Interview de Gautier Reyz

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/04/2011. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.



Gautier Reyz - Droits Réservés

Après un premier single, « I Wish », produit par les internautes, Gautier Reyz débarque dans les bacs avec un premier album qui a retenu toute notre attention. Cet opus, « Rocking Class Hero », au titre librement inspiré d'une chanson de John Lennon, a lui aussi été produit par les internautes. C'est dans les locaux du label Akamusic à Bruxelles que nous avons rencontré Gautier. Nous avons été étonnés de nous retrouver face à un rockeur plutôt discret et timide. Nous avons été touchés par cet artiste qui vit par, pour et avec sa musique. Au cours de notre entretien, Gautier évoquera bien évidemment son passage à la Star Academy, mais aussi ses envies et ses choix. Loin d'être un « Badman » comme il le chante, rencontre avec un rockeur vrai et sincère.

IdolesMag : Quel a été l'élément déclencheur de cet album?

Gautier Reyz : C'était pendant la StarAc. Je m'en rappelle très bien. On devait être à un mois de la fin. On était en pleine interview à 1 heure du matin. J'ai pris une feuille de papier, et je me suis mis à réfléchir à ce que je voulais faire après. Tout de suite, j'ai eu envie d'exprimer beaucoup de messages dans un album. La règle numéro 1 qu'on nous a appris, c'est qu'il ne fallait pas exprimer trop de choses différentes dans un même album, qu'il fallait rester dans un style bien précis. J'ai donc écrit sur cette feuille de papier « Rocking Class Hero ». Ce fut le fil conducteur pendant ces deux ans de travail. J'ai commencé comme ça, puis j'ai rassemblé beaucoup d'idées et beaucoup de personnes autour de moi. Il y a eu Edouard Algayon, entre autres, qui était dans la StarAc 3 et qui a intégré le band de la Star Academy. C'est avec lui que j'ai commencé à construire cet album. L'idée générale était de faire un album de rock avec des titres différents les uns des autres, une sorte de gros melting pot, de beaucoup d'envies et de styles réunis dans un seul.

Gautier Reyz, Rocking Class Hero - Droits RéservésIl y a des titres très rock, d'autres un peu plus pop ou folk, mais on sent que la ligne directrice est assez rock tout de même.

Oui. C'est vraiment ce que j'ai voulu communiquer aux gens. On peut évoluer autour d'un thème sans déroger au sens premier. Quand je suis sorti de cette émission, j'avais envie de faire du rock, mais je n'en comprenais pas vraiment le sens à l'époque. Je me disais qu'il suffisait de monter sur scène avec une guitare branchée et d'envoyer le son. Mais c'est beaucoup plus profond que ça. Quand on essaye de représenter quelque chose, juste une icône ou une image, et qu'on essaye pas de se concentrer sur le fond précis du travail, on en perd vraiment le sens. Là, j'ai eu deux ans pour me dire « cherche ce que tu es capable de faire et cherche ce que tu as vraiment envie de faire, plutôt que de faire ce que les gens voudraient voir de toi ».

Ça a été difficile d'imposer tes choix à la sortie de la Star Ac?

Ouhhh... Un tout petit peu [dit-il en rigolant]. En gros, ce qu'on nous demande à tous en sortant de la StarAc, c'est de faire les bons choix alors qu'on est un peu déconnectés et qu'on ne sait plus trop où donner de la tête. Moi, je sais que le choix le plus rude que j'ai eu à faire, c'est de rendre mon contrat à Universal. C'est ce que j'ai fait en tout premier. On me proposait quelques petites choses, c'est vrai, mais des choses que j'ai refusées. Parce que je suis auteur-compositeur-interprète et que si j'échoue, je préfère échouer avec mes propres compositions et mes propres chansons. Je ne crois pas que j'aurais été un bon produit pour Universal, parce que je ne suis pas très modelable... (rires) J'arrive un peu en retard aux rendez-vous... Mais je n'ai pas mauvais fond! (rires) C'est vraiment ce choix de rendre mon contrat a Universal qui a été le plus difficile. Là, je me suis dit que je repartais de zéro.

Puis tu t'es inscrit sur Akamusic.

Oui. C'était dans la même logique, en fait. Je repartais à zéro. Et je me suis dit que si les gens avaient envie que je continue à faire de la musique, il me suivraient dans cette aventure sur Akamusic, et me donneraient les clés pour débuter...

C'était le choix de la liberté, en fait.

Oui, c'est tout à fait ça. En tout cas, Akamusic représente pour moi la liberté. Nous sommes partis sur une sorte de contrat de confiance. Quand je suis arrivé avec le single, tout a été très vite. On a réuni les 15000 euros en une semaine environ. Et les 50000 euros en un peu plus de deux mois. Quand je suis arrivé au terme de la production de l'album, c'était assez drôle... parce que je n'avais mis que deux titres sur ma page Akamusic, « I Wish » et « For Her ». On est parti là-dessus, en fait. Je leur ai demandé de me faire confiance et de me laisser un peu de temps, pour que je revienne avec un album qui tienne la route. J'affirmais ça un peu dans le vide... mais ça a marché! (rires)

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Quand tu t'es inscrit, tu n'avais donc quasiment aucune chanson prête.

Non. Pour être très honnête, sur les quinze titres qui figurent sur l'album, j'en avais quatre. Mais par contre, j'avais énormément d'envies et d'idées. Je savais que derrière moi, il y avait des musiciens en qui je croyais énormément et qui ont un niveau très pro. Donc, avoir des gens comme ça à mes côtés, ça me tirait vers le haut, ça m'emmenait quelque part. Ça, j'en étais persuadé. J'avais confiance. Au final, on a mis deux ans pour faire cet album. Pour certains c'est long, pour d'autres, c'est raisonnable. Aujourd'hui, je suis assez fier de ce premier album, mais je bosse déjà sur le deuxième, alors que le premier n'est pas encore sorti! (rires)

Déjà?

Oui, parce que j'ai compris quelque chose il y a très peu de temps... Mon évolution se fait très doucement!... J'ai compris que je suis plus fait pour la musique que pour les paillettes. Je ne suis pas très doué pour représenter le côté icône du truc. Quand il y a de la foule qui vient pour moi, je suis un peu comme un enfant, je me pose des questions...

Tu as plutôt envie de faire passer des messages par ta musique, en fait. Tu as envie qu'on te comprenne par rapport à ta musique.

J'ai vraiment énormément de choses à communiquer encore. Je trouve que cet album est un super album de présentation. Ça montre que je suis capable de faire des choses et surtout que j'en ai l'envie. Mais je n'ai pas encore exprimé tout ce que j'avais à dire, loin de là! Et comme j'ai des choses à dire tous les jours... (rires) On doit être douze dans ma tête! Mais ça je ne devrais pas le dire en interview! (éclats de rires)

Tu écris beaucoup?

Oui. Pas plus tard que cette nuit, j'ai composé un truc. C'est assez étrange d'ailleurs parce que l'album contient quatorze titres en anglais et un seul en français, et cette nuit, j'ai écrit un truc en français. Je travaille essentiellement la nuit. C'est le moment où je suis vraiment à l'aise pour composer et pour écrire. Pour ce qui est de l'anglais, ça sort tout seul, pour le français, c'était moins évident... On a sorti un premier single, « I Wish », qui avait pas mal marché, mais pour un problème de quota, vu que le titre était en anglais... il n'a pas été beaucoup diffusé. Jolie difficulté pour les artistes en France actuellement!... Si tu es Français, tu dois chanter en Français si tu veux avoir une chance de passer en radio.

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Et ce n'est pas encore gagné!

Ah non! Et là, attention révélation, il y a encore des deals entre les grosses maisons de disques et les radios! Enfin, révélation... on le sait tous, bien évidemment. Donc, on avait tout de même réussi à passer un peu en radio avec « I Wish », mais on m'avait soumis l'idée d'écrire quelques titres en Français, pour avoir une toute petite chance d'être diffusé en radio. Comme je n'aime pas trop faire ce qu'on me dit (rires)... je n'ai fait qu'un seul titre en français. Si je n'étais pas totalement en accord avec ce titre, je ne l'aurais jamais mis sur l'album. J'ai compris que pour écrire un titre un français qui sonne bien, tu ne peux pas prendre une compo qui existe déjà et la retranscrire en Français. Ça ne fonctionne pas comme ça. Il faut créer dés le début en Français. Et c'est ce que j'ai fait cette nuit. Il y a eu un essai sur « I Wish » pour la transcrire en Français, et je trouve que ça ne le fait pas. Alors que « Badman », le nouveau single, qui a été écrit directement en français, lui, sonne bien en français.

Quand a-t-il été écrit ce titre?

Il a été écrit dans la cuisine d'Edouard. Il faisait cuire des pâtes. On s'est pris au jeu et on s'est amusés à écrire ce texte et cette musique. Personnellement, je pense que c'est réussi...

N'as-tu pas peur avec un single en français de dérouter le public qui va aller acheter un album qui est tout en anglais?

Je ne crois pas. Parce que finalement, il y a plusieurs possibilités... La première : Les gens qui vont s'intéresser à « Badman » et qui vont aimer ce titre, vont aller forcément s'intéresser à ce qu'il y a sur le reste de l'album. Ils vont donc l'écouter. Que ça leur plaise ou non, ça on ne peut rien faire. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas! Mais en tout cas, ils vont s'y intéresser, donc, ça c'est positif. La deuxième possibilité : les gens vont être atterrés par « Badman » et vont crier « Non! Non! Au secours! ». Ces gens-là vont peut-être aller un peu plus loin et avoir envie de savoir s'il y a autre chose sur l'album qui leur plait... Enfin, ça c'est pas totalement sûr! (rires) Et la troisième possibilité : il y a ceux qui vont rester bloqués sur « Badman » et qui ne vont pas aller voir derrière. Et bien, il y en aura toujours...
Donc, à choisir entre aucune diffusion radio et sortir un titre en français, il n'y a pas photo. Prenons l'exemple de youtube. Avec « Badman », on est arrivé à 40000 vues en quelques semaines, alors qu'avec « I Wish », on est arrivé à 70000 en deux ans... Donc, choisir un titre en français nous permet d'avoir un impact un peu plus grand sur les gens. C'est pour ça qu'on a fait un teaser de l'album avec plusieurs titres en anglais et « Badman », pour que les gens puissent s'intéresser au projet au complet. Et ceux qui iront voir un peu plus loin, qui écouteront l'album et qui n'aimeront pas... et bien tant pis! (rires) Aujourd'hui, c'est difficile de dire « je fais de la musique comme elle est et je l'assume comme elle est sans faire de concessions ».

Tu peux développer?

Tu ne peux pas prétendre avoir un registre complètement underground et te dire que tu vas toucher un maximum de monde. J'ai compris une chose quand je suis parti de Clermont-Ferrand : si tu fais de la musique pour intéresser et impressionner les dix potes qui sont autour de toi et avec qui tu traînes depuis dix ans, c'est bien, mais ça n'a aucun intérêt. La musique est faite pour fédérer les gens. Pour fédérer les masses, il faut communiquer plus simplement. Donc, avec « I Wish », « Addiction », etc... On se ferme à un certain public qui a l'habitude d'écouter du rock pour ce qu'il est. Avec « Badman », on s'ouvre aux gens, on leur dit « voilà, la simplicité et la fraîcheur, c'est aussi ça. » Il faut savoir communiquer et fédérer les gens. Tu sais, je n'ai pas peur qu'on me colle une étiquette à cause de « Badman ». Bien au contraire. Tout ce que je fais, je l'assume entièrement. Toutes les chansons qui figurent sur cet album, je les assume entièrement. Et si on me colle une image de la StarAc, j'en serai fier. Parce que pour moi, la StarAc, ça restera l'une des meilleures aventures de toute ma vie. Aujourd'hui, c'est dépassé de dire que ce n'est plus à la mode. C'est « Carré Viiiiiip » qui n'est plus à la mode! (rires) On avait beau dire ce qu'on voulait de la StarAc, mais c'était pas mal tout de même...

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Vous appreniez tous quelque chose. Vous n'étiez pas filmés à ne rien faire toute la journée...

Il y a certaines émissions qui sont franchement avilissantes pour la condition humaine. Et aujourd'hui, les gens finissent par ne pas l'accepter. Ça me rassure parce que je me dis que dans dix ans, on n'aura pas d'émission de télé avec des gens qui se tirent des balles dans la tête... Ces émissions permettent de recrédibiliser des émissions comme Star Academy qui avaient vraiment un sens. On travaillait d'arrache-pied. Tous les primes avaient une utilité parce que nous, nous chantions avec des pointures. Maintenant, je ne crache pas sur l'un pour anoblir l'autre. Je dis juste qu'à choisir entre l'un et l'autre, je préfère encore un truc utile... J'ai assez mal pris les critiques envers la StarAc, parce que quand on regarde des émissions avec des gens qui ne sont pas VIP et qui croient l'être, hum... hum... Tu sais, à la StarAc, j'en ai croisé des VIP, des vrais... des gens comme Tom Jones, Shaggy, Rihanna ou Chris Brown... et bien, ces VIP, qui sont de vrais VIP, ne se conduisent pas comme les pseudos VIP... Ils sont généreux, ouverts. Ce ne sont pas des gens fermés qui se battent pour 3 cm carrés autour d'une bouteille de champagne. On va clore le chapitre, mais pour en revenir à « Badman », si les gens s'arrêtent à ce titre, et bien tant pis, mais j'en suis très fier!

As-tu quelque chose contre Spiderman?

Ah oui! Je n'aime pas les araignées, moi!... Mais il y a pire... un petit différent entre nous deux, une ex en commun... Catwoman! (rires) Tu en as de drôles, toi, avec des questions aussi personnelles et intimes! C'est ma vie privée! (éclats de rire)

Le titre de l'album, « Rocking Class Hero » fait référence directe à John Lennon et son « Working Class Hero ». C'est quelqu'un qui a compté pour toi, artistiquement?

Oui, énormément. En fait, ce qui m'a vraiment touché dans l'histoire de John Lennon, c'est que c'était un gamin quand il a rencontré McCartney et les autres. Et ce sont des gamins qui ont changé l'histoire de la musique. The Beatles sont partis de rien. Ils ont enregistré leur premier titre, même pas sous le nom de Beatles, mais sous le nom de Quarrymen, c'était dans la période mi-Elvis. Ce n'était pas encore The Beatles, mais il y avait déjà un son particulier. Ils étaient fans d'Elvis. Lennon avait vu Elvis au cinéma, et il avait commencé à s'habiller et se coiffer pareil. Je suis loin d'avoir la qualité et le talent d'un Lennon, mais si je devais choisir quelqu'un qui m'inspire, comme lui a choisi Elvis, moi, je le choisirais lui, Lennon. Il a fait des trucs énormes en partant de rien. Il a appris la guitare tout seul. C'est un peu comme mon chemin, j'ai l'impression d'avoir construit quelque chose à partir de rien. En rentrant dans la StarAcademy, j'étais à peine un petit comédien. J'avais fait onze ans de théâtre et je ne pensais pas en arriver où j'en suis aujourd'hui. Je ne pensais pas avoir des envies à trois heures du matin de composer et d'écrire des chansons. Je ne pensais pas avoir un jour envie de faire passer des messages à travers la musique.

Donc, tu ne chantais pas du tout avant ton entrée dans la StarAc?

Non, pas du tout. Même pas sous ma douche. Par contre, je savais que j'avais une flamme artistique et cette envie de dire des choses. Aujourd'hui, je le dis souvent à mes proches, j'ai vraiment trouvé un métier qui me plaît. Et si je n'arrive pas à m'imposer en tant que chanteur dans les années qui viennent, je serai ou producteur ou auteur ou compositeur. Je sais que la musique est un vrai métier, en dehors de tout ce qui est paillettes. C'est vraiment quelque chose qui me passionne et pour laquelle j'ai envie de m'investir. Je me sens bien quand j'écris, quand je compose, quand je suis en studio ou quand je monte sur scène. C'est complet. Je vous conseille à toutes et tous de regarder ou reregarder le film sur la vie de John Lennon, « Nowhere Boy ». C'est une personnalité qui a fortement inspiré mon premier album.

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Lennon est un artiste engagé. Penses-tu l'être toi-même? Et jusqu'à quel point un artiste doit-il s'engager?

Je pense être un artiste « engagé » entre guillemets. C'est à dire que je ne suis engagé dans rien, mais je fais passer mes idées. Je ne peux pas m'empêcher de dire ce que je pense, que ce soit sur facebook ou twitter. Pour l'instant, ce sont les seuls moyens de communication que j'ai. Je ne peux pas me contenir quand quelque chose me révolte. Les gens qui m'ont suivi à la Star Academy l'ont compris : j'ai du mal à faire des concessions quand je les trouve gratuites et sans aucun sens. Donc, être engagé, oui, mais pas pour rien. Si ça peut apporter quelque chose, oui. Si le grain de sable peut enrayer la machine, oui. Pourquoi pas? Mais s'engager n'est pas forcément le bon mot. Je pense qu'il faut avoir de vraies convictions. Donc, oui, j'aurais des choses à faire passer. Quand on me demande mon avis, je le donne, que ça plaise ou non. De toutes façons, je n'ai rien à perdre, parce que avec Akamusic, je suis reparti de zéro. Comme ce sont les gens qui ont accepté que je sorte un album, je n'ai aucun statut à perdre. J'ai croisé pas mal d'artistes qui se jaugent et qui se jugent, je n'ai pas l'impression, ni l'envie, de rentrer dans ce concours. Donc, je vais exprimer mes convictions, parce que je n'ai rien à perdre, et tout simplement parce que je les assume.

J'aimerais revenir avec toi quelques instants sur ta participation à la finale nationale belge de l'Eurovision. C'était un choix de te présenter?

Ah oui! Complètement. J'adore l'Eurovision. J'ai proposé ma candidature, je suis arrivé en finale de la sélection. Malheureusement, je n'ai pas été choisi, mais il faut savoir reconnaître quand on se fait battre par un groupe qui est plus adéquat à la situation. En plus, le groupe qui va représenter la Belgique cette année, Witloof Bay, je les adore, ils sont hyper sympas. Mais je vais te donner un scoop... depuis tout gamin, je regarde l'Eurovision. Pas mal de gens, même dans mon équipe, m'ont dit que c'était bien que je n'aie pas été sélectionné, parce qu'ils trouvent le concours has been. Mais c'est totalement faux! C'est un peu comme pour la StarAc, les gens s'empressent de juger. Et personnellement, l'Eurovision, ça me passionne! J'adore voir les Biélorusses avec un déguisement en forme de papillon... et puis, il y a aussi de super surprises! Comme par exemple le groupe turc Athena que j'ai découvert en 2004. Leur titre s'appelait « For Real ». C'était terrible. J'ai été voir ce qu'ils faisaient et c'est génial! Maintenant, je me dis que je n'ai que 23 ans, il me reste encore dix ans pour le faire. Je n'ai pas encore dit mon dernier mot à ce sujet! Je vais d'ailleurs faire passer un message : si la Belgique ou la France a envie de me sélectionner directement l'année prochaine, je suis partant! (rires)

Pourquoi as-tu eu envie de représenter la Belgique, alors que tu es Français?

J'avais tout simplement envie de remercier la Belgique pour ce qu'elle me donne depuis deux ans.

Tu y vis à temps complet depuis deux, en fait.

Oui, tout à fait. Ça a été un tel cadeau... Je vivais à Paris, j'étais dans un mauvais mode. J'étais un peu perdu. Il fallait que je me reconnecte après l'émission. Et on a vite tendance à oublier qu'on a été omniprésent dans les média pendant quelques mois quand on prend le métro ou le bus. Et bien cette expérience m'a un peu traumatisé et un mec m'a dit de venir vivre à Bruxelles, que personne ne viendrait m'emmerder. Je suis venu passer un week-end à Bruxelles, et j'ai emménagé deux jours après.

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C'était un coup de coeur pour la Belgique.

Oui, un super coup de coeur. Et puis les gens sont tellement cool ici... C'est donc pour ça que je me suis inscrit à la présélection belge, pour un peu rendre aux Belges ce qu'ils m'ont donné.

Revenons à « Rocking Class Hero » si tu veux bien. Quand on regarde le CD, c'est une réplique d'un vinyle. C'est quelque chose qui te manque, le vinyle?

Oui. C'est quelque chose qui me manque énormément. Je pense que les gens achètent moins de CDs parce que les CDs ont perdu de leur classe et de leur utilité en terme d'objets. Le vinyle, c'était vraiment quelque chose qui avait un charme terrible. Et puis le son est différent, le vinyle craquait. Donc, oui, je suis très vinyle et j'avais envie de marquer le coup sur le CD.

Il y a un très joli artwork qui a été fait sur le livret de l'album avec un côté très clair et un côté très sombre. Tu as ces deux côtés en toi aussi?

Oui! C'est à ça que ça sert un album : tu t'es intéressé au livret, tu as été chercher des trucs... J'avais envie de ces deux côtés, un sombre et un clair, sans pour autant jouer trop sur le côté noir et blanc. Je suis très investi dans l'intégralité de l'album, j'ai écrit et composé les chansons, bien entendu, mais j'ai co-réalisé la pochette aussi. Je suis assez perfectionniste et quand je fais quelque chose, je n'ai pas envie qu'on vienne m'imposer un truc. J'avais donc l'idée de lier deux styles graphique. Je suis un très grand fan de Kanye West et en même temps, j'ai cette influence rock qui plane au dessus de moi. Du coup, j'avais envie d'avoir un côté graphique très travaillé avec cette illustration qui a été faite par un mec qui habite à deux pas de chez moi et qui a beaucoup de talent.  Et d'un autre côté, je voulais un côté sombre très rock-vintage.

On retrouve d'ailleurs ce paradoxe dans les chansons je trouve...

Chacune des chansons est très différente des autres. Mais ce n'est pas un joyeux bordel, il y a une réelle cohérence. C'est pour ça que les titres ont été placés dans l'ordre dans lequel ils sont. Certains titres sont plus rock, d'autres un peu moins. Et comme pour la pochette, je voulais aussi un côté rock et un côté graphique. Je voulais garder ce paradoxe jusqu'au bout sur le disque.

L'album va-t-il vivre sur scène?

Ah oui! En fait, il va vivre sur scène si les gens en ont envie... il faut que les gens aient envie de venir nous voir sur scène. J'ai acheté mon premier album avec ma soeur, je l'ai payé 50 francs de l'époque, c'était « Le Baptême » de -M-. J'ai tout de suite été passionné par son univers et j'avais hâte de le voir sur scène. Tout les vrais fans de Mathieu Chédid le disent : ses albums sont géniaux, mais le live, c'est dingue. Ses chansons sont modelées et présentées différemment, c'est géant. Je me rappelle à ses toutes premières dates, même quand il n'avait pas de budget, il avait un costume dingue avec un M sur la tête. Son pied de micro avait des piques comme la tige d'une rose. Donc, oui, j'ai envie de faire vivre ce disque en live parce que j'ai déjà fait quelques dates sur des festivals, on sent que les gens ont envie de s'éclater et de revenir à du vrai spectacle et du vrai show. Je passe ma vie devant MTV – tiens je pourrais écrire une chanson la dessus! - et plus précisément MTV NHD sur laquelle il y a des diffusions de festivals de rock anglais. Waouw! Ça donne envie. Quelle énergie. Il y a de vrais shows à développer. Et cet album, je pense sincèrement qu'il est fait pour le live.

Quand on l'écoute, on a un peu l'impression d'un lion qui a envie de sortir de sa cage...

(rires) À un moment donné, au niveau du mix et des volumes, il faut que nous soyons raisonnables. Comme je le dis, c'est un premier album pour montrer aux gens que l'univers et les idées sont là. On a besoin de continuer à créer. J'ai aussi pensé aux fans que j'ai aujourd'hui. Sur mon facebook, je prends la température depuis deux ans, donc, je sais à peu près à quoi m'attendre. Et il y a de tout. Il y a des adolescents, mais aussi des ménagères. Je pense que ça ne sert à rien d'agresser les gens de suite en leur mettant du gros lâcher de chevaux en pleine prairie! (rires)

Gautier Reyz - Droits Réservés

Sur un album, ce gros son ne passe pas toujours très bien.

Tu as raison. J'aime cette idée que tu peux faire du rock sans chercher à être une grosse icône de métal. Tu peux avoir cette idée que la musique est là pas forcément pour t'agresser. Moi, je ne comprends pas les extrêmes en musique. Je ne comprends pas le hard métal où ça hurle, où tu n'entends rien. Je ne comprends pas le hard hip hop où ça parle de flingues et de gonzesses et de gonzesses qui flinguent. Je ne comprends pas non plus l'ultra techno, où tu n'as plus de sons audibles parce qu'il suffit de s'éclater la tête collée sur un ampli. À chaque fois, quand c'est trop, c'est trop pour moi. Quand j'ai écrit et composé cet album, j'ai du faire la différence en me disant « est-ce que t'as envie d'être une image? Ou est-ce que tu as envie de faire la musique qui te ressemble le plus? » C'est pour ça qu'on sent cette retenue dont tu me parles. Mais le live va être dingue! On a des personnages à développer et de la vraie musique à envoyer. Edouard, c'est un musicien vraiment très professionnel, ses potes aussi. Ce sont des mecs qui tournent en télé, qui sont sur tous les évènements et les concerts. Et que ces musiciens m'offrent la possibilité de jouer avec moi, j'en suis hyper ému et fier. Parce que ça veut dire qu'ils me considèrent. C'est aussi un gage de qualité pour la scène. Mais tu sais, je ne rêve que de ça...  Si je ne vendais que trois albums, mais que je pouvais remplir une salle conséquente, ça ne me dérangerait pas. Parce que ce ne sont pas les albums qui me font vivre, c'est monter sur scène qui me donne envie de vivre.

L'album reste un moyen, en fait.

Tout à fait. Et c'est un très bon moyen pour se faire connaître. Parce que les sites de téléchargement, c'est du business, rien d'autre. Quand j'aime vraiment un artiste, je me bouge pour aller acheter son album, parce que c'est important. La mode du téléchargement c'est terminé! Les sites de téléchargement illégaux ferment les uns après les autres. Et je pense que les gens commencent à en avoir marre de cette gratuité et de cette facilité. Ils se désintéressent de la musique, parce qu'on la leur offre... Je pense qu'il y en a de plus en plus qui comprennent que c'est important de découvrir aussi un livret, une pochette, un travail complet en somme. Ce qui est formidable avec une pochette d'album c'est le jour où tu la retrouves après des années dans ta boîte à gants et que tu te dis « Waouw! Qu'est-ce que c'était bien ce truc! »... La pochette et le livret sont un reflet de ce qu'on a voulu exprimer dans les chansons.

Propos recueillis par IdolesMag le 11 avril 2011.






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