Interview de Lynda Lemay

Propos recueillis par IdolesMag.com le 06/09/2011.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

Lynda Lemay revient avec  un premier best-of et une nouvelle tournée, « Le cœur qui fait mille tours ». Lors de son (très bref) passage à Paris en septembre dernier, elle a eu la gentillesse de nous consacrer quelques instants pour répondre à nos questions. Au cours de notre entretien, nous évoquerons donc ce best-of (et ses 5 titres inédits) et la nouvelle tournée qui se profile. Nous jetterons également un regard dans le rétroviseur de son parcours si riche (21 ans de carrière), même si Lynda regarde avant tout vers l’avant. Rencontre avec une artiste atypique, qui nous fait vibrer en étant tour à tour rigolote ou plus profonde. En un mot, une artiste vivante.

IdolesMag : Parmi toutes vos chansons, comment avez-vous choisi les 17 qui figurent sur le best of ?
Lynda Lemay : ça a été très difficile de faire un choix… parce que la chanson préférée de quelqu’un est très différente d’une personne à l’autre. Chaque personne s’approprie des chansons différentes dans mon répertoire, ce ne sont jamais les mêmes. Je n’ai jamais vraiment eu de grands succès radio ou de titres que j’aurais chantés trés souvent dans des émissions de télévision. Bref, je n’ai jamais vraiment eu un numéro un ou quelque chose comme ça. Donc, ce sont des succès de scène. J’ai donc fait mon choix en pensant aux chansons qui avaient le mieux vécu sur scène. Ce sont des chansons qui ont traversé le temps en gardant leur fraîcheur et qui sont encore actuelles aujourd’hui.

Le best-of s’ouvre sur « Le plus fort c’est mon père », une chanson pour laquelle vous avez beaucoup de tendresse, je pense…
Elle a longtemps été ma chanson fétiche, et elle l’est encore aujourd’hui d’ailleurs ! Cette chanson reflète mon style à 100%, autant dans le texte, la mélodie ou le thème abordé.

Lynda Lemay - Best ofIl y a aussi des chansons plus amusantes.
Tout à fait. Comme « Les souliers verts », qui est une chanson plus humoristique. C’est une chanson que je fais encore en spectacle aujourd’hui et j’ai toujours autant de plaisir à la livrer au public. Ce sont des chansons comme celle-ci qui ont été importantes dans ma carrière, qui m’ont fait découvrir à un large public. En fait, dans ce best-of, on passe du rire aux larmes, comme j’ai l’habitude de le faire depuis le début de ma carrière…

On retrouve cinq titres inédits également sur le best-of. Sont-ce des chansons que vous avez écrites récemment ou plutôt des chansons que vous avez écartées des précédents albums ?
Ce sont des chansons toutes récentes. Je les ai écrites dans les deux dernières années. Enfin, dans mon souvenir ! (rires) Mais je pense que ce doit être exact et que je ne vous raconte pas de bêtises !

Il y a notamment « Pas de mots », qui parle de la perte d’un enfant.
Cette chanson vient d’une conversation que j’ai eue avec Patrick Sébastien lors de mon dernier passage dans son émission, « Le plus grand cabaret du monde », une émission que je m’en vais faire présentement encore une fois. On s’était vus dans la loge et il m’avait soufflé les premiers mots de cette chanson. C’est lui qui m’a fait réaliser que quand on perd ses parents on devient orphelin, quand on perd sa femme, on devient veuf, mais quand on perd son enfant, il n’y a pas de mot… En me disant ça, il m’a beaucoup émue, et je me suis rendue compte que, malheureusement, ce qu’il disait était vrai. À la fin de notre conversation, il m’a dit que lui n’avait jamais écrit cette chanson, mais que moi, je pourrais… Il avait comme le sentiment qu’il y avait une chanson dans cette réflexion. Et il avait raison. Ça a été l’inspiration de cette chanson-là.

Il y a aussi une chanson très touchante, « La boue dans les yeux ».
Celle-là, je l’ai écrite à la toute fin de ma dernière tournée, qui s’est terminée au mois de décembre, il y a moins d’un an.

On retrouve aussi « Pas ta première femme ».
Celle-là, elle date d’il y a quelques mois à peine. J’étais en studio.

Certains de ces inédits, comme « Le mariage », sont en version live, d’autres en version studio. Vous avez donc réenregistré certaines chansons.
Je suis allée en studio pour retoucher certaines chansons que nous avions faites sur scène. Comme j’avais une extinction de voix, il a fallu parfois refaire des voix ou même les chansons en entier. « Pas de mot », par exemple, a été complètement refaite en studio, alors que « La boue dans les yeux », je l’ai rechantée sur un piano qui avait été joué en live. « Pas ta première femme », je l’ai écrite à cette période, dans mon chalet. On a donc décidé de l’ajouter à la compilation. C’est donc une chanson très très neuve.

À côté de ces chansons, il y a des titres une fois de plus, plus humoristiques.
Oui. Il y a des chansons plus rigolotes comme « Le Mariage ». Celle-ci, c’est un cas un peu particulier. J’étais en train de construire mon spectacle. Et je me suis rendue compte qu’à un certain moment j’avais besoin d’une chanson de ce style. Je ne voulais pas me répéter en reprenant une chanson humoristique déjà existante. J’en ai donc écrit une nouvelle pendant les répétitions du spectacle, sur le coin d’une table d’un resto. Comme vous le voyez, et pour répondre à votre question, ces chansons inédites sont donc toutes des nouveautés qui annoncent un peu le spectacle qui va venir… Mais sans tout dévoiler non plus ! Je veux garder des surprises pour ce spectacle. Des histoires que personne ne connait encore.

Quand vous écrivez une chanson, vous pensez donc scène assez rapidement.
C’est assez particulier à cette chanson tout de même. Parce que généralement quand j’écris des chansons, je ne calcule rien. J’écris parce qu’il y a un débordement d’émotions. J’écris souvent d’ailleurs dans l’avion, tout simplement parce que j’ai de longues heures de presque solitude devant moi. Et ça me permet de pouvoir me concentrer et de laisser les émotions déborder justement. Ce sont des émotions qui sont toujours prêtes à sortir, mais il faut les traduire en poésie. Donc, écrire dans une situation de travail, c’est assez rare. En fait, le plus souvent j’écris mes chansons, et c’est après que je vois ce que je vais en faire. Il ne faut pas penser que j’écris des chansons sur mesure, du genre, « Tiens, là, il me faudrait une chanson comme ci ou comme ça… » Non, je ne fonctionne pas comme ça. C’est assez rare que ça arrive.

Il y a quelques versions live dans ce best of, vous avez d’ailleurs régulièrement sorti vos nouvelles chansons en version live. C’est un choix assez peu courant, du moins chez nous en France.
Il y a plusieurs de mes chansons qui font sourire, ou même rire… disons réagir. Ce ne sont pas des chansons d’ambiance. Donc, quand je tombe dans l’humour, si je ne suis pas sur scène, je me retrouve un peu comme un humoriste qui ferait un sketch sans public. Ça tombe vite à plat. Le public fait partie intégrante du spectacle, et en l’occurrence de la chanson. Et ces chansons-là, je ne veux pas les graver sur disque s’il n’y a pas la réaction du public qui va avec. D’ailleurs, quand vous écoutez mes albums, ils ne sont pas construits en fonction des chansons rythmées et des ballades. Non. Ils passent du rire aux larmes. Et donc, ce rire, et ces larmes, il faut les entendre également, sinon, il manque quelque chose à la chanson. C’est de là que vient mon envie de sortir régulièrement des albums live avec une alternance de chansons plus drôles et d’autres plus touchantes, plus tristes.

Quand on lit vos chansons (j’emploie le terme lire et non écouter à dessein), vous avez une précision exemplaire dans votre vocabulaire. D’où vous vient cet amour de la langue française ? De l’enfance ?
Oui, ça a toujours fait partie de moi. Quand on dit qu’on a des choses qui sont innées, celle-ci en fait partie pour moi. Dès que j’ai pu écrire des phrases complètes, j’ai eu envie de les faire rimer. J’ai eu envie de transformer mes histoires en poésie assez rapidement. C’était une vraie passion. À l’époque, je ne savais évidemment pas qu’un jour je deviendrais chanteuse, ni même que je composerais des mélodies et de la musique. C’est-à-dire que c’est vraiment le texte qui est arrivé avant tout. J’écrivais des poèmes, j’avais envie même d’écrire des romans. J’ai d’ailleurs déjà tenté l’expérience, mais j’ai très vite laissé tomber au bout de quelques pages, parce que je préférais écrire des chansons à la place. C’est vraiment dans l’écriture de chansons que je me sens le plus à ma place. Donc, comme vous le voyez, ça remonte à très loin cette envie de choisir les bons mots et les bonnes formules pour avoir un impact sur le cœur.

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

Vous venez de débuter votre tournée au Québec, et vous serez très bientôt dès le début octobre chez nous en France, Belgique et Suisse pour une nouvelle tournée, « Le Cœur qui fait mille tours ». Je pense que le piano sera un peu plus mis à l’honneur cette fois-ci…
Oui, tout à fait ! C’est une nouvelle formule avec le piano qui prend beaucoup plus de place par rapport à la guitare. Avant, c’était plutôt le contraire, pour la bonne et simple raison que je compose mes chansons à la guitare. C’est donc un peu normal. Mais c’est un défi que nous nous sommes lancé avec Louis Bernier, mon magnifique pianiste de toujours. Nous aurons aussi un violon. On pourrait penser avec ce que je viens de vous dire que nous aurons affaire à un spectacle plus larmoyant, mais ce n’est pas du tout le cas. Bien au contraire ! Et nous en sommes les premiers surpris. Ce sera un spectacle avec des touches d’humour. Le côté un peu plus dépouillé fait en sorte que ça laisse un peu plus de place à la comédienne qui est en moi qui a souvent envie de rire ou de faire rire. Alors, on peut dire que ça donne une certaine légèreté au spectacle. Quand on en ressort, on est passé bien entendu par des chansons parfois déchirantes (ça fera toujours partie de mes spectacles), mais ce qu’on en retient c’est que oui, on est passé par toutes sortes d’émotions, mais mon dieu qu’on s’est bien amusé ! Alors, je peux vous dire que c’est un spectacle vraiment agréable à livrer au public. J’ai envie que cette tournée dure vraiment longtemps, même si je n’ai encore joué ce show que quatre fois. J’ai vraiment l’impression que c’est un show qui peut durer longtemps.

Est-ce un besoin existentiel d’aller sur scène ?
Ça l’est devenu. C’est vrai que si j’avais à ne garder qu’une seule de toutes mes passions, je garderais la possibilité d’écrire. Mais une fois qu’on a gouté à la scène, qu’on a pu partager tout ce qu’on a pu créer de chansons avec un public qui  est très réceptif. Ça devient quelque chose d’essentiel… ça fait longtemps que je fais des spectacles, et c’est toujours un grand plaisir de repartir en tournée. Respirer et vivre sur scène me fait un bien fou.

Quel rapport entretenez-vous avec votre public ?
C’est une vraie relation d’amour que je vis avec le public. On est en confiance ensemble. Il peut m’arriver quoi que soit avant un spectacle, je n’aurai pas le trac. Depuis que j’ai gouté à ce plaisir-là, j’ai envie de le faire durer le plus possible. J’ai besoin de partager avec le public des histoires qui me touchent, qui me perturbent, des réflexions qui me semblent importantes. Et je me rends compte que je ne suis pas la seule dans cette situation-là. Les chansons, c’est rassembleur. Même quand ça parle de sujets un peu plus sombres, ça fait toujours du bien de sentir qu’on n’est pas toujours les seuls à penser à ces choses-là et à chercher l’espoir en décortiquant ces sujets-là.

En parlant de cette relation qui vous unit à votre public, je pense à la page facebook que vous venez de créer… Est-ce quelque chose qui vous interpelle, qui vous intéresse, qui vous fait peur ou à côté de laquelle vous ne pouvez pas passer ?
(rires) J’aime ça ! Mais le problème, c’est que je suis un peu craintive. J’ai toujours peur de faire des gaffes. J’ai toujours peur quand je suis sur mon facebook d’artiste de transmettre quelque chose de très personnel à ma sœur par exemple et que ça ne soit visible par tout le monde, et que ça ne fasse un potin pas croyable ! J’ai un peu peur de ça. Mais récemment ma grande fille m’a convaincue d’avoir un facebook perso et un second pour l’artiste que je suis. Donc, j’ai créé un facebook officiel. Et je m’y adonne avec grand bonheur. En plus, comme j’adore écrire, je peux tenir au courant les gens de ce qu’il se passe en temps réel. Plusieurs personnes de mon public avaient déjà mon adresse email, mais là, je vais pouvoir communiquer avec encore un plus large public et leur faire des petits coucous le plus souvent possible. Ça me fait plaisir de correspondre avec le public. Je crois que je vais très bien m’habituer à ça, peut-être même trop bien ! J’ai peur de passer trop de temps là-dessus et d’oublier de me garder du temps pour écrire… (rires)

Là, le public ne sera certainement pas très content !
(rires) Effectivement ! Mais je ne m’en fais pas, le public me le rappellera bien assez vite ! (rires)

J’aimerais vous poser ma petite question fétiche. Aviez-vous des idoles quand vous étiez adolescente et en avez-vous toujours ?
Une vraie idole, je n’en ai qu’une et c’est Johnny Hallyday ! Quand j’étais plus jeune au Québec, je pensais que j’étais la seule à aimer Johnny Hallyday. Il n’était pas très connu chez nous, et encore moins par les gens de ma génération. Et quand j’ai débarqué ici, je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à l’admirer !! (rires) J’ai écouté Johnny jours et nuits. J’étais dans ma bulle avec Johnny Hallyday et je passais de longues journées à vivre au rythme de ses chansons, au son de sa voix qui m’envoûtait totalement. Et je l’aime encore aujourd’hui presque inconditionnellement… Et c’est drôle, parce que souvent les gens ont envie de faire un lien avec les chansons qu’un artiste crée et celles qu’il a écoutées beaucoup quand il était plus jeune. C’est vrai qu’il n’y a pas une grande ressemblance entre les chansons que j’écris et celles que Johnny interprétait. Mais pourtant c’est vraiment lui qui a bercé mon enfance et mon adolescence…

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

Une idole ou des influences musicales, ce sont deux choses très différentes l’une de l’autre.
C’est vrai. À partir du moment où j’ai commencé à écrire des chansons moi-même, je me suis produite dans des petits bars de chansonniers. J’ai découvert par l’intermédiaire d’un chansonnier québécois deux chansons de Francis Lalanne, « J’ai de la boue au fond du cœur » et « Pleure un bon coup ma p’tite Véro ». Ça a transformé ma façon d’écrire à l’époque. J’écrivais des images un peu floues et tout d’un coup, tout s’est précisé. J’ai employé un discours beaucoup plus intime, plus dans le quotidien, avec des mots de tous les jours, des mots qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre en chanson. Lui, Francis Lalanne, le faisait, et ça me plaisait énormément. Alors, au niveau de mes influences musicales, c’est vrai que lui a vraiment changé quelque chose dans ma façon de faire les choses. Après, bien évidemment, j’ai développé mon propre style. Mais j’aime répéter que si je n’avais pas entendu ces deux chansons-là, je n’écrirais peut-être pas de la manière dont j’écris  aujourd’hui. Bien évidemment, après Francis Lalanne, j’ai écouté plein d’autres chanteurs, souvent des Français d’ailleurs. J’ai écouté beaucoup moins de chanteurs québécois que de chanteurs français dans le fond. J’ai donc beaucoup écouté Aznavour, Serge Lama, Reggiani, Brel… Enfin, Brel n’est pas français, il est belge ! (rires) Ce sont donc des chanteurs européens que j’ai écoutés ! (rires) Ah si, j’oubliais, à la maison, on écoutait beaucoup Joe Dassin aussi…

Vous venez de sortir un premier best of et vous fêtez plus de 20 ans de carrière. Est-ce que vous regardez souvent dans le rétroviseur de votre parcours, ou êtes-vous plutôt tournée résolument vers l’avenir ?
Je regarde en arrière par la force des choses. En faisant ce best-of, ça m’a rappelé de bons souvenirs et les grands moments que j’ai vécus dans ma carrière. Mais c’est vrai que je suis une fille qui regarde plus vers l’avant et je me sens encore dans mon cœur comme la petite fille de 23 ans qui a encore tout à prouver et qui est à l’aube de quelque chose que j’espère grand. Je suis tout le temps en projet. J’aime ça, avoir des projets. Je savoure les moments qui vont venir, mais en même temps, c’est une belle satisfaction quand je regarde le chemin parcouru. C’est évident que j’y trouve beaucoup de fierté. J’ai beaucoup de reconnaissance envers le public qui m’a suivie et qui me permet encore aujourd’hui de continuer ma carrière avec bonheur. Je sais qu’il sera au rendez-vous pour cette nouvelle tournée et je pense pour plusieurs tournées encore… Vous savez, j’ai pour modèle Charles Aznavour qui fait encore son métier à 87 ans. Et je me disais l’autre jour que si j’avais la santé j’aimerais goûter encore au plaisir de la scène même dans ma vieillesse. Mais quand on parle de Charles Aznavour, il n’en aura jamais eu de vieillesse. Même dans les années qui vont venir. Il a une jeunesse éternelle. Alors  je me souhaite toujours une jeunesse dans mon écriture et dans la façon de faire mon métier. Ce serait génial ! Même si le corps vieilli, pourvu que le cœur reste tout jeune. Et jusqu’à maintenant, je crois que c’est le cas…

Propos recueillis par IdolesMag le 6 septembre 2011.

-> Site officiel : http://www.lyndalemay.com/









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