Interview de Nicole Croisille

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/09/2011.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Nicole Croisille © Catherine Cabrol

Nicole Croisille revient avec une nouvelle compilation, emmenée par un titre inédit magnifique, « Infiniment d’Amour ». Elle présentera également sur la scène de l’Alhambra les 7, 8 et 9 octobre prochain un tout nouveau spectacle, tout « Simplement… », et en province en début d’année prochaine. Au cours de notre entretien, Nicole reviendra bien évidemment sur certains points de sa carrière et notamment sur l’évolution de son métier. Rencontre sans langue de bois avec une artiste exigeante avec elle-même et les autres, mais tellement généreuse.

IdolesMag : Pouvez-vous m’en dire un petit peu plus sur le spectacle que vous allez proposer à l’Alhambra les 7, 8 et 9 octobre prochains ?
Nicole Croisille
 : C’est tout simple. Je me rends compte que les gens qui viennent me voir ont envie d’entendre les chansons qu’ils ont aimées sur… pour être légers… les 40 dernières années ! Donc, c’est ce qu’ils vont trouver dans ce spectacle. C’est-à-dire en fait, leurs souvenirs. On le sait très bien, l’utilité extraordinaire des chansons, en dehors du divertissement ponctuel, c’est le fait de s’accrocher à des souvenirs et à des moments de sa propre vie. Quand on est dans une salle de spectacle, chacun a son propre ressenti. Donc, au moment où la vie devient très difficile et très angoissante pour tout le monde, où tout est un peu agressant, de la pollution sonore et olfactive à l’avenir vers lequel on ne sait pas vraiment où on va, mais on sait tout de même qu’on y va pas très bien… Je me suis dit qu’après tout, parmi les souvenirs, ce sont souvent les meilleurs qui restent. Les très graves dans une vie, petit à petit, on essaye de les annuler. Donc, après tout, passer une heure et demi ou deux heures avec des gens, leurs souvenirs et la tendresse, je me suis dit que c’était peut-être la meilleure chose à faire aujourd’hui.

Au niveau du répertoire, à quoi peut-on s’attendre ?
Ce sera un programme qui contiendra les chansons qui ont été le plus plébiscitées, et puis quelques-unes que j’aime bien. On va dire que ce sera un programme « Croisé-Croisille ».

Nicole Croisille © Catherine CabrolAvez-vous dans votre parcours des chansons auxquelles vous tenez énormément, mais à côté desquelles le public serait un peu passé ?
Il y en a que je trouvais formidables, oui. Mais ce sont des chansons auxquelles je ne peux pas tenir énormément à partir du moment où je ne peux plus les chanter puisqu’elles n’ont pas accroché les gens. Dans une heure et demie de spectacle, on ne peut pas étirer trop. Et d’un autre côté, le public a une attention qui fluctue s’il ne connaît pas la chanson. C’est assez rare un public qui va à la découverte totale. Les gens viennent pour chercher quelque chose qu’ils connaissent et qu’ils ont envie d’entendre. Alors, bien évidemment, il y a des chansons que j’ai trouvées sublimes et qui effectivement n’ont pas rencontré le public. Mais, ça ne servirait à rien de vous les citer, parce qu’il y a de grandes chances pour que vous ne les connaissiez pas non plus ! (rires) Il y a comme ça des chansons pour lesquelles on a un coup de cœur immédiat quand on les entend pour la première fois. Mais c’est tellement personnel, que ça peut ne pas avoir d’écho quand on les chante. Après, on pourrait y revenir, effectivement…

D’ailleurs dans la nouvelle compilation, on retrouve les chansons emblématiques de votre répertoire, mais aussi des titres qui ne se sont jamais retrouvés sur une autre compilation, ou du moins, beaucoup plus rarement.
J’ai fait très attention à ça. J’ai d’ailleurs été ressortir 6 ou 7 chansons qui ne sont jamais sorties en CD. Ce sont des chansons qui n’ont pas été diffusées suffisamment, ou pas du tout d’ailleurs. À l’époque où j’enregistrais des albums, c’était apparent. À cette époque, on diffusait beaucoup… pour la bonne et simple raison que ça s’achetait beaucoup. Ça s’achète beaucoup moins maintenant. Tout le monde sait qu’il y a une crise dans le disque. Mais à l’époque, nous n’avions pas non plus tous les supports de diffusion que nous avons actuellement. Nous avions le disque et trois chaînes de télévision pour en faire la promotion. Il y a des chansons que j’ai donc ressorties, d’un commun accord avec l’éditeur, qui, d’ailleurs, lui aussi me les avait soulignées. Ce sont des chansons auxquelles moi-même je ne faisais même plus attention, parce qu’elles n’étaient plus dans ma mémoire, du fait que je ne les avais jamais, ou quasiment jamais, interprétées en public. Je vais être très franche avec vous, il y en a même que j’ai redécouvertes et j’espère que le public va les redécouvrir avec la même joie. Je pense notamment à « Fanny Fanny » qui est ravissante. Je me suis donc appliquée à ça.

Dans ces chansons un peu « oubliées », il y a aussi « L’espoir » qui clôt la compilation.
Elle vient d’un album qui était sorti en CD à l’époque. J’avais fait un grand spectacle au Casino de Paris avec une chorale sénégalaise. Il y avait des titres que je trouvais formidables, dont celui-ci, et je l’ai mis à la fin de la compilation… après moult tractations avec le diffuseur qui a racheté ce catalogue-là… Et ça, c’est quelque chose d’incroyable ! Comme vous le savez, il y a des fusions entre éditeurs ou producteurs, ça ne se fait pas uniquement dans l’industrie alimentaire ou les grands groupes de téléphonie… Aujourd’hui, il y a d’énormes consortiums qui ont des tonnes de musiques dans les tiroirs, sans savoir ce qu’il y a dedans… Et quand on leur demande la permission de les ressortir (parce qu’il faut toujours demander la permission), ils ne les retrouvent pas ou ne retrouvent pas les contrats. C’est un vrai parcours du combattant, mais que j’ai tenu à parcourir parce que je tenais vraiment à ce qu’on ressorte au moins une des chansons de ce spectacle… En espérant d’ailleurs que le producteur, qui a maintenant cet album dans les mains, ait la puce à l’oreille et le ressorte… Mais à partir du moment où on n’est pas propriétaire de ce qu’on a fait, c’est effrayant ! Mais ça, le public ne le sait pas…

Le public ne se rend pas toujours compte que l’industrie du disque porte bien son nom et est une réelle industrie…
Ah ça, on peut le dire : c’est une réelle industrie ! Ce sont les règles de l’industrie qui aujourd’hui gèrent les artistes. Et c’est certainement pour cette raison que nous avons à l’heure actuelle autant de difficultés à sortir un vrai artiste. Et quand je parle d’artiste, je parle de celui ou celle qui va pouvoir s’inscrire dans la durée. D’ailleurs, c’est très simple, aujourd’hui, ils utilisent le vocabulaire industriel : on ne parle plus d’artiste, ni de chanteur ou de chanteuse, on parle d’un produit… C’est redoutable d’entendre ça. La nouvelle génération est habituée, ça ne les choque pas plus que ça, mais pour la mienne…  on trouve ça horriblement choquant ! Nous ne sommes pas rentrés dans une industrie, nous. Nous avons commencé en tant que petits artisans et petit à petit, avec un peu de chance et de talent, nous sommes devenus des artistes. C’est terrible, parce que cette notion-là disparaît complètement. Et les médias ne nous aident pas beaucoup non plus ! C’est donc très bien que vous ayez eu l’idée de créer IdolesMag…

Avant, il y avait des directeurs artistiques, aujourd’hui ce sont des chefs de produit.
Oui, c’est ça, des chefs, des petits chefs… J’ai eu, pour un album que je sortais chez Universal il y a quatre/cinq ans, l’enregistrement du spectacle que j’ai fait sur Nougaro, un chef de produit. Un garçon charmant au demeurant et heureusement la musique l’intéressait beaucoup. Mais il n’avait même pas trente ans. Donc, si vous ne tombez pas sur quelqu’un qui est un vrai passionné de musique, vous tombez sur quelqu’un qui traite ça comme s’il traitait un pot de yaourt. Alors, pour les artistes, ce n’est pas très motivant…

Nicole Croisille © Catherine Cabrol

Ce qui fait que pas mal de jeunes se rabattent sur internet.
Mais le problème sur internet, c’est qu’il n’y a pas de filtre professionnel. N’importe qui peut mettre n’importe quoi. Donc, après, on ne peut pas demander au public d’avoir une intuition phénoménale sur qui a du talent et qui n’en a pas. Donc, c’est la roulette russe. Ce sera très dommageable et on va s’en apercevoir dans les dix ans qui viennent. On va avoir du mal à trouver suffisamment d’artistes de stature. Une fois que les Souchon et Voulzy auront pris 10 ans de plus, on se rendra compte que la relève est quand même très fragile et très légère, il n’y a pas de poids lourd là-dedans… Franchement, je n’en vois pas… Les poids lourds d’aujourd’hui, je parle des poids lourds financiers, je trouve qu’ils sont assez étroits. Je ne sais pas si ça va durer longtemps. On ne voit pas de grand souffle de poète… Parce que la chanson, il ne faut tout de même pas l’oublier, à la base, c’est de la poésie. Même si elle doit être simple et compréhensible pour le plus grand nombre, c’est quand même une vision du monde qui doit être poétique. Sinon, si c’est simplement du journalisme, autant écrire des blogs. Et pour la musique, le même problème se pose. Étant donné que nous sommes dans la recherche du profit immédiat. On cantonne les jeunes compositeurs dans des styles très étroits qui durent deux ou trois mois. Et quand on les a bien surexploités, il faut trouver autre chose ! Un mélodiste ne peut pas se développer comme ça… Enfin, voilà, après cette parenthèse, reparlons de choses plus positives ! (rires)

Justement, pour parler de choses positives, il y a un titre inédit magnifique qui ouvre la compilation, « Infiniment d’Amour ».
Ah ! Ça me fait plaisir que vous me disiez ça… parce que j’ai bousculé mon compositeur favori et pianiste, Aldo Frank . En fait, c’est mon meilleur ami, on travaille depuis des années ensemble. Il ne composait plus. Il était certainement lui aussi un peu désespéré par ce qu’il se passait. Et donc, il se disait que ses grandes mélodies ne marcheraient plus. Je lui ai dit qu’on avait en projet de sortir une nouvelle compil et qu’on voulait faire un effort qualitatif sur cette compil… Je lui ai donc demandé de composer une nouvelle chanson. Et puis, d’un autre côté, Julie Sogni Daroy, qui avait déjà travaillé avec moi sur le spectacle sur Nougaro (elle m’avait confié un très joli texte, « In Eternam »), m’a proposé le texte de ce titre, « Infiniment d’Amour ». C’était exactement ce que je voulais. L’amour, c’est la seule solution que je vois, c’est la seule chose que je puisse partager avec les gens au jour d’aujourd’hui. On est tous dans le même monde, on a tous les mêmes problèmes, ou en tout cas  des problèmes qui sont gérés par l’univers dans lequel on se retrouve catapultés. Quelle solution peut-on s’apporter les uns aux autres pour vivre un peu mieux ? Je n’en connais pas d’autre que celle-là. Je pense qu’au milieu de tous les problèmes, ce qui reste le plus important, c’est l’amour et donner de l’amour. C’est une vieille recette… je ne prétends pas avoir trouvé la nouveauté du siècle ! (rires) On a une solution pour vivre mieux les uns les autres, c’est de s’envoyer gratuitement infiniment d’amour. Pour qu’on continue à se raccrocher à quelque chose de chaleureux. L’échange gratuit de tendresse et de gentillesse… Vous savez, je m’en rends compte quand je suis dans ma voiture, je regarde les gens. Comme ils ne me voient pas, je peux les regarder fixement. Je vois bien que beaucoup de visages sont sinistres. Évidemment, quand ils marchent dans la rue, ils ressassent leurs problèmes. Ils  se font bousculer, il y a plein de monde autour, ça pue… Et donc, à quel moment peut-on se dire qu’on passe un bon moment ? Il y a peut-être les gens qui sont en famille… Et encore, avec les enfants ça devient de plus en plus difficile ! (rires) J’entends toujours mes amis qui ont des enfants me dire que les rapports sont vraiment tendus maintenant, et que c’est très difficile… Alors voilà, j’ai eu l’idée d’enfoncer le clou une fois de plus et de rappeler qu’avec un peu d’amour et de tendresse les choses sont plus agréables à vivre.  Et puis la chanson est un peu « gospelisante », c’est une des formes musicales les plus authentiques.

C’est une belle idée en plus de l’avoir placée en premier dans le tracklisting de l’album.
Comme ça, on attaque tout de suite ! Vous savez, je ne suis pas plus bête qu’une autre. Il faut faire du marketing, alors, autant que ça nous serve aussi ! Il ne faut pas que ce soit du marketing qui serve uniquement la maison de disque ! (rires) « On en a fait une nouvelle, et bien écoutez-là tout de suite, on l’a mise tout au début !! » Ce que je dis dans cette chanson, je le pense profondément. Je n’ai pas d’effort à faire pour l’interprétation, je n’ai pas besoin de me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre pour une fois… Je ne joue pas un personnage, je parle presque en mon nom.

C’est une chanson généreuse…
C’est ce que je voulais.

Nicole Croisille © Catherine Cabrol

Une date est déjà prévue au Sébastopol de Lille le 11 mars. Une tournée va-t-elle suivre ?
Ecoutez… Nous sommes dans l’attente en ce moment. Ça fait deux ans que j’ai arrêté de travailler dans la musique, j’étais au théâtre, j’ai joué toute l’année 2010 et début 2011. Donc, en ce moment, on réactive l’offre. Il faut donc attendre. Ça va se dessiner dans les six mois qui viennent. Mais vous n’êtes pas sans savoir que les théâtres municipaux rencontrent de nombreux problèmes en ce moment… Et les artistes comme moi, nous nous produisons essentiellement dans les théâtres municipaux, étant donné que nous nous adressons à un public un peu plus âgé qui a envie d’être assis confortablement.  (rires) Franchement, ils n’ont pas envie d’être assis sur une chaise en plastique dans une salle omnisport et je les comprends ! Et puis, personnellement, je préfère travailler dans des théâtres. J’ai été gâtée, quand j’étais jeune, j’ai commencé par la danse et je travaillais dans des théâtres. Je trouve que la magie, on arrive à la mettre en place beaucoup plus facilement dans un théâtre, même si on a peu d’éclairage. J’ai la chance d’avoir Jacques Rouveyrollis qui aime ce que je fais et qui se rend disponible quand je monte un spectacle. Il fait des merveilles. D’ailleurs il sera là pour l’Alhambra. C’est dans un théâtre qu’on arrive à installer un climat qui fait que les gens oublient tout de suite où ils sont et qui ils sont. Ils peuvent laisser tout de suite leurs émotions prendre le dessus. Ce qui est très difficile dans une salle omnisport, je vous l’assure…

Ce n’est pas fait pour. Une salle omnisport, c’est pour le sport, un théâtre, c’est pour les arts.
Tout à fait. Alors même quand on veut faire un spectacle dans une salle omnisport, il y a toujours le décor qui est visible, c’est tout clair, avec du métal partout. Enfin, c’est normal, c’est d’abord fait pour la gymnastique ! Alors qu’un théâtre, c’est sombre. Justement, pour que l’attention soit vraiment concentrée sur la scène.

Ce n’est pas toujours évident non plus de faire venir les gens au spectacle.
Ce n’est plus très facile non plus pour les théâtres municipaux, puisqu’on leur a supprimé la taxe professionnelle. Et il y a certains endroits où ce ne pouvait être que grâce à ça qu’il pouvait y avoir une petite manifestation culturelle. Parce que la plupart du temps, la manifestation culturelle doit être soutenue par la municipalité. Ce n’est pas que nous coûtions très cher, parce qu’on fait tous des efforts à ce niveau-là, mais, comme vous dites, il faut faire sortir les gens de chez eux… La télévision est redoutable, ça les accroche bien. Il faut avoir la chance quand on se produit dans un endroit qu’il n’y ait pas une grande manifestation sportive sur une chaîne ou l’autre, sinon… c’est foutu ! Les sportifs ont de la chance, ils ont de quoi faire avec les bières et les chips… Mais pour nous, ça devient de plus en plus difficile de faire venir les gens.

Les gens ont aussi tendance à préférer acheter le DVD d’un spectacle plutôt que de se déplacer.
Alors que ça n’a rien à voir. Ce n’est pas la même sensation. Ce qu’on peut recevoir quand on est assis dans une salle de spectacle, qu’on a fait l’effort de sortir de chez soi, et qu’on est déconnecté de sa propre réalité, là on reçoit des choses bien plus fortes. Et les souvenirs s’imprègnent. Alors que franchement, demandez aux gens ce qu’ils ont regardé la veille à la télé… personne ne sait répondre exactement. Même moi, je ne pourrais pas répondre.

Quand on est dans un théâtre, on vibre avec l’artiste.
Voilà. La vibration existe. Alors qu’on ne vibre pas avec la petite lucarne. On peut trouver ça beau et avoir une satisfaction esthétique de l’image. Mais ça reste de l’image. Alors souvent quand on me dit qu’on ne me voit pas assez à la télé, je réponds que ce n’est pas grave, qu’il faut venir me voir sur scène. L’image à la télé est complètement figée, donc pas très intéressante.

Nicole Croisille © Catherine Cabrol

Nous n’allons pas détailler votre répertoire dans son intégralité, nous n’aurions pas le temps, mais j’aimerais savoir dans quelles circonstances est née la fameuse « Garonne », qui reste pour moi l’une de vos plus belles.
Contrairement à ce qu’on peut imaginer, je ne suis pas originaire de la région, l’auteur, Pierre Grosz non plus. Je croyais même qu’il avait été séduit par la Garonne dans sa jeunesse, mais pas du tout. En fait, je lui ai posé la question un jour et il m’a répondu qu’il avait vu un documentaire à la télévision sur le Bordelais. Et dans ce documentaire, il y avait toute une explication très enflammée sur ce que représentait la Garonne pour les gens qui habitaient autour. Ils expliquaient que c’était un fleuve qui entrait en crue très violemment, et que justement, il déversait des limons sur les terres, etc…  Et il a trouvé que cette image de débordement lui faisait étrangement penser aux débordements d’une femme. Et il trouvait que c’était un sujet parfait pour moi… Voilà comment elle est née la Garonne. Et aujourd’hui, elle garde toute sa pertinence avec les crues qui sont très violentes. C’est une façon de dire que quand une femme (ou un homme d’ailleurs) tombe amoureux, ça peut être aussi violent que ça. Aussi violent et aussi bénéfique, et le contraire aussi d’ailleurs… Elle m’a valu des demandes d’intronisation, je ne vous le cache pas. Mais je ne me souviens pas d’avoir eu la possibilité de le faire. Je ne trouvais pas très honnête d’aller me faire introniser dans un endroit où je n’ai aucune racine…

Vous donnez l’impression d’être une artiste très exigeante envers elle-même.
Ce n’est pas une impression, c’est la réalité. Et ça paraît sympathique ou épouvantable ? (éclats de rires)

Très sympathique.
Heureusement ! (rires)

Vous donnez l’impression tout de même d’être très rigoureuse avec vous-même.
C’est la danse qui m’a donné ça. J’ai commencé par la danse et la danse vous apprend la rigueur. La danse ne permet pas l’à-peu-près. Un danseur qui ne travaille pas ne sera pas un bon danseur. Et un danseur qui n’est pas constamment en recherche de perfection n’atteindra jamais son but. Tous les enfants qui commencent la danse ne savent pas à quoi ils s’exposent. N’arrivent au sommet que ceux qui auront le courage de se plier tous les jours à un travail physique comme les champions sportifs. C’est très exigeant sur le corps. Il faut une volonté de fer. Il faut surveiller son physique, au revoir les sucreries, la nourriture doit être très calibrée. On travaille comme un champion. Donc, comme j’ai commencé la danse à l’âge de 8 ans, j’ai appris cette rigueur très tôt. J’ai d’ailleurs été professionnelle de la danse avant la chanson et le théâtre. Il me reste tout de même, Dieu merci, de bonnes bases à ce niveau-là. Et donc, j’essaye que les gens qui travaillent avec moi soient de la même trempe. C’est pour ça que ma collaboration avec Aldo Frank perdure depuis des années. Parce que nous sommes sur la même longueur d’ondes. En tant qu’instrumentiste et compositeur, il est très exigeant. Et donc nos deux exigences se complètent, même si de temps en temps nous pouvons nous accrocher un peu ! (rires) L’exigence de l’un peut vous paraître un peu exagérée, mais dans le fond, elle correspond à la vôtre. D’un commun accord, nous faisons toujours les efforts nécessaires pour produire le meilleur spectacle possible. On essaye de refuser d’être dans des circonstances qui feront que nous ne pourrons pas être à notre top. C’est là où l’exigence qu’on a, peut paraître difficile à supporter pour certains. Parfois, on arrive dans des endroits où les gens ne sont pas du tout conscients de ça. Mais on continue à exiger, on tient bon… Quitte à ne pas être trop sympa quand on arrive !

C’est tout à votre honneur, de vouloir être au meilleur de vous-même et d’avoir un niveau d’exigence élevé.
Prenons l’exemple du piano… On est très exigeants sur la qualité du piano, certains ne le comprennent pas. Mais nous basons la majeure partie de notre accompagnement autour de ce piano. Aujourd’hui, je garde tout de même deux musiciens en plus, un percussionniste batteur et un bassiste (c’est ce que nous avions fait pour le Nougaro, et j’aime la formule). Eux aussi sont sur la même longueur d’onde que nous. Ce sont des pointures. Et comme je travaille avec des pointures, je veux qu’ils soient dans les meilleures conditions possibles. Nous avons d’ailleurs un régisseur son qui est lui aussi extrêmement exigeant. Alors évidemment, quand on arrive quelque part, et qu’on tombe sur des amateurs, ils nous trouvent un peu durs… (rires)  Mais c’est à ce prix-là qu’on peut faire de bons spectacles. Le public ne fait pas le détail d’ailleurs. Mais il reçoit ce qu’il reçoit… C’est ça l’exigence. Et puis, très franchement, la vie ne vaut pas d’être vécue si on n’est pas exigeant envers soi-même. C’est mon moteur… Essayer de me dépasser tout le temps, pour au moins essayer d’être fière de moi.

Propos recueillis par IdolesMag le 7 septembre 2011.









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