Interview de Alain Barrière

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/12/2010.
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Alain Barrière © DR

Alain Barrière vient de sortir un coffret 3 CD contenant 53 chansons, mêlant ses plus grands tubes et  des chansons qui lui tiennent à coeur, certaines d'entre elles ayant été réenregistrées. Ce coffret a été directement numéro 1 des ventes de compilation la semaine de sa sortie. Preuve s'il en est que le public lui est resté fidèle. Nous avons donc rencontré pour vous Alain Barrière. L'inoubliable auteur-compositeur-interprète de « Tu t'en vas », « Ma Vie », « La Marie Joconde » ou autres « Guinguettes » et « Rien qu'un homme » revient avec beaucoup de recul et de tendresse sur son parcours, parfois semé d'embûches, mais toujours ponctué de chansons intemporelles. L'année prochaine, Alain fêtera ses 50 ans de chansons, l'occasion, espérons-le, de le revoir un peu plus souvent... Rencontre avec un artiste sincère et touchant qui a tant apporté à la chanson française.

Alain Barrière © DRIdolesMag : Votre coffret 3 CD a été directement numéro 1 des ventes de compilations. Est-ce que ça vous a fait plaisir?

Alain Barrière : Ça m'a fait tout d'abord une très grande surprise! Évidemment, ça m'a fait énormément plaisir, et même au-delà parce que l'année prochaine je fête mes 50 ans de chanson. J'ai débuté en 1961. Je ne joue pas du tout les snobs sur ce plan-là... mais être directement numéro 1, je l'apprécie hautement! (rires)

Après 50 ans de carrière, avez-vous toujours un stress à la sortie d'un disque?

Oui. De toute façon. Ce n'est pas que je sois parano, mais vous savez, quand vous sortez un disque, vous êtes toujours en danger. On dépend de tellement de petites choses quelques fois... Je me souviens, il y a quelques années, ma maison de disques de l'époque avait sorti un paquet de 45 tours et ils étaient tous excentrés! Alors, bien évidemment au début de la chanson, on ne s'en rendait pas compte, mais vers le milieu... ça devenait des « waon waon »! Cette anecdote m'a poursuivi longtemps et j'ai toujours la crainte d'une malfaçon quand on sort un nouveau disque... (rires) Je suis donc obligé de rester sur le qui-vive!

Comment avez-vous choisi les titres présents sur ce coffret?

C'est Sony Music qui est à la base de ce projet, et ils voulaient les tubes. Donc, on a a mis les tubes populaires des débuts, « Les Guinguettes » ou « La Marie Joconde », puis des tubes moins populaires mais dans lesquels je retrouve ma couleur et ma façon d'écrire comme « Ma Vie », « Elle était si jolie » ou « Plus je t'entends »... Ah! Non, celle-là, je ne la leur ai pas donnée! (rires) Donc, comme ils voulaient des tubes, on a mis aussi « Tu t'en vas ». Après, j'ai puisé dans les chansons qui avaient été un peu méprisées. Je pensais qu'elles valaient un peu mieux que ça. Des chansons comme « Je t'attendais », « Le Voyage ». J'ai voulu les réarranger au passage, avec une technique un peu plus solide. Donc, d'une part, j'ai fait plaisir à Sony et d'autre part, je me suis fait plaisir en y intégrant des chansons qui avaient été sous-évaluées à l'époque où elles sont sorties.

Certaines chansons ont été réenregistrées. N'est-ce pas trop difficile d'essayer de garder la couleur de l'époque?

Non, je ne crois pas. Vous savez, c'est tout de même moi qui les avaient écrites, ces chansons. Donc, c'était relativement facile de savoir pourquoi ça avait marché, quelle couleur il fallait leur donner... Mais par contre, sur l'enregistrement, on a fait beaucoup de progrès. Il fallait aussi que ça passe. Je suis content, parce que j'ai des admirateurs de longue date qui m'ont dit que c'était formidable parce que ça rajeunissait les chansons. Que tout passait très bien. Ils m'ont dit que j'avais gardé ma voix, que la couleur et le feeling des chansons étaient restés intacts par rapport à la première version.

Aujourd'hui, prenez-vous le même plaisir à ré-enregistrer ces chansons que lorsque vous les avez enregistrées à l'époque?

Ah oui, oui... Il y a des chansons pour lesquelles je craque complètement. Des chansons comme « je t'attendais » ou « Tu vois ». Je prends du recul et je me dis « Il avait tout de même du talent, ce môme! » (rires)

Aviez-vous des idoles quand vous étiez gamin?

Sûrement! Comme tous les jeunes de l'époque (les années 50), notre idole, c'était Elvis, bien évidemment. Et en idole française, c'était Brassens. J'achetais systématiquement tous ses vinyles. Je les écoutais religieusement. Mais j'ai pas eu de bol... je me les suis tous fait voler à l'époque, quand j'habitais mon moulin près de Mantes!

La musique avait-elle de l'importance dans votre famille?

Non, pas une réelle importance, en fait. Ce dont je me souviens, et je ne sais pas comment j'ai fait apparaître ça, mais j'ai fait apparaître très nettement mon goût pour la musique. Une fois adolescent, j'ai retrouvé dans mon grenier une mandoline, un accordéon, un clairon... Tous les gens qui pouvaient m'apporter un instrument de musique me l'apportaient. C'était assez drôle. Je devais, dans mon attitude, montrer que j'avais des prédispositions ou des aptitudes pour la musique. Mais comme on ne m'apportait pas le professeur qui allait avec les instruments... je n'ai pas beaucoup pu en profiter! (rires)

Plus tard, vous avez appris à jouer d'un instrument?

Vous savez, nous étions en 40, en pleine guerre. Donc, toutes ces années où j'aurais pu apprendre quelque chose en musique, ont été marquées par la guerre. En plus, je me rappelle, je chantais du Tino Rossi! Je me mettais devant le poste et je chantais... Comme vous le voyez, j'étais très attiré par la musique...

Quand avez-vous commencé à composer vos chansons?

Lors de mes dernières années aux « Arts et Métiers », j'ai gratouillé quelques petits trucs comme ça.  Mais c'est la découverte de la poésie qui m'a vraiment fait penser que je pouvais écrire des chansons. J'avais acheté une guitare, avec 6000 anciens francs de l'époque. Je ne sais pas combien, ça peut faire en euro aujourd'hui, mais pas grand chose... Et sur cette guitare, j'ai joué du Django Reinhardt avec un ami qui était vraiment doué. J'ai donc commencé à gratter, j'ai découvert les premiers accords. Mais je n'avais pas du tout l'intention d'écrire des chansons moi-même. C'est vraiment quand j'ai découvert la poésie, dans mes dernières années aux « Arts et Métiers », que j'ai commencé à écrire des chansons. On devait être en 60/61... J'ai commencé à écrire petit à petit mes propres textes pour arriver à cette chanson, « Cathy », qui n'est certainement pas ma meilleure, mais qui fait partie de mes succès commerciaux. Ce côté commercial m'a poursuivi longtemps. À partir de « Cathy », j'ai gratté d'avantage, et j'ai enregistré du Robert Desnos, du Rimbaud, du Verlaine, du Garcia Lorca et tous les poètes que j'admirais à l'époque. Je n'ai pas sorti tout parce que j'estimais que certains titres ne passeraient peut-être pas bien. Je travaillais beaucoup sur les poètes...

Alain Barrière © DR

Généralement, vous partez plutôt d'un texte ou d'une mélodie quand vous écrivez une chanson?

Je pars d'une idée, d'un feeling, d'un sentiment. Et puis, en principe, je mets une musique et quelques paroles sur ce feeling ou ce sentiment. Le début vient tout seul, assez facilement. C'est après qu'il faut travailler sur la musique et sur les textes. Comme je suis un petit peu architecte, je suis ingénieur diplômé des « Arts et Métiers », j'aime bien bricoler autour d'une idée et bâtir quelque chose, si vous voulez...

Quels sont vos débuts?

J'ai donc commencé à gratter et écrire quelques textes, et à partir de là, je suis allé dans des petites boîtes à Montmartre, comme « Chez ma Cousine ». C'est comme ça que ça a commencé. Je travaillais comme ingénieur le jour et le soir, j'allais proposer mes petites chansons dans les cabarets.

Comment avez-vous choisi votre pseudo, « Barrière »?

Comme ça! Tout simplement. Je voulais garder mes initiales, bien entendu. Mais Bellec me paraissait un peu régional... j'ai pensé dès le départ qu'il fallait que mon nom soit international. Donc, j'ai choisi Barrière et j'ai fait une grosse bêtise, parce que ce n'est pas international du tout! Mais pas du tout! (rires) Les Italiens disaient « Barriéré », les Américains et les Anglais n'ont jamais su le prononcer... C'était vraiment une erreur sur le plan international ce nom de « Barrière », et pourtant... j'y suis allé!

Quel souvenir gardez-vous du « Coq de la Chanson Française » 1961, où vous avez chanté « Cathy »?

Je ne l'ai pas gagné, ce « Coq de la Chanson Française ». J'étais juste débutant. J'avais une petite voix dont je ne savais pas bien me servir à l'époque. Et les autres concurrents étaient ce qu'on appelle des « bêtes de concours », avec de grosses voix bien puissantes!... Les gens pensent souvent que je l'ai gagné parce qu'ils se souviennent de la chanson, mais non! J'ai dû terminer 10ème sur douze candidats ou quelque chose comme ça.  Au cours du concours, un monsieur est venu de la salle me dire un certain nombre de choses... Et j'ai bien évidemment reconnu Monsieur Bruno Coquatrix.

En 1963, vous partez à l'Eurovision avec « Elle était si jolie ». Quel souvenir en gardez-vous?

J'étais follement heureux. Parce que je croyais beaucoup en cette mélodie. Mais je n'étais quand même pas prêt. Ni vocalement, ni artistiquement. Je n'étais pas mûr. En plus, ils m'ont demandé de m'asseoir et de ne pas bouger parce qu'ils faisaient passer une danseuse derrière moi. Il ne fallait surtout pas que je bouge. Je me suis donc contracté et à la fin de la chanson, plus rien ne sortait de ma voix. C'était assez épouvantable. Les techniciens anglais, qui étaient excellents, m'ont tout de même un peu soutenu la voix, ce qui fait que ça ne s'est pas trop entendu. Mais j'ai vraiment souffert...

Vous regardez encore l'Eurovision aujourd'hui?

Non! (rires) c'est devenu un peu n'importe quoi et la foire... On fait un peu trop souvent du « sous-quelque chose ». C'est un peu décevant.

Un peu plus tard, « Ma vie » sort. Dans quelles circonstances est-elle née cette chanson?

Elle est née difficilement, en fait. Très difficilement, même. En principe, comme je vous le disais tout à l'heure, la musique et les paroles naissent assez simplement d'une émotion ou d'un sentiment. Mais là, j'avais une musique que je sentais très costaude et dont j'étais très fier. Mais je n'arrivais pas à poser des paroles dessus, du moins, pas des paroles qui collaient au style de la musique. Donc, des paroles banales, j'en avais, mais je sentais qu'il fallait trouver une grande idée. Mais elle ne venait pas. Puis un jour, j'ai décidé d'écrire sur ma vie, avec l'amour qui fout le camp. Je trouvais que ce n'était pas si mal, j'espérais que ça allait passer... et c'est passé!

C'est aussi à cette époque que vous montez pour la première fois sur la scène de l'Olympia. Que ressentez-vous?

Je n'ai jamais eu des choses très simples dans ma carrière... Johnny Starck, qui était l'impresario de Mireille Mathieu, était aussi celui de Hugues Aufray, qui est un garçon que j'aime beaucoup. Donc, Coquatrix me réserve cette date en 1964, j'étais fou de joie et tout à coup, je me retrouve à faire un Olympia avec deux vedettes : Hugues Aufray et moi. J'avais signé mon contrat, je ne pouvais donc pas faire machine arrière, et je ne pouvais pas faire ça à Bruno Coquatrix. Donc, nous avons joué tous les deux en vedette, et j'ai passé ce premier Olympia un peu contrarié. Je n'en veux absolument pas à Hugues, D'ailleurs si vous le lui demandez, je pense que lui non plus n'était pas très content. Il commençait à bien marcher avec ses rythmes sud-américains. Il s'imposait aussi, donc, pour bien charger la bourrique, comme on dit, nous partagions l'affiche ce soir-là. J'ai été un peu déçu pour mon premier Olympia. Mais avec le recul, je pense que c'était probablement mieux ainsi. « Ma Vie » était sortie à l'été 1964, et l'Olympia arrivait en automne, donc, je n'étais pas vraiment prêt pour assurer un Olympia tout seul. Mais sur le coup, ça m'a énervé! (rires)

C'est la grande époque des yé-yés. Quel rapport entreteniez-vous avec eux?

Aucun! (rires) Et pour cause... regardez dans « Salut les copains » ou les autres magazines qui paraissaient à l'époque, on n'a jamais parlé d'Alain Barrière. C'était normal. Vous savez, quand on est auteur-compositeur-interprète, il ne reste plus beaucoup de temps pour la parade. On est trop nous-même, on ne peut pas s'amuser à aller faire un tour au Golf Drouot. J'étais beaucoup trop solitaire, à l'époque...

Vous avez tenté une expérience cinématographique à l'époque. [« Pas de Panique » de Sergio Gobbi en 1966]

C'est une chance d'avoir connu le cinéma. Mais ce qui m'a déçu par la suite, c'est de ne plus en faire. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs. Je suppose que ma tête ne devait pas plaire aux réalisateurs de l'époque. Je n'ai jamais compris pourquoi on n'a plus jamais fait appel à moi. Le seul homme de cinéma qui ait fait appel à moi, c'est Claude Autant-Lara, mais il n'a jamais réussi à m'imposer dans un film... Il m'a proposé de faire la musique d'un de ses films. Claude avait déjà de gros problèmes parce qu'il voulait faire tout Stendahl et on lui mettait des bâtons dans les roues...

Vous avez beaucoup chanté dans des langues étrangères, comme l'Italien, l'Allemand ou l'Espagnol. Était-ce un exercice qui vous plaisait ou un exercice obligatoire?

J'aimais beaucoup! Ça a été obligatoire en Allemand, je le reconnais, parce que je n'avais aucune prédisposition pour la langue allemande. Soyons honnêtes, c'était presque un supplice de chanter en Allemand. Mais nous y avons fait des tubes. « Tu t'en vas », que je chantais en duo avec Noëlle Cordier a été numéro 1, et le numéro 2, c'était la cover, avec des artistes locaux! J'ai toujours eu des fans et des gens qui m'aimaient beaucoup en Allemagne, mais j'ai toujours eu beaucoup de mal avec leur langage! J'ai du faire quatre titres en Allemand... (rires) Par contre, chanter en Italien ou en Espagnol, c'était un réel plaisir, une véritable joie. C'était extraordinaire. En Italie, j'ai fait tous mes classiques de l'époque, avec Gino Paoli et Sergio Bardotti. Je dois avoir des racines italiennes quelque part... Parce qu'ils me faisaient chanter des trucs improbables, et j'adorais ça!

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Vous avez aussi beaucoup tourné dans le monde. À part le public français, quel public vous réservait le plus bel accueil?

L'accueil le plus merveilleux que j'ai reçu, parce que le plus inattendu, c'est à l'Île Maurice. L'Île Maurice était encore un tout petit peu française à l'époque. Il y avait un public franco-anglais formidable. Nous avons joué dans une espèce de petite bonbonnière. « Ma vie » a été un énorme tube là-bas et quand je suis rentré sur scène, j'ai dû battre en retraite, tellement le public applaudissait. Je n'ai jamais pu commencer à chanter. Je me suis retourné vers mon groupe. C'était comme si un orage s'était abattu sur moi. C'est un souvenir inoubliable. J'ai connu de très beaux succès au Québec aussi.

A Paris, vous avez joué à l'Olympia, à Pleyel, mais aussi au Palais des Congrès. Préférez-vous jouer dans des salles à taille plus humaine ou des grandes salles?

Dans des salles à taille humaine, sans aucun doute. Ce que je fais n'est pas très démonstratif. J'essaye de faire passer un feeling, une émotion. Il faut que je sois dans une salle chaude où les gens ne peuvent être que réceptifs. J'ai appris avec le temps à chanter, mais aussi à exprimer des sentiments. Je deviens acteur de ma propre chanson. C'est dommage que je n'ai pas compris ça plus tôt dans ma carrière.

Comment avez-vous rencontré Noëlle Cordier qui vous donne la réplique sur « Tu t'en vas »?

C'était assez facile. Je cherchais une jeune partenaire pour faire un duo. Et la comédie musicale « La Révolution française » rencontrait un certain succès. Je suis allé voir la comédie musicale et j'ai contacté Noëlle pour voir si elle était partante de faire un duo avec moi. Elle a accepté. Et le succès a dépassé toutes nos espérances. Nous sommes passés une fois au « Ring Parade » de Guy Lux. Je ne le remercierai jamais assez. On a commencé par les huitièmes de finale, jusqu'à la finale que nous avons gagnée. Là, j'ai gagné le concours, ce n'est pas comme au « Coq de la Chanson Française »! (rires) Cette fois, nous avons gagné de façon très nette et « Tu t'en vas » est devenu très rapidement un énorme tube.

Vous avez fait construire le « Stirwen »...

Oui. C'était un grand projet. Il avait un toit complètement fou. En fait, j'avais fait un paraboloïde qui se reliait avec un ellipsoïde en haut. Ce qui était assez rare. Depuis, on m'a un peu copié!

Vous aviez donc toujours gardé dans un coin de votre tête vos aptitudes d'architecte.

Oui. Je n'étais pas un mauvais ingénieur. Je faisais plein de plans. J'avais beaucoup d'idées pour les ponts des autoroutes qui sont d'ailleurs assez laids. J'avais l'idée de les faire en béton précontraint. J'avais aussi des idées de grands bâtiments comme des aéroports... (rires) Je n'aurais pas été un mauvais ingénieur mais la chanson a été plus forte.

Après, vous quittez la France pour les États-Unis et le Québec.

Oui, on me cherchait des noises en France. On me pourrissait la vie parce que j'avais construit le « Stirwen ».

Souffriez-vous de l'éloignement?

Complètement, oui. La meilleur façon d'en être convaincu, c'est quand je me suis rendu compte que je n'écrivais plus. Nous sommes d'abord partis aux États-Unis parce que la vie devenait très difficile ici en France. J'ai dû échapper à deux/trois accidents... Nous avons été à Los Angeles. C'était un peu le rêve américain. Mais un jour, il a fallu revenir en France, parce qu'il faut toujours venir régler ses problèmes. Mon épouse, Anièce, était un peu déçue, parce qu'elle commençait à se faire un petit nom en danse, là-bas. Elle était assez malheureuse de revenir. Lors de ce premier retour, j'ai sorti deux compilations qui ont fait un malheur. C'était dans les années 80. Ça m'a remis à flots financièrement, parce qu'on a vendu plus d'un million de disques. Mes ennuis ont tout de même continué en France. J'en avais un peu marre... Je suis reparti. Je revenais tous les étés m'occuper du Stirwen, pour préparer la saison. Mais nous sommes repartis au Canada quelques années plus tard pour essayer de respirer un peu. Devenir un peu « Monsieur Personne » en quelques sortes. Je n'étais pas vraiment « personne » au Québec, mais ils se demandaient un peu ce que je foutais là! (rires)

Vous êtes remonté sur la scène de l'Olympia il y a trois ans. Vous n'y aviez plus joué depuis que la nouvelle salle a été reconstruite. Qu'avez-vous ressenti?

Je n'ai pas retrouvé le feeling de l'ancien Olympia. Je n'ai pas apprécié mes deux galas à l'Olympia comme je le pensais. C'est devenu une très très bonne salle, techniquement parlant. Physiquement, elle ressemble terriblement à l'ancien, à quelques petits détails près. Mais j'ai chanté dans ce nouvel Olympia un peu comme si j'avais chanté dans une autre très belle salle. C'est un peu comme si la magie de l'Olympia s'était barrée... Mais à côté de ça, c'est une très bonne salle... moderne!

Aujourd'hui, on vous reprend dans des émissions comme les « Enfoirés » ou « La Nouvelle Star ». Prêtez-vous l'oreille à ces reprises?

Très honnêtement, ça me fait plaisir. C'est assez formidable d'être repris. Avec mon ami Fabien Lecoeuvre, nous rêvons de faire un tribute. Certains artistes seraient partants. C'est un de mes projets. J'aimerais que ça se fasse avant que je ne sois parti. Vous savez, j'ai tout de même écrit plus de 300 chansons, il y a donc moyen d'aller pêcher dedans.

Aimeriez-vous écrire pour de jeunes artistes?

Je ne crois pas, non... ça pourrait arriver, bien entendu. Mais il faudrait qu'on me le demande, d'abord. Il faudrait aussi que je sois un peu plus costaud en promotion. Et peut-être aussi avoir la possibilité de les lancer. J'ai toujours été un peu trop dans mon petit coin. J'ai toujours été assez éloigné de tous ces contingents de promotion qui sont absolument nécessaires aujourd'hui.

Quand vous avez débuté, vous sortiez des 45 tous, puis le CD est arrivé et maintenant, on ne jure plus que par le MP3. Quel regard jetez-vous sur l'évolution du support musical?

Un regard pas très bon... Le MP3 élimine plein de fréquences. Donc, un MP3, c'est très plat. Et ce qui fait tout le charme d'une chanson, ce sont toutes ces vibrations que l'on peut capter, justement. Que ce soient celles d'un violon ou d'une voix. Si les gens arrivent à être exceptionnels grâce à leur voix, c'est parce qu'elle est si particulière. Souvent, quand on entend une voix, on peut mettre un nom dessus, ou pas, mais il vaut mieux qu'on puisse! (rires) C'est parce qu'une voix transmet plein de vibrations et de l'émotion. C'est dû à une certaine façon de prononcer les mots, aussi. Donc, une voix, c'est tout simplement génial. Alors, quand vous étouffez littéralement une voix en la compressant en MP3, je ne vois pas l'intérêt. Pour moi, c'est un peu le début de la fin... Alors qu'avec le CD, on était arrivé à faire une belle avancée au niveau du son.

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L'année prochaine vous fêtez donc vos 50 ans de chansons. Nous réservez-vous des surprises?

Il n'y a encore rien de prévu. Je n'en sais rien, à vrai dire... Pour être tout à fait honnête avec vous, quand j'ai fait le Palais des Congrès pour terminer ma tournée il y a 3 ans, je me suis dit que ce serait ma dernière scène. Je n'ai pas fait de déclaration, bien entendu, mais je me suis dit au fond de moi : « Ce soir, tu as chanté dans un très bel endroit, et ce sera la dernière fois de ta carrière »... Vous savez, je pense que rester deux heures sur une scène, pour moi, c'est quelque chose de terminé. Il ne faut pas aller au delà de ses possibilités. J'ai tout de même rencontré un certain nombre de difficultés pendant cette tournée. C'est épuisant. J'avais 72/73 ans, et déjà à cet âge, je n'étais plus le jeune homme rayonnant que j'étais. Et aujourd'hui, j'ai 75 ans...

Mais le public aurait très envie de vous revoir, je pense...

Bien entendu. Mais à un moment donné, il faut être raisonnable... Peut-être pourrais-je le faire de façon très ponctuelle? Mais plus une longue tournée. On va voir comment tout va se goupiller l'année prochaine. Peut-être qu'il y aura ce dernier adieu officiel à la scène, je ne sais pas... L'avenir nous le dira. Vous savez, je n'ai jamais reçu beaucoup de félicitations venant des gens du monde de la chanson. Et pourtant, j'ai écrit quelques tubes qui ont fait le tour du monde. On aurait peut-être pu me traiter autrement que par le mépris. Il ne faudrait pas qu'ils veuillent de moi quand je serai complètement gâteux!

Pensez-vous sortir un nouvel album de chansons originales?

Là, j'ai beaucoup travaillé depuis quelques temps. Il y a eu cette tournée à cheval sur 2006 / 2007 / 2008, et après je me suis payé deux AVC. Je n'en n'ai pas l'air comme ça, mais j'ai eu chaud, comme on dit... Donc, en 2009, je n'ai quasiment rien fait. Et là, en 2010, j'ai travaillé sur un live que j'ai enregistré à Montréal. Je voulais qu'il reste une trace de cette tournée. Avant la tournée, j'avais déjà une vingtaine de cassettes avec des débuts de chansons et des musiques. J'ai écrit pas mal de petites pièces qui s'appellent des celtines et des pièces un peu plus importantes, des apertura. Ce serait bien si on sortait un nouveau CD, de mettre un CD de musique. Ce serait très important pour moi. Et pour les gens, ce serait une découverte. Je voudrais déjà faire ça, pour ne pas avoir de regrets. Mais j'ai aussi des chansons que j'ai commencées en 2006, et j'aimerais avoir le temps de les retravailler d'ici l'an prochain. Donc, ce serait pour un nouvel album, mais il faut que j'aie le temps... Il faudrait que j'ai quelques mois plus calmes. Disons que j'y pense, que c'est dans un coin de ma tête...

Propos recueillis par IdolesMag le 3 décembre 2010.









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