir, ils pensaient voir arriver une petite nana ! (rires) Mais je pense que les gens qui font un minimum de recherches, quand ils voient les visuels et la musique qu’on propose, se rendent compte que « Christine » n’est pas une jeune fille… (rires) Et puis, si on a choisi « Christine », c’est aussi pour ne pas être le énième groupe électro qui s’appelle « Watchin’ Machine » ou des trucs comme ça. On voulait sortir de ce carcan.

ChristineUn EP va sortir prochainement.

Aeon 7 : Il va être probablement un peu repoussé. On vient de commencer le démarchage des labels. Donc, on est dans l’attente en ce moment. Disons que début 2012, il y aura des choses définies.

Kunst Throw : Par exemple, « Catharsis », même s’il commence à être bien diffusé, on aimerait le sortir sur un label. On en a d’autres dans les tiroirs. Là, en ce moment on bosse beaucoup sur de nouveaux titres. Donc, c’est pour cette raison que le EP a pris un peu de retard.

Parallèlement, vous remixez pas mal.

Kunst Throw : Effectivement.  Il y a pas mal de remixes en cours qui vont sortir dans les mois à venir. Mais en fait, on est dans une optique très live pour le moment. Nous voulons vraiment développer le live et assurer les dates qui arrivent… dont des dates très importantes comme les Transmusicales de Rennes [le jeudi 1er décembre au Liberté]…

Vous êtes en ce moment plus sur le live que sur une sortie d’un Ep ou d’un album, si je comprends bien.

Kunst Throw : Effectivement. Mais la sortie d’un Ep est bien d’actualité tout de même !

Le live est-il essentiel à vos yeux ?

Kunst Throw : Complètement. Tu sais, la base de notre projet, c’est tout de même la musique. Et le live, c’est une présentation plus complète de notre projet.

Aeon 7 : Il y a la vidéo qui prend une place importante.

Kunst Throw : On aime bien montrer que nous sommes différents. On utilise des platines vinyles et on scratche beaucoup, c’est quelque chose qui se fait un peu moins aujourd’hui. On utilise de la vidéo derrière nous. On a beaucoup travaillé sur les lumières aussi. On veut vraiment faire nos preuves là-dessus. Et puis, jouer en live devant les gens, c’est vraiment le top. Je pense que c’est bien d’avoir une belle assise sur scène, et puis sortir les morceaux après.

Christine © David Morganti

Le projet « Christine » joue beaucoup sur l’image et le graphisme également.

Aeon 7 : Mais c’est encore à peaufiner et à améliorer. Disons qu’on a ajouté de la vidéo, parce qu’il faut jouer sur le visuel. On a donc fait intervenir des images de films vintage des années 70 dans l’ambiance de nos morceaux. Ce sont des vidéos qu’on a faites nous-même. Nous cherchons quelqu’un qui pourrait nous faire de la création. Nous on fait des patchworks. La finalité du projet, c’est que nous voulons quelque chose de très visuel.

Kunst Throw : On a vraiment la volonté de créer tout un univers. Pas juste avoir un nom et des morceaux et puis broder autour. On essaye de créer tout un univers visuel , graphique et esthétique autour de la musique.

Aeon 7 : On aimerait que notre spectacle ressemble à un road-movie. Rouler en voiture, justement (rires), avec un tas de couleurs musicales différentes.

Vous avez été « Découvertes au Printemps de Bourges » cette année, vous êtes programmés aux Transmusicales de Rennes, tout commence à bouger autour de vous. Comment vivez-vous cette effervescence ?

Kunst Throw : On est juste super heureux ! On a pas mal bossé dans notre petit coin… et c’est hyper compliqué d’avoir un minimum de visibilité et de jouer dans des endroits sympa. C’est vrai que là, avec le « printemps de Bourges » et tout ce qui se passe depuis quelques mois, on est super contents parce qu’on fait juste ce qu’on avait envie de faire tous les jours depuis très longtemps. En semaine, on se lève pour faire de la musique, et le week-end, on part sur les routes pour faire des concerts. On rencontre plein de gens, des artistes qu’on a kiffés pendant des années. Pour nous, c’est une sorte de petit rêve qu’on est en train de vivre. À très petite échelle pour le moment, mais on espère que ça va grandir…

Tu viens de me parler des artistes que vous avez kiffés pendant des années. Je ne peux pas ne pas vous demander qui étaient vos idoles.

Aeon 7 : J’avais 20 ans dans les années 90. J’ai donc vécu toute la période grunge avec Nirvana et tous ces groupes rock comme « Rage against the machine », etc… Ce qui est marrant, c’est qu’aujourd’hui ces groupes que j’ai aimés se mettent à l’électro. Ce sont des sons que j’ai aimés et qui reviennent aujourd’hui avec des remixes électro, ça me fait marrer…

Kunst Throw : J’ai aussi adoré la période rock des années 90. Je suis un peu plus jeune que Aeon 7, donc, j’ai vécu les Nirvana et autres quand j’étais ado.

Aeon 7 : Moi j’ai vu Nirvana en vrai !… (rires)

Kunst Throw : Oui, toi, tu as été les voir en concert et pas moi, ok ! (rires) Mais j’aime aussi beaucoup le rock des années 70, du style Hendrix, The Doors ou Pink Floyd. J’ai adoré tous ces trucs-là.

Aeon 7 : On aime tout ce qui est vintage en fait ! On est fan de funk, de disco, de rythm’n’blues, bref, de tout ce qui couvre les années 60, 70 et même 80. On aime bien jouer avec les références et d’ailleurs on les intègre dans nos morceaux, mais aussi dans nos vidéos. On essaye de faire une sorte de patchwork avec tout ce qu’on a pu aimer quand on était gamin, sans forcément l’avoir vécu. On aime bien aller fouiller dans le passé. C’est notre touche vintage.

Christine © L. Vilarem

On entend très bien vos influences vintage sur vos morceaux et même les remixes.

Aeon 7 : On fait de la musique électro, mais on n’est absolument pas fan de techno, de house ou de musique synthétique. On aime les sons électro, mais il faut qu’ils soient un peu crades, un peu vieillis, un peu grunge… En résumé, un peu organiques et un peu vivants, mais pas du tout froids ou synthétiques.

Kunst Throw : Pour en revenir à ta question sur les idoles, il y a des artistes qu’on a aimés (et qu’on aime toujours d’ailleurs) qu’on a rencontrés et c’est super cool. Un mec comme Toxic Avenger ou les mecs de Justice. Ce sont des gens qu’on a croisés récemment. Et pour nous, c’est juste top !

Quand vous étiez gamins, aviez-vous déjà envie de faire de la musique ou est-ce venu sur le tard ?

Aeon 7 : J’ai commencé par faire du skateboard et écouter du punk rock à 15 ans. Et puis, j’ai commencé la guitare à 18 ans… Je n’étais déjà plus si petit ! (rires) Les platines, j’ai commencé à 25 ans.

Kunst Throw : J’ai découvert la musique vers 14/15 ans en faisant de la guitare. J’avais monté un groupe au lycée avec des potes. Mais franchement, la musique, je pense que c’est le seul truc qui m’ait vraiment intéressé dans la vie. Donc, là, ça fait 15 ans que ça prend de l’ampleur au fur et à mesure. Au début, tu n’as aucune prétention, tu rigoles avec tes potes. Et puis à un moment donné, ça prend de plus en plus de place. Et il y a une sorte d’évidence qui te tombe dessus et tu comprends que c’est ça que tu as envie de faire toute ta vie.

Aeon 7 : Tu prends un boulot purement alimentaire. Tu bosses toute la semaine avec pour unique but d’être le week end et retrouver ton matos et tes potes pour faire de la musique. Donc, quand on peut ne plus faire que ça, c’est exutoire.

Comment avez-vous choisi vos pseudos solos respectifs ?

Aeon 7 : (rires) ça vient de la série « Aeon Flux » de Peter Chung. Un aeon, c’est une période de temps infinie. Et puis le 7 est mon chiffre fétiche. J’avais donc choisi ce pseudo pour illustrer quelque chose de très futuriste, en dehors du temps. Le sept infini, si tu veux… Ou sept années lumières, si tu préfères !

Kunst Throw : Pour moi, ça n’a pas été évident tout de suite. Donc, il n’y a pas de raisons hyper particulières. (rires)  « Kunst », ça veut dire « L’Art » en allemand. Et « Throw », vient du verbe anglais qui veut dire jeter ou balancer. Donc, c’était un peu l’idée… Voilà, quoi !

Vous avez fait pas mal de remixes. Y prenez-vous le même plaisir que quand vous travaillez sur vos propres compos ?

Aeon 7 : Oui. Le problème c’est que quand on trouve de bonnes idées pour ces remixes, on aurait tendance à vouloir les garder pour nos propres compos. C’est toujours le même problème parce que le morceau ne t’appartient pas ! Mais bon, quand tu signes un morceau ou un remix, il faut que ce soit à la hauteur de ce que tu veux faire.

Kunst Throw : C’est aussi pour cette raison qu’on passe presque autant de temps sur un remix que sur une prod.

Aeon 7 : On n’a absolument pas envie de balancer sur le net un remix qui ne serait pas de la qualité qu’on veut.

Le remix est autant une marque de fabrique du groupe qu’une compo pure.

Aeon 7 : Voilà. Le seul problème, c’est que le temps qu’on passe sur les remixes nous empêche de bosser sur nos propres prods. Et on a besoin en ce moment de nous consacrer à nos propres prods. On a beaucoup de boulot qui nous attend !... Donc, la cadence est en train de s’accélérer en ce moment, et c’est très bien ! On a une méthode de travail qui s’affine au fur et à mesure des mois. On va bosser de plus en plus vite. Ça fait un an et demi qu’on est sur ce projet, donc, les sonorités de « Christine » sont là. On les tient. Avant on cherchait pas mal sur les sons, maintenant, on a acquis une bonne galerie de sons pour construire nos nouveaux morceaux.

Christine © Gwama

On dit souvent que l'art est un muscle. Plus on crée, plus on crée facilement, plus on a envie de créer et plus on crée vite. On rentre dans une dynamique.

Aeon 7 : Totalement. Kunst Throw avait plus de temps avant, et moi, je viens de quitter mon boulot pour me consacrer à « Christine ». On va pouvoir aller plus vite. Depuis septembre, on est tous les deux à 100% dans le projet. Donc, tout va aller d’autant plus vite.

Donc, le futur pour vous, c’est beaucoup de scène et un album en préparation.

Aeon 7 : Oui. On vient d’intégrer une grosse agence de booking, donc, on est dans une dynamique de live qui va être beaucoup plus professionnelle qu’avant.

Kunst Throw : Je crois qu’on est bien partis pour tracer notre petit chemin… On espère juste que tout va rouler comme on l’espère !

 Propos recueillis par IdolesMag le 23 septembre 2011.

-> Site officiel : http://www.sheischristine.com/






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