Interview de Buzy

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/11/2010.
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Buzy © Muriel Despiau

« Dyslexique », « Adrian », « Body Physical », ou encore plus récemment « Délits » et  « Borderlove » sont sur toutes les lèvres. C'est probablement ce qui fait la force de Buzy : sa constance. Alors que tout a commencé sans vraiment qu'elle ne l'ait cherché, elle mène sa carrière de main de maître depuis presque 30 ans maintenant. Elle a sorti un album magnifique en début d'année « Au bon endroit, au bon moment », un album plus acoustique et plus dépouillé que les précédents, et s'apprête à sortir un Tribute en 2011. Nous l'avons rencontrée pour vous.
Buzy est une artiste libre qui mène sa barque avec beaucoup d'intelligence. Une auteure-compositrice-interprète hors pair.
Buzy?... Marie-Claire?... Mais qui est-elle vraiment, cette Buzy qui impressionne tout le monde? Éléments de réponse dans cette interview au cours de laquelle Buzy évoquera le temps qui passe et la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Elle ne manquera pas de nous raconter sa rencontre avec Gainsbourg et quelques anecdotes croustillantes sur sa carrière... Attention, éclats de rires en perspective! Buzy, c'est un phénomène!...

Buzy © Muriel DespiauIdolesMag : Pourquoi avoir attendu si longtemps entre « Boderlove » et ce nouvel album « Au bon endroit, Au bon moment »?

Buzy : Il n'y a pas eu si longtemps que ça! Parce que tu sais, quand tu sors un album, tu as un an et demi de promo, puis tu te remets au travail et après tu mets un an pour trouver une maison de disques! Ça passe très vite. Donc, sur le laps de temps entre les deux albums, il me reste à peine deux ans. Et puis, à côté, j'ai un autre métier. Ce n'est donc pas toujours forcément évident de concilier les deux. Je segmentarise mon temps entre la musique, la promo, la compo et la psycho! [Buzy a un cabinet de psychothérapie] ça fait beaucoup de choses, pour une seule personne. C'est ça, que comme je te le disais, deux ans pour faire un album, ce n'est pas beaucoup!

Ce n'est pas difficile de jongler entre toutes les disciplines?

Un peu, mais je m'y suis faite. Et puis, ça m'enlève un stress énorme sur le plan financier d'avoir cet autre métier. Je n'ai pas besoin d'aller faire des bêtises à droite et à gauche. Je ne garde que le meilleur de la musique, en fait. J'ai la chance de ne pas devoir aller cachetonner.

Ça reste un plaisir pour toi.

Tout à fait. Ça reste un plaisir, quelque chose de ludique. J'ai eu la chance de commencer dans les années 80 et d'avoir un succès assez rapide. Donc, je n'ai jamais franchement galéré. Je me suis fait une idée très rock'n'roll de ce métier, mais aussi quelque chose de très dandy, très esthétique. Même si ça a été très lucratif pour moi dans les années 80 et 90, je n'ai jamais voulu uniquement gagner ma vie avec ça.

Parle-moi un peu de ce métier que tu exerces en parallèle, et à propos duquel peu de monde est au courant...

J'ai suivi très vite une formation de psychothérapeute. J'ai donc ouvert un cabinet de psychothérapeute. La musique reste ma vraie passion. La psychothérapie aussi, mais dans une moindre mesure. Tu sais, j'ai eu la chance de démarrer avec un tube énorme, « Dyslexique », et de rentrer tout de suite dans ce métier de plein pied, de gagner rapidement énormément d'argent. Ce n'était pas comme aujourd'hui! J'avais signé dans une major, et je gagnais très bien ma vie. Donc, je suis assez peu habituée, comme les indés à l'heure actuelle (mais je les admire), à être constamment sur les routes et à me battre 100 euros après 100 euros pour gagner ma vie. Je n'ai pas été élevée à ça et le fait d'avoir un autre job me laisse de ce métier un champ libre où je peux m'exprimer.

Buzy © Muriel Despiau

Nous reviendrons sur les années 80 tout à l'heure, mais j'aimerais revenir un peu sur ce nouvel album. Tu as fait appel à de belles signatures, comme Jean Fauque, Gérard Manset, Rodolphe Burger, Daran... Comment les as-tu choisis?

Gérard Manset, je le connais depuis des années, nous habitons le même quartier et nous nous croisons régulièrement. Je le connais depuis plus de 20 ans. Donc, cette collaboration est quelque chose qui sommeillait depuis des années. Rodolphe Burger, je l'ai contacté, parce que j'adore Kat Onoma et que je l'adore lui. Daran, nous faisons partie de la même famille. Nous avons le même âge. Et Jean Fauque, je le connaissais depuis des années.

Cet album est beaucoup plus dépouillé et plus acoustique que les précédents. Est-ce un choix de départ ou bien est-ce que ça s'est imposé au cours de l'enregistrement?

C'est un choix de départ. C'était la ligne directrice. Sur cet album, j'avais un parti pris très clair de chansons acoustiques, avec une voix très devant. J'avais adoré un album de PJ Harvey très dépouillé comme ça, et ça m'avait donné l'envie moi aussi de faire quelque chose de très dépouillé.

Ce n'est pas un registre sur lequel on t'attend.

Ça, je le sais! (rires) Mais je trouvais que c'était bien de changer. C'était assez motivant de ne pas toujours faire la même chose. Donc, c'était un vrai challenge pour moi. Comme tu le sais, j'aime les orchestrations assez charnues sur lesquelles j'ai une voix beaucoup plus nerveuse! (rires) Ça a été très difficile pour moi de chanter calmement. Les prises de voix ont été très dures... J'ai voulu aller un peu à contre-pied de ma nature qui est plutôt un peu virulente. Là, j'ai voulu calmer le jeu. Et quand je me suis retrouvée devant le micro, avec la voix terriblement devant, je me suis sentie  déstabilisée parce que je n'avais pas 40 000 guitares derrière moi, et un peu dénudée. Ce n'est pas forcément simple, mais je trouve le résultat assez beau et assez réussi. Ça fait partie d'un moment de ma vie où je voulais quelque chose de plus calme, plus posé, plus mystique aussi d'une certaine façon.

Buzy © Blondie

Tu me parles de mystique. Quand on écoute l'album, il y a quelque chose de très sombre et très lumineux en même temps. As-tu cette dualité en toi?

Oui, absolument. C'est une question qu'on ne m'a jamais posée. J'ai cette dualité en moi. Je ne sais pas si sombre est le bon mot, mais je suis quelqu'un d'extrêmement lucide. Du fait, certainement aussi que je suis confrontée à la réalité psychologique de mes patients. Je suis certaine que ça a beaucoup imprégné l'album. Et d'un autre côté, je suis quelqu'un d'extrêmement positif et lumineux. C'est ce que j'essaye de leur donner, quelque part. Effectivement, j'ai une certaine ambivalence, une espèce de clair-obscur en moi... Mais ce n'est pas nouveau. On l'entend peut-être plus dans cet album-ci. J'ai toujours été un peu « border », un peu entre les deux.

Avec cette façon de chanter, on a l'impression que tu abordes cet album plus sur le ton de la confidence.

Pour la chanson, « À tes paupières », j'avais un fantasme de chuchotement, comme quand on chuchote quelque chose à l'oreille de quelqu'un qu'on aime bien. Et donc la prise de voix a été extrêmement pointue. Je n'aurais certainement jamais pu le faire il y a dix ans. Ils m'ont mis des compresseurs derrière ma voix. Pour sortir ça, il faut de sacrés micros. Heureusement, techniquement, ça a été réalisable. Et j'aime beaucoup le résultat. On est dans le souffle, le bruissement, dans le clair-obscur... toute cette esthétique me plaît beaucoup. Une esthétique mi-gainsbourienne, mi-culture anglophone. Parce que j'ai une grosse culture anglophone qui me plaît beaucoup. Je n'ai pas une voix avec un spectre énorme. Donc, je ne peux jouer que dans un certain type d'interprétation et de ressenti. Ma voix n'est pas spectaculaire comme celle de Céline Dion ou celle de Lara Fabian. On fait avec ce que l'on a...

Tu viens de ma parler de Gainsbourg, quand on écoute « Sous X », le texte est très gainsbourien.

Ça, c'est plus fort que moi. J'ai rencontré Gainsbourg quand j'avais 24 ans, et ça a considérablement marqué mon évolution d'artiste. J'étais déjà auteur-compositeur à l'époque, mais cette rencontre m'a complètement transfigurée! Tout le monde me dit que ça ressemble à du Gainsbourg, mais c'est malgré moi que je l'ai écrite comme ça. J'ai des racines et des influences que je ne peux pas renier. C'est quelqu'un qui m'a énormément marqué. Avant de le connaître, j'étais bien sûr très fan. Mais de l'avoir rencontré, qu'il m'ait coatchée, qu'il ait participé à mon album, qu'il m'ait fait des photos, etc...  C'est un peu comme s'il coulait dans mes veines maintenant. Nous étions très proches. Il a marqué considérablement mon destin d'artiste. Quand on a 24 ans, c'est énorme de rencontrer Gainsbourg.

Le thème du temps qui passe revient constamment dans l'album. Est-ce qu'il t'angoisse ce temps qui passe?

Oui, beaucoup beaucoup... Je ne crois pas les journaux féminins qui te balancent que c'est formidable d'avoir 60 ans, que c'est le plus bel âge! Ce sont des conneries. C'est dur d'avoir un cerveau qui reste celui d'une femme de 30 ans, avec une énergie qui n'est plus celle de quelqu'un de 30 ans. Je ne peux plus rentrer à 5 heures du matin, sinon, le lendemain matin, je suis cassée. Ce qui n'était pas le cas avant. Je suis donc obligée de gérer mon temps. Mais si on regarde le bon côté de la chose, c'est que j'apprécie la saveur de chaque chose à chaque instant. J'ai beaucoup plus de faculté à savourer l'instant qu'avant. Ne serait-ce que quand je vais voir un bon film... j'en parle pendant 3/4 jours. Je me nourris beaucoup plus de l'instant présent qu'avant. Je suis beaucoup moins en projection dans le futur. Alors qu'à 30 ans, j'étais constamment en projection, je pense que je ne vivais pas l'instant présent. Ça passait, voilà... Le temps était accéléré, alors qu'à 50 ans, le temps est ralenti. Je vis plus les moments, et je les perçois de façon plus intense. Ce qui n'est pas négatif. Le temps, c'est une notion très particulière. Quand on est amoureux et qu'on attend un coup de téléphone, une heure, ça en dure quatre. Et quand on est en studio et qu'on a envie de faire plein de choses, une heure, on a l'impression que ça dure ¼ d'heure. Le temps est une notion très élastique et très flexible. En tout cas, moi, ce dont je parle, c'est du temps de façon globale et c'est certainement lié au fait que j'ai 50 ans et que je me dis qu'il faut savourer chaque instant. Tu sais, je viens d'une génération, les années 80, où on brûlait tout. On sortait, on avait une énergie pas possible, on n'avait pas forcément d'ennuis. Je parle du milieu du disque et même globalement, dans le fond. C'était les années avant Sida. On pouvait se rencontrer très facilement. Il n'y avait pas un chômage de folie. On était bourré d'espoir. On passait des nuits à s'amuser sans se soucier du reste... C'est ce qu'on vit à 25/30 ans, ou ce qu'on devrait vivre, en fait! À 50 ans, je ne peux plus franchement le faire. Attention! Je ne suis pas grabataire non plus, n'est-ce pas! (rires) Tout ce qui me paraissait normal à l'époque fait aujourd'hui partie du domaine de l'exceptionnel...

Buzy © Muriel DespiauCe que tu me racontes me fait un peu penser à ta chanson « Comme des Papillons » qui était sur ton précédent album « Borderlove ».

Je me souviens à l'époque, j'avais passé une soirée avec Daniel Darc, dans une espèce de petit boui-boui avec des néons partout. Daniel a le même âge que moi. Nous n'arrêtions pas de dire des bêtises, jusqu'à trois heures du matin. On a rigolé comme des tordus. On a passé un moment exceptionnel. Et je l'ai relaté dans cette chanson, dans laquelle il est venu me rejoindre. J'ai trouvé cette soirée formidable. Malgré nos âges respectifs, nous nous sommes retrouvés comme des ados. C'était un moment génial...

Pour te paraphraser, penses-tu que « L'homme se singe »?

Oui! Je pense que l'homme est inclus dans un tissu social duquel il a énormément de mal à s'extirper. On a beaucoup de mal à faire la part des choses dans les informations dont les médias nous inondent. Nous sommes complètement imprégnés des infos qu'on nous balance, sans pour autant savoir en faire le tri. On fait partie d'une espèce de torpeur totale, c'est ce que je ressens. Et ceci à l'inverse des années 80. À l'époque, il fallait qu'on se différencie. Chacun cherchait son identité. Je me rappelle, nous partions à Londres faire les puces pour trouver des fringues originales. Il ne fallait surtout pas qu'il y ait de marque, sinon, on trouvait ça franchement nase! On trouvait ça bourgeois. Pour 5 euros, on achetait de super trucs. Les marques, c'était pour les mamies. Et aujourd'hui, regarde dans la rue, tout le monde a la même paire de baskets à la mode, tout le monde a le même pantalon, tout le monde est pareil. C'est assez incroyable. Nous vivons à une époque de standardisation des désirs, de l'apparence physique. Et tout ceci  est connoté avec des standardisations financières. Tu as de l'argent, donc tu t'habilles d'une telle façon, si t'en as pas, t'as pas le droit... Et cette standardisation se remarque aussi par quartier. C'est assez hallucinant! Prenons l'exemple de Paris, dans le 16ème, toutes les nanas s'habillent pareil. Va dans un quartier un peu plus branché et un peu moins friqué, les jeunes vont essayer de trouver des vêtements plus vintage, plus originaux. Ils ont une recherche d'identité vestimentaire qui est un peu plus personnelle. Il y a dans notre société une espèce d'alignement par la ressemblance qui est assez infernal. C'est étrange... C'est représentatif d'une société qui n'a plus sa liberté d'être. Je ne critique pas, je ne fais qu'observer...

Quelle est la première chanson que tu as écrite sur l'album?

« Jours confus », la chanson que j'ai écrite avec Daran. J'étais dans une espèce de confusion de la cinquantaine à me dire « oui, mais pourquoi?... Comment?... Qu'est-ce qu'il faut garder?... Qu'est-ce qu'il faut jeter?... ». J'ai écrit un texte que j'ai envoyé à Daran, et il m'a écrit une musique. Il y a des guitares slide, très américaines dans le fond. Je lui avais demandé quelque chose d'un peu Tom Waits. Cette chanson a été la première pierre de cet album. Elle avait un ton un peu à la fois mélancolique et lumineux. Quelqu'un qui est entre deux tempos.

Qui a eu l'idée de la pochette?

C'est une jeune photographe qui s'appelle Muriel Despiau. Je lui avais envoyé les chansons au fur et à mesure. Elle a cherché une image qui correspondrait à l'album, parce que moi, j'ai toujours un peu de mal avec ça. Quand on a terminé l'album, on n'a pas forcément l'image de cet album. Elle a eu l'idée de ce pont... Moi, je voulais absolument avoir des chaussures à talon, parce que je trouve ça très joli. Et c'est comme ça qu'on a pris cette photo. Il ne faut pas y trouver quelque chose de plus intellectuel. Mais c'est tout de même quelqu'un qui regarde son reflet dans l'eau...

Très songeuse aussi...

Oui. Il y a quelque chose de très introverti dans cet album. Ça doit correspondre à un moment de vie. Probablement que le prochain ne sera pas du tout introverti. Il sera complètement éclaté! (rires)

Tu vas monter sur scène avec cet album?

Oui, l'année prochaine, en juin 2011. Mais il faut reprendre les choses dans l'ordre! En fait, là, il y a un projet d'un « tribute ». Il y a une quinzaine d'artistes de la scène indé, que j'aime énormément et que j'ai découverts sur scène, qui vont participer à ce projet. Je trouve merveilleusement joyeux, optimiste et frais ce qu'ils font. Il s'est trouvé que deux ou trois d'entre eux voulaient reprendre mes chansons. On en a parlé à un producteur qui a trouvé l'idée intéressante. Le projet a fait boule de neige et ça avance pas mal. C'est tout à fait époustouflant. Tout d'abord parce qu'ils ont énormément de talent. Ils reprennent mes chansons, et j'en suis vraiment très honorée.

Ça donne un nouveau souffle aux chansons, une nouvelle écoute.

Absolument. Évidemment, j'avais une vision de mes chansons. C'était la mienne. Eux, ils les revisitent à leur façon. C'est un peu comme si je me retrouvais toute neuve. Pour reparler du temps qui passe, quand j'écoute ce qu'ils ont fait avec mes chansons, je me rends compte qu'elles n'ont pas vieilli. Elles sont réarrangées différemment. Elles sont chantées avec l'énergie de quelqu'un d'autre. C'est tout à fait bouleversant, vraiment bouleversant. Tu sais, ils ont tous 30 ans. Et ils mettent tout à leur sauce. C'est vraiment comme si elles avaient pris un sacré lifting! Il y a aussi des garçons qui chantent mes mots... c'est assez étonnant!

Ce doit être très enrichissant pour toi, j'imagine.

C'est très bizarre en fait! (rires) Je suis très honorée qu'il m'arrive cette histoire. Je suis étonnée qu'il y ait autant de gens de la nouvelle scène indé qui me connaissent, d'abord. Et puis, qu'ils aient envie de reprendre mes chansons, ça me fait tout drôle. Sur le plan artistique, je me rends compte que les maisons de disques sont vraiment bien nases à l'heure actuelle, parce que quand je vais les voir sur scène, je me rends compte qu'ils sont extrêmement bons! Et ce qu'ils font avec mes chansons, c'est « Waouw »! Leur niveau est très élevé. Ils sont très professionnels, tout est toujours fait dans les temps. Ils ne sont pas du tout mercantiles. Ils se sont lancés dans ce projet avec une telle générosité... j'en suis bluffée! C'est vraiment une autre génération. Ils vont au charbon sur scène. Ils assurent comme des bêtes. Je me rends compte que pour moi, tout a été facile... J'ai sorti « Dyslexique » sans avoir jamais fait de scène, et j'en ai vendu 500 000. Je n'ai pas mouillé ma chemise, alors qu'eux ils la mouillent.

Tu l'as vécu comment ce succès fulgurant de « Dyslexique »?

Honnêtement? Je ne m'en suis pas rendu compte. J'ai commencé à me rendre compte du truc quand il a fallu faire des télés, me trouver un look, etc... Mais avant que je ne fasse des télés, c'était déjà un hit, ça passait partout. Bon an mal an, je me suis adaptée. J'étais juste un auteur-compositeur qui avait composé un truc bizarroïde qui avait plu à une major. Je n'avais pas de métier. Je n'étais pas comme eux, je n'avais jamais fait de scène...

Buzy © Muriel Despiau

Et donc, en parlant de scène, ce tribute va vivre sur scène.

Oui. Nous sommes partenaires avec le mag en ligne « Longueur d'Ondes ». Tiens, c'est marrant, c'est un peu comme IdolesMag! (rires) Et l'idée a beaucoup plu au responsable des « Trois Baudets ». Il va donc y avoir une scène au mois de juin 2011 avec mes partenaires indés de ce tribute et moi qui chanterai 8 ou 10 chansons. J'aime le concept, et l'idée d'un système de relais. Ce sera vachement bien, je pense. Nous sommes juste confrontés à un problème...

Lequel?

Personne ne veut reprendre « Body Physical »! Mais personne! Personne ne veut s'y coller... Et pourtant, il faudra bien qu'elle soit sur le disque cette chanson! C'est désespérant! (rires) Clarika reprendra « Comme des Papillons », par exemple.

Il y aura un disque, je suppose.

Bien entendu, il sortira avant le spectacle, mais te dire exactement quand, c'est encore un peu tôt!

Et tout cas, tu en parles avec beaucoup d'enthousiasme, de ce tribute... Eux, ils t'ont certainement écoutée quand ils étaient plus jeunes... Mais toi, qui étaient tes idoles?

David Bowie. Des posters partout dans ma chambre. J'avais tous les albums. Ziggy Stardust, c'était un mythe! J'avais aussi un poster de Marylin Monroe. Ça c'était à 15 ans. Après, j'ai aimé Patty Smith, Marianne Faithfull, Nico, le Velvet Underground. Et après, en fac de lettres, j'étais bien branchée Gainsbourg quand même!

Tu as aimé la chanson française plus tard.

Oui. Enfin... À vrai dire, j'aimais beaucoup Véronique Sanson. Elle me fascinait avec son piano quand j'avais 15 ans. J'aimais bien Françoise Hardy. Mais ce n'était pas très tendance d'aimer la chanson française à l'époque, ça faisait un peu ringard! (rires) Mes potes, qui écoutaient Kiss et autres, me trouvaient un peu tarée d'écouter ça. Pourtant, comme tu le sais, je ne suis pas Parisienne et je ne fréquentais pas un milieu spécialement branchouille. Je me souviens, nous nous retrouvions au Canet-Plage et j'écoutais Sanson, Hardy et Berger aussi... Et ils me disaient « mais t'es une grosse ring', toi! On n'sait même pas si on va te parler! » (éclats de rires) Donc, comme tu vois, j'aimais bien les Français tout de même... Quand je suis arrivée à Paris en fac de médecine, j'ai enfin rencontré des gens qui aimaient la chanson française.

Tu avais envie d'être chanteuse?

Même pas en rêve! Je voulais jouer dans des comédies musicales, mais pas en tant que chanteuse, je voulais m'exprimer corporellement, comme dans la danse.

C'est venu quand, cette envie de chanter?

Quand je suis arrivée à Paris pour mes études de médecine, je n'avais qu'une envie en tête, c'était prendre des cours de claquettes. Mon père adorait les comédies musicales et tout ce qui était expression de danse. J'ai pris 6 ou 7 cours de claquettes par semaine. C'était une véritable passion. Grâce à ça, je suis rentrée dans une comédie musicale très culte en Angleterre, beaucoup moins chez nous, « The Rocky Horror Picture Show ». J'ai joué le rôle d'une folle dingo, j'adorais. Le metteur en scène m'a dit que c'était très bien que je fasse des claquettes, mais qu'il fallait aussi que je chante. Je n'avais jamais chanté de ma vie... Il m'a donné deux/trois cours. Et un des musiciens qui jouait avec nous la comédie musicale m'a dit que j'avais une voix vraiment bizarroïde. C'était le cas de le dire! (rires) Il m'a dit que je devrais essayer d'écrire une chanson. Comme j'avais pris des cours de piano avec ma grand-mère quand j'étais petite, je me suis mise au piano, et je lui ai dit « Voilà ma chanson, elle s'appelle Dyslexique! » Il m'a dit que je devrais aller la montrer dans une maison de disques. Ce que j'ai fait sans trop y croire... et bingo, j'ai signé tout de suite! Je n'aurais jamais pensé une seule seconde que j'aurais pu devenir chanteuse! Au mieux, j'ambitionnais d'être kiné ou orthophoniste!

Donc, ça a été très immédiat.

Oui... Enfin, je fermentais tout de même, hein?!... Je prenais des cours de claquettes, des cours de théâtre, donc... ça m'intéressait tout de même, probablement plus que la médecine... Mais je n'avais pas de formation particulière, je chantais « Et Marilyn s'endort avec le nez de Bogart » (rires) C'était très bien. Mais quand je me suis frottée à la promo et à la scène, ça a été une autre paire de manches.

Tu te souviens de ton premier rendez-vous dans une maison de disques?

C'était chez EMI. J'étais venue au rendez-vous avec un pote guitariste et on leur a joué les quelques chansons que j'avais en stock. Au bout d'une demi-heure que nous jouions nos conneries, le mec m'a dit : « Je signe! » Et là, comme je l'ai écrit dans mon livre, c'est l' « Engrenage ». Je me suis retrouvée dans un milieu que je ne connaissais pas du tout. Ma vie a basculé en 30 minutes. C'est incroyable.

Je ne vais pas te refaire toute ta bio, mais quels souvenirs gardes-tu du tournage du clip de « Adrian »?

Une horreur!... Le clip a été réalisé par Hilton McConnico qui avait fait la déco sur « La lune dans le Caniveau » de Beineix. J'étais très amie avec Gabriel Yared qui avait fait la musique du film, il était mon voisin à l'époque. Je lui avais dit que j'avais envie de faire un clip, et à l'époque, ce n'était pas encore monnaie courante. Il m'a dit qu'il fallait absolument que je rencontre son ami américain Hilton McConnico. J'ai dit OK. En plus, à l'époque, on avait les financements! Nous nous sommes retrouvés sur le tournage du clip avec Hilton McConnico, un gay complètement délirant qui voulait des culs partout! (rires) Toujours très smart, avec son pull en cachemire. Pourtant, nous étions dans des conditions climatiques dramatiques. Cette affaire a duré au moins 4 jours. Ils m'ont fait subir tous les sévices possibles et imaginables. Il faut savoir que l'avion qui passe au dessus de nos têtes, c'est un vrai, ce n'est pas un montage! Thierry Dassault a d'ailleurs dit à son grand-père que c'était irresponsable! Que c'était à la limite de l'accident. Bref, je courrais pieds nus par -2° avec un avion qui décollait dans mon dos... la folie! Il faut savoir que je suis asthmatique, et ils n'ont rien trouvé de mieux que de me mettre un ventilateur qui a soulevé toute la poussière!... (rires) À l'époque, j'étais au sommet de mon hypochondrie, je leur ai dit d'appeler un médecin tout de suite. Je ne pouvais plus respirer. Piqûres de cortisone, et je t'en passe! Bref... Je vais voir le producteur qui avait mon âge, il était dans sa voiture... Il était jaune comme un coing! Je lui ai demandé ce qu'il se passait, il ne m'a rien dit... Et pour te la faire courte... 3 semaines plus tard, j'étais aussi jaune que lui! Hépatite virale A! (éclats de rires)

Au final, ça a donné un super clip qui a marqué les esprits...

Le mien aussi! (rires) J'étais malade à en crever, je ne pouvais plus quitter mon lit. J'ai appris que deux autres mecs sur le tournage avaient eu la même surprise. Après, le clip a été primé au festival d'Antibes, mais comme j'étais jaune comme un coing, je ne m'y suis pas déplacée... C'était les premiers clips, il y avait celui d'Axel Bauer, « Cargo » et celui d'Isabelle Adjani, « Pull Marine ». On a reçu trois tonnes de prix. Il est passé en première partie de plein de films de la Gaumont, alors que moi j'étais sous ma couette en train de crever! (rires) Maintenant, je raconte cette anecdote avec beaucoup de sourire, mais à l'époque, j'agonisais! Aujourd'hui, c'est un souvenir marrant...

Quel regard portes-tu sur cette période des années 80?

Un regard très fun. On avait beaucoup de moyens. On essayait de faire de jolis trucs. On était plus ambitieux dans nos délires d'artistes. Que ce soit dans les clips ou pour la scène. Si tu voulais aller enregistrer à Londres, on partait dans l'heure. On délirait grave... C'était très exaltant. Dans un autre côté quand je vois les petits avec qui je travaille actuellement, ils sont tellement forts! Beaucoup plus forts que moi à l'époque... Ils sont plus sur le terrain que moi. Ils sont plus artisans que moi. Moi, j'ai été un peu construite par le star system, même si je n'aime pas trop ce mot. Je ne me suis pas frottée à faire des concerts devant 40 personnes. Je ne suis pas aussi forte qu'eux...

Ce ne sont pas les mêmes époques, pas le même rapport avec le métier.

Attends... L'autre jour je croise le producteur de Borderlove et il me dit « Tu prends le bus toi, maintenant? » Je lui ai dit que « oui, mais que la photo de ma carte orange, c'était une photo de Mondino! » (rires) j'ai toujours beaucoup aimé l'image. Travailler avec Mondino, Bettina Rheims... Ils font de très belles photos. Sur « Borderlove », j'ai travaillé avec une des filles de Sief, Sonia. Ça a coûté bonbon au producteur, mais ça me faisait plaisir! En 4 ans, j'ai beaucoup changé, je suis devenue une indé! Mais comme j'étais avec un producteur qui avait les moyens... j'en ai un peu profité! Mais à côté de ça, je viens de travailler avec une jeune photographe de 25 ans qui a, elle aussi, un talent fou. C'est un tout autre univers...

Buzy © Muriel Despiau

Quel regard portes-tu sur les 30 dernières années?

C'est une vaste question. Je viens d'une génération du « Middle of NoWhere ». Je suis d'une génération qui n'a pas vécu la révolution de 68, ni la révolution du punk qui n'a pas été très développée ici en France. Une génération un peu « au milieu ». Quand je vois tous mes potes, on a tous 50 ans, on est tous un peu attardés... On a traîné une espèce d'adolescence, et on la traîne encore! Les trentenaires d'aujourd'hui n'ont pas du tout le même regard que nous. Aujourd'hui, ils veulent une voiture, se marier, avoir un enfant avant tel âge, ils ont peur de perdre leur travail... Ils ont une pression que nous n'avions pas. Aujourd'hui, on leur demande d'être les meilleurs, nous on nous demandait d'être différents. Nous, on vivait en freestyle complet. Aujourd'hui, ils sont tous normés. Et puis, ce n'était pas la crise comme on la vit actuellement... Je préfère avoir vécu mes trente ans à mon époque qu'aujourd'hui!

Enfin, je vais te donner quelques mots, tu vas me dire ce qui te vient en tête instinctivement.

C'est chaud, ça! (rires)

Columbia : Rocky Horror Picture Show

Dyslexique : mon premier hit

Adrian : Une des chansons que je préfère

Insomnies : j'ai été longtemps insomniaque, je ne le suis plus

Rebelle : malgré les années ou grâce aux années, je suis toujours un peu « hors norme »!

Délits : Elle fait partie des chansons que je préfère. Et elle a un très beau parcours. Elle a été faite dans beaucoup de pays. J'aime beaucoup cette chanson.

Buzy © BlondieEngrenages : Le titre de mon livre. C'est vrai que la vie est une espèce d'engrenage, même si on n'en comprend pas les rouages. Au fur et à mesure, tu comprends qu'il y a une certaine véracité, une certaine logique. Quand il y a un grain de sable. Il faut essayer de l'outrepasser ou d'enlever cette scorie parce que  un grain de sable peut se mettre dans n'importe quel engrenage...

Important : le plaisir, le bonheur, l'amitié, la sincérité, vivre l'instant présent. Du haut de mes 50 ans, l'important, c'est un ensemble de choses très simples. Ce qui est important, c'est de faire un bon dîner avec tes potes, par exemple.

Papillons : Ce que j'aime chez les papillons, c'est qu'ils viennent de la chenille. Il y a une espèce de métamorphose. Nous sommes tous des papillons en devenir. J'aime l'idée qu'on est en transformation. Ce n'est pas parce qu'on vient d'un certain milieu qu'on n'est pas capable de se transformer. J'aime beaucoup l'idée du papillon. Ça me rappelle quand j'étais petite, j'allais dans les mares chercher des tétards, qui allaient se transformer en grenouille. J'aime qu'on se souvienne que je n'était pas Buzy, mais la petite Marie-Claire Girod qui allait dans les mares... Tout le monde disait que j'étais frappée! Tu sais, même aujourd'hui, quand je regarde la télé, si je tombe sur un documentaire animalier, j'ai 8 ans, et personne ne peut me déranger! Je suis fascinée par la beauté de la nature.

Matrice : la mère

Éphémère : nos vies humaines.

Paupières : le deuil définitif d'une histoire d'amour qui a duré plusieurs années et que j'espère oublier parce que c'est une question de survie.

Nébuleuse : on a tous des moments où on ne sait plus où on est. Perte de valeurs, perte d'idéal... On est dans une espèce de nébuleuse et on retrouve un sens à la vie parce qu'on rencontre quelqu'un de bien. On a tous des espèces de nébuleuses, un espace temps dans lequel on est complètement perdu...

Propos recueillis par IdolesMag le 8 novembre 2010.









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