Interview de Bastien Balt

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/07/2011.
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Bastien Balt © Sophie Filippone

Bastien Balt chante depuis une dizaine d'années. Après quelques albums autoproduits, il sort enfin son premier vrai album, « Intérieur jour ». Un album qui se fait un peu la compilation de ses meilleurs titres, mais aussi de nouvelles chansons. On y retrouve notamment un duo avec Agnès Bihl. Ce premier album nous a séduits, nous avons donc voulu en savoir un peu plus sur Bastien. Au cours de cette interview, vous comprendrez un peu mieux le parcours et la démarche de cet auteur-compositeur-interprète lorrain qui commence à faire parler de lui...

IdolesMag : C'est déjà ton cinquième album, mais j'ai un peu l'impression que c'est le premier quelque part...

Bastien Balt : C'est vrai que c'est un peu particulier... Avant, je faisais de l'autoproduction. J'ai fait quelques albums plus un album pour une autre chanteuse. Et un jour, en 2008, j'ai fait un album qui rassemblait un peu les meilleurs titres des albums précédents, du moins ceux qui plaisaient le plus, avec quelques inédits. On ne peut pas vraiment dire que cet album soit une compilation des autres, parce que j'ai réenregistré les titres et je les ai réarrangés. Disons que c'était un peu le best of de 10 ans d'autoproduction. C'était un album avec lequel je comptais trouver un label. Je suis allé à Paris et j'ai trouvé un label, Kods, qui m’a signé. On l'a donc refait une nouvelle fois, et j'y ai encore ajouté des inédits. C'est un peu comme si les autres avaient été des essais, et là, c'est un peu le premier véritable album avec un label. Du coup, comme c'est le premier, on peut dire, entre guillemets, que je travaille dessus depuis 10 ans. C'est un peu le résumé de mes 10 ans d'autoproduction.

Bastien Balt, Intérieur JourÇa t'a plu de dépoussiérer tes anciens titres? Enfin, ils ne sont pas bien vieux, disons de les réarranger...

Oui, bien sûr! Il y avait tout de même quelques inédits de 2008, mais j'en ai ajouté trois complètement inédits et nouveaux. Du coup, il y a 14 titres. C'est vraiment intéressant de prendre un titre qui a sept ans et de le remanier. Sur cet album, il y a un arrangeur, c'est Eddy la « Gooyatsh ». Il m'a donné sa vision sur certains anciens morceaux. Et il a réussi à leur donner une couleur nouvelle, une deuxième vie en somme. C'est assez passionnant. J'aime travailler avec les nouvelles chansons, mais j'aime bien aussi travailler avec les anciennes. Parce qu'une chanson ne livre jamais vraiment tout. Ça dépend avec qui on joue, comment on les arrange. C'est intéressant de jouer beaucoup une chanson. Elle prend d'autres directions, et ça, ça me plaît. Mais j'aime évidemment énormément travailler sur les nouvelles aussi. D'ailleurs sur le prochain album, il n'y aura que du neuf. Mais l'esprit de faire un point sur 10 ans d'autoproduction, c'est assez chouette, parce qu'on n'a pas accès à un aussi large public qu'en production. Ce n'est pas parce que j'avais sorti les précédents albums en autoprod dans ma région que les gens connaissaient mes chansons.

Comment as-tu fait tes choix de chansons?

Je me suis surtout attardé à voir les chansons dont les gens me parlaient le plus après les concerts. C'était vraiment ce qui m'intéressait, choisir celles qui avaient le plus touché les gens.

Pourquoi l'as-tu appelé « Intérieur Jour »?

À l'origine, je viens du court-métrage. J'ai commencé là-dedans. Le cinéma m'a toujours passionné. Et, sans que j'en parle spécialement, les premiers articles parus sur cet album parlaient de cinéma. On disait souvent que les chansons étaient un peu comme des courts-métrages, que souvent, il y avait une histoire avec une chute bien précise, etc... Je me suis rendu compte vraiment que pour les trois quart des chansons, je les avais écrites un peu comme on écrit un court-métrage. Et donc, « Intérieur Jour », c'est un terme de cinéma, dans un premier temps. Mais pour moi, ça signifie aussi que l'artiste voit les choses de l'intérieur et qu'il les éclaire à sa façon.

Comme tu viens de me le dire, la plupart des chansons sont autant de petites histoires. Est-ce que pour toi le fond est aussi important que la forme, voire plus important?

Ce que j'essaye depuis longtemps, c'est d'imbriquer les deux, de leur donner autant d'importance. J'aime beaucoup quand le fond rejoint la forme, quand il se passe quelque chose, quand il y a un pont entre les deux. Mais si je devais en choisir un, ce serait bien évidemment plus le fond. C'est ce que je raconte. Je travaille énormément la forme aussi, pour qu'elle soit en adéquation avec le fond. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai travaillé avec un aussi bon arrangeur qu'Eddy (la) « Gooyatsh ». Je voulais qu'il habille mes chansons. Lui, pour moi, c'est celui qui sait habiller une chanson d'une jolie robe printanière ou d'un gros manteau d'hiver quand elle en a besoin. Il voit et il sent ce dont ont besoin les chansons. Ça a été un bonheur de travailler avec lui. C'est vrai que pendant longtemps, j'ai travaillé plus sur le fond, mais aujourd'hui, j'essaye d'avoir les deux.

Bastien Balt © Sophie Filippone

Es-tu un artiste très productif?

Ça dépend. Mais j'ai toujours énormément de chansons en écriture parallèlement. C'est à dire que je ne crée pas une chanson après l'autre. Il peut arriver que pendant un bon moment il n'y ait aucune nouvelle chanson qui arrive et après, en un mois, il peut en arriver quatre nouvelles, parce que ça fait des mois que je travaille sur ces quatre-là en parallèle. Quand j'en ai assez de travailler sur une chanson, je travaille sur une autre... et parfois, elles arrivent à la ligne d'arrivée en même temps.

Tu es donc plutôt du genre à travailler et retravailler tes chansons?

Non, on ne peut pas dire ça. Je ne me mets pas de limite ni de barrière. Il m'arrive d'écrire des chansons en 10 minutes, mais comme je dis toujours, on ne l'écrit pas en dix minutes, on l'écrit avec toute l'expérience passée. Si une chanson est écrite en dix minutes, c'est qu'elle était là depuis un bon moment, et que c'était le bon moment pour elle de sortir. C'est la même chose pour les paroles et les musiques, parfois le texte vient en premier, parfois en second. Tout peut arriver. Mais le plus souvent, comme j'ai toujours une guitare avec moi, j'écris les deux en même temps. J'essaye de créer la musique en même temps que j'écris les paroles, du moins au début de la création de la chanson. Comme ça, les deux s'entremêlent parfaitement. Après, bien évidemment, je peux terminer le texte plus tard. Mais pour le début, j'ai toujours la guitare à portée de main, pour que la guitare m'inspire les mots et que les mots m'inspirent la musique. C'est pour avoir une unité.

Bastien Balt © Sophie Filippone

Il y a un duo avec Agnès Bihl sur ton album, « Revient la nuit ». Tu as fait quelques-unes de ses premières parties. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Nous nous sommes rencontrés par internet. Et comme on avait plusieurs spectacles en vue, elle m'avait contacté en me disant que ce serait bien qu'on chante une chanson ensemble. Généralement, quand elle a une première partie à ses spectacles, elle la fait venir sur scène avec elle pour chanter une reprise de Brel ou de Brassens. Et donc, je lui ai dit que j'adorerais le faire, que c'étaient des maîtres, mais que ce qui m'intéresserait le plus, en tant qu'auteur de chansons, ce serait d'en écrire une nouvelle. Elle m'a dit d'essayer. J'ai écrit une chanson en pensant à elle, et j'ai eu la chance qu'elle l'adore. Coup de bol! (rires) Et du coup, comme j'étais en train de faire mon album et qu'elle aimait beaucoup cette chanson, je lui demandé de venir la chanter avec moi. Elle n'a pas hésité une seconde. Elle a pris le train et elle est venue... C'est magnifique de voir qu'il existe encore des artistes qui viennent pour la chanson, et pas pour autre chose. C'est d'abord parce qu'elle aimait la chanson qu'elle a pris le train et qu'elle est venue l'enregistrer. C'était en plein hiver, il y avait de la neige et des grèves, mais elle n'a pas hésité une seule seconde. On l'a enregistrée ici en Lorraine. Ça a été le bonheur. J'espère qu'on aura l'occasion d'en faire d'autres. Ça me rassure de voir qu'il existe d'autres artistes qui ont la même vision du métier que moi. Mettre en avant l'artistique, la musique et les chansons avant les questions d'ego, etc...

Avant tu gérais tout toi-même. Aujourd'hui tu as un label. Qu'est-ce qui a changé?

C'est très différent en fait. Il y a de nombreux points sur lesquels je ne travaillais certainement pas assez, notamment la façon d'avancer, l'image ou la communication, etc... En ayant signé avec un label, j'ai une attachée de presse et toute une équipe derrière moi... Dans mon optique, avant, j'étais uniquement sur l'artistique et mon intention n'était pas forcément ni sur l'image, ni sur la communication. Mais c'est bien beau de faire un concert, mais si on n'arrive pas à faire venir les gens et leur faire comprendre ce qu'on fait... ça ne sert pas à grand chose! (rires) Parfois, ce que je pouvais projeter ne reflétait pas ce que j'étais moi-même. Souvent, l'artiste ne mesure pas ce qu'il projette, il peut même parfois donner une idée fausse de lui-même. Du coup, les gens n'ont pas accès à son univers réel. Pour ma part, j'avais déjà la chance d'avoir des gens qui se déplaçaient pour venir à mes spectacles, mais avec un label, je sens qu'il y a d'autres gens qui me découvrent. Je pense que le public comprend mieux qui je suis et où je vais.

Bastien Balt © Sophie Filippone

Comme je dis toujours, à chacun son métier. L'artiste n'est pas le mieux placé pour s'occuper du marketing...

Et le marketing... c'est très important aussi. En tant qu'artiste, on ne dit pas toujours ce qu'il faut et on ne projette pas toujours vraiment ce que l'on voudrait. Il y a parfois des quiproquos... Et justement le label est là pour anticiper tout ça.

Bastien Balt © Sophie FilipponeNous parlions tout à l'heure de concerts. Tu en a déjà fait pas mal. J'imagine que c'est assez essentiel pour toi...

Ah oui! C'est primordial. Je fais ce métier pour la scène en priorité. C'est sur scène que je me sens le mieux, c'est sur scène que je suis vraiment le plus moi-même. C'est sur scène que j'ose le plus de choses. Comme tu le sais, j'ai débuté par le théâtre. J'ai donc commencé par la scène. Ce qui me plaisait vraiment sur scène, c'était de montrer toutes les émotions que j'avais en moi. La scène, c'est une situation, c'est de l'humour. Et aujourd'hui encore, il m'arrive de raconter des petites histoires entre les chansons. J'aime beaucoup mettre de la mise en scène dans mes concerts et leur ajouter de l'humour. Ce qui est primordial, en fait, c'est la relation avec le public. Je ne veux absolument pas faire un concert de bout en bout comme sur le disque, sans jamais parler. Ce n'est pas mon genre. Je ne pourrais pas le faire, ce n'est pas ma façon d'aborder la scène. J'ai besoin qu'il y ait un partage, un échange, des émotions, des rires... J'ai envie d'emmener les gens quelque part. Et ça, ça a un rapport direct au cinéma et aux films. J'ai envie que le concert soit une sorte de voyage et d'histoire à laquelle le public participe. Je les emmène dans les années 70, dans les western... En fait, je suis plus sur le spectacle que sur le concert pur.

Tu as donc commencé ta carrière artistique en tant que comédien. La chanson te démangeait-elle déjà?

J'écris des chansons depuis mes 17 ans. Mais c'était en parallèle. Au début, ça me servait uniquement quand je n'allais pas bien, un peu comme quand tu as un journal intime quand tu es adolescent. Les chansons étaient un peu une thérapie, au début. Mais c'était secondaire dans le fond, ce qui primait, c'était le théâtre et les films que je faisais. Je me dirigeais vraiment plus vers une carrière dans le théâtre ou le cinéma. La chanson, je voyais ça comme quelque chose de plus intime, qui me permettait de surmonter les difficultés. Et avec le temps, elle a pris le pas sur tout le reste. Parce que, l'idée en vieillissant, c'est de devenir vraiment soi-même. Et je me suis rendu compte que où j'étais le plus moi-même, c'était dans le plus intime, c'était quand j'écrivais une chanson. Les films, ça reste des idées fantastiques ou des histoires, c'est un peu s'évader dans de nouvelles aventures; le théâtre, c'était plus l'humour; et la chanson, soudain, c'est devenu à mes yeux quelque chose de profond et d'intime. Chaque fois que j'ai ressenti un sentiment très très fort, il s'est toujours traduit en chanson. Du coup, avec les années, la chanson a pris le pas sur tout le reste. Et en plus, ça donne une satisfaction assez immédiate, parce qu'on peut rapidement monter sur scène avec une chanson. Au cinéma et au théâtre, c'est toujours un très très long travail. Alors qu'il se peut que d'une semaine sur l'autre, il y ait une nouvelle chanson sur scène. Et ça, cette immédiateté, cette possibilité de pouvoir aller très vite sur scène avec quelque chose de nouveau, ça m'a beaucoup plu. La chanson, ça rassemblait vraiment tout... Mais bien évidemment, tout est imbriqué, il y a un rapport entre l'écriture d'une chanson et le cinéma, et un rapport entre les concerts et le théâtre. Dans un concert, tout ce que j'aime artistiquement est réuni : théâtre, musique, cinéma... Et ça a du sens. Et donc, pour en revenir à l'album, je ne voyais pas comment l'appeler autrement qu'avec un terme de cinéma. Je ne sais pas si le second album sera dans cette optique. Mais j'ai vraiment l'impression que ce premier album résume tout ce que j'ai vécu en amont. C'est tout mon passé. Le deuxième sera certainement bien différent. Mais dans ce premier, j'ai voulu mettre tout ce qui m'a passionné et tout ce qui m'a construit. Un premier album, ce sont en quelques sortes les fondations.

Bastien Balt © Sophie Filippone

C'est une présentation aussi.

Oui. Et il me représente bien, je trouve. Et puis, avoir un duo avec Agnès, ça me représente bien aussi. J'ai toujours eu un rapport fort au féminin. J'ai beaucoup écrit de chansons, inspirées par une fille qui passe dans la rue, ou quelque chose comme ça... Une chanson comme « Coccinelle », c'est vraiment furtif, ça vient de rien... La chanson parle de trois secondes qui s'étendent à l'infini. Et donc, le fait d'avoir un duo avec une chanteuse, ça me ressemble énormément. Ça a vraiment complété l'album pour moi. Il fallait que j'aie un répondant féminin en face. C'était important...

Bastien Balt © Sophie Filippone

Nous parlions d'adolescence tout à l'heure. Avais-tu des idoles à cette époque?

C'était assez large. J'écoutais beaucoup de chanson française. Mais ils n’étaient que quatre ou cinq à l'époque. Aujourd'hui, il y a plein de monde, mais dans les années 80, il y avait vraiment quatre ou cinq artistes phare auxquels on ne pouvait pas échapper. Il y avait Renaud, Cabrel, Goldman, Souchon et Voulzy. Honnêtement, celui que j'écoutais le moins, c'était Renaud. Lui, je l'écoutais plutôt pour quelques chansons. Mais pour les autres, j'achetais tous leurs albums. Ce sont eux qui m'ont construit. C'était de la chanson française qui racontait quelque chose et qui voulait dire quelque chose. C'était vraiment intéressant. Avant, on était plus dans les ambiances et dans l'acoustique. Goldman a apporté un son plus rock. Et avec Souchon, on était vraiment dans une écriture renouvelée et réinventée. Avec Souchon, on touche au poète. Il a réussi à réinventer le langage en utilisant des mots simples et de tous les jours. C'est une démarche que j'ai aussi depuis dix ans. Je pense que ce n'est pas parce qu'un texte utilise des mots compliqués qu'il est de qualité. Mon travail est d'utiliser des mots simples de tous les jours dans mes chansons. Sans faire des chansons simples, bien évidemment. Quand on prend l'exemple de « Allô Maman Bobo », il utilise des mots d'enfants pour le coup, et ça n'en fait pas une chanson simple. Et je tends vers cette écriture. Je tends vers une chanson de qualité mais avec des mots de tous les jours. Dans mon tout premier album autoproduit, j'étais justement à l'opposé de ça. J'écrivais des textes très compliqués. Tout le monde me disait qu'on aimait bien les mélodies, mais que quand la chanson était terminée, on ne savait toujours pas de quoi je parlais! (rires) Donc, après cet album, j'ai essayé d'aller vers des mots plus simples, pour pouvoir me faire comprendre et emmener les gens avec moi quelque part. Si le langage ou la façon d'écrire devient une barrière, il n'y a plus de raison d'écrire des chansons, ça devient stupide. Depuis 10 ans, je travaille à ça... C'est ma démarche d'écriture. Je pense qu’autant que nous soyons, la chanson qui nous a le plus touchés, c'est une chanson avec des mots très simples et un fond très très fort…

Propos recueillis par IdolesMag le 7 juillet 2011.

-> Site officiel : http://www.bastienbalt.com/

 

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